Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 20:58

Profiteurs, égoïstes, rapaces insensibles aux difficultés des plus jeunes, bouffeurs de privilèges, pilleurs de la société. La bataille idéologique visant à culpabiliser les retraités bat son plein

Alain Minc, le visiteur du soir de l’Elysée du temps de Sarkozy, administrateur de plusieurs sociétés, plein aux as comme on dit familièrement, invitait dans un article resté célèbre les vieux à ne pas trop tarder à quitter ce monde. En voyant son père agonir et constatant que l’accompagnement médical coûtait « trop cher », le fils indigne de l’ancien militant communiste en tirait la conclusion qu’il fallait faire des économies en matière de santé. Minc qui se fait soigner à l’hôpital américain de Neuilly, à plusieurs milliers d’euros la nuitée, est un précurseur. Depuis, sous un vocabulaire hypocritement châtié mais dans une ligne idéologique calibrée au plus juste, la chasse aux retraités est ouverte. Tous les coups sont permis.

D’abord, il faut culpabiliser les retraités en leur tenant à peu près ce langage : en cette période de crise, alors que la population active peine à trouver du travail et que les jeunes ont besoin de notre aide, vous vous recroquevillez sur vos acquis. Ce discours est tenu généralement par le patronat, les milieux les plus aisés et leurs relais médiatiques chargés de pervertir les esprits couchés et faibles.

Les retraités sont-ils des profiteurs alors que des millions d’entre eux surtout les veuves vivent chichement avec moins de 700 euros par mois ? S’il est vrai qu’une frange de la population retraitée dispose encore de ressources assurées, le pouvoir d’achat pour l’immense majorité tend à se réduire considérablement.

Des paresseux ceux qui ont travaillé plus de quarante ans ? Des profiteurs de la politique de santé ceux qui souhaitent vivre plus longtemps? Ceux qui ont gagné de haute lutte l’allongement de la durée de vie? Ceux qui ont conquis et préservé la sécurité sociale. Ceux qui ont arraché au patronat des droits sociaux ? Des privilégiés parce que certains partent en vacances, la plupart du temps en groupes hors saison ?

Les nouveaux boucs émissaires sont affichés : les retraités. Pas les retraités du CAC 40 partis avec des parachutes dorés, pas les cumulards de la politique, pas les grandes fortunes souvent planquées à l’étranger. En cette fin d’année 2013, les boucs émissaires sont ceux qui ont peiné toute leur vie et tente de se construire dignement la dernière partie de leur vie. Cette campagne s’apparente à d’autres : le travail le dimanche, la baisse acceptée des salaires au nom de prétendus sauvetages des entreprises, le choix pervers des mots comme le « coût » du travail, les « partenaires » sociaux etc…

C’est un fait. Les jeunes vivent plus mal que leurs parents. Pour leur faire accepter les stages non rémunérés, les bas salaires, les horaires décalés, les emplois précaires, le patronat et ses têtes pensantes alimentent une prétendue guerre intergénérationnelle : les vieux contre les jeunes, la méfiance à l’égard de l’étranger, la haine de l’autre. Ce n’est bien entendu pas en restant l’arme au pied, en regardant passer le train des attaques contre les droits des retraités et de la population jeune et âgée que l’on pourra résister à l’entreprise patronale accompagnée, malheureusement et malgré les promesses électorales, de l’actuel gouvernement. L’heure, plus jamais, est à l’action réunissant jeunes et retraités, femmes et hommes, syndiqués et ceux qui peuvent le devenir. Les retraités font entendre leur voix. Les véritables « salauds » devraient les entendre au risque sinon de les retrouver autrement que la fleur à la boutonnière. Dans le rue, par exemple.

José Fort

Vie Nouvelle, décembre 2013

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Michel Taupin 29/11/2013 21:09

Toujours clairvoyant et percutant ! Merci José.

Michel Taupin 29/11/2013 21:09

Toujours clairvoyant et percutant ! Merci José.

Présentation

Recherche

Articles Récents

Liens