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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 18:11

Hashem Azzeh est mort le 21 octobre dernier asphyxié après avoir été gazé par des soldats israéliens.

Deux heures avant son décès, il recevait des amis venus de Bordeaux dans sa maison pour un déjeuner avec sa femme et ses enfants.

Hashem aurait pu être sauvé si les soldats israéliens avaient laissé les secours passer à temps en franchissant le check point à l’entrée du la Rue de Martyres (Shuhada Street).

Hashem et sa famille ont souvent été attaqués par les colons d'Hébron et plus particulièrement par leur chef, Baruch Meir Marzel, qui était son « voisin ».

Hashem nous avait reçus l’année dernière. Au retour d’un voyage à l’étranger, j’apprends la triste nouvelle. Voici en forme d’hommage, son portrait figurant dans mon livre « Trente ans d’Humanité, ce que je n’ai pas eu le temps de vous dire », Editions Arcane 17.

Hashem Azzeh, 51 ans, est otage dans sa propre ville, Hébron, au sud de Jérusalem. Au dessus de sa maison, les colons extrémistes venus des Etats-Unis lui pourrissent la vie. A proximité, des soldats israéliens lui interdisent de dépasser un périmètre de 200 mètres autour de sa propriété. Impossible de se déplacer, de travailler. On lui propose 20 millions de dollars pour déguerpir. Pour lui « rester, c’est résister. »

Rencontrer Hashem Azzeh à Hébron relève du parcours du combattant. Cette ville a connu tout au long de son histoire la cohabitation d’une minorité juive aux côtés d’une majorité musulmane. Elle a surtout vécu des drames comme, par exemple, le massacre du 25 février 1994 de fidèles musulmans en pleine prière par un colon extrémiste, Baruch Goldstein. Depuis, la colonisation est menée à marche forcée.

Hashem nous attend à proximité du check-point séparant la vieille ville, ses rues animées caractéristiques de tout l’Orient et le quartier où les colons israéliens ont spolié les terrains appartenant aux Palestiniens. Un de ses amis est chargé de nous récupérer dans un café pour nous guider jusqu’au bout d’une rue, une sorte d’étroit goulet d’étranglement où sont postés plusieurs soldats chargés de filtrer les passages. De l’autre côté du poste de contrôle, Hashem nous attend, fumant cigarette sur cigarette. Son large sourire n’arrive pas à cacher sa nervosité. Puis, nous prenons le chemin de la maison qui appartient à sa famille depuis son expulsion de Jaffa en 1948.

L’entrée de son terrain lui est interdite par l’occupant israélien. Il faut emprunter une étroite bande de terre rocailleuse pour atteindre la demeure. La végétation du jardin a été brûlée par des jets d’acides, les colons balançant chaque jour leurs ordures accompagnées d’injures.

Hassan et sa famille subissent des violences à répétition. Il a été sévèrement tabassé et en porte les stigmates sur le visage. Sa femme enceinte a été battue à deux reprises perdant les deux enfants qu’elle portait. Régulièrement, et en pleine nuit, militaires et policiers israéliens accompagnés de chiens font irruption dans cette maison où il est interdit de posséder un couteau même de cuisine et parfois, selon leur humeur, cassent le mobilier entassé sur la terrasse comme témoignage de la folie de ces hommes. Hashem, sa femme et ses quatre enfants assistent aux scènes de violences sans dire un mot. Le silence pour éviter l’arrestation ou la bastonnade.

Les colons - près de 500 dans la ville, pour 4000 soldats et policiers chargés de leur « protection » - dont une famille a été installée à trente mètres au dessus de la maison d’Hashem viennent pour la plupart des Etats-Unis. Toutes ces provocations ont un objectif : rendre la vie impossible, contraindre au départ. Comme cela ne suffit pas, l’appât du gain constitue la dernière trouvaille.

Des émissaires israéliens ont proposé à Hashem et à son voisin 20 millions de dollars chacun et en cash pour quitter les lieux. Le voisin a accepté la mallette de billets puis s’est immédiatement embarqué avec femme et enfants pour les Etats-Unis. J’aurai trop honte », dit-il. « Trop honte face à une partie de ma famille qui vit dans un camp de réfugiés, trop honte face à mes amis, mes proches. Trop honte face à mes enfants qui malgré la vie dure qu’ils mènent ne veulent devenir eux aussi des réfugiés. Trop honte face aux 171 enfants de notre école qui font face aux insultes et aux jets de pierres des enfants des colons sans que les soldats et les policiers les en empêchent. »

Il est l’heure de nous quitter. Hashem nous raccompagne jusqu’à un trait rouge peint sur le sol. « Je ne peux pas aller plus loin », dit-il en prenant congé. N’ayant pas le droit de s’éloigner de sa maison de plus de 200 mètres, s’il franchit ce marquage, il risque au mieux l’arrestation au pire une balle dans la tête.

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