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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 08:21

Un article de mon copain Gérard le Puill

Loi El Khomri : Quand la rédaction du Point va au turbin, c’est pour le MEDEF qu’elle fait le tapin...

Les salariés, les retraités, les étudiants et les lycéens oseront-ils encore manifester le jeudi 24 mars s’ils prennent connaissance de la ringardise de leur combat contre le projet de loi El Khomri ? La question se pose quand on lit dans Le Point de la semaine dernière les propos de Franz-Olivier Giesbert et de Pierre-Antoine Delhommais, sur l’imbécilité, selon eux, des millions de gens qui s’opposent à ce texte que le gouvernement doit adopter jeudi. Analyse des raisons d’une haine de classe recuite.

Dans son éditorial Giesbert affirme que « la tragédie de la jeunesse, ce sont souvent les jeunes ». Surtout « quand ils se définissent comme une « génération sacrifiée » alors que, dans le même temps, ils font tout pour rester encloués dans chômage, comme l’a montré leur mobilisation contre la loi El Khomri, qui, dans sa version initiale, leur aurait donnée de l’air et du travail». Ben voyons !

Mais la charge la plus haineuse de l’éditorialiste du Point est pour la CGT et ses millions de militants qui depuis plus de 120 ans ont lutté pied à pied - et ont souvent été sanctionnés par la perte de leur emploi- pour avoir été au premier rang dans la défense l’emploi et les droits sociaux pour tous. Giesbert, une semaine après avoir insulté Philippe Martinez dans un précédent édito, dénonce cette fois « les oukases de la CGT, le syndicat le plus archaïque du monde, qu’il faudrait rebaptiser Confédération contre la généralisation du travail ».

Dans la même veine et dans le même journal, Pierre-Antoine Delhommais cible les étudiants en particulier et les Français en général. « Il est assez décourageant de voir tous ces étudiants pseudo-rebelles, en réalité ultraconservateurs, oser, avec une bonne dose d’indécence, prétendre manifester au nom de toute la jeunesse contre une réforme qui vise précisément à aider ceux qui n’ont pas la chance d’aller à l’université de trouver enfin du travail » écrit ce larbin du patronat titulaire d’une carte de presse.

Sa haine de classe ne s’arrêtant pas aux étudiants, tous les salariés de France sont visés par ses propos vindicatifs. Qu’on en juge : « Il est enfin et surtout totalement désespérant de lire ces sondages qui indiquent que les Français, tout en plaçant le chômage au premier rang de leurs préoccupations, se montrent aux deux tiers hostiles à une loi qui, pour la première fois, entend s’attaquer vraiment aux causes structurelles de ce chômage de masse qui frappe la France depuis des décennies comme aucun autre grand pays industrialisé » . Voilà pour l’affirmation, sans la moindre argumentation un tant soi peu crédible !

A lire la suite de cet article haineux, on se dit que William Martinet, président de l’UNEF devrait s’entourer de gardes du corps lors de la manifestation du 24 mars. Qu’on en juge : «Il est même carrément effrayant de constater qu’une majorité de Français apporte son soutien aux analyses, très faiblement éclairées du président de l’UNEF, William Martinet, titulaire à 27 ans d’une licence en biologie, porte-parole auto proclamé et auto-satisfait de la jeunesse en colère, mais qu’elle rejette les recommandations du Prix Nobel d’économie Jean Tirole ». Et de recommander au président de l’UNEF la lecture de Jean Tirole et de quelques autres auteurs comme Augustin Landier dont s’inspire Delhommais pour réciter son catéchisme aux lecteurs du Point.

Mais ce même Delhommais n’a pas du lire ce que disait Augustin Landier quand Le Monde du 17 mars dernier lui a posé la question suivante à propos de la réforme du code du travail : «Cette réforme n’était-elle pas destinée à inverser la courbe du chômage?». Réponse de Landier : « Il y a eu un malentendu. La principale vertu de ce texte, ce n’est pas de faire baisser le taux ce chômage global à court terme, mais d’augmenter la probabilité pour chacun d’obtenir en un temps raisonnable un emploi stable. Dans le contexte de croissance molle que nous connaissons, cela passe par la réduction des incertitudes des chefs d’entreprise en matière d’embauche. En effet, le taux de chômage en soi n’est pas un bon indicateur de la santé d’une économie. On peut avoir 10% de chômeurs si les gens, si les gens retrouvent un emploi en trois mois, il n’y a pas de sujet grave!».

Voilà qui mérite une petite analyse. Landier nous dit que la réforme ne fera pas tomber le taux de chômage sous les 10% mais que les gens retrouveront peut-être du boulot en 90 jours suite à un licenciement. Sachant que la durée moyenne de l’inscription d’un chômeur à Pôle emploi est actuellement de 590 jours, le temps que mettrait un travailleur licencié pour retrouver un nouvel emploi serait divisé par sept environ. À supposer que ce soit vrai alors que nous en resterions malgré tout à 10% de chômeurs de l‘aveu même de Landier, il faut en déduire que la loi El Khomri permettrait aussi de multiplier par sept le nombre de licenciements tous les mois.

On imagine alors comment se ferait le tri sélectif, si les parlementaires votaient cette réforme du Code du travail. La moindre baisse d’activité servirait de prétexte pour licencier des groupes de salariés. Les nouvelles embauches seraient ensuite soumise à un tri sélectif comme on trie les déchets qui vont au recyclage et ceux qui vont à la décharge. Les hommes et les femmes de plus de 50 ans usés sur des postes difficiles iraient à la décharge comme de vulgaires ordures. Les jeunes sans diplômes auraient encore autant de mal à trouver du travail dans la mesure les mieux formés seraient embauchés en priorité dans une réserve de travailleurs disponibles égale à 10% de la population active selon le raisonnement d’Augustin Landier.

Voilà la réalité du projet de loi que Hollande et Valls ont fait porter par Myriam El Khomri en tablant sur son inexpérience afin que l’Elysée et Matignon tirent les ficelles de la manipulation. Mais l’opposition au texte devient massive et intergénérationnelle. D’où cette rage haineuse à la rédaction du Point que l’on peut faire rimer ainsi :

Quand Giesbert et Delhommais vont au turbin, c’est pour servir le MEDEF qu’ils font le tapin. Décidément, nous valons mieux que ça !

Gérard Le Puill

Journaliste et auteur, collaborateur de Vie Nouvelle. Ouvrier d’usine de 1965 à 1983, délégué du personnel CGT pendant 16 années consécutives. Licencié pour fermeture d’usine et sans proposition de reclassement pour cause d’activité syndicale.

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