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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 18:33

Ma chronique du lundi soir (19h15) sur la radio associative Art-Mada

Un coup d’Etat vient d’avoir lieu au Brésil. Il ne provoque aucune réaction en Europe. Le gouvernement français se réfugie dans un mutisme total. Comme si rien ne s’était passé.

La présidente Dilma Roussef a été « destituée » pour une période de 180 jours, le temps d’une enquête pour « maquillage » des comptes publics par des sénateurs dont plus de la moitié est poursuivie dans des affaires de corruption.

Première décision du nouveau gouvernement exclusivement composé d’hommes et présidé par un corrompu aux multiples gamelles: la suppression du Ministère de la Culture.

Quel crime a donc commis la présidente Dilma Roussef élue au suffrage universel ? S’est-elle enrichie sur le dos du pays ? A-t-elle violé la loi ? Rien de tout cela. Elle a « maquillé » les comptes publics, affirment ses détracteurs. La vérité est autre : elle a, comme cela se pratique couramment au Brésil comme partout ailleurs, transféré des lignes de crédits vers d’autres destinations budgétaires afin de combler les dépenses sociales, de recherches et de développement.

L’acharnement contre la présidente Dilma Rousseff n’a rien à voir avec un prétendu « maquillage » des comptes. C’est la politique économique et sociale progressiste menée depuis l’arrivée au pouvoir de Lula puis de Dilma qui est visée.

40 millions de Brésiliens sont sortis de la misère pendant les gouvernements progressistes brésiliens avec des réformes sociales d’envergure : création d’une caisse d’allocations familiales, politique scolaire, extension des universités publiques, bourses, nouveaux droits pour les minorités, mesures contre les discriminations, premiers pas vers une réforme agraire, développement de sociétés publiques, fin des privatisations. Une nouvelle classe moyenne a fait irruption dans la vie économique exigeant sa part du gâteau. Ces avancées sociales ont été obtenues grâce à une politique volontariste bénéficiant, il est vrai, d’une embellie économique aujourd’hui en nette perte de vitesse. Ces progrès sociaux ont été aussi financés, oh bien légèrement, par les grandes fortunes locales. C’est cela et seulement cela qui explique les événements actuels. Une politique insupportable pour la grande bourgeoisie et les couches moyennes aisées, la plupart du temps blanches dans un pays à majorité noire et métisse.

Ne soyons pas naïfs.

Des membres du Parti des Travailleurs, souvent proches du pouvoir, se sont vautrés dans la corruption. C’est vrai. Le Parti du Lula et de Dilma a parfois passé des alliances douteuses. C’est vrai aussi. Usure du pouvoir, affaiblissement de la bataille politique, de conviction et de lutte idéologique, c’est vrai également. Mais l’essentiel reste dans la volonté de l’oligarchie de mettre un terme à la politique populaire de la présidente Dilma Roussef.

Alors une question.

La majorité noire et les anciens pauvres, ceux qui ont profité des avancées sociales, vont-ils assister sans réagir au coup d’Etat, certains opposants à Dilma Rousseff rêvant même d’un retour des militaires au pouvoir ?

La situation au Brésil ne peut être isolée de l’offensive générale menée contre les gouvernements anti-impérialistes d’Amérique du Sud. En 2016, les officines US préfèrent aux putschs militaires, la déstabilisation économique, politique et médiatique comme par exemple au Paraguay avec la destitution en 2012 du président Fernando Lugo.

Question encore

Comment expliquer les revers électoraux survenus récemment en Argentine, en Bolivie, au Venezuela ?

Les ingérences impérialistes nord-américaines, sans aucun doute. La déstabilisation organisée par les oligarchies de ces pays et leurs médias tout puissants. Sans aucun doute aussi.

Mais, comme l’écrit mon ami Jean Ortiz, fin connaisseur de l’Amérique du Sud, « les sociétés ont changé, la politique par le haut a échoué et on ne peut pas faire campagne exclusivement sur un bilan, fût-il positif. Les électeurs ne votent pas que pour un bilan, mais pour ce que les partis annoncent et vont faire demain. »

Transformer en profondeur, c’est long et cela ne peut pas se faire sans avancées, sans affrontements, sans réformes de structures, sans échecs, sans reculs provisoires, sans épuisement des modèles choisis et sans victoires.

Une chose est certaine : les victoires ne sont jamais définitives.

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