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5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 11:27

Ma chronique sur Radio Arts-Mada

(Tous les lundi en direct à 19h15)

L’Espagne a voté, il y a une semaine. Première constatation : l’abstention a augmenté par rapport aux précédentes consultations et les sondages se sont plantés magistralement.

Avant d’aller plus loin, laissez moi vous raconter une histoire. Celle de José Manuel Nebot, communiste historique des Asturies, ancien président des photographes espagnols, fondateur de la première association espagnole pour la protection de la nature, personnage haut en couleur connu de tous dans cette région d'Espagne.

Nebot, comme on l’appelle familièrement dans les rues d’Oviedo, a été interdit de vote pendant une grande partie de la journée par les responsables de son bureau où il dépose son bulletin depuis la fin de la dictature. Raison invoquée : « incapacité". J'ai rencontré José il y a quelques semaines chez lui à Oviedo. Diminué par la maladie, il conserve néanmoins ses facultés intellectuelles même s'il lui faut du temps pour s'exprimer. Il a vécu cette interdiction comme une insulte. Grâce à la détermination de sa fille Ana et de sa femme Rosa avec l'aide d'un avocat et d'un psychiatre, José a pu voter un quart d'heure avant la fermeture du bureau. L'affaire provoque de nombreuses réactions dans les Asturies et la presse locale s'indigne d'un tel comportement. L’Espagne n’en finit pas avec ses vieux démons totalitaires et revanchards.

Que faut-il retenir de ces élections ?

La droite progresse en nombre de voix et en sièges, sans obtenir la majorité, bénéficiant du report des voix d’un parti centriste apparu le temps d’une illusion, d’un chantage après le vote des Britanniques en faveur du retrait de l’Union européenne et la crainte du changement.

Un avertissement à ceux qui s’enthousiasment trop rapidement. La droite espagnole, fille de la dictature, reste bien ancrée dans une frange importante de la population avec le soutien d’une hiérarchie catholique réactionnaire, rétrograde, omni présente à la sauce franquiste notamment dans les campagnes. Quant au système électoral, il permet à un député de droite d’être élu avec presque deux fois moins de voix que celui de Unidos/Podemos.

Le Parti socialiste réalise son score le plus bas de son histoire postfranquiste mais reste devant Unidos/Podemos. Sa direction hésite: un possible accord avec la droite à la manière allemande ou une abstention permettant au parti populaire de gouverner.

Quant à Unidos/ Podemos, ses principaux responsables ont affiché un temps la déception. Ils croyaient arriver en deuxième position. Ils perdent un million de voix par rapport aux élections de décembre.

Une abstention qui s’explique en partie par la lassitude, le sectarisme d’un côté comme de l’autre et l’incompréhension face à des déclarations intempestives.

La déception a duré le temps d’une soirée laissant la place à une invitation à se retrousser les manches. Car si déception il peut y avoir pour ne pas avoir surpassé le PSOE, Unidos /Podemos peut afficher un résultat à faire saliver ailleurs, notamment en France. De 11 députés en 2011, UP passe à 71 mettant à mal le bipartisme. Y a mieux, peut-être, mais reconnaissons qu’ils disposent d’un fort potentiel. Lié au mouvement social, en affinant leur unité et leurs objectifs, UP ne manquera pas de progresser. Comme le soulignent les deux leaders Iglesias et Garzon, deux défis restent à surmonter: passer de la sympathie à la conviction, de la capacité à gouverner et enfin vaincre la peur du changement.

Jean-Luc Mélenchon a cru bon de laisser entendre que l’objectif non atteint de U/P s’expliquerait par l’alliance avec les communistes. Il est démenti par Iglesias en personne.

L’Espagne continue de vivre une sévère politique d’austérité. Des centaines de milliers de personnes jetés de leurs maisons ou de leurs appartements, un chômage à presque 20%, une précarité ravageuse voyant les jeunes quitter massivement le pays pour aller travailler à l’étranger ou s’installant à nouveau chez leurs parents. L’Espagne, la rebelle, n’est pas prête à se laisser faire. Le célèbre poète Rafael Alberti, celui qui le jour de ses 90 ans répondant à une question affirmait: « je ne me repens de rien, je ne suis pas un ex-communiste », écrivait à propos de son pays :

« Les terres, les terres, les terres d’Espagne

Les grandes, les immenses, désertes étendues

Galope cheval balzan

Cavalier du peuple

Sur le soleil et la lune.

Un poème intitulé « Au grand galop » mis en musique et chanté par Paco Ibanez. Nous l’écoutons.

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