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2 juillet 2016 6 02 /07 /juillet /2016 11:16

Réflexions de mon camarade et ami Ivan Lavallée. Du sérieux.

Le piège: je me demande si nous ne sommes pas menacés d’un piège à double détente:

1) Malgré le côté spectaculaire des grèves et manifestations et le désaveu massif de cette loi et du gouvernement (67 ou 71% suivant les sondages), l’enjeu est tel pour le capital, et mondial, que revenir sur cette loi provoquerait un séisme à l’échelle européenne (pas seulement de l’Europe politique d’ailleurs) et mondiale, ce serait la mise en cause du néo-libéralisme. Raison de plus pour essayer de gagner, mais le rapport de forces sur le terrain est difficile à appréhender. C’est la classe ouvrière traditionnelle, le noyau historique, qui est entré en lutte et en grève, mais la classe ouvrière stricto sensu ne représente plus en France que 3,6 millions (sur 24 millions de salariés (chomeurs compris) soit 15%) et en comparaison, il y a 2,4 millions d'étudiants (en proportion ça représente 10% des salariés et 2/3 de la classe ouvrière traditionnelle) contre 8 millions d’ouvriers en 1968 dont environ 7 millions se sont mis en grève[1]. A l’époque, il y a 373.000 étudiants (en proportion, 4,6% de la classe ouvrière); ça n’a plus rien à voir. La puissance du syndicat de classe CGT n’est plus la même, 2,2 millions d’adhérents en 1968, 630.000 en 2015.

Mais depuis 1968, et même 1995, l'économie s'est complexifiée, c'est plus que jamais une économie de flux interdépendants et partout optimisés, ce qui fait qu'elle est plus fragile. Si la seule force ouvrière est le blocage, il est sans doute plus facile de bloquer que jamais auparavant (10% de l'effectif en grève à la SNCF... 1 train sur 4 circule et tout le pays est bloqué... ce n'est pas pour rien si c'est dans les industries de réseau - transport et énergie, manquent les télécoms et l'eau c'est vrai - qu'il reste des syndiqués, ce sont elles qui ont porté toutes les transformations de ces dernières décennies). En "pouvoir de nuisance" comme ils disent, on a perdu moins qu'en effectif.

- la prolétarisation[2] de millions de travailleurs intellectuels avec la révolution numérique fait qu'objectivement il est maintenant très clair que beaucoup de techniciens, ingénieurs, cadres, petits entrepreneurs, travailleurs du spectacle et autres professions intellectuelles et créatives - autrefois plutôt "petit-bourgeois" et rarement du bon côté de la barricade - subissent pleinement l'exploitation néo-libérale capitaliste. Ces groupes sociaux représentent aujourd'hui une part très importante de la population et on voit bien que de ce côté ça bouge très fort. Ce n'est pas pour rien si l'UGICT est la pointe avancée du mouvement actuel, si les mouvements éco-bobos des verts ou de Mélenchon ont l'impression d'avoir une vocation "de masse". Evidemment la culture de ces groupes n'est pas celle des manifs et de la grève, ce sont des groupes à aspirations individuelles fortes et le syndicalisme ou le parti communiste ne sont pas historiquement taillés pour être compatibles avec cette aspiration. Mais en revanche ce sont des groupes plus éduqués, créatifs, qui peuvent analyser et comprendre beaucoup de choses, renouveler rapidement les méthodes de lutte (d'où l'épisode incompris de nombre de militants communistes à propos des primaires de gauche et non pas de La gauche, en prolongement de la pétition à 1.300.000 signatures qui a été initiée par quelques individus), éviter certains écueils tels que le suivisme aveugle ou la tentation du recours aux armes. Avec cette sociologie là, on doit pouvoir porter quelque chose de vraiment démocratique qui reste à définir, dans le contenu comme dans la méthode. Reste évidemment à ne pas perdre en combativité ni nous perdre dans l'individualisme, et cela implique de tenir le bout de la classe ouvrière "classique". Vu que c'est celle qui se rappelle au monde en ce moment, peu de chance que nous nous l'oublions...

Du coup il ne faut pas voir la "stratégie 99%" seulement comme un combat gramscien pour l'hégémonie culturelle mais bien comme une stratégie de rapport de force, en nous ouvrant à la diversité des bases sociales et donc des moyens d'action sans les laisser nous diviser.

Le Parti Communiste :

Avec le 37e congrès, le Parti Communiste sort d’une longue période (20-25 ans) de dérive idéologique et sociétale, affaiblissant, pour ne pas dire abandonnant, la position de classe, qui a laissé des traces profondes, freinant sa capacité d’action. La ligne politique définie lors du congrès est une ligne de mobilisation populaire appuyée sur les luttes sociales et les revendications sociétales, la composante de classe est forte et le lien social/sociétal est là et doit être constamment mis en avant; mais la mise en œuvre de cette ligne politique nécessite un parti mobilisé et convaincu et structuré pour l'action. On ne peut évidemment pas compter sur les médias pour nous aider, seuls les militants peuvent porter cette action, or le Parti Communiste est très affaibli non seulement numériquement, mais ce qui est beaucoup plus inquiétant, idéologiquement et aussi du point de vue organisationnel.

Le Parti est le reflet de la société, il est traversé par les mêmes dérives et ses militants sont sous la pression idéologique du capital relayé une fois de plus par la social-démocratie. Tout l’appareil idéologique du capital est mobilisé pour bâillonner le courant communiste et en criminaliser l’histoire, quitte à trafiquer la réalité, avec des échos dans le parti lui-même. La suppression des écoles de formation et d'une politique cohérente de formation idéologique et de promotion des cadres a porté un coup très dur à l'unité idéologique du Parti.

Au plan des effectifs, il y a un trou de génération des classes 1980 à 2010 et ça se ressent. De plus 1990-2010 c’est la période de flottement idéologique de directions faibles, avec suppression des écoles de cadres sur fond de défaite historique du mouvement révolutionnaire mondial avec la disparition de l’URSS et des pays socialistes d’Europe, cette situation va entraîner un double mouvement dans le parti communiste français, qui se fait encore sentir:

  • d’une part un groupe dirigeant idéologiquement faible, secrétaire général compris, tenté par l’aventure va essayer de transformer le Parti en un mouvement aux contours idéologiques mal définis et ne remettant en cause le système capitaliste que sur le plan sociétal, ne se basant plus sur une analyse de classe, au nom d’un aggiornamento nécessaire et sous le feu de l’idéologie dominante, c’est le 30eme congrès en l’an 2000 à Martigues ;
  • d’autre part, un réflexe de repli sur soi quasi religieux, sur «la foi du charbonnier» et un manque là aussi d’élaboration théorique qui prendrait en compte les modifications non seulement des rapports de forces mondiaux mais aussi du mouvement des forces productives, des façons de produire et de communiquer. Un nombre important de camarades vont quitter le Parti et créer une myriade de groupuscules se réclamant du combat communiste, mais « à l’ancienne » souvent sans vraiment de stratégie révolutionnaire, ils vont perdre le contact avec les masses populaires. Certains vont vivre dans un ecosystème leur permettant de continuer comme avant, y compris pour nombre d’entre eux en restant dans le Parti.

2) la capacité de nuire d'un Mélenchon démagogue saisi d’une posture césariste fort des 11% à l’élection présidentielle de 2012 (mais 5% aux législatives) qui a la capacité de faire échouer la ligne politique définie au congrès, alors qu’un accord sur les contenus et la méthode l’assurait quasiment d’être présent au second tour de la présidentielle de 2017. L’attitude d’un certain nombre d’anciens dirigeants du Parti communiste, héritiers du congrès de Martigues en particulier qui «sont allés chercher» Mélenchon en 2012, sur une ligne sociétale, mise en minorité au 36 e congrès, et tentés par une action fractionnelle, désavouée par environ 80% des militants, mais qui garde ses partisans dans le parti, qui seraient confortés par l’échec de la ligne mise en œuvre. La faiblesse idéologique de certains de ces anciens dirigeants communistes par défaut est telle que le seul argument trouvé pour soutenir un Mélenchon c'est de dire "il était notre candidat en 2012, il a donc vocation à l'être en 2017" ce à quoi on peut répondre qu'on a eu une candidate auparavant qui ne l'a pas été par la suite. Il ne faut pas s’y tromper, l’objectif de Mélenchon, c’est une OPA sur le PCF ou du moins sur ses forces vives, mais son fond anti-parti Communiste resurgit lorsqu'il attribue a priori l'échec relatif de unidos podemos à l'alliance avec le Parti Communiste Espagnol; les masques tombent ! Parmi les 80% de militants qui refusent la ligne sociétale et la liquidation du Parti en un «mouvement» à l’italienne (on a vu ce que ça donne !) les choses sont aussi loin d’être claires. Echaudés par la longue dérive précédente un certain nombre de camarades (env. 20%) ont adopté une attitude identitaire de «témoignage» dont le moins qu’on en puisse dire est qu’elle n’est pas adaptée à la situation mouvante, politique et économique, la modification rapide des moyens de communications, la révolution numérique qui bouscule les collectifs de travail et crée une sorte de fracture technique entre les générations. Toutefois, ces camarades "identitaires" ont "tenu les murs" de la maison communiste et empêché pour l'essentiel la liquidation du Parti Communiste Français, il faut leur rendre cette justice, alors que la défaite de l’URSS dans la guerre froide a entraîné une grosse perte de militants (en particulier après l’an 2000 et le congrès de Martigues où s’est affirmée la dérive idéologique) et un «trou» de génération de 20 ans qui est loin d’être comblé; le texte de la direction a obtenu précédemment au congrès la majorité absolue dans 58 départements et pas dans 34. Les semaines et mois qui viennent vont nécessiter un travail politique intense des militants, tant dans la population, au service des luttes que dans le Parti lui-même.

La nécessaire réorganisation du Parti communiste

Il me semble que dans l’organisation du congrès du parti et de la mise en application des décisions prises par le congrès souverain, il y a problème depuis l’abandon du centralisme démocratique. En effet, on a abandonné le centralisme démocratique sans trop se poser de question sur les effets induits dans le fonctionnement du Parti en tant qu’institution de mise en œuvre d’une organisation de combat au service de la lutte de classes du monde du travail et de l’intérêt du peuple tout entier.

Pour que le Parti soit efficace, ("les communistes ne font pas la révolution, ils l’organisent ! » V.I.O) il faut qu’il soit organisé pour mettre en mouvement l’action politique définie par le congrès qui est souverain. Dans cet esprit, le processus actuel de préparation du congrès est totalement inadapté. On commence par élire des directions de section et des directions départementales qui sont censées mettre en œuvre des décisions de congrès qui ne sont pas encore décidées et avec lesquelles elles peuvent être en désaccord. C’est une création de facto, dans le pire des cas, de groupes fractionnels dans le Parti, d’autant plus que le système des textes et listes alternatives est antidémocratique au possible et crée lui aussi des crispations qui incitent plus à des postures qu’à des participations à l’élaboration d’une politique claire.

Il faut une inversion des normes ! Préparer le congrès par des assemblées générales, lesquelles, après discussion libre, élaborent des amendements et des ré-écritures à un texte de discussion unique pouvant être remis en cause en congrès (il est souverain je le rappelle). Après congrès ayant défini la stratégie politique, et élu un CN et seulement après, élection et mise en place des directions et exécutifs départementaux, et de section, chargés d’organiser et d’animer la mise en place de la stratégie définie souverainement au congrès. Tel est me semble-t-il le gage de l’efficacité le Parti n’étant pas et n’ayant pas vocation à être le dernier salon où l’on cause. Il serait sans doute souhaitable que le 38 ème congrès mette à l’ordre du jour une discussion et modification des statuts allant dans ce sens, voire que soit convoqué un congrès extraordinaire avec pour ordre du jours les statuts, l'organisation.

Dans la situation statutaire actuelle, pour être efficace, il conviendrait de mettre en place des collectifs de suivi et animation des décisions de congrès à tous les niveaux, conseils départementaux et sections.

De toute façon, avec la loi nome, il va falloir revoir les découpage des conseils. Que signifie conseil départemental quand le département n'existe plus ou n'a plus aucun sens ?

Section et fédération sont des concepts indépendants des aléas des réformes territoriales. Bon, mais là n'est pas l'essentiel même si ça a une importance.

Un autre problème va apparaître que je ne sais pas nécessairement évaluer mais qui va exister, c'est celui de l'impact de la révolution numérique sur les méthodes d'organisation. Par ailleurs, comme noté ci-dessus dans le texte, les organisations communistes et les syndicats de classe portant les intérêts de la classe ouvrière traditionnelle historique se sont construits et organisés à l'époque, au cours essentiellement des révolutions industrielles et ont acquis leur efficacité en fonction de cette organisation. La production changeant d'organisation, l'exploitation s'opérant différemment même si c'est parfois plus férocement, il va falloir intégrer cet état de fait dans une réorganisation du Parti et dans ses moyens de consultation et débats internes. Ce qui doit guider l'esprit d'une restructuration organisationnelle du parti, c'est l'efficacité, et pas les susceptibilités des uns ou des autres.

Il y a une ambigüité à lever; le Parti n'est pas la Nation, les règles de vie du Parti n'ont pas à être le reflet de ce que nous considérons comme les règles de fonctionnement de la Nation. Ainsi par exemple, si le Parti ne peut pas tolérer des tendances, il n'est pas question d'imposer en temps normal, un parti unique dans le fonctionnement de la Nation, l'expérience a disqualifiée la chose.

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[1] En 1936 les grévistes étaient 2 millions et seul le secteur privé était en grève.

[2] Je rappelle là au passage que prolétaire est un rapport social, contrairement à une vulgate trop répandue, ce n’est pas lié à la nature du travail effectué ni au niveau de rémunération, seulement au fait que le prolétaire est un travailleur obligé de vendre sa force de travail pour acquérir les moyens de vivre (gagner sa vie) et que dans le mode de production d’aujourd’hui ça correspond très largement au salariat. Ce n'était effectivement pas le cas à l'origine, dans la Cité romaine. Dans l'antiquité romaine, le prolétaire était le citoyen de la dernière classe (la 6eme); exempt d'impôt, n'ayant d'autre bien que sa personne.

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commentaires

P. Gilles 07/07/2016 09:04

J'ai relu Julian Mischi: Il écrit quasiment ce que j'écris sauf que moi j'ai ajouté des éléments que je suis allé chercher des références dans des écrits marxistes de la fin des années 70). Que dit Julian Mischi: Classe ouvrière : déclin, ou recomposition ? ( « Le communisme désarmé » (p28 et 29)), après avoir montré le lien indissociable qu’il y a entre la désindustrialisation et le déclin du PCF il écrit : « De ce déclin du nombre des travailleurs de l’industrie, il serait cependant erroné de conclure à la disparition des mondes ouvriers. Les recensements de l’Institut national de la statistique (INSEE) nous enseignent tout autre chose. Après avoir culminé en 1975 (8,2 millions) le nombre d’actifs ouvriers (en emploi ou chômeurs) décline fortement dans les années 1980 puis se maintient autour de 7 millions d’individus dans les années 1990. La part des ouvriers dans la population active totale, qui était de 37% en 1975, diminue régulièrement, mais reste élevée : 23% au recensement de 2010. Les ouvriers représentent au début du XXIe siècle près d’un quart de la population française. Mais si l’on s’en tient à l composante masculine, un homme sur trois est ouvrier ». Comme Julian Mischi ne s'affiche pas comme marxiste, il s'appuie fondamentalement sur les chiffres de l'Insee qui, pour un marxiste, ne reflètent pas l'entièreté de la classe ouvrière. Car pour un marxiste, la classe ouvrière va bien au delà des seuls ouvriers au sens de l'Insee. Selon le dictionnaire du CERM (1975), "Elle [la classe ouvrière] se compose, (...) [outre les ouvriers proprement dits] mais aussi de cette partie des travailleurs qui interviennent dans la préparation du travail industriel (techniciens, ingénieurs de fabrication, dessinateurs, employés des services de planning et des centres de calcul [c'est ainsi qu'on appelait les informaticiens en 1975]) ou qui contribuent à l'achèvement du processus de fabrication (travailleurs des transports et télécommunications) et dont l'activité est créatrice de plus-value." Or que constate-t-on depuis le milieu des années 1970 ? A l'explosion du nombre des techniciens, que l'Insee ne compta pas parmi les ouvriers, mais souvent parmi les agents de maitre. Et à quoi assit-t-on depuis le début des années 1990? A l'explosion du nombre d'informaticiens, en lien avec le développement de l'Internet. [Il faudrait d'ailleurs réfléchir à la notion d'outil, de machine ou de moyens de production en 2016: quel outil ou machine, peut encore fonctionner sans informatique?].
Alors, peut-on sérieusement penser la Classe ouvrière comme une classe réduite à 2/3 du nombre d'ouvriers ? comme Ivan Lavallée le pense? Ce n'est pas sérieux !

P. Gilles 04/07/2016 07:38

Bonjour,
Je réagis par rapport à cet article de Ivan Lavallée.
Il écrit que la classe ouvrière stricto sensu ne représente plus en France que 3,6 millions (sur 24 millions de salariés (chômeurs compris) soit 15%). Cela m’a semblé très bizarre dès le début !!!
Ivan Lavallée, à propos de la Classe Ouvrière fait au départ 2 erreurs, + 1, soit 3 erreurs !!! Il compare Question : avec un tel écart avec la réalité que vaut le raisonnement ?
PREMIÈRE ERREUR :
Je suis allé rechercher des éléments sur le site de l’Inse. Ces chiffres, qui datent de 2014 donnent en fait 20,5% de la population active comme étant ouvriers (et pas 15% comme il l'écrit).
En 2015, en France métropolitaine, la population active était de 28,4 millions de personnes âgées de 15 à 64 ans (contre 28,6 en 2014). Cela donne un chiffre de 5,8 millions d’ouvriers. L’écart est significatif.
Cependant, pour bien peser les choses, et avoir un raisonnement « sociologique » et « politique », il me semble qu’il faudrait regarder la petite note appelée « lecture » en bas du tableau : « 32% des hommes ayant un emploi sont ouvriers » (Penser alors >>> le couple ; la famille ; le milieu social…. l’homme étant un être social, il vit peu souvent seul, et aujourd’hui il vit encore et très souvent avec une femme, qui est, souvent employée, avec un salaire souvent encore inférieur à celui de l’homme). Je trouve que cela ressemble beaucoup plus à ce qu’écrit Julian Mischi dans son, bouquin !
2ème ERREUR:
C’est seulement lorsqu’on enlève les ouvriers non qualifiés que l’on tombe sur un chiffre assez proche de celui de 15% (13,6%) que propose Ivan Lavallée.
Celui-ci réduit donc déjà et délibérément d’un bon tiers les effectifs de la Classe ouvrière !
Or le Dictionnaire Économique et Social, édité par le CERM et publié (en 1975) par les Éditions sociales estimait déjà que les ouvriers non-qualifiés représentaient déjà — en 1975 — 1/3 de la classe ouvrière, soit la même proportion qu’aujourd’hui.
A l'époque, le dictionnaire du CERM estimait à 9 millions les effectifs totaux de la classe ouvrière. Pour avoir une comparaison qui tienne la route, il faudrait ce qui est comparable, et donc diminuer d’1/3 ce chiffre pour le comparer avec son chiffre de 2016.
Ivan Lavallée compare donc des carottes avec des navets. Pour 1968 il inclut ces ouvriers non qualifiés dans la classe ouvrière (ce qui fait un chiffre de 8 million), qu’il compare avec un nombre en 2016 d’où il a enlevé les ouvriers non qualifiés, soit de 3,6 millions ; évidemment l’écart semble énorme ! La comparaison est fausse sa base de raisonnement est fausse.
3e ERREUR !!!
Aussi bizarre que cela puisse paraitre, les chiffres de 8 millions (1968) et 9 millions (1975) ne sont même pas les chiffres de l'Insee, mais des chiffres corrigés par le PCF et ses économistes de l'époque, « chiffres MARXISTES » ( !!!) et PAS LES CHIFFRES DE L’INSEE !!!!
Car le PCF n’utilisait pas directement les chiffres de l’INSEE !!! Il les majorait !
C’est explicité dans l’Histoire de la France contemporaine- Livre-club-Diderot publié au début des années 1980. Si je prends les chiffres de l’Insee, stricto-sensu, (p 306 du tome 1947-68), la classe ouvrière représentait, selon l’INSEE, 37,7% de la population active soit 7,6 millions en 1975. Car dans ce paragraphe l’auteur introduit la notion suivante :
« les effectifs de la classe ouvrière ont donc tendance à s’accroitre plus que ne l’indiquent les statistiques précitées de l’Insee. On peut ainsi estimer que LA CLASSE OUVRIERE AU SENS MARXISTE DU CONCEPT, atteint (…) 44,5% (et non 37,7%) soit près de 9 millions de personnes !!! » (sic)
Donc depuis toujours le PCF majorait les chiffres de l’INSEE !!! Donc les prendre comme base de référence, pour, ensuite, les comparer avec des chiffres de l’Insee que l’on a réduit d’un tiers…. C’est, osons le dire, de l’arnaque, ou tout du moins un certain amateurisme !
Car Ivan Lavallée prend pour base des chiffres déjà majorés, dans lesquels il n’enlève pas le 1/3 d’ouvriers non qualifiés…. Et il le compare avec un chiffre non-majoré de l’INSEE (donc minoré au sens marxiste, duquel il enlève 1/3 d’ouvriers non-qualifiés !!!
Question : quel est ce « SENS MAXISTE DU CONCEPT » ? Telle est la question que pourtant, j’ai du mal à la calculer aujourd'hui. En tout cas il faudrait au minimum majorer le chiffre de l’Insee de 2016 de 15% (proportion de 1975) si l’on veut faire des comparaisons avec ceux utilisés pour 1968.
Donc Ivan Lavallée a fait plusieurs erreurs cumulatives qui minimisent considérablement le poids de la classe ouvrière en France en 2016, par rapport à la manière dont on en calculait les effectifs avant 1980.
Concernant les étudiants… là encore il a faux ! il écrit : « A l’époque, il y a 373.000 étudiants (en proportion, 4,6% de la classe ouvrière) ». Dans le dernier tome de l’Histoire de la France contemporaine 1968-1991 (Livre-club-Diderot), un tableau donne 763 000 étudiants en 1970 !!! En 1960 il n’y en avait certes que 200 000. Je pense qu’en 1968 on devait être au-delà des 650 000 étudiants soit quasiment le double de son chiffre.
Concernant « sa note 2 », sur le PROLÉTARIAT.
Le dictionnaire du CERM (1975) donne cette définition pour Prolétariat : « Classe sociale formée de prolétaires, ouvriers salariés, qui, ne possédant aucun moyen de production, doivent vendre la seule marchandise dont ils disposent, leur force de travail, moyennant un salaire, et qui en contrepartie doivent travailler pour les capitalistes » ; C’est quasiment la même définition pour la classe ouvrière . D’ailleurs l’explicitation de ce terme fait explicitement référence à la classe ouvrière.
Dans l’explicitation de l’expression classe ouvrière, le dictionnaire du CERM dit ceci : « (…) ces aspects [ne posséder aucun moyen de production ; produire des marchandises ; ne pas participer à la collecte de plus-value] soulignent le caractère déterminant de l’appartenance à la classe ouvrière : la création de plus-value dans la sphère de production matérielle. Définir la classe ouvrière par rapport à ce critère, implique que sa composition évolue eu fur et à mesure que se perfectionnent les formes modernes de la production. [On est 20 à 25 ans avant Internet !!!] (…) à mesure que se perfectionne le processus de production, se modifie également le rapport entre le travail et l’objet de la production. Le travail intellectuel devient de plus en plus un élément du processus de production, un travail directement productif. Il tend à devenir comme le travail manuel « le produit d’un travail collectif dont les différents membres participent au maniement de la matière, à des degrés très divers, de près ou de loin ou même pas du tout »(…).
Cela ne conduit pas les auteurs à assimiler classe ouvrière et salariat : après avoir développé le concept de travailleur collectif, les auteurs disent « Membres du travailleur collectif, ils ne sont pas dans leur ensemble partie intégrante de la classe ouvrière, CAR ON NE PEUT IDENTIFIER LA CLASSE OUVRIÈRE AU SALARIAT »(sic).
Certes c’est un texte daté (1975), mais je le partage assez ; les « commerciaux », par exemple, s’ils sont nécessaires à la réalisation de la plus-value, ils ne la créent pas. Ce sont des salariés qui sont dans un autre processus que celui de la production.
Par contre, ce qui a changé depuis 1975 (mais c’était déjà perceptible dans certains développements), c’est que dans de nombreux secteurs, on a transformé des « services » en « marchandises ». De fait il y a des travailleurs qui ne créaient pas de plus-value, et qui en créent aujourd'hui, tout en faisant le même travail.
D’autre part, avec l’arrivée d’Internet, et surtout de l’envahissement de la micro informatique, il y a énormément de salariés qui travaillent dans ce secteur qui n’existait pas, et l’Insee ne classe pas ces travailleurs parmi les ouvriers, mais parmi les cadres et les techniciens. Or quelqu’un qui produit du code informatique, sans lequel une machine ou un service ne peut fonctionner, crée de la richesse. Il crée donc de la plus-value réalisée lorsque la "marchandise-code" est mise sur le marché, et vendue. C’est comme cela que je comprends la phrase (de 1975) que je t’ai citée plus haut : « Le travail intellectuel devient de plus en plus un élément du processus de production, un travail directement productif ». Ce prolétaire d’un type nouveau s’appelle informaticien en "jargon marché du travail". Mais allons lui dire qu’il est un ouvriers, c'est une autre affaire ! Pourtant, en terme marxiste il répond aux critères d'appartenance à la classe ouvrière.
A propos des informaticiens, plus j’y réfléchis et plus je vois une similitude entre le « fileur » de la 1ère moitié du 19e siècle, le « mécanicien » et de « l’ajusteur » des 100 années entre 1848 et 1950, le technicien, de la 2e moitié du 20e siècle, et de « l’Informaticien » (début des années 70, sans doute jusqu’à peut-être la fin du 1er tiers des années 2000) dans le sens où, comme ces métiers d'autrefois, l'informaticien est une sorte d' "aristocratie ouvrière" du 21e siècle, qui, comme les autres, à leur époque, étaient "au dessus du panier". Comme eux il connait une croissance, peut-être est-ce aujourd'hui l'apogée; les autres ont connu tous, dans le capitalisme triomphant, un déclin, en fonction de l’intérêt qu’il y trouve le capitaliste, ou des contraintes et des nécessité qu’il subit.
Pour le reste il y a des choses intéressantes dans cet article, et des choses qui le sont moins ; et aussi des manques !
1- Sur la CGT>>> je pense que la question fondamentale est le nombre de syndiqués. Il n’y a pas d’analyse réelle sur le poids de l’organisation syndicale dans l’entreprise ou le service. Or s’il n’y a que quelques militants de syndiqués et la masse non-syndiquée, cela ne peut pas fonctionner.
2- Sur le syndicat >>> une nouvelle fois on a parlé et mobilisé sur une seule chose : la loi travail. Or si l’on veut emmener les gens durablement dans l’action, il faut qu’il y cherchent quelque chose d’accessible, de palpable, de proche. Il faut poser d’autres revendications, et ne pas être comme le boxeur qui a pris des coup, dans le filet. Pour gagner sur la loi El Khomry, comme sur le reste, il faut sortir des cordes et passer à l’offensive. Et pour passer à l’offensive il faut parler salaire et de ses dérivés (primes, heures sup, réduction du temps de travail, etc.). Sinon c’est dur, très dur, et, je le crains quasi impossible.
3- Sur le PCF (mais c’est aussi valable pour la CGT) il y a le problème du lien avec les masses, en particulier pour leur faire connaitre leurs analyses et leurs solutions ; Sur ce point Facebook ne peut pas suffire. Car Facebook c’est finalement la mise en musique de la théorie des ensembles ; lorsque tu as un ensemble d- "amis", tu n’en sors pas ; et, encore faut-il qu’ils regarde facebook régulièrement ! En fait dans Facebook, l’individu est enfermé dans un « ensemble », qui est composé de lui et de ses amis ; mais ses amis ont finalement assez peu d’autres amis ; donc on tourne en rond. Personnellement j’en ai un peu marre >>> j’ai des fois une dizaine de fois le même texte de transféré par mes « amis » >>> et des fois on retrouve des partages qui avaient été faits par d’autres la veille, la semaine dernière, voire même l’année passée. Donc Facebook ne peut pas être la solution militante !
4- Sur les entreprises, et c’est là que le concept de PROLÉTARIAT tel qu’on m’a expliqué dans ma jeunesse s’applique (mais qui ne correspond pas non plus à la définition du dictionnaire du CERM présenté plus haut) — à savoir que LE PROLÉTARIAT EST LA CLASSE OUVRIÈRE DES GRANDES ENTREPRISES — la différence fondamentale entre les années 1960 et les années 2000, c’est que les grandes unités de production n’existent plus au sens entreprises intégrées ; la PME a remplacé la grande entreprise, même si, après une phase d’émiettement, les grosses unités de, production tendent à se re-concentrer, mais plus sous la forme d’unités intégrées où les travailleurs appartiennent à une entité unique, mais sous la forme d’un agglomérat-conglomérat de PME, autour d’une entreprise donneuse d’ordre (Exemple le site de Renault-Sandouville en Seine-Maritime). S’ajoute à cela l’émiettement au sein de l'unité de production avec l"intervention d’autres entreprises qui étaient autrefois intégrés (nettoyage, transport, affutage, conception, marketing, etc.). Là se trouve la difficulté majeure pour le syndicalisme, comme pour le politique, de faire percevoir aux travailleurs qui ont l’impression de n’avoir ni les mêmes patrons, ni les mêmes statuts, ni les mêmes conventions collectives, etc. la convergence d’intérêts, de revendications, etc. Autrefois c’était plus simple : on connaissait le patron, et c’était de sa faute. Aujourd’hui on ne connait pas le vrai patron, alors… définir l’adversaire,… comprendre où sont ceux qui vous défendent vraiment,… comprendre le possible et le comment se défendre,…
Voir chiffres sur le tableau sur le site de l'Insee que l'on trouve ici : http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATnon03173

José Fort 04/07/2016 08:19

Merci pour ce long et passionnant éclairage. A vérifier. Comme quoi tout n'est à jeter sur Facebook et les blogs. Cordialement. José.

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