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23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 09:40

Il y a 40 ans, le massacre d’Atocha

à Madrid

 

Madrid, 24 janvier 1977, 22h30. La capitale espagnole est plongée dans la nuit froide de l’hiver. Au 55 de la rue Atocha, plusieurs avocats communistes spécialisés dans la défense des droits des salariés, un étudiant en droit et un assistant administratif ont au menu plusieurs dossiers en instance.

 

En1972 déjà, en pleine dictature, ils avaient ouvert un peu plus loin un bureau où se pressaient des victimes d’accidents du travail, de licenciements, de salaires non payés… Il n’était pas rare que les escaliers menant au bureau soient embouteillés jusqu’à l’entrée de l’immeuble. Il n’était pas rare non plus que des policiers en civil surveillent ce « repère de rouges ».

 

En 1976, après la mort de Franco, les jeunes avocats louent d’autres bureaux, toujours rue Atocha, cette fois au numéro 55. Ils se sont connus sur les bancs de l’université où lors de réunions clandestines du parti communiste d’Espagne et des Commissions ouvrières toujours interdits.

 

  1. 24 janvier 1977, à 22h30, Luis Javier Benavides, Angel Rodriguez Leal, Javier Sauquillo, Serafin Holgado, Enrique Valdelvira, Luis Ramos, Miguel Sarabia, Dolores Gonzalez, Alejandro Ruiz-Huerta conversent en attendant la fin de la réunion des représentants des grévistes des transports madrilènes avec Joaquin Navarro, le leader des commissions ouvrières de cette branche.

 

 

 

Un peu plus tard, trois hommes arrivent à la hauteur du 55 rue Atocha plongée dans l’obscurité. Ils grimpent jusqu’au quatrième étage, patientent un instant, puis descendent au troisième.

José Fernández Cerrá, Carlos García Juliá y Fernando Lerdo de Tejada sonnent à la porte. Luis Javier ouvre. Les agresseurs le poussent violemment. Deux d’entre eux, l’un masqué l’autre pas font irruption dans la salle principale armés de révolvers tandis que Julia se précipite dans les bureaux attenants pour arracher les fils téléphoniques. Cerra pointe les sept personnes, les oblige à se placer visage face au mur.

 

« Vos petites mains bien en l’air », lance un des assassins qui demande « où se trouve Navarro » parti un peu avant. Julia revient des bureaux et pousse vers le groupe deux autres personnes.

 

Juliá tire le premier. Puis Cerrá. Les corps tombent les uns sur les autres tandis que Lerdo surveille l’entrée et prépare la retraite. Les trois criminels s’enfuient alors que les survivants depuis les fenêtres appellent au secours. Le massacre fait cinq morts et quatre blessés. La nouvelle se repend rapidement dans Madrid puis dans toute l’Espagne.

 

Le Parti communiste est toujours illégal. Son secrétaire général Santiago Carrillo a été arrêté quelques semaines plus tôt puis relâché. Les autorités de transition déclarent ne pas pouvoir assurer la sécurité des blessés et des obsèques. Des groupes fascistes lancent des appels à « combattre le péril rouge ». La menace d’un retour à la nuit noire de la dictature plane sur l’Espagne.

 

 

Deux avocats, Manuela Carmena rescapée par hasard du massacre car elle avait un rendez-vous à proximité, aujourd’hui maire de Madrid, et José Maria Mohedano jouent un rôle important dans les négociations pour l’organisation des obsèques. Objectif : assurer la sécurité et éviter tout débordement. Le Parti communiste d’Espagne (PCE) fait à cette occasion la démonstration de sa maturité et sa capacité à maitriser un événement qui aurait pu mal se terminer. Plus de 100.000 personnes accompagnent les victimes. Aucun incident n’est à déplorer grâce à l’efficacité du service d’ordre du PCE.

« Quelques jours après, raconte Manuela Carmena, lorsque nous sommes retournés à l’étude, une chaîne de travailleurs volontaires s’était installée pour nous protéger depuis la rue jusqu’à l’entrée des bureaux. Cela dura plusieurs mois. »

 

 

Les assassins ne prennent même pas la peine de fuir Madrid, confiants dans leurs protecteurs. Or, la police arrête José Fernández Cerrá, Carlos García Juliá et Fernando Lerdo de Tejada en qualité d'auteurs des faits, et Francisco Albadalejo Corredera, secrétaire régional du syndicat franquiste dit « vertical » des transports, comme la tête pensante de cette tuerie. La police arrête également Leocadio Jiménez Caravaca et Simón Ramón Fernández Palais, ex-combattants de la « division azul » ( unité militaire partie combattre en URSS aux côtés des nazis) pour avoir mis à disposition des armes, et Gloria Herguedas, fiancée de Cerrá, comme complice.

En 1980, le procès condamne les accusés à un total de 464 années de prison. Depuis, plusieurs sont morts. Un a réussi à s’enfuir avant d’être arrêté et emprisonné en Bolivie pour trafic de stupéfiants.

Miguel Ángel Saraiba, un des rescapés de la tuerie commente ainsi les sentences : « Le jugement des assassins d'Atocha a constitué la première occasion de mettre sur le banc des accusés l'extrême droite, de la juger et de la condamner ». Et d’ajouter : « l’ADN de la démocratie est dans Atocha. »

 

José Fort

 

 

Echec de l’engrenage de la violence

 

Au lendemain des obsèques des victimes de la tuerie d’Atocha, Antoine Acquaviva, envoyé spécial de « l’Humanité », rapportait l’entretien qu’il avait eu avec Santiago Carrillo, secrétaire général du parti communiste. Extraits.

« L’Espagne traverse un moment difficile et complexe. L’extrême droite ultra sent qu’elle est en train de perdre de manière irréversible le contrôle de l’Etat. Aussi essaie-t-elle de créer un climat d’anarchie, de coup de force, de terreur afin de provoquer une réaction de l’armée et des forces de police contre le processus de démocratisation ; de susciter dans la classe ouvrière et dans la jeunesse un sentiment de frustration

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