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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 18:10

Un article de José Fort publié dans le hors-série de « l’Humanité » de mai 2011.

La formation du gouvernement de Pierre Mauroy en juin 1981 comprenant des ministres communistes provoque  un vif mécontentement du côté de Washington et de Londres. Le président français rassure vite Ronald Reagan et Margaret Thatcher en expulsant plusieurs dizaines de diplomates soviétiques en poste à Paris accusés d’espionnage et en déclarant au Bundestag : « Le pacifisme est à l’Ouest, les missiles sont à l’Est. »

En 1981, les Etats-Unis sont encore sous le coup de l’humiliation au Vietnam vainqueur d’une longue et douloureuse  guerre de libération. Les deux dernières dictatures en Europe (Franco en Espagne et Salazar au Portugal) ont passé la main depuis plusieurs années. En Afrique, de nouveaux pays conquièrent leur indépendance comme l’Angola et le Mozambique, l’Amérique centrale et du Sud se débarrassent progressivement des régimes tortionnaires. Dans le monde commencent à souffler les premiers vents de la liberté au prix de guerres comme au Salvador et au Nicaragua. Mais 1981, c’est aussi et surtout les tenants du libéralisme qui ont le vent en poupe.

Reagan et Thatcher se présentent comme les champions de l’offensive néolibérale avec un programme simple : moins d’impôt, réduction des dépenses publiques, démantèlement des acquis sociaux. Avec un discours commun : l’Etat ne doit plus intervenir dans l’économie. La réalité mérite la nuance. Reagan dépense sans compter les deniers publics pour l’industrie de l’armement en accroissant les déficits publics et la dette. Thatcher fait de même. Et tandis que Reagan s’attaque aux forces progressistes nord-américaines tout en multipliant les ingérences à l’étranger, Thatcher lâche ses chiens contre le mouvement syndical britannique et laisse crever au fond de leurs prisons les militants irlandais, Bobby Sands et ses compagnons.

L’orientation voulue par Ronald Reagan se résume à la confrontation directe avec l’URSS. Une stratégie (la doctrine Reagan) vise à substituer à « l’endiguement  du communisme » une guerre totale dite de « basse intensité ». Pour Reagan et la plupart des chefs du monde occidental, il ne faut pas seulement « contrer » l’URSS, il faut l’abattre, la détruire économiquement et moralement et l’affronter partout où elle se manifeste. Pour mener à bien cette offensive, tous les coups sont permis. Soutien à des régimes dictatoriaux, opérations spéciale secrètes avec comme cibles principales : le Nicaragua, l’Afghanistan, le Laos, le Cambodge, la Grenade, l’Iran, la Libye et Cuba. Les dollars et les armes coulent à flot pour  la contra nicaraguayenne, les moudjahiddin afghans ou encore les anticastristes cubains de Miami.

Reagan n’y va pas quatre chemins. Pour lui, il s’agit d’une véritable « croisade » contre « l’empire du mal ». Cette « guerre » bénéficie de la glaciation du système soviétique, son absence de force propulsive. Elle sera aussi idéologique. La Pologne joue un rôle essentiel dans les prémisses de l’écroulement de l’URSS et des pays du bloc de l’Est. En 1978,  le cardinal polonais Karol Wojtyla est élu 262 è pape sous le nom de Jean-Paul II. Premier pape non italien depuis Adrien VI, il va mener une intense activité sur la scène internationale contre le communisme. Et c’est toujours en Pologne que Lech Walesa fonde le syndicat Solidarnosc soutenu par les Occidentaux qui sera le déclencheur  de la tornade qui emportera plusieurs années après les régimes de l’Est européen.

Le développement de la situation dans un autre pays va jouer un rôle important dans la nouvelle partition qui s’écrit dans le monde : l’Afghanistan. En 1978, les communistes prennent le pouvoir à Kaboul et engagent un combat souvent oublié en faveur de l’éducation et de la libération des femmes. Les islamistes entrent en guerre contre le pouvoir en place et Moscou envoie la troupe. Les Etats-Unis qui avaient tissé la toile du piège alimentent en armes et en dollars les forces rétrogrades. Pas seulement eux : la Chine, l’Egypte, l’Arabie saoudite, le Pakistan et aussi les services spéciaux occidentaux parmi lesquels les Français s’engagent aux côtés de ceux qu’ils prétendent combattre aujourd’hui.  Les soviétiques sortiront de l’enlisement en 1989. Les USA et leurs alliés s’embourbent sur les mêmes lieux en 2011.

En 1981, la course aux armements est relancée. Elle fait craindre le pire. Reagan prépare la guerre des étoiles, Thatcher l’expédition aux Malouines. C’est le temps de grandes manifestations pacifistes et le début de la grande confusion idéologique.

José Fort

 

   

 

 

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