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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 10:37

Un article publié  dans "Vie Nouvelle"

 

Il ne fait pas bon d’être syndicaliste dans de nombreux pays. Il y a ces militants qu’on assassine ou qu’on emprisonne, ceux qu’on pourchasse, qu’on marginalise et licencie. Le dernier rapport mondial publié par la Confédération syndicale internationale (CSI) lors de la 100 ème conférence de l’Organisation internationale du travail (OIT) montre l’ampleur de la répression visant les droits syndicaux et les libertés.

 

 

L’affaire n’est pas assez juteuse et people pour faire la « une » des médias. Et pourtant. Le rapport annuel de la Confédération syndicale mondiale (CSI) couvrant l’année 2010 dresse un bilan de la répression particulièrement lourd dans 143 pays: 90 assassinats de syndicalistes (49 en Colombie), des milliers d’arrestations et de licenciements pour activités syndicales. Le rapport met l’accent également sur les tendances mondiales de non-respect des législations du travail par les gouvernements, le manque de soutien au financement de l’inspection et de la protection, l’exploitation de la main-d’œuvre principalement féminine dans les zones franches.

Europe : au nom de l’austérité

Il y a peu encore, l’Europe était présentée comme un « modèle » à suivre en matière sociale. Patatras. Au nom de la lutte contre les déficits liés à la crise économique, baisses de salaires, réformes injustes des retraites ou encore réductions budgétaires s’accompagnent de violations des droits syndicaux et augmentation du travail précaire dans la plupart des pays membres de la l’Union européenne. Au tableau du déshonneur du continent, l’Ukraine et la Russie avec une limitation drastique des droits des salariés, la Géorgie occupant la position de brebis galeuse  en matière des droits des travailleurs, un pays célébré cet été lors d’un voyage officiel de Nicolas Sarkozy.  La Turquie reste dans le peloton de tête des pays violant les droits syndicaux : rien qu’en 201O, 350 syndicalistes ont été licenciés en raison de leurs activités. Epinglés aussi dans le rapport de la CSI, la Belarus, la Serbie, la Moldavie, la Bosnie-Herzégovine, l’Estonie, la Lituanie et l’Albanie.

Amériques : impunité et terreur

Le continent américain est réputé pour la dangerosité en ce qui concerne l’exercice des droits syndicaux. Les assassinats y sont légion principalement en Colombie, au Guatemala, au Panama, au Brésil et au Honduras. On note également des enlèvements, des  menaces de mort, des violations de domicile.

La crise a eu, en Amérique latine aussi, de profondes répercussions sur l’économie. Le rapport de la CSI dénonce l’attitude de nombreux gouvernements qui utilisent le prétexte de la crise pour saper les droits syndicaux.  Aux Etats-Unis et au Canada, on relève la multiplication des campagnes d’intimidation, le refus des  négociations collectives et le recours aux briseurs de grève.

Afrique, Asie-Pacifique, monde arabe : dur, dur d’être syndicaliste

Dans les trois cas, le rapport de la CSI relève de graves atteintes  contre les syndicalistes. En Afrique, le Swaziland, le Zimbabwe, le Soudan arrivent largement en tête en matière d’assassinats et d’enlèvements. Il est noté également la répression en Afrique du sud, le refus de tout dialogue social au Nigéria, au Ghana, la formation de syndicats « jaunes »  au Burundi et en Ethiopie.

En Asie-Pacifique, l’année 2010 a été particulièrement cruelle au Bangladesh. Mais en Inde comme en Chine, aux Philippines comme au Pakistan la violence s’est abattue sur les travailleurs réclamant des droits et la liberté de parole. Quant à la Corée du Nord et la Birmanie, ces deux pays ont réglé à leur manière le problème en interdisant toute activité syndicale indépendante.

Dans le monde arabe, la situation sociale était très sombre avant le déclenchement des soulèvements contre les régimes de Ben Ali et de Moubarak. Depuis, les changements tant espérés se font attendre. En Syrie, en Libye, au Bahreïn, en Irak, l’activité syndicale reste une inconnue. Quant aux pays du Golfe, ils se distinguent par une surexploitation esclavagiste des travailleurs migrants privés de protection juridique et particulièrement exposés aux agressions physiques et aux abus sexuels.

Selon le rapport de la CSI, 2010 a été une année « dure » pour le mouvement syndical. Nous dirions sauvage et répressive. Selon les informations qui nous parviennent des quatre coins du monde, 2011 ne sera pas mieux. Plutôt pire.

José Fort

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