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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 15:46

 

D’abord, ça commence mal avec les hôtesses de Cubana de Aviacion à qui on a l’impression d’avoir infligé une peine de travail obligatoire et dont l’attitude constitue aux yeux des passagers une triste première image de la Grande Ile. Rien à voir avec les jeunes ingénieurs, techniciens, professeurs, musiciens, simples employés, serveurs rencontrés au fil du voyage et n’ayant pas, eux, la possibilité financière de voyager à l’étranger. Ils affichent la jeunesse éduquée, souriante, confiante et enthousiaste d’un pays en plein mouvement. Ils sont les enfants de Fidel et de Raul Castro, des anciens guérilleros, des combattants aujourd’hui vieillissants qui progressivement vont disparaître.

Je rentre de Cuba trois ans après mon dernier séjour dans l’île. Je m’interrogeais sur l’application des réformes annoncées, il y a un an et demi. L’explosion des activités économiques en tous genres, de la restauration au réparateur de vélo, de l’industrie pharmaceutique à la serveuse de café sur le pas de sa porte, du vélo-taxi au tourisme de masse et surtout le spectaculaire succès des réformes agraires avec champs et pâturages accueillant des troupeaux de vaches et de chèvres ainsi que les  cultures maraichères et les jardins urbains confirment la nouvelle étape franchie par Cuba dans son développement malgré le blocus criminel imposé depuis plus de 50 ans par les Etats-Unis. Imaginez, une seul instant, que la France ait été bloquée pendant un demi siècle à ses frontières avec la Belgique, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne!

A Cuba on n’a pas  – pour l’instant – de pétrole mais le système D, on connaît. La propreté des villes (à part quelques quartiers à la Havane), des bas-côtés des routes surprend. « Ici, je vois parfois la pauvreté, pas la misère », glisse Irène, une amie française.

Pour apprécier les progrès enregistrés à Cuba, il faut sortir des sentiers touristiques : pour les Canadiens, le ghetto de Varadero limité au soleil, à la plage et au mojito; pour les Européens, le vieux quartier de la capitale et la ville coloniale de Trinidad transformés en réserve à peaux blanches où sont lâchés les chasseurs d’euros et autres marchands de souvenirs. Un mal que Fidel Castro en personne regrettait lors d’une interview conduite par Roland Leroy, alors directeur de « l’Humanité », conscient « du danger de la dollarisation des esprits. Mais comment survivre sans utiliser au maximum notre potentiel ? » Cuba ce n’est pas seulement Varadero et Trinidad. Cuba, c’est autre chose.

C’est Isabel, 30 ans, agronome, qui explique qu’après la chute de l’URSS, premier acheteur de sucre, la moitié des terres consacrées à la canne a été distribuée aux paysans -  leur pouvoir d’achat a triplé - pour favoriser l’élevage et les cultures. C’est Helena, ingénieur agronome, qui nous vante les différentes plantes utilisées pour combattre le cancer, les maladies du foie, cardio-vasculaires et…pour stimuler la sexualité. C’est Jorge chargé de la visite de l’Eglise de Remedios et sa vierge enceinte qui s’étonne d’une question sur les libertés religieuses. « Ici, toutes les église sont ouvertes », dit-il, avant de rejoindre l’un des deux bistrots de la place «  La Foi » et « le Louvre ».  C’est Maria, la directrice d’une crèche et d’une maternelle accueillant des enfants de 1 à 5 ans, chaque classe étant encadrée par une enseignante et trois assistantes. Ce sont les petits villages traversés tous dotés d’une école et d’un dispensaire.

Cuba, c’est aussi Manuel et Yara. Il est médecin, bac plus 10, spécialiste des maladies infectieuses, elle est biologiste. Pour arriver jusqu’à chez eux «  t’arrives au bout de la route. Le Parti est à droite, tu prends à gauche », s’amuse un passant. Manuel et Yara, enfants de paysans, doivent «  tout à la révolution ». Mais, ajoutent-ils, « nos salaires sont trop bas et le simple guide de tourisme gagne dix fois plus que nous. » Manuel et Yara se transforment en restaurateur le temps d’une soirée pour gagner les euros nécessaires à l’achat d’un ordinateur. Cuba, c’est aussi Sarah fière de ses fils ingénieurs « gagnant beaucoup d’argent en Floride » et qui considère «  normal » que ses enfants aient été formés par l’école cubaine pour se mettre après au service du capitalisme yankee. La fuite des cerveaux ne préoccupe pas Sarah. En revanche, l’argent envoyé par ses fils est le bienvenu.

Cuba va mieux. Les années terribles de l’après camps socialiste sont à ranger au rayon du passé. Les réformes économiques ont donné un nouveau souffle au pays. L’environnement progressiste latino-américain avec notamment le Venezuela, la Bolivie, le Brésil, l’Equateur est plus favorable à la révolution cubaine. Les Etats-Unis ont tenté et tentent toujours d’étrangler Cuba qui a investi dans les intelligences et les nouvelles technologies et échange désormais son savoir faire contre du pétrole et autres produits. Des milliers de médecins cubains sillonnent l’Amérique du sud. Ils sont devenus les champions dans des secteurs comme l’ophtalmologie, le cancer, les maladies de peau… mais devraient consacrer une part de leurs efforts à la lutte contre l’obésité, les Cubains passant trop de temps à manger le plus souvent sucré.

Cuba va mieux. A Washington, cette évolution ne plaît guère et aucune mesure n’est envisagée pour mettre fin au blocus et au scandaleux maintien en prison des 5 patriotes cubains envoyés à Miami pour combattre le terrorisme  après accord des services spéciaux US et alors qu’une vague d’attentats frappaient la Havane.

Cuba va bien. A ceux qui pensent que le prétendu standard « démocratique » européen doit s’appliquer  partout dans le monde, les responsables cubains répliquent : « Croyez-vous qu’un pays sous blocus, agressé depuis tant d’année soit le meilleur terreau pour l’épanouissement de toutes les libertés ? » La Grande Ile fait parler d’elle depuis 50 ans alors que les autres pays proches restent dans l’anonymat. N’y a-t-il pas là une source de réflexion ? Ne faut-il pas se demander pourquoi les médias consacrent des kilos d’informations aux opposants dont il est prouvé que la plupart sont payés par les services nord-américains et tout récemment ont observé le silence sur les effroyables dégâts provoqués par l’ouragan Sandy dans la partie orientale du pays ? Peut-être parce que Cuba a su limiter les pertes humaines alors qu’à New York les victimes se comptent par dizaines.

Radio Reloj, la radio qui donne l’heure chaque minute et 24 heures sur 24, n’est pas près d’arrêter d’émettre tellement les Cubains la considère comme patrimoine national. Comme la révolution qui malgré les années, les échecs et les progrès reste vivante dans le cœur de la majorité des Cubains.

José Fort

L’Humanité Dimanche  (3 au 9 janvier 2013)

 

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