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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 13:32

HOMMAGE A JEAN FERRAT

 

ROLAND LEROY

 

19 JUIN 2010

 

35eCONGRES DU  PARTI COMMUNISTE FRANCAIS

 

 

 

 

Il est toujours difficile d’évoquer la vie d’un absent récemment disparu

 

Mais quand la foule amassée sur la place d’Antraigues

chantait à l’unisson « la montagne » en attendant son cercueil, on pouvait mesurer que Jean Ferrat ne disparaîtrait

jamais de la vie populaire française.

 

Et, pour moi, c’est d’autant plus dur que j’avais pour Jean de l’amitié, de l’affection et – disons-le -, du respect.

 

C’est pourquoi, je voudrais d’abord souligner qu’il est bien que ce congrès-ci du parti communiste français rende hommage à Jean Ferrat.

 

Un hommage qui ne soit pas seulement l’expression de la tristesse profonde causée par sa disparition, mais un hommage qui reprenne le généreux humanisme, le clairvoyant réalisme, l’inébranlable optimisme qu’il exprima toujours.

 

Jean ne posséda jamais la carte du parti communiste français, mais il avait très profondément en lui, toutes les qualités qui font un  communiste et il fut toujours de tous les combats communistes français.

 

Il réunissait en effet l’ouverture d’esprit, la modernité  bien

distincte des modes éphémères, le courage de dire ce qu’on

pense, même quand on est peu nombreux à le penser, la générosité et l’humanisme qui font les communistes.

 

C’est pourquoi notre parti, ce parti dont il n’a jamais été membre, est toujours le sien.

 

Et comment ne pas évoquer ici cette chanson qu’il appela « le bilan » et qu’il n’hésitait pas à prendre apparemment des distances avec nous, pour s’en rapprocher encore fondamentalement.

 

« Mais quand j’entends parler de bilan positif

Je ne peux m’empêcher de penser : A quel prix ?

Et ces millions de morts qui forment le passif

C’est à eux qu’il faudrait demander leur avis

N’exigez pas de moi une âme de comptable

Pour chanter au présent ce siècle – tragédie

Les acquis proposés comme dessous de table

Les cadavres passés en perte et profit

 

Au nom de l’idéal qui nous faisait combattre

Et qui nous pousse encore à nous battre aujourd’hui

 

C’est un autre avenir qu’il faut qu’on réinvente

Sans idole ou modèle, pas à pas humblement

Sans vérité tracée, sans lendemains qui chantent

Un bonheur inventé définitivement

Un avenir naissant d’un peu mois  de souffrance

Avec nos yeux ouverts en grand sur le réel

Un avenir conduit par notre vigilance

Envers tous les pouvoirs de la terre et du ciel

 

Au nom de l’idéal qui nous faisait combattre

Et qui nous pousse encore à nous battre aujourd’hui »

Mais quand on le sollicita de compléter naturellement cette chanson par une rupture totale avec nous, il répondit à Michel Drucker : « Des gens avaient espéré que j’avais retourné ma guitare » « s’ils comptent sur moi pour faire de l’anti communisme ce n’est pas le cas ».

 

Jean, qui n’avait pas sa carte du parti communiste était

un communiste qui sut chanter – ce qui était sa façon de le dire – les problèmes de l’actualité politique avec, grandes finesse et profondeur, souvent avant l’évènement même.

ainsi,  quelques mois avant mai 68 il chante :

 

« fils de bourgeois ordinaires

  Fils de dieu sait qui

  Vous mettez les pieds sur terre

  Tout vous est acquis

  Surtout le droit de vous taire

  Pour parler au nom

  De la jeunesse ouvrière

  Pauvres petits cons ».

 

Les évènements de 68, dont il exalta la signification et la portée historique :

« qu’elle monte des mines descende des collines

  Celle qui chante en moi la belle la rebelle

  Elle tient l’avenir, serré dans ses mains fines

  Celle de 36 a 68 chandelles

  Ma France ».

 

Ainsi il lui arrivait d’être plus, d’être mieux communiste que d’autres, pourtant membres du parti.

 

C’est pourquoi ceux qui le critiquaient en l’étiquetant « communiste » c’est à nous qu’il faisait honneur.

 

Jean était un lecteur assidu et toujours très attentif, souvent interrogatif, parfois critique, de « l’Humanité » et de « l’Humanité  Dimanche » qu’il a quelquefois diffusés en participant aux ventes de masse de ce

«  journal  que l’on vend au matin d’un dimanche

 à l’affiche qu’on colle au mur du lendemain

«   ma France ».

 

Les idées qu’il exprimait étaient les siennes. Elles coïncidaient avec les nôtres. Il savait, il sait encore, il saura

toujours, mieux que nous, les faire passer.

 

Il restera celui qui fit largement connaître, aimer, reprendre la poésie d’Aragon.

 

D’ailleurs, Jean Ferrat le dit lui-même : « il est évident que d’avoir été mis en musique a permis à certains de ses textes d’être véhiculés d’une manière incomparable dans le public,

Et d’avoir un écho qu’ils n’auraient pas eu sans cela ».

 

Et, Jean ajoute : « Aragon est le seul poète connu que j’ai souvent mis en musique. Je trouve que sa poésie correspond à une sorte d’idéal d’écriture dans le domaine de la chanson. Le sens des images, la force de son expression, la concision extrême de ses vers, ce sont des choses qui, à mon avis, sont essentielles dans l’écriture d’une chanson ».

 

Mais  Jean Ferrat ajoutait : « je trafiquais un peu ses textes,

J’isolais deux vers pour en faire un refrain, il m’arrivait de les intervertir, de couper des vers. Je faisais « ma petite cuisine » c’est un peu comme disait Picasso : «  je ne cherche pas : je trouve ».

 

C’est ainsi qu’on peut dire que Jean Ferrat a donné à la poésie d’Aragon une grande puissance de pénétration.

 

Il avait une haute idée de la chanson française.

 

Pour lui qui chantait « Je ne chante pas pour passer le temps » ou «  je twisterais les mots qu’il fallait les twister » ; pour lui qui sut ironiser sur Jean d’Ormesson comme sur Pradel et la télé réalité ;  pour lui qui en février 2001 écrivit à Michele  Cotta pour protester contre la censure qui frappait Isabelle Aubret : «les petits marquis qui font la loi dans la programmation réduisent au silence des pans entiers de la création française ».  Comme il l’écrivit dans « le Monde » en janvier 2002, pour lui la chanson est un haut moyen d’expression politique au sens noble du mot.

 

Mais la chanson française c’est aussi pour lui le mode d’expression de la vie, de l’amour, de la nature. Il dit un  jour à propos des poèmes d’Aragon : «  je n’ai pas mis en musique des textes proprement politiques. Il y en a qui sont relatifs à des choses, disons universelles sur l’homme, mais finalement ce sont les textes d’amour qui sont devenus des succès ».

 

Cela tient sans doute à l’exceptionnelle personnalité de Jean Ferrat, personnalité profondément riche, d’une vaste culture et en même temps simple parce que, humaine, avant toute chose.

 

Pour l’avoir vu vivre à Antraigues, avoir failli lui faire encaisser « une fanny » à la pétanque en faisant équipe avec lui sur la place du village, pour avoir passé avec les deux Jean du village, Saussac qui en fut le maire et Ferrat l’adjoint, des moments délicieux et joyeux, je porte témoignage que son enracinement n’y était pas artificiel,

que lui et Colette y sont profondément implantés.

 

Justement Colette, la femme  qu’il aimait profondément, qui le soutenait et qui l’a soutenu jusqu’au dernier instant, la femme qui prolonge sa vie dans leur village ardéchois, m’a prié de vous demander d’excuser son absence ce soir et de vous dire ses sentiments d’amitié, elle, qui, très sensible à votre invitation, ne trouve pas encore la force de quitter leur maison.

 

Il est impossible d’évoquer la personnalité si attachante de Jean Ferrat sans associer ceux qui l’ont accompagné de si près Gérard Meys, Isabelle Aubret, Francesca Solleville………..

 

Mais comment ne pas dire comme il l’a chanté pour un de ses amis « tu aurais pu vivre encore un peu ». 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

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