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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 11:07

Lise London, combattante de l’espérance, est décédée

 Un article à paraître ce lundi matin dans l'Humanité

 

 

 

Lise London, née Elisabeth Ricol, fille d’une famille espagnole venue en France au début du XX ème siècle à la recherche de travail, Lise London pour qui son engagement communiste avait « la pureté du cristal », Lise London qui aura supporté, la misère, la guerre, l’emprisonnement, la déportation, la terreur stalinienne, Lise London, folle d’amour pour « Mon » Gérard (Artur London) dont elle sera séparée pendant des années par l’ignominie totalitaire, Lise London, femme rebelle jusqu’à la fin de sa vie, vient de mourir à Paris, à l’âge de 96 ans. Ce personnage d’exception, d’une intelligence pétillante, préfèrerait à l’exposé de notre peine l’évocation d’un parcours plein, fait de drames et de joies, de courage et d’amour, de partage et de lucidité. Pas pour dresser un monument à sa gloire - elle détestait le culte de la personnalité - mais pour dire à tous, particulièrement aux plus jeunes : « Ouvrez grands les yeux, ne vous laissez pas enfermer dans les certitudes, n’hésitez pas à douter, battez-vous contre les injustices, ne laissez pas la perversion salir les idéaux communistes. Soyez vous-mêmes. » Une combattante de l’espérance vient de disparaître.

 

Combattante, elle l’aura été depuis son enfance. D’abord à Saint-Étienne où elle vend en cachette de ses parents des cacahuètes grillées pour aider à faire bouillir la marmite familiale, puis à Vénissieux où elle étudie la sténodactylographie et s’engage dans l’action communiste.  Secrétaire aux usines Berliet, puis au comité lyonnais du PCF, elle croise Waldeck Rochet et engage une forte amitié avec Jeannette Weermersch, la future compagne de Maurice Thorez qui disait, comme un signe prémonitoire pour Lise : «  Il est difficile de rompre les amarres d’un couple quand on a rien à reprocher à son partenaire si ce n’est de ne plus l’aimer d’amour. » Elle est envoyée par le PCF à Moscou en 1934 au siège du Kominterm où elle rencontre pour la première fois Dolorès Ibarruri, la future Pasionaria. Elle a 18 ans et s’étonne déjà des « purges », d’un référendum à main levée contre le droit à l’avortement. Elle résiste à la bêtise bureaucratique et sera blâmée.

 

Lise, c’est l’histoire d’un amour. A Moscou, elle rencontre Artur London, militant du Parti communiste tchécoslovaque. Au self service du Kominterm, « j’ai aperçu un jeune homme, grand et beau, planté au milieu de la salle, comme pétrifié. Il me fixait intensément sans s’apercevoir que la tasse de thé qu’il tenait à la main dégoulinait le long de son poignet. » Ils décident de vivre ensemble en 1935.

 

Lise rentre seule en France au début de l’été 1936, travaille comme secrétaire auprès du responsable de la MOI (Main-d’œuvre immigrée, section rattachée au comité central du PCF).
A la mi-juillet 1936 commence le putsch franquiste contre la jeune République espagnole. Elle participe à Paris à la constitution des Brigades internationales et quelques mois plus tard rejoint André Marty au quartier général des BI à Albacete. Elle se souvenait avec émotion du long voyage en train et des milliers d’Espagnols rassemblés dans les gares criant « merci frères ». « Innombrables étaient alors ceux », écrivait-elle, » qui payaient tribut à la mort par amour pour la vie. Sans leur sacrifice que serait-il advenu de notre humanité ». En 1937, elle retrouve Gérard qui a rejoint lui aussi les Brigades internationales. Enceinte, Lise regagne Paris au mois de juillet 1938 et donne naissance à sa fille Françoise. Gérard la rejoint en février 1939.

 

L’ancienne des Brigades Internationales, capitaine dans la Résistance, ancienne déportée sera faite bien plus tard officier de la Légion d’honneur. Elle méritait cet honneur.

Sous l’occupation nazie, une  première opération est organisée par les FTP. Henri Rol-Tanguy en est le principal artisan. Lise prend la parole devant un magasin à Paris, dénonce l’occupant et s’enfuit sous la protection de deux résistants armés. La célèbre manifestation de la rue Daguerre. Elle sera la seule accusée pour « assassinat, association de malfaiteurs, activités communistes ». Suivra ensuite l’emprisonnement à La Petite Roquette où elle accouchera de Michel, puis à Fresnes, à Rennes où on lui retirera son fils, avant de prendre le chemin de Romainville, étape avant le camp de concentration. Son père, son frère Frédo et son compagnon Gérard, eux aussi, sont emprisonnés.

 

Lise aura vécu les années noires, sa famille écartelée, ses copines fusillées, gazées… Elle se souvenait avec émotion de ses camarades, Danièle (Casanova), Henriette et les autres, l’horreur des appels, les corvées, les bastonnades, la faim, les fusillades, les fours crématoires, le long transfert à pied sous les coups alors que les troupes soviétiques et américaines s’approchaient des camps. Elle laissait aller une larme et préférait, vite, évoquer l’organisation clandestine installée à la barbe des SS. Pour Lise, le combat primait tout.

 

Elle n’en avait pas fini. La famille communiste Ricol-London vivra dans sa chair le stalinisme. Vice-ministre tchécoslovaque des Affaires étrangères, Artur London, ancien déporté lui aussi, comme de nombreux anciens des Brigades internationales que Staline et ses sbires tchécoslovaques voulaient faire disparaître, va vivre l’épouvantable. Il est accusé d’espionnage et Lise, au début, doute. « Et si cela est vrai » s’interrogeait-elle. Elle n’hésitera pas longtemps comprenant le complot planifié à Moscou. Pour Artur London, ce sera 4 ans et demi de prison, 27 mois d’isolement, le cachot, la privation de sommeil, les interrogatoires, les coups et les tortures, le chantage. Artur London écrira plus tard dans son livre « l’Aveu » : « Ces méthodes, qui tendent à briser en l’homme sa dignité, sont à l’opposé de la morale socialiste. Elles sont celles, barbares, du fascisme. En les subissant on se sent dégradé, dépouillé de son titre d’homme. »

 

L’objectif des tortionnaires visait à détruire les anciens des Brigades internationales, de tenter de salir les proches compagnons d’Artur et aussi les dirigeants communistes français, notamment Raymond Guyot, membre du Bureau politique du PCF, beau-frère de Lise. Elle aura à subir à Prague une perquisition en présence de son père, de sa mère, de ses enfants  et dira aux flics ; «  Vous ne vous conduisez pas mieux que les policiers nazis qui nous on arrêtés mon mari et moi en 1942. » Elle travaille en usine pour survivre, placée aux postes les plus durs. Elle est marginalisée, ses anciennes amitiés se détournent et est exclue du parti communiste tchécoslovaque. A ses procureurs staliniens, elle dira : « J’étais, je suis et je resterai communiste avec ou sans carte du parti ». Une carte qu’elle retrouvera, celle du PCF, à Paris, qu’elle abandonnera un peu plus tard.

Lise London, femme rebelle. Jamais, au plus fort des drames, elle ne baissera les bras. Jusqu’à la mort, elle est restée une militante antifasciste, appelant à la tolérance, à l’écoute de l’autre. Une grande dame vient de disparaître.

 

José Fort

 

 

Lise London a publié deux livres : Le printemps des camarades et La mégère de la rue Daguerre (Seuil Mémoire)

 

 

Les obsèques de Lise London auront lieu jeudi 5 avril à 10.30 au cimetière parisien d’Ivry.

 

 

 

 

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