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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 17:57

Par José Fort

Un article publié le 10 mai 2000 dans "l'Humanité"

On le dit coléreux, il admet que " parfois il gueule trop"; on le considère trop " indépendant "et débordant d’une " irrésistible ambition personnelle, quitte à casser la baraque ", il réplique en rappelant ses faits d’armes : "Quand il a fallu donner un coup de fouet à la campagne de Chirac en 1995, on est venu me chercher. Quand, en 1997, les législatives tournaient à la Berezina, entre les deux tours, on est venu me chercher. Quand, ensuite, il a fallu ramasser les morceaux du RPR, on est venu me chercher. " Philippe Séguin aime à jouer les sauveurs.

Son enfance tunisienne et un père mort en 1944 dans les combats contre les hitlériens dans le Doubs l’ont marqué à vie. Ses études - brillantes, Sciences po, ENA - se sont achevées par une première frustration : en 1968, un stage de " plongée " dans l’administration en Polynésie française l’éloigne de vingt mille kilomètres de la métropole et des événements. Il en a beaucoup fait Philippe, Daniel, Alain Séguin : pigiste au Provençal surnommé " la commère du campus ", avant de devenir quelques années après, sous Pompidou, chargé de mission sur les questions agricoles, alors que Jacques Chirac occupait le ministère en titre. Est-ce à ce moment précis que démarrent les complexes relations entre les deux hommes ?

Philippe Séguin affiche une carte de visite bien remplie : il se frotte d’abord au terrain. Charles Pasqua lui refuse Toulon, il s’installe dans les Vosges et devient député puis maire d’Épinal. Il sera ministre des Affaires sociales et de l’Emploi et supprimera l’autorisation administrative de licenciement ; président de l’Assemblée nationale, trois mois après l’installation d’Édouard Balladur à Matignon, il stigmatisera " le Munich social " mais se prononce pour un libéralisme " contenu " tout en repoussant " le terme d’entreprise citoyenne, une formule qui n’a pas de sens ". Au début des années quatre-vingt-dix, il mène campagne contre le traité de Maastricht en compagnie de Charles Pasqua, pour un peu plus tard prononcer un discours à Aix-la-Chapelle vantant la monnaie unique. Il accepte la présidence du RPR et la tête de liste au dernier scrutin européen, avant de démissionner sous le prétexte que l’Élysée se mêle trop de ses affaires, et juge la cohabitation " émolliente ". Philippe Séguin, missionnaire de la réhabilitation de Napoléon III, croit dur comme fer à sa destinée et, depuis sa première frustration de mai 1968, il en a connu d’autres : celle par exemple de ne pas avoir été préféré, en 1995, à Alain Juppé au poste de premier ministre.

Le mouvement gaulliste est et reste sa famille. Mais il ne ménage aucun nom d’oiseau sur les courants et les copineries qui traversent le RPR, tout en maintenant autour de lui un réseau animé par François Fillon. Déjà, en 1989, il avait flirté avec les " douze rénovateurs " de la droite RPR-UDF, qui affirmaient vouloir mettre sur la touche le couple Giscard-Chirac. Il y a un an, Philippe Séguin a pris un congé sabbatique en s’assurant un service minimum, pour ne pas disparaître totalement. Car, la colère passée, les amis de l’ancien maire d’Épinal lui ont rappelé une donnée essentielle : en politique, il est interdit de laisser des chaises vides.

L’insaisissable Philippe Séguin n’est plus à un coup près. Si pour revenir sur le devant de la scène il faut prendre Paris, l’affaire en mérite la chandelle. Homme politique de talent et l’âge aidant, il apprend à composer. D’abord avec l’incontournable Jacques Chirac. Oubliées les critiques contre le chef de l’État ? Rangées au placard les ambitions présidentielles ? Disparues les inimitiés à l’égard des castes gaullistes ? Pour réussir à Paris, tremplin pour une possible perspective présidentielle, Philippe Séguin a décidé de mettre un peu d’eau dans son vin. Quitte à mettre en veilleuse son indépendance et sa liberté de parole. Il sait désormais que, durant sa carrière politique, il a trop brûlé de cartouches sans grand résultat. Désormais, il lui faut viser juste. Élu maire de la capitale, il mènera campagne en 2002 pour Jacques Chirac. Installé dans le fauteuil de premier magistrat, il rétablira sa cote de confiance au sein du RPR et auprès de toutes les composantes de la droite. Avec un objectif : entrer un peu plus tard à l’Élysée. Le rêve d’un enfant né à Tunis qui a dit de Pierre Bérégovoy en pensant à sa propre destinée : " Rien ne le prédisposait à atteindre les sommets de l’État. Peut-être. Mais nous sommes en France et nous sommes en République. "

 

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