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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 15:41

« Je ne supporte pas l’exil. » A la fête de « l’Humanité » de 1974 dans le stand de la JC avec Jean-Michel Catala et Jacques Planche, Gladys Marin évoquait les morts, les disparus, la glaciation abattue sur son pays, la responsabilité yankee dans les violences, les silences de la démocratie chrétienne. Elle répondait aux questions des participants au débat sans laisser poindre la moindre lassitude avec toujours en tête l’aide à « ceux restés la bas ». Puis, derrière le stand autour d’un verre, elle répétait : « Je ne supporte pas l’exil ». Cette femme forte et courageuse laissait aller quelques larmes vites retenues.

Des pleurs, elle a eu de nombreuses occasions d’en verser. Secrétaire générale de la Jeunesse communiste chilienne et députée au moment du coup d’état, cette fille de père paysan et de mère institutrice a du vite se cacher après avoir confié ses deux enfants à des proches. Elle ne les reverra plus pendant douze ans. Elle ne reverra plus aussi son mari, Jorge Munoz, enlevé, torturé et assassiné en 1976. Sur la longue liste des arrestations effectuées par la junte militaire à cette époque figure cette inscription : « Détenu disparu ».

Gladys Marin a consacré le temps de son exil à organiser la protestation contre le régime militaire et la solidarité avec les persécutés. Elle voyageait en permanence avec des séjours de récupération aux Pays Bas, au Luxembourg et en URSS. Un jour de 1978, de passage à Paris, elle nous annonçait son départ prochain pour Santiago. Son visage étant trop connu, elle a subi quelques transformations esthétiques avant de s’embarquer avec de faux papiers. Gladys a vécu longtemps cachée à Santiago consacrant ses jours et ses nuits à la reconstruction du Parti communiste (PCch) et à l’organisation de la résistance y compris armée. Après la fin de la dictature, elle devient secrétaire générale du PCch en remplacement de Luis Corvalan et sera candidate à l’élection présidentielle à deux reprises, en 1993 et 1999.

Au début des années 2000, d’importantes manifestations eurent lieu au Chili pour exiger la vérité sur les massacres, la liberté et la démocratie. « L’Huma » m’avait demandé de l’interviewer par téléphone. Grâce à mon vieux copain, l’avocat Edouardo Contreras, Gladys depuis la tête du défilé a commenté le mouvement, l’ampleur des manifestations et une fois l’entretien terminé ne voulant pas la déranger je l’ai remercié. C’est alors qu’elle m’a demandé des nouvelles de tous nos copains communs. Une revue de détail au téléphone ponctué de son rire sonore reconnaissable parmi tant d’autres.

Gladys est parti en 2005, victime d’une tumeur au cerveau. A Santiago, elle a eu droit à des obsèques nationales. A Paris, nous avons été quelques-uns à pleurer en silence.

José Fort

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