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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 13:26

"Vie nouvelle", le magazine des retraités CGT, consacre ce mois de juin un dossier sur la Corse et le Tour de France. Voici l'interview de

Jean-Claude Graziani,

secrétaire du comité régional CGT corse

Q. La Corse, c’est son histoire, ses paysages, des hommes et des femmes durs à la peine… Il y a aussi la réalité sociale et économique. La Corse est-elle aussi en ce domaine une île de beauté ?

R. La Corse, c’est beaucoup de clichés sur le thème du paradis, des vacances, des paysages. Elle est aussi sur le devant de la scène en matière de violence, de banditisme, de terrorisme.

Pour mieux comprendre la Corse, il faut remonter le temps, revenir sur son histoire, le brassage des peuples méditerranéens, les invasions, la soumission à des puissances venues d'ailleurs. Pise, Gênes…Peu de gens savent que la Corse a été achetée à Gênes par le roi de France et que la conquête par les troupes royalistes a été marquée par une répression féroce. La Corse a connu une courte période d'indépendance avec Pascal Paoli avant que la révolution française permette aux Corses de devenir des citoyens à part entière. Rien ne fut facile. Des séquelles restent dans l'inconscient de beaucoup de Corses. Mais la Corse est-elle vraiment une ile de beauté pour ceux qui y vivent ? Pas si sur que ca.

Q. Selon une récente étude, le Nord-Pas de Calais et la Corse sont les deux régions de France où la pauvreté est la plus importante. N’est-ce pas exagéré ?

R. Au livre des records, la Corse en détient deux : celui des salaires les plus bas et des prix les plus hauts de tout l'Hexagone. 17.387 chômeurs officiels au début de 2013 en hausse de 12 % sur un an ; un revenu salarial de 12 à 20 % moins élevé que sur le continent ; plus de la moitié des retraités perçoivent l'allocation de solidarité c'est à dire le minimum vieillesse souvent faute de déclaration des employeurs notamment dans l'agriculture et le bâtiment. Les prix s'envolent: plus 9 % sur les produits alimentaires avec une TVA à 2.1% au lieu de 5.5 % sur le continent. Pareil pour la restauration : 8% au lieu de 19.6%. Le carburant plus cher de 8 à 10 % alors qu'il bénéficie d'un taux réduit de TVA de - 6.6 %. 150 millions d’euros de TVA disparaissent. Dans quelles poches vont-ils ? Pas dans celles de la majorité des Corses. 1 jeune sur 3 de moins de 25 ans est sans emploi. Réfaction de la TVA, zone franche, les aides aux entreprises se soldent par 313 euros équivalent habitant loin devant le Limousin classé 2eme avec 214 euros. L'intensité des dépenses pour 280.000 habitants est de 1836 euros par habitant, 282 étant la moyenne nationale. Où passe tout cet argent ? 87 foyers payaient l'ISF en 1989, 1200 aujourd’hui. Le mal vivre n'est pas pour tout le monde.

En 1989 comme en 1995 des conflits sociaux ont paralysé l'île pendant plusieurs mois pour réclamer une prime de vie chère dite « prime d'insularité ». Une majorité de salariés la perçoive. Il reste encore à la gagner pour tous

Q. Le tout tourisme n’est-il pas un danger pour l’île ? Existe-t-il d’autres secteurs permettant un développement économique.

R. Tout tourisme et mono activité ont dominé les politiques publiques depuis des décennies. Le résultat est connu. Tourisme de masse, précarisation et emploi saisonnier ont créé un sous prolétariat contre partie de l'argent facile et à court terme gagné sur 8 à 10 semaines l'été. Les retombées négatives se mesurent sur la population, sur son environnement avec une spéculation honteuse sur le foncier et sur l'immobilier alors que fleurissent les riches résidences secondaires pour les plus fortunés près de la mer. Qui peut encore se permettre de construire sa résidence principale lorsqu'il faut débourser 160 000 euros pour un terrain de 800m2. Surtout pas les jeunes corses. Le faible tissu industriel a été liquidé comme, par exemple, femenia fabrication produisant des machines à vendanger de renommée mondiale. La libéralisation des transports et les privatisations mettent en péril les emplois à la SNCM et à Air France. Des luttes fortes ont lieu dans ce secteur avec des pressions des bénéficiaires de ces politiques et la répression gouvernementale. L'espérance née de l’arrivée de la gauche à la tête de la collectivité territoriale de Corse fait place à des désillusions. Pour ne pas plonger dans le pessimisme nous pensons qu'il n'est jamais trop tard pour inverser le cours des choses. La Corse peut jouer un rôle phare tant au niveau touristique qu'environnemental. Des sites exceptionnels restent protégés. Le conservatoire du littoral comme le parc régional ont préservé des dizaines de kilomètres de rivages autant d'atouts à sauver des requins du tout tourisme. Mon optimisme vient de la prise de conscience des Corses. Chacun ici est convaincu qu'il faut éviter les erreurs quantitatives et qualitatives commises par exemple aux Baléares. Il est encore temps. Riche de notre patrimoine, de nos traditions culturelles, nous aspirons au développement économique maitrisé et solidaire. Nous ne sommes pas condamnés à importer 80% de ce que nous consommons. Elevage, viande charcuterie, fromage, maraichage, vins, fruits la Corse a des atouts. Il faut miser sur la pluriactivité et sur la formation des hommes afin de sortir de la spirale de la précarité et du mal vivre. Des industries de pointe type corse composite à forte valeur ajoutée dans le domaine du solaire, de l'éolien, de la recherche en relation avec l'université de Corte doivent être promus.

La Corse ce sont aussi ses villages. Il faut reconstituer le maillage du territoire par un réseau de service public essentiel pour la survie de l'intérieur. Une chose est sure : une volonté politique forte s’impose s’éloignant des dogmes libéraux. Elle doit rassembler

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