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18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 11:41

Radio anti cubaine émettant depuis Issoudun. Amendes infligées à des sociétés françaises

Que compte faire Paris ?

On a beaucoup commenté l’annonce historique mercredi soir par Raul Castro et Barack Obama du rétablissement des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et Cuba. Le président Obama reconnait l’échec de la politique de Washington à l’égard de la Grande Ile depuis plus d’un demi siècle et souhaite la levée du blocus économique. Une excellente nouvelle saluée dans le monde entier et à Paris par la voix du ministère des Affaires étrangères. Le temps est donc venu de poser deux questions.

La France va-t-elle demander l’annulation des amendes infligées par la « justice » nord-américaine contre plusieurs banques et sociétés françaises coupables d’avoir commercé avec Cuba ?

Les autorités françaises vont-elles fermer la radio anti gouvernementale cubaine « Radio Republica », porte voix d’un groupe établi à Miami (« Directoire démocratique cubain », financé par la

« Fondation nationale pour la démocratie », relais de la CIA) qui émet depuis le sol français, plus précisément depuis le centre émetteur de radio en ondes courtes d’Issoudun géré par TDF?

Le député André Chassaigne avait interpellé il y a plusieurs mois la ministre de la Culture et de la Communication, Mme Aurèlie Filipetti sur « la légalité de l’émission d’une radio étrangère à partir d’un émetteur TDF » sans obtenir le moindre début de réponse.

A l’époque nous demandions comment expliquer qu’une radio installée à Miami à quelques encablures de Cuba utilise des installations françaises éloignées de plusieurs milliers de kilomètres ?

Nous nous interrogions sur TDF, anciennement Télédiffusion de France dont les principaux clients sont les chaînes de télévision, les stations de radios, les opérateurs de téléphonie mobile et dont l’actionnariat est composé de Texas Pacific Group, aujourd’hui TPG Capital (42%), de la Caisse des dépôt et consignations (24%), d’Ardian (ex Axa, 18%) et de Charterhouse Capital Partners (14%), divers (2%). Nous précisions que TPG Capital était un important fonds d’investissement nord-américain comptant parmi ses principaux conseillers Bernard Attali, le frère jumeau de Jacques. Ce même TGP Capital qui collabore étroitement avec la Fondation nationale pour la démocratie (NED), créée par Ronald Reagan en 1982, une des vitrines légales de la CIA ayant officiellement pour objectif l’aide aux oppositions des « gouvernement non amis ». La Fondation nationale pour la démocratie constatant des difficultés de réception de « Radio Républica » avait demandé à son partenaire TPG Capital d’intervenir comme actionnaire principal auprès de TDF pour ouvrir un espace à la radio anti gouvernementale cubaine. Une demande immédiatement exaucée.

Les évolutions en cours dans les relations entre Washington et La Havane devraient entraîner la France à prendre rapidement deux décisions : la fermeture de l’émetteur de la radio anti cubaine et l’exigence de l’annulation des amendes frappant les sociétés et banques françaises.

José Fort

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 17:05

Un échange de prisonniers entre Cuba et les Etats-Unis a eu lieu mercredi. Alan Gross, arrêté il y a cinq ans à La Havane et élargi hier, travaillait pour des structures US, couvertures de la CIA, chargées d’équiper les opposants cubains en matériel informatique et de transmission. Les trois Cubains libérés ont passé 16 ans dans les prisons nord-américaines, deux autres ayant retrouvé, il y a peu, la liberté. Ils étaient eux aussi accusés d’espionnage. La vérité mérite d’être rétablie.

C’était au temps de la présidence de Bill Clinton alors qu’une vague d’attentats frappait Cuba particulièrement les hôtels fréquentés par les touristes étrangers. Les relations entre Washington et La Havane avaient enregistré un timide dégel au point que des contacts étaient pris entre les services spéciaux des deux pays. Lors d’une réunion dans la capitale cubaine couverte par la présidence US, les représentants du FBI donnèrent leur accord pour une opération limitée dans le temps de « localisation et d’information » menée par des agents cubains en Floride repère des terroristes bien connus depuis l’attentat contre l’avion de la Cubana au dessus de la Barbade au mois d’octobre 1976 entraînant dans la mort 73 personnes dont l’équipe cubaine d’escrime. Un sinistre personnage impliqué dans la plupart des mauvais coups en Amérique latine, Luis Posada Carriles, avait publiquement revendiqué le crime avant de se réinstaller à Miami dans la plus totale impunité. La mission des agents cubains se limitait à obtenir les informations nécessaires pour contrer les actes terroristes en préparation. Rien de plus, rien de moins.

Au mépris des accords passés à la Havane, les cinq agents cubains étaient arrêtés, maintenus au secret puis « jugés » à Miami dans un environnement hostile, les jurés faisant l’objet de menaces et de chantages. La CIA était passée par là, l’agence ne supportant pas que son personnel local puisse être inquiété et refusant le début possible d’une amélioration des relations avec la Grande Ile.

Aux Etats-Unis, le sort réservé à ces hommes avait dépassé la confidentialité. Des centaines de personnalités du monde politique, économique, culturel et artistique demandaient leur libération. Dix Prix Nobel et des dizaines de juristes internationaux s’étaient adressés à Barack Obama. En France, depuis des années les amis de Cuba à l’initiative de Cuba Si France ont brisé le mur du silence entretenu sur cette affaire en multipliant les rassemblements tandis que la fête de l’Humanité a baptisé ces deux dernières années une place « Place des 5 de Miami ».

A Cuba, l’annonce du retour au pays des trois derniers du groupe des « 5 » a fait le tour de l’île dans l’attente du discours de Raul Castro annoncé pour 18h, heure de Paris. A même moment, à Washington, un officiel annonçait l’ouverture de négociations entre les deux pays avec pour objectif le rétablissement des relations diplomatiques.

José Fort

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 19:35

Le rapport sénatorial dévoilé à Washington sur les crimes commis par la CIA après le 11 septembre 2001 avec la bénédiction de George Bush confirme la férocité et l’ampleur des crimes commis durant cette période. Il ne lève pas entièrement le voile sur les lieux des « sites noirs » où ont eu lieu les tortures, mais il est de notoriété publique que la Pologne, la Roumanie et la Lituanie ont abrité des centres de détention secrets entre 2003 et 2005.

« Ce rapport décrit un programme troublant », a commenté Barack Obama, « et il me renforce dans la conviction selon laquelle ces méthodes brutales étaient non seulement contraires à nos valeurs mais elle n'étaient pas utiles à nos efforts dans la lutte anti-terroriste ». Lundi soir, Obama a téléphoné au Premier ministre polonais, Ewa Kopacz, pour l’informer de la publication du rapport, le ministre polonais de la Défense déclarant : « certains secrets devraient le rester. »

C’est sous la présidence d’Aleksander Kwasniewski que les prisons secrètes ont été installées en Pologne. Kwasniewski, un ancien communiste relooké en libéral bon teint, a marqué son mandat par l’adhésion de son pays à l’Otan (1999), la participation de Varsovie à la guerre en Irak (2003), l’adhésion à l’Union européenne (2004) et le soutien actif à la révolution dite « orange » en Ukraine. Son prédécesseur à la présidence polonaise, le très réactionnaire et homophobe Lech Walesa avait bien préparé le terrain, l’ancien de Gdansk et protégé de Jean-Paul II allant jusqu’à considérer que « les terroristes seraient mieux traités dans le microclimat polonais que dans les prisons américaines. »

L'affaire des prisons secrètes de la CIA en Pologne avait été traitée dans le « Washington Post ». Le quotidien affirmait que l'agence américaine avait payé en 2003 aux Polonais 15 millions de dollars (11 millions d'euros) pour installer à Stare Kiejkuty le plus important des « sites noirs » destinés aux prisonniers d'Al-Quaida hors des Etats-Unis. C'est là que Khalid Cheikh Mohammed, présenté comme le cerveau des attentats du 11 septembre 2001 a subi 183 séances de waterboarding après sa capture.

« Par une froide journée au début de 2003, deux agents haut gradés de la CIA sont arrivés à l'ambassade américaine à Varsovie pour prendre deux grandes boîtes en carton, avec à l'intérieur 15 millions de dollars cash, acheminés d'Allemagne par courrier diplomatique. Les deux hommes ont mis les cartons dans une voiture et sont allés à travers la ville jusqu'au quartier général des renseignements polonais », racontait le « Washington Post ».

La Pologne a dû répondre devant la Cour européenne des droits de l’homme d’accusations d’anciens prisonniers qui avaient précisé les techniques de torture utilisées par la CIA derrière les murs gardés par l’armée polonaise. Des techniques qui viennent d’être confirmées dans le rapport sénatorial: privation de sommeil jusqu’à 180 heures, maintien dans des positions douloureuses souvent nu et une cagoule sur la tête, tabassages répétés, musique assourdissante, simulation de noyade («waterboarding»), isolement prolongé dans le noir, alimentation par voie rectale («rectal feeding»), bains d'eau glacée… Ainsi, les tortionnaires de la CIA ont agi à leur guise dans « le microclimat polonais » si cher à Lech Walesa.

José Fort

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 06:50

Après un tel déferlement médiatique, du matin au soir depuis plus d'un mois, en restant la première organisation syndicale dans la fonction publique malgré un recul de deux points, la CGT montre sa capacité de résistance. Ecoutez l'extrême discrétion sur le thème "première organisation syndicale". Une situation favorable pour que, tranquillement, le syndicat règle en interne ses propres problèmes.

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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 17:13

La directrice du Fonds monétaire international (FMI) participait la semaine dernière à Santiago du Chili à une conférence intitulée « Défis pour assurer le développement et la prospérité en Amérique latine ». La délicate ancienne ministre de Nicolas Sarkozy s’est fendue d’une déclaration insultante à l’égard des pays latino-américains. « Les mécanismes d’intégration économique régionale » (Mercosur, Alba, Unasur, Celac) « ont créé un plat de spaghettis dont les bénéfices ne sont pas clairs. » Et d’inviter les nations latino-américaines « à repenser l’approche actuelle vis à vis du commerce. » On croit entendre l’administration nord-américaine qui ne supporte pas le processus dynamique d’intégration politique, économique, social et culturel en cours sur le continent latino-américain.

Le président vénézuélien, Nicolas Maduro, n’a pas apprécié la sortie de la dame. Lors d’un entretien télévisé, il a condamné « le manque de respect de la directrice du FMI » et s’est interrogé sur le rôle de « cette Française avec la mentalité gringa », en rappelant les années de politique néolibérale qui ont ravagé l’Amérique latine, il n’y a pas si longtemps.

Une nouvelle fois, Christine Lagarde s’est présentée comme porte-parole du gouvernement nord-américain. Ce n’est pas une surprise, c’est une habitude, presque un réflexe. L’accumulation de mauvais gestes, de déclarations et de comportements stupides et provocateurs de l’Europe, de la France, du FMI fait que du côté des latinos la coupe est pleine. Quant à Christine Lagarde, il lui manquait un titre : « la gringa ».

José Fort

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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 11:49

Si les chefs de l'Etat français dans l'histoire avaient dû limiter les relations diplomatiques de notre nation à des pays reconnus « démocratiques », selon les critères généralement reconnus en Occident, la France serait un îlot sans intérêt. La politique internationale est bien trop complexe et trop dangereuse pour se permettre des commentaires hâtifs et sans fondements, bref irresponsables, comme on en entend actuellement ici et là.

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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 20:11

Je ne me permettrais pas d'intervenir dans le débat interne à la CGT. Encore moins de formuler une opinion. Mais une chose me paraît certaine: y a un sacré ménage à faire à tous les étages.

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 06:23

Le candidat du Frente Amplio (Front Large), Tabaré Vazquez , a remporté dimanche le deuxième tour de l’élection présidentielle en Uruguay. Avec plus de 55% des suffrages selon RFI, le successeur de José « Pépé » Mujica qui ne pouvait pas se représenter, élargit l’assise électorale de la gauche, malgré une fin de campagne haineuse de la droite revancharde.

Au mois d’octobre dernier, plusieurs titres de la presse française qui s’étaient déjà distingués en prévoyant le retour de la droite au pouvoir au Brésil et au Salvador, tenaient à peu près le même discours concernant les élections uruguayennes. Pour le plaisir, rappelons ce qu’écrivait « Le Monde » daté du 24 octobre 2014.

« Le premier tour des élections présidentielle et législatives en Uruguay, dimanche 26 octobre, s’annonce serré. La coalition de centre gauche, le Frente Amplio (Front Elargi), au pouvoir depuis dix ans, pourrait perdre sa majorité parlementaire. Son candidat à la présidence, Tabaré Vazquez, qui fut le premier chef d’Etat de gauche de l’histoire uruguayenne (2005-2010) et ancien maire de Montevideo, est talonné par Luis Lacalle Pou, du Parti national (Partido Blanco, centre droit). Malgré la popularité du président sortant, José « Pepe » Mujica (79 ans), ancien guérillero Tupamaro, qui bénéficie de l’approbation de 52 % des Uruguayens, certaines réformes, qui l’ont rendu célèbre sur la scène internationale, comme la dépénalisation de l’avortement (en 2012), le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels (2013) et la légalisation du cannabis (2014) ne font pas l’unanimité dans ce petit pays de 3,3 millions d’habitants, de tradition libérale. » Une analyse, osons-le, visionnaire.

Tabaré Vazquez avait recueilli un peu plus de 47% lors du premier tour. Il atteint 55,5% au deuxième en rassemblant un nombre de voix jamais atteint par le Front large depuis sa création. Quant à la majorité parlementaire, elle revient confortablement à la gauche.

Les partis de la droite ripolinée, progénitures honteuses pour beaucoup de la dictature, ont tenté de vendre une politique néolibérale comme une « marée rebelle et conquérante » allant jusqu’à prôner une « révolution positive ». Avec pour phare de la contestation, l’insécurité, les impôts et une volonté raffinée : « dire merde à la gauche ». Du très lourd du côté de Montevideo.

On rit de joie dans la plupart des capitales latino-américaines, on frise l’hystérie du côté de Washington. En effet, l’Uruguay ferme le bal des sept élections présidentielles tenues en 2014 sur le continent. Au Costa Rica, le nouvel élu s’affiche plus à gauche (ou moins à droite) que son prédécesseur. Au Salvador, le candidat du Front Farabundo Marti (FMLN) remporte la victoire. Au Panama, le président présenté comme « conservateur » invite Cuba au prochain sommet de l’Organisation des Etats américains au mois d’avril 2015 au grand dam de l’administration US. En Colombie, le nouvel élu accepte, pour la première fois, des négociations de paix avec les FARC qui reprendront cette semaine à La Havane après la libération dimanche d’un général enlevé récemment. En Bolivie, Evo Morales a été triomphalement réélu. Au Brésil, Dilma Rousseff a réussi à battre le candidat des droites. Et voici en cette fin d’année, le Front Large remportant tous les scrutins en Uruguay.

L’Amérique latine s’est engagée dans une voie progressiste et de souveraineté à l’égard de l’ancienne puissance dominatrice et coloniale nord-américaine. Aux néolibéraux collent toujours la violence sociale et les politiques d’ajustement structurels décidés par le Fonds monétaire international (FMI). Les populations se souviennent encore des terribles années allant de 1980 à 2004 où la pauvreté avait atteint des sommets. Quant à la plupart des dirigeants de droite, ils restent associés aux dictatures militaires des années 1970 et 1980.

Rien ne fonctionne plus comme avant sur ce continent qui se dote de structures politiques et économiques de coopération et dont les principaux leaders s’illustrent non seulement en assurant le développement de leurs pays mais aussi, et dans le même mouvement, en enrichissant par des réflexions novatrices la construction du « socialisme du XXI eme siècle ». L’administration nord-américaine a investi dans tous les domaines (financement des partis de droite, ingérences, coups tordus). Cela a marché au Mexique, au Honduras et au Paraguay, pas dans d’autres pays qui doivent se méfier : l’impérialisme US en recul dans cette partie du monde ne se contentera pas d’observer les évolutions progressistes et démocratiques sur le continent latino-américain sans réagir. Et comme – des démocrates aux républicains – ils sont capables du pire, l’heure est à la joie mais aussi à la vigilance.

José Fort

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22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 19:10

Des évadés fiscaux (en mauvaise posture) célébrés à Lille devant la mairesse de la ville et un président de la République satisfait de leur jeu en « double ». Une image de la France déifiant les héritiers des émigrés de Coblence, la vérité sur le sens de l’action des « frondeurs » du PS.

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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 10:00

Depuis samedi matin, radios et télé accordent une large place à la chute du mur de Berlin. « Pour faire œuvre de pédagogie auprès des plus jeunes », précisent les médias. Ce matin, moi aussi, je vais faire « oeuvre de pédagogie ». A ma manière.

Voici une interview de Egon Krenz réalisée à Berlin en septembre 2009 et publiée dans « l’Humanité" de novembre de la même année.

Le dernier président du Conseil d’Etat de la République démocratique allemande (RDA) évoquait la chute du mur, le rôle de Gorbatchev, ses relations avec Kohl, ses propres erreurs, le socialisme.

Egon Krenz vit avec sa famille près de Rostock. Notre rendez-vous a eu lieu à Berlin dans un endroit discret. Il doit prendre des précautions, n’étant pas à l’abri d’une provocation. La presse de droite allemande le salit, l’insulte. Or, il n’a jamais commis le moindre crime et a tout fait pour que les événements de 1989 puissent se dérouler sans la moindre violence. Egon Krenz est un homme chaleureux, courageux, fidèle à ses engagements. L’autre jour à Berlin, il est descendu de sa voiture. En face, dans l’immeuble en construction, trois maçons l’ont reconnu. « Egon, droit toujours », lui ont-ils lancé. Ses yeux ont brillé un instant. Et nous avons parlé…

JF. Vous avez été emprisonné pendant plusieurs années. Comment allez-vous ?

EK. J’ai la chance d’avoir une famille intacte et des amis fidèles. Les vrais, ceux qui gardent la tête haute. J’ai l’espoir que mes petits enfants réussiront ce nous avons tenté de construire. En 1989, ce n’est pas l’idée socialiste qui a été enterrée mais plutôt un certain modèle de socialisme. Je suis optimiste. Je ne crois pas que le capitalisme soit le dernier mot de l’histoire. Vous n’avez pas devant vous un personnage écroulé dans un petit coin d’Allemagne mais un homme debout.

JF. D’autres se sont écroulés ?

EK. Oui, malheureusement. La dureté de notre défaite et le triomphe de l’anticommunisme ont eu des retombées redoutables. Certains se sont retirés. D’autres ont déserté.

JF. Qui par exemple ?

EK…….

(Il me regarde fixement. Son regard lumineux soudain s’assombrit. Il garde le silence)

JF. Des membres du Bureau politique du parti socialiste unifié (SED), par exemple ?

EK. Notamment. Pour revenir à votre première question, ces années de prison ont été surtout dures pour ma famille car les attaques visaient mon honneur personnel. Je savais qu’on ne m’offrirait pas des fleurs. Pour une raison simple : dès son élaboration, la loi fondamentale de la RFA stipulait que les territoires allemands situés hors RFA devaient être récupérés, tous ceux y exerçant une fonction responsable étant considérés comme des criminels, des malfaiteurs. Je savais cela depuis longtemps. J’étais prêt à subir la prison. Mais je refusais et refuse toujours les accusations qui ont été portées contre moi. L’histoire me libérera. Mon sort personnel importe peu. En revanche, le calvaire vécu par de nombreux citoyens de la RDA relève de l’inadmissible. Je pense à tous ceux qui ont perdu leur travail alors qu’il n’y avait pas de chômage en RDA. Je pense aux intellectuels de la RDA décapités. Je pense à tous ceux qui ont été marginalisés. Un exemple parmi tant d’autres, celui de l’hôpital de la Charité à Berlin : la plupart des médecins, des spécialistes reconnus mondialement, ont été licenciés. La division de l’Allemagne n’était pas chose naturelle. Elle était contraire à notre histoire. Mais avez-vous remarqué que les dirigeants de la RFA ont tout mis en œuvre pour éviter la prison aux nazis. Moi, j’ai scrupuleusement respecté les lois de la RDA. Je n’ai commis aucun crime.

JF. Comment avez-vous vécu les derniers jours de la RDA ?

EK. Je ne suis pas de la génération de ceux qui venaient des camps de concentration, de la guerre, de la Résistance, de Moscou. Au bureau politique du SED, j’étais le plus jeune. Je suis un enfant de la RDA. Tous les autres avaient survécu au nazisme. J’ai exercé de nombreuses fonctions : de représentant des élèves dans mon collège jusqu’à la présidence du Conseil d’Etat. Avec la disparition de la RDA, c’est une bonne partie de ma vie que j’ai enterrée.

JF. Aviez-vous passé des accords avec le chancelier Kohl ?

EK. Nous avions décidé d’ouvrir plusieurs points de passage. La date avait été fixée par mon gouvernement au 10 novembre 1989. Or, la veille, un membre du bureau politique, Schabowski, a annoncé publiquement non pas l’ouverture de passages mais la « destruction du mur ». Nous nous étions mis d’accord avec Kohl pour l’ouverture en « douceur » des frontières. Il ne s’agissait pas à ce moment là de la fin de la RDA, de la fin du pacte de Varsovie et de Berlin comme territoire au statut particulier. Il s’agissait d’ouvrir les frontières.

JF. Avez-vous pensé, un moment, faire utilisation de la force ?

EK. Je peux jurer que nous n’avons jamais envisagé une telle décision. Je savais qu’un seul mort aurait eu des conséquences tragiques. L’utilisation de la force, et nous en avions les moyens, aurait conduit à la catastrophe. Nous avons refusé de tirer sur le peuple.

JF. Dans un de vos ouvrages vous vous élevez contre la réécriture de l’histoire.

EK. Tant de choses ont été écrites… Il faut en revenir à l’essentiel : sans Hitler, le nazisme, la Seconde guerre mondiale et la réforme monétaire de 1948, l’histoire de l’Allemagne aurait pu s’écrire autrement. Le malheur du peuple allemand, c’est le fascisme.

JF. Pensez-vous à vos propres responsabilités ?

(Il observe un instant de silence puis s’approche de la table. Visiblement, il est ému)

EK. J’y pense constamment. Je pense au fossé entre la direction et la base, au déficit de confiance entre le parti et la population. Le manque de démocratie, de débat, la différence entre la réalité et la propagande. Les plus anciens refusaient le débat direct. Une terrible erreur. Il fallait combattre l’adversaire sur le plan des idées. Il fallait accepter la confrontation idéologique. Nous ne l’avons pas fait. Nous rencontrions de gros problèmes économiques et faisions comme si tout allait bien. Pour les citoyens de la RDA, les acquis sociaux étaient chose normale. Il fallait dire la vérité, montrer les difficultés, parler franchement. Nous n’avons pas su ou pas voulu ouvrir la société.

JF. Vous n’évoquez pas l’environnement international, la guerre froide, le rôle de l’Union soviétique et de Gortbachev.

EK. J’y viens. Je l’avoue, j’ai été naïf. J’avais une grande confiance en Gorbatchev, une grande confiance dans la perestroïka comme tentative de renouvellement du socialisme. J’ai rencontré Gorbatchev le 1er novembre 1989 à Moscou. Quatre heures d’entretien. Je lui ai dit : « Que comptez vous faire de votre enfant » ? Il me regarde étonné et me répond : « Votre enfant ? Qu’entendez-vous par là »? J’ai poursuivi : « Que comptez-vous faire de la RDA ? » Il m’a dit : «Egon, l’unification n’est pas à l’ordre du jour ». Et il a ajouté : « Tu dois te méfier de Kohl ». Au même moment, Gorbatchev envoyait plusieurs émissaires à Bonn. Gorbatchev a joué un double jeu. Il nous a poignardés dans le dos.

JF. Egon Krenz, le Gorbatchev allemand, disait-on à l’époque.

EK. En 1989, je l’aurais accepté comme un compliment car l’interprétant comme reconnaissant mon action visant à améliorer, à moderniser, à démocratiser le socialisme. Pas à l’abattre. Aujourd’hui, si certains me collaient cette étiquette j’aurais honte.

JF. Vos relations avec Helmut Kohl ?

EK. Le premier entretien date des obsèques de Konstantin Thernenko à Moscou. J’accompagnais Erich Honecker et Kohl avait demandé à nous rencontrer. Les Soviétiques étaient opposés à cette rencontre et me l’ont fait savoir avec insistance. Erich Honecker s’est aligné. Mais comme le rendez-vous était déjà pris à notre résidence, Erich m’a dit en consultant sa montre : « Dis à Kohl que nous ne pouvons pas à l’heure indiquée. Tu prétexteras un entretien avec Gorbatchev à la même heure. Or, Erich Honecker n’avait pas mis sa montre à l’heure de Moscou. Nous avons vu arriver Kohl. Il s’est installé et nous a dit : « Enfin, une rencontre en famille ». Nous avons longuement parlé puis nous avons rédigé un court texte mettant l’accent sur le respect des frontières. Mon dernier contact a eu lieu le 11 novembre 1989. Kohl m’a téléphoné, a évoqué l’ouverture pacifique des frontières et m’a remercié.

JF. Vingt après la fin de la RDA, le socialisme selon vous est-il mort ?

EK. L’idée socialiste, les valeurs socialistes vivent et vivront. Je reste persuadé que l’avenir sera le socialisme ou la barbarie. Le système ancien est définitivement mort. Je considère que j’ai failli. A d’autres de construire le socialisme moderne et démocratique. Un nouveau socialisme.

Entretien réalisé par José Fort

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