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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 19:09

Sans mémoire pas d’avenir. Les Etats-Unis et l’Union européenne croyaient pouvoir s’avancer jusqu’aux frontières de la Russie comme d’autres ont cru au fil des siècles prendre Moscou. La déroute de l’armée de Kiev ramène les compteurs à zéro. L’Otan devra réviser ses plans.

Il n’a pas été décidé une trêve entre Petro Porochenko et Vladimir Poutine à l’issue, mercredi matin, d’une conversation téléphonique. Il y a eu accord pour laisser se retirer ce qui restait de l’armée de Kiev en pleine débandade. Alors qu’à la mi août, les forces indépendantistes du Donbass étaient données en pleine déroute, la situation s’est totalement retournée en faveur de ceux qu’on présente généralement comme les « séparatistes pro russes ». L’aide de Moscou aux populations historiquement liées à la Russie a permis la nouvelle donne et possiblement l’ouverture des négociations proposées par Vladimir Poutine en vue d’une « fédéralisation » de cette région.

L’épreuve de force semble s’éloigner avec toutefois un bilan terrible de plusieurs milliers de morts, de blessés et des centaines de milliers de déplacés en majorité vers la Russie.

Quoi qu’on puisse penser des responsabilités des uns et des autres et des dirigeants en présence, une constatation s’impose : malgré les menaces et les sanctions, la Russie vient d’adresser un sacré doigt d’honneur à Obama et à ses alliés européens. L’Otan a été stoppé dans son ambition d’atteindre directement les frontières de la Russie et d’achever le travail ouvert avec la dissolution de l’URSS.

Dans cette affaire, il convient de mettre de côté la propagande et d’aller au cœur du sujet. La « révolution » ukrainienne et l’intégration de Kiev dans l’Union européenne avaient pour objectif final la mise à genoux de la Russie. Les dirigeants occidentaux n’ayant pas de mémoire, ils ont commis, comme leurs prédécesseurs, une erreur colossale : mépriser Moscou. Ils estimaient « chancelant » le pouvoir en place en Russie et Poutine fait exploser les sondages, les Russes toutes classes sociales confondues, de l’ouvrier à l’oligarque, approuvant l’action du chef de l’Etat. Ils croyaient faire plier Moscou en décrétant des « sanctions » et ont dynamisé et accéléré le processus d’alliances avec les puissances comme la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud. Ils pensaient porter des coups à l’économie russe et ont favorisé des accords économiques historiques avec l’Asie et l’Amérique latine.

Il y a deux jours, les dirigeants de l’Otan annonçaient un possible déploiement de forces militaires en Ukraine. Ils feraient bien de changer leurs plans et d’ouvrir vite une négociation avec Moscou.

José Fort

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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 18:45

Franchement, vous ne pensez pas que Poutine leur met (comme on dit vulgairement) jusqu’à la glotte ? On peut apprécier ou pas le personnage. Mais on est bien obligé de constater qu’il mène son affaire avec l’habilité d’un orfèvre. Il a été, il est vrai, à bonne école : le KGB n’a pas formé que des imbéciles.

Depuis des années, les Etats-Unis, l’Union européenne, l’Otan avaient mis au point une stratégie avec pour objectif final l’encerclement puis l’étouffement de la Russie. Gorbatchev avait ouvert la boîte. Le reste devait suivre.

La révolution « orange », c’était d’abord Washington et ses ONG « humanitaires » bourrées de fric et de gentils conseillers formés à Langley (1), confortablement installés à Kiev, proches des sphères des pouvoirs tous gangrénés par la corruption et des médias chargés des paillettes. Il y a eu le blond défiguré en guerre ouverte avec une blonde aux célèbres tresses croyant son heure arrivée forte du sponsoring bruxellois. Il y a eu le protégé de Moscou qui figurera au top niveau dans les annales de la couardise et du détournement de fonds publics. Puis, un ancien boxeur vite rangé au vestiaire alors qu’il était cornaqué par plusieurs parieurs parisiens et leur « conseiller » en affaires miteuses un certain BHL, très vite reconverti dans le chocolat. C’est en fin de compte (mais pour combien de temps ?) le roi du chocolat, fine gueule ayant lapé dans tous les râteliers depuis la fin de l’URSS, qui a remporté le morceau.

Une « révolution » sur la place centrale de Kiev programmée à partir d’un ras-le-bol social légitime face à un régime pourri par le fric et l’arrogance, mise en place d’un nouveau pouvoir où figurent des nazis notoires, un milliardaire élu président envoyé divin du nouveau monde surnommé « Monsieur 15% » et le tour était joué. Sauf que tout s’est emballé, les populations de l’Est de l’Ukraine refusant de se plier aux diktats venus de Kiev et demandant la protection de la mère patrie, la Russie.

Les gouvernants de l’Union européenne sous inspiration des Etats-Unis ont multiplié les « sanctions » à l’adresse de Moscou. On allait voir ce qu’on allait voir et Poutine n’avait qu’à bien se tenir. Résultat : le patron du Kremlin se marre à gorge déployée.

Sanctions ? Il négocie des contrats somptueux avec la Chine, l’Asie et l’Amérique latine.

Menaces ? Il rappelle que la Russie est une puissance nucléaire.

Energie ? Il en a à revendre.

La « communauté » internationale ? Il s’interroge sur le sens de cette formule et répond avec l’accord des Brics (Russie, Chine, Inde, Afrique du Sud, Brésil).

La monnaie ? Au pétro dollar, il réplique par le rouble-yan. Bref, Obama et ses copains européens peuvent jouer du verbe, le muscle n’y est plus. La force, aujourd’hui, est ailleurs.

Un changement radical se prépare dans le monde. Avec un risque : que les joueurs ne se maîtrisant plus jouent la carte du pire.

José Fort

(1) Siège de la CIA

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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 20:25

Donald Tusk, 57 ans, pour quelques heures encore Premier ministre polonais, a été désigné par les chefs d’Etats et de gouvernement réunis samedi soir à Bruxelles président du Conseil européen. Il succède au très pâle Herman van Rompuy, Belge de son état, qui à chaque apparition donnait le sentiment de s’ennuyer férocement. Son successeur, démocrate chrétien comme lui, affiche une nervosité inquiétante d’autant qu’il quitte la direction de son pays mêlé à de sales affaires d’écoute illégales et de corruption. Il ne parle pas le français, un peu l’anglais, couramment l’allemand. Les mauvaises langues à Bruxelles en tirent des conclusions sur ses relations « privilégiées » avec Mme Merkel. Après le taciturne belge, l’excité polonais pourrait, dit-on, ravigoter les vieilles croutes du Conseil européen. En tout bien, toute honneur, bien entendu.

Premier dirigeant du parti Plateforme civique (PO, droite), il dirige le gouvernement polonais depuis 2007. On le dit pragmatique, expert en communication politique et s’est révélé au grand public en lançant qu’il voulait assurer « l'eau chaude dans les robinets ». Vaste programme. Plus sérieusement, cet ancien du syndicat Solidarnosc, né à Gdansk et en délicatesse avec Lech Walesa, a très rapidement après la chute du régime dit « socialiste » versé dans le monde des affaires. Il s’est vite fait converti au libéralisme économique, le dur, le sévère et s’est aligné sur les forces les plus conservatrices en matière d’IVG, d’homosexualité etc…On le dit proche de Mme Boutin.

La nomination de M. Donald Tusk pourrait apparaître comme une provocation d’envergure à l’égard de la Russie. Depuis longtemps, Tusk s’est affiché en combattant de première ligne contre la Russie et le président Poutine. Plus récemment, il s’est propulsé directement dans le conflit ukrainien facilitant le survol de son pays par les avions de chasse de l’Otan et l’installation de bases secrètes de l’US Army et de la CIA.

Les membres de l’Otan et de l’UE peuvent dormir tranquilles. Avec la nomination de Donald Tusk, les intérêts économiques, politiques, stratégiques et militaires de l’Occident sont assurés.

José Fort

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 14:01

On savait que le milliardaire président ukrainien Porochenko avait pour conseiller « spécial » Bernard Henri Levy. On découvre qu’il dispose d’un autre collaborateur de choix : l’ancien président géorgien Saakachvili en délicatesse avec la justice de son pays, d’abord exilé aux Etats-Unis avant d’être nommé à Kiev « conseiller » du roi du chocolat.

Il était séduisant Mikhaïl Saakachvili, le jeune héros de la « révolution » dite « des roses » en Géorgie. Il avait tout pour lui : protégé des Etats-Unis et de l’Union européenne, formé à Washington et pas seulement à l’université, de l’argent et des relations à Bruxelles et à Paris avec la droite sarkoziste. Bref, le profil parfait pour revenir dans son pays d’origine et accéder au pouvoir. Objectif atteint lors des élections de 2004 : le jeune Mikhaïl était élu avec 96% des voix. Même Staline, le fils de la nation géorgienne, n’aurait jamais atteint un tel score. Et puis, tout a basculé.

Saakachvili ne supportant aucune critique déclenche trois ans après son élection, en 2007, une violente répression contre l’opposition. La police tire sur les manifestants. Par milliers, ils prennent le chemin des prisons et des salles de torture. L’année suivante, en 2008, il se lance dans une guerre pour « récupérer » l’Ossétie du Sud entraînant une violente réaction militaire russe. C’est alors que son ami Sarkozy, présenté comme le médiateur européen incontournable et célébré comme un « négociateur de talent », multiplie les voyages médiatiques entre Moscou et Tbilissi. Résultat : la perte par la Géorgie de 20% de son territoire. Et un pays rançonné par Saakachvili et ses proches à la manière d’une République bananière. A tel point que la justice géorgienne le poursuit pour détournement de fonds publics à des fins personnels, abus de pouvoir, violences organisées. L’accusé a préféré prendre la fuite aux Etats-Unis.

C’est cet homme là qui occupe la fonction de conseiller du président ukrainien Porochenko. Pas de quoi effaroucher le roi du chocolat, ce dernier ayant participé à tous les gouvernements de l’ère pos soviétique et ayant lui même tapé allègrement dans la caisse. Entre voyous, la solidarité existe. Aussi.

José Fort

élu président de la Géorgie en 2004 en rentra

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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 17:26

Cinquante jours d’une guerre déclenchée par le gouvernement israélien sous un prétexte fallacieux. Cinquante jours au cours desquels la cinquième armée du monde a noyé sous le fer et le feu les 1.800.000 habitants des 380 km2 de la bande de Gaza. Cinquante jours et 2200 morts palestiniens parmi lesquels près de 500 enfants, des milliers de blessés, des destructions massives. L’accord de cessez-le-feu intervenu hier soir permet, enfin, aux femmes et aux hommes de Gaza de souffler, d’espérer vivre. Simplement vivre et ne pas être, au petit matin, fauchés par un missile. Il permet aussi aux familles d’Israël ayant un enfant à l’armée d’espérer le voir revenir vivant, 80 soldats israéliens ayant péri dans ce qui restera dans l’histoire contemporaine comme un massacre à grande échelle.

Netanyahu et sa bande d’ultras devront répondre devant la justice internationale pour crimes de guerre et contre l’humanité. Leur sale guerre avait un seul objectif : casser l’union enfin réalisée entre les différentes composantes palestiniennes, y compris avec le Hamas. C’est par le mensonge et la manipulation des opinions publiques que le massacre a démarré et s’est poursuivi pendant cinquante jours.

L’assassinat de trois jeunes israéliens au début de l’été a été attribué au Hamas, le premier ministre Netanyahu annonçant que l’organisation « paiera cher l’ignoble crime ». Quelques jours plus tard, les avions israéliens bombardaient la bande de Gaza. Or, la police de Jérusalem a reconnu que ces trois jeunes israéliens avaient été victimes d’un crime sordide relevant du fait divers.

Le cessez-le-feu constitue une première étape. C’est au peuple palestinien, et à lui seul, d’apprécier le contenu de l’accord. Avec lui, nous exigeons la fin du blocus de la bande de Gaza, l’accès libre à la mer pour le pêcheurs, une aide internationale immédiate et importante pour venir en aide à la population et pour la reconstruction avec une participation d’Israël au titre de dommages de guerre. Avec lui, nous exigeons la libération de tous les prisonniers politiques, l’arrêt des colonisations et surtout la construction de la paix pour tous, Palestiniens de la bande de Gaza et de Cisjordanie.

Solidaires du peuple palestinien, nous veillons à ne pas interférer dans ses décisions. En revanche, il nous revient de ne pas laisser sans réaction la participation de jeunes français - pas seulement bi nationaux – à la guerre faite à la population de Gaza sous l’uniforme de l’armée israélienne. Plusieurs d’entre eux ont participé aux opérations terrestres, l’un d’entre eux, blessé, a même témoigné sur une chaîne de télévision française. A juste titre, les autorités ont décidé des poursuites judiciaires contre des jeunes français ayant rejoint en Syrie les rangs des djihadistes. Les Français incorporés dans l’armée israélienne, au service d’une puissance étrangère, doivent donc être traduits devant les tribunaux.

Il nous revient aussi d’exiger des autorités françaises de dépasser les formules creuses et de participer enfin à une action internationale concertée au sein de l’ONU afin d’IMPOSER la paix à Netanyahu et aux siens ainsi que la reconnaissance de deux Etats. L’OLP et le Hamas y sont prêts. Pas Tel-Aviv.

José Fort

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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 11:31

Au cours de cet été finissant, la machine à décerveler les opinions publiques a fonctionné à plein régime. Tenez, prenons quatre exemples : le crash du Boeing 777 au dessus de l’Ukraine, l’assassinat au mois de juin de trois jeunes israéliens, l’incorporation de jeunes français dans l’armée de Tel-Aviv, l’utilisation de l’aide armée occidentale aux djihadistes.

C’était net et sans bavure : l’avion de la Malaysia Airlines a été abattu par les « séparatistes » aux ordres de Moscou. Depuis, silence total sur l’enquête et on apprend qu’un accord « secret défense » a été signé par plusieurs pays occidentaux pour enterrer l’affaire. Que cache cet accord secret ?

L’assassinat de trois jeunes israéliens au début de l’été a été attribué immédiatement au Hamas, le premier ministre Netanyahu annonçant que l’organisation « paiera cher l’ignoble crime ». Le prétexte était trouvé pour déclencher sur les populations de la bande de Gaza un déluge de fer et de feu, plus d’un mois de massacres quotidiens et de destructions massives. La police de Jérusalem a reconnu que ces trois jeunes israéliens avaient été victimes d’un crime sordide relevant du fait divers. Pourquoi les résultats de l’enquête ne sont pas rendus publics ?

Des jeunes français – pas seulement bi nationaux – ont rejoint ces dernières semaines l’armée israélienne. Plusieurs d’entre eux ont participé aux opérations dans la bande de Gaza, l’un d’entre eux, blessé, a témoigné sur une chaîne de télévision française. A juste titre, les autorités ont décidé des mesures à l’encontre des jeunes français s’engageant en Syrie dans les rangs des djihadistes. Que comptent faire ces mêmes autorités dans le cas de ces jeunes français incorporés dans l’armée israélienne et donc au service d’une puissance étrangère ?

Les djihadistes qui sèment actuellement la terreur en Irak, en Syrie s’approchant dangereusement du Kurdistan sont puissamment armés. Les experts affirment que leur arsenal est constitué à 90% des armes livrés par les Etats-Unis, la France et la Grande Bretagne et du reliquat de l’armement libyen. Leur financement est assuré par l’Arabie saoudite et le Qatar, deux pays très étroitement liés à Washington, Paris et Londres. Ces trois capitales continuent-elles à livrer du matériel militaire aux djihadistes ?

Quatre questions toujours sans réponses. Elles pourraient pourtant éclairer d’un jour nouveau les coups tordus qu’on a essayé de nous faire ingurgiter ces trois derniers mois.

José Fort

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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 17:28

Dimanche, 20h55, Porte de la Chapelle à Paris. Huit hommes armés s’attaquent au convoi d’un prince saoudien en route pour l’aéroport du Bourget. Ils s’emparent « officiellement » d’un butin de 250.000 euros (une broutille pour le prince) et surtout sans qu’on en sache plus pour l’instant de « documents sensibles ». Les « malfaiteurs » circulaient à bord de deux puissantes voitures. Quant au cortège princier, il était composé de treize véhicules et venait de quitter l'hôtel Georges V, dans le quartier des Champs-Élysées.

Très bien renseigné, le commando a ciblé le monospace placé en tête du convoi officiel. Le chauffeur a été menacé et obligé de s'arrêter. A l'intérieur du véhicule, les deux autres passagers n'ont rien pu faire. Les trois occupants ont été extirpés du véhicule. Des membres du commando ont alors pris le volant et relâchés un peu plus loin les trois Saoudiens. Les véhicules des victimes et des braqueurs, ont été retrouvés brûlées un peu plus tard dans le village de Saint-Mesmes, près Villeparisis en Seine-et-Marne. L'enquête a été confiée à la Brigade de répression du banditisme de la Police judiciaire parisienne où certains évoquent un mode opératoire «rare et inédit».

Cette affaire ne semble pas correspondre aux « car-jacking » traditionnels commis dans la capitale. Plusieurs pistes sont en cours d’étude.

1/ Les agresseurs du convoi étaient extrêmement bien informés.

2/ Ils ont ciblé le premier véhicule et pas les autres.

3/ 250.000 euros pour les Saoudiens, c’est une peccadille.

4/ En revanche de quelle nature sont les « documents sensibles » dérobés ?

Plusieurs hypothèses sont avancées. Une d’entre elles retient particulièrement l’attention. Et si les « malfaiteurs » étaient des « barbouzes » chargés de récupérer des documents compromettants, les 250.000 euros servant de paravent ?

José Fort

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17 août 2014 7 17 /08 /août /2014 18:54

Survivant espagnol de la division Leclerc, Luis Royo-Ibanez, aujourd’hui disparu, nous avait raconté, en juillet 2004, son épopée depuis le débarquement jusqu’à la libération de Paris. Voici, à nouveau, l’entretien qu’il m’avait accordé dans son HLM de Cachan (94).

Le dernier survivant espagnol de la 9e compagnie de la division Leclerc qui participa à la libération de Paris à bord d'un Half-Track baptisé " Madrid ", en mémoire de la bataille contre les troupes franquistes autour de la capitale espagnole, porte bien ses quatre-vingt-trois ans. Ce Catalan engagé à l'âge de dix-sept ans dans l'armée républicaine raconte son parcours, de Madrid à Agde dans l'Hérault, de Marseille à Oran, du Maroc au pays de Galles, de Omaha Beach à Paris, jusqu'à sa blessure dans les Vosges. Ses camarades de combats, le général Leclerc, sa joie d'entrer dans Paris, le défilé sur les Champs-Élysées, les femmes tondues, les FFI, Luis Royo-Ibanez témoigne d'une épopée hors du commun.

Vous êtes un des premiers soldats de la division Leclerc qui, il y a soixante ans, ont participé à la libération de Paris. Au moment de la célébration de cet anniversaire, à quoi pensez-vous d'abord ?

Luis Royo-Ibanez. D'abord ? À mes dix camarades du Half-Track " Madrid " que je conduisais. Ils ont tous disparu. Je pense à mon chef de section Moreno, à ces dix Espagnols anarchistes, socialistes, républicains, vaincus par les franquistes soutenus par les nazis et les fascistes italiens. Lorsque l'ordre nous a été donné par Leclerc de " foncer sur Paris ", nous étions ivres de joie et de bonheur. Nous allions participer, aux premières loges, à la libération de Paris, nous allions chasser les Allemands et surtout prendre notre revanche sur ceux qui avaient assassiné la République espagnole que nous défendions à l'époque avec des tromblons datant de la guerre 1914-1918. En débarquant en France, en combattant dans l'Orne, en pénétrant dans la capitale de la France, nous disposions d'un armement américain moderne. Je pense à mon Half-Track " Madrid ", à sa vitesse, à sa puissance de feu. Nous étions déterminés, bien armés et entraînés, bien commandés, bien guidés par les FFI. Les Allemands n'avaient, cette fois, qu'à bien se tenir.

Vous avez débarqué à Omaha Beach le 1er août 1944. Saviez-vous que l'objectif était Paris ?

Luis Royo-Ibanez. Absolument pas. Nous avons combattu d'abord dans l'Orne, où a eu lieu la première rencontre avec la résistance chargée de nous renseigner. C'est un FFI espagnol qui nous a ouvert le chemin jusqu'à Alençon puis à Écouche. Dans cette ville nous avons libéré des aviateurs américains et nous avons eu nos premiers morts. Il a fallu attendre la relève (des Polonais) avant d'entendre l'ordre : " Objectif Paris ". Une des chenilles de mon Half-Track avait été touchée pendant les combats. Nous avons effectué une réparation de fortune avant de parcourir en une journée environ 200 kilomètres, pour une première halte près d'Arpajon. Pendant une inspection, Leclerc a repéré l'état de la chenille et nous a dit : " Il faut réparer. " Nous étions si pressés que nous lui avons répondu : " Elle a tenu deux cents kilomètres, elle tiendra jusqu'à Paris. " Le général a haussé le ton. Trois heures après et avec une chenille neuve, direction Antony. Les habitants sortaient des maisons, surtout les femmes, nous félicitaient, nous embrassaient alors même que les Allemands bombardaient toujours le coin. C'était bien agréable, très agréable, mais dangereux.

Comment s'est déroulée votre entrée dans Paris ?

Luis Royo-Ibanez. Par la porte d'Orléans, et toujours guidés par les FFI car nous ne disposions d'aucun plan et ne connaissions pas la route. Avec un premier objectif : l'école militaire. Là, nous avons été accueillis par des tirs nourris provenant des maisons entourant les Invalides. Ce n'étaient pas les Allemands mais la milice française. Une fois cette poche éliminée, nous avons reçu l'ordre de rejoindre l'Hôtel de Ville, toujours en compagnie des FFI. Il y avait beaucoup de monde. Le Half-Track " Madrid " a pris position devant la porte centrale. Imaginez notre joie et notre fierté. Pourtant, un événement nous a choqués. Plusieurs individus ont entraîné des femmes pour les tondre sur la place. Un spectacle insupportable, qui en rappelait d'autres : les troupes franquistes pratiquaient de la même manière en Espagne. Nous les avons dispersés en leur disant : " Vous voulez en découdre ? Alors prenez les armes, partez sur le front, combattez les Allemands et laissez ces femmes tranquilles. " Ils ont quitté les lieux. Je sais qu'ils ont continué un peu plus loin leur sinistre besogne. Nous avons demandé à nos officiers d'informer Leclerc.

Vous affirmez avoir été " bien commandés ". Quel souvenir gardez-vous du général Leclerc, un aristocrate qui disait de vous : " Je commande une troupe de rouges, mais quel courage. " ?

Luis Royo-Ibanez. Leclerc n'était pas un général français. C'était un véritable général républicain espagnol, comme ceux qui nous commandaient pendant la guerre contre les franquistes. Je vous explique. Leclerc était intelligent, courageux et d'une grande simplicité. Il exigeait et obtenait une discipline rigoureuse avant et pendant les combats. Après, il redevenait un homme parmi les autres, une attitude peu courante chez les officiers supérieurs français. Nous avions pour Leclerc un immense respect et beaucoup d'affection.

Après la libération de Paris, vous avez poursuivi le combat.

Luis Royo-Ibanez. J'ai participé au premier défilé sur les Champs-Élysées. Puis nous avons pris la route de Troyes, Chaumont, Vittel. J'ai été blessé un peu plus tard dans les Vosges. Après avoir été soigné sur place, j'ai été rapatrié par avion à Oxford avant de revenir en convalescence en France, à l'hôpital de Saint-Germain. J'ai été démobilisé en 1945. Je croyais, à l'époque, que Franco et Madrid seraient nos prochains objectifs. Vous savez ce qu'il est advenu.

C'est en Espagne que vous avez combattu pour la première fois. Comment avez-vous rejoint plus tard la division Leclerc ?

Luis Royo-Ibanez. En 1938, à dix-sept ans, je me suis engagé dans l'armée républicaine. J'ai été blessé à la jambe et à la joue dans la célèbre bataille de l'Ebre. Puis j'ai participé à la relève des Brigades internationales à Tortosa. En février 1939, j'ai pris la route de l'exil, comme des dizaines de milliers d'autres, en franchissant à pied les Pyrénées sous la neige et le froid pour finir parqué pendant plusieurs mois dans une baraque avec 250 autres Espagnols, à Agde, dans l'Hérault. Des cousins ont réussi à me faire sortir. J'ai travaillé dans les vignes et, un certain 18 juin 1940, j'ai entendu l'appel du général de Gaulle. Ce jour-là, mes cousines cherchaient une station diffusant la musique à la mode lorsque nous sommes tombés, par hasard, sur Radio Londres. À l'époque, deux possibilités s'offraient à moi : le travail en Allemagne ou le retour forcé en Espagne avec au mieux la prison, au pire l'exécution. J'ai alors choisi de m'engager dans la Légion, à Marseille. Avec quinze autres Espagnols, nous avons été expédiés à Oran puis au Maroc avec une seule idée en tête : rejoindre les alliés. Plus tard, lorsque l'occasion s'est présentée, j'ai déserté pour rejoindre Leclerc. Un voyage de deux mille kilomètres à pied, en camion, en chameau. J'étais jeune et costaud !

Ce 24 août 2004, qu'allez-vous faire ?

Luis Royo-Ibanez. Le souvenir de mes copains du Half-Track " Madrid ", depuis soixante ans, ne m'a jamais quitté. Je vais penser très fort à eux. Et j'aimerais leur dire : combien nous étions heureux de libérer Paris, de vaincre les nazis ! Combien nous étions malheureux que le combat s'arrête aux portes des Pyrénées, permettant ainsi à Franco de se maintenir au pouvoir pendant plus de trente ans ! J'aimerais leur dire aussi : notre rôle dans les combats de la Libération a été passé, presque, sous silence. Ce 24 août 2004, enfin, une cérémonie d'hommage aux républicains espagnols engagés dans la 2e DB aura lieu à Paris. J'y serais.

Entretien réalisé par José Fort. Juillet 2004.

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15 août 2014 5 15 /08 /août /2014 16:05

Au risque de me faire traiter d’orchicoclaste (1), il n’est pas inutile, une fois encore, de rafraîchir les mémoires. Notamment celles des « personnalités » expertes en larmes dès qu’une caméra se trouve à proximité. Tenez, par exemple, l’affaire des deux cents jeunes filles enlevées par la secte boko haram au Nigéria et qui, pour la plupart, sont toujours entre les mains de leurs ravisseurs. Après les émissions spéciales, les infos en boucle, les prestations des femmes et compagnes de président en exercice ou d’ex en mal de pub, de ministres aux promesses rarement exaucées, ces pauvres jeunes nigérianes ne peuvent compter que sur elles-mêmes : elles ont sombré dans l’oubli de la prétendue « communauté » internationale, ce machin inexistant où plutôt ce fameux club rassemblant les prédateurs du monde.

On se souvient de Mme Obama brandissant une feuille sur laquelle était écrit « Bring Back our girls », rendez-nous nos filles ; on reste marqué par la scène si touchante sur l’esplanade du Trocadéro réunissant Carla Bruni et Valérie Trieweiler ; on ne peut pas oublier la tirade de Laurent Fabius à l’Assemblée nationale annonçant l’envoi sur place d’une « équipe spécialisée », ses homologues britannique et nord-américain promettant des avions renifleurs, pardon d’observation, à l’heure où les satellites détectent une présence au centimètre près.

L’émotion, pour ces gens là, c’est comme un kleenex qu’on jette quand on en a plus besoin. C’est le temps du paraître et du disparaître.

José Fort

(1) Casse-couilles

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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 11:41

Les djihadistes de « l’Etat islamique en Irak et au Levant » sont des monstres. Personne ou presque ne le conteste. Mais s’en tenir à ce constat et à la compassion pour les populations martyrisées relève de l’escroquerie. Ces monstres ont été enfantés par le prix Nobel de la paix Obama, Hollande et la plupart des dirigeants occidentaux.

D’ou vient l’argent ? D’où viennent les armes ?

L’organisation terroriste dispose de moyens financiers considérables. L’argent provient de plusieurs pays du Golfe alliés de Washington et bien en vu à Paris, de braquages comme celui de la succursale de la banque centrale irakienne à Mossoul au début du mois de juin avec un butin de 425 millions de dollars, du commerce du pétrole avec la production de plusieurs raffineries comme celles de Tikrīt et Baiji et … du pillage d’antiquités vendus au prix fort en Occident par des réseaux mafieux.

D’où viennent les armes ? Un grand merci au grand Sam et à ses copains de Londres et de Paris. Le matériel fourni aux opposants à Bachar el Assad est passé à 90% entre les mains des Djihadistes avec en prime les reliquats des arsenaux libyens ainsi que des blindés, des tanks et de l’armement lourd de fabrication US pris à l’armée irakienne en déroute.

Les talibans en Afghanistan avaient été armés par Reagan au nom de la défense du « monde libre » avec les résultats que l’on connaît. Les « contras » au Nicaragua avaient bénéficié des mêmes largesses.

Du temps du dictateur nicaraguayen Somoza, à Washington les officiels avaient pour habitude de dire : « Somoza est peut-être un fils de pute, mais c’est notre fils de pute. » Les dirigeants occidentaux pourront désormais dire eux aussi à propos des djihadistes: « ce sont des monstres, mais ce sont nos monstres. »

José Fort

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