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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 20:07

Jean-Pierre Kahane, mathématicien de renom, membre de l'Académie des sciences, professeur émérite de l'université Paris-Sud, est décédé. Militant communiste, il est resté fidèle jusqu’à la fin de sa vie à ses engagements de jeunesse.

Il avait mené une action internationale (avec Laurent Schwartz) pour la libération de José Luis Massera, mathématicien et dirigeant communiste uruguayen emprisonné par la dictature. A cette occasion, je l’avais souvent rencontré, le journal « l’Humanité » menant campagne aux côtés de notre camarade.

Il m’avait facilité ma rencontre avec Massera quelques années plus tard à Montevideo. Je ne peux oublier l’article que Jean-Pierre Kahane avait consacré dans « La Gazette » à son ami, son collègue, son camarade décédé en 2002. Un régal. En voici de larges extraits.

« Massera est né en 1915 à Gènes en Italie, de parents uruguayens. Son père était avocat et professeur de philosophie. Après des études aux États-Unis et en Europe, au cours desquelles s’affirma son goût pour les mathématiques, il devint élève-ingénieur de l’Université de la République à Montevideo. Le titre d’ingénieur, qu’il reçut, était à cette époque le seul garant d’une formation scientifique sérieuse. Toute sa carrière scientifique se déroula dans cette université. Il fut le fondateur, avec Rafael Laguardia, de l’Institut de mathématique et statistique, où s’organisa l’ensemble de la recherche mathématique en Uruguay. Il s’orienta et orienta ses élèves vers l’étude des équations différentielles. Son œuvre dans ce domaine devint rapidement classique, et son importance fut reconnue par des doctorats honoris causa dans le monde entier (Rome, Berlin, Nice, Mexico, Quito, Budapest, San Andres (Bolivie), la Havane, Rio de Janeiro). Pour finir, c’est sa propre université qui tint, en 1991, à lui décerner le doctorat honoris causa.

Massera est également connu comme militant communiste. Il adhéra au parti communiste de l’Uruguay en 1941, il y occupa des fonctions dirigeantes, comme membre du comité exécutif, et même, au début de la période de répression anticommuniste, comme secrétaire général. Durant dix ans, de 1975 à 1984, il fut détenu à la sinistre prison “Libertad”, où il fut torturé. Il fut l’un des fondateurs du “Frente Amplio” (version uruguayenne de l’union de la gauche) et fut à plusieurs reprises député au Parlement. Outre ses travaux mathématiques, il est l’auteur d’essais multiples, d’inspiration marxiste, sur la science et la dialectique, l’art et la philosophie.

Massera est mort le 9 septembre. Le lendemain, l’Université de la République accueillait ses restes pour un dernier et vibrant hommage.

Ma première rencontre avec Massera date de l’été 1959. Alberto Gonzalez Dominguez avait obtenu de l’Unesco la création d’un centre de formation de mathématiciens d’Amérique latine à Buenos Aires. Charles Ehresmann et moi y étions invités comme professeurs. Pour le lancement du centre, les responsables des départements de mathématiques du sous- continent étaient réunis, et Massera représentait l’Uruguay. A l’époque, un très vieil hydravion reliait Buenos Aires et Montevideo à travers le Rio de la Plata, et, vu d’Argentine, l’Uruguay semblait un havre de démocratie et de prospérité. A la séance de travail à laquelle j’assistai, Massera parla peu, et je me souviens seulement de l’attention que les participants portaient à ses propos. C’était l’un des mathématiciens les plus importants de l’Amérique latine, auteur de travaux récents très originaux et déjà très reconnus, et il apparaissait comme le chef de file de la jeune école mathématique uruguayenne.

Ma seconde rencontre fut l’année suivante, à Jérusalem. Arieh Dvo- retzky organisait un colloque sur les espaces vectoriels à l’Université hébraïque. Massera y fit un exposé remarquable sur la théorie des équations différentielles et l’analyse fonctionnelle. Au cours des années précédentes, il avait publié une série d’articles sur ce sujet dans Annals of Mathematics, d’abord seul, puis en collaboration avec son élève Juan Jorge Schäffer. Il allait, plus tard, publier avec Schäffer un livre qui prolongeait l’exposé fait à Jérusalem. Avant d’en évoquer le contenu, je peux donner une preuve de la réputation internationale qu’avait Massera en 1960, en énumérant les présidents des douze sessions du colloque : Einar Hille, Gottfried Köthe, Wladyslaw Orlicz, Jean A. Dieudonné, Abraham Robinson, Marshall H. Stone, A.C. Zaanen, Gaetano Fichera et José L. Massera.

Donc Massera, dont je connaissais les opinions politiques, était alors pour moi, d’abord, un grand aîné comme mathématicien.

Plus tard, c’est le communiste, l’humaniste, l’amateur d’art qui s’est révélé au cours de nos rencontres : la fête à Paris après sa libération du sinistre “Penal de Libertad”, ses visites comme délégué du parti communiste de l’Uruguay aux congrès du parti communiste français, sa participation, à Paris toujours, aux manifestations du cent-cinquantième anniversaire du Manifeste communiste de Marx et Engels. Et de nouveau le mathématicien, en 1991, entouré de l’admiration et du respect de ses collègues plus jeunes, quand il reçut le doctorat honoris causa de l’Université de la République à Montevideo.

Le texte de présentation du diplôme était le suivant : « José Luis Massera, fondateur et membre le plus éminent de l’École mathématique uruguayenne, interna- tionalement connu et estimé, homme d’une vaste culture et ouvert aux idées généreuses. Son activité politique nullement clandestine ni violente lui a valu une lourde condamnation à vingt années d’emprisonnement, que la communauté mathématique et universitaire souhaite vivement voir amnistiée, ce qui lui permettrait de poursuivre ses travaux de recherche. »

Dans son œuvre sur les équations différentielles, Massera considère des équations de trois types :

  1. (1) x +A(t)x=0
  2. (2) x + A(t)x = f(t)
  3. (3) x + A(t)x = f (x, t)

L’aspect non linéaire apparaît avec (3), qui est attaqué au moyen de résultats concernant (2), convenablement reliés à ceux, plus simples, concernant l’équation (1). Précisons. La fonction inconnue E(t R naturellement, ne considérait pas des espaces de Banach), et les notions clés de « dichotomie » et d’« admis- sibilité », ainsi que leur relation, sont dues à Massera – en collaboration avec Schäffer pour une part.

Définitions. — Un sous-espace Y de E est « dichotomique » si, dans la situation (1), x(t) tend exponentiellement vite vers une limite (t → ∞) lorsque x(0) appartient à Y , et tend exponentiellement vite vers l’infini lorsque x(0) est extérieur à Y .

Il est « admissible » relativement aux normes B et D (normes sur E) si, dans la situation (2), la norme D de x est dominée par la norme B de f (supposée finie) dès que x(0) appartient à Y .

La remarquable relation entre les deux notions est que, moyennant des hypothèses convenables sur E (« espace fonctionnel à translations ») et sur les normes B et D, elles coïncident.

Cela mène Massera à montrer que les conditions de stabilité de Lia- pounoff, relatives aux solutions des équations différentielles, sont essen- tiellement les meilleures possibles.

Massera n’était pas seulement un très bon technicien en mathématiques ; il avait des idées générales sur ce qui est important. Les équations différentielles donnent une approche de l’évolution des phénomènes au cours du temps, ce qui est une question importante et à faces multiples. Ce souci de ce qui est important et général se retrouve dans son action SMF – Gazette – 94, Octobre 2002

politique, dans ses activités universitaires, et dans ses réflexions philosophiques. Le dernier article philosophique qu’il a écrit, « Réflexion d’un mathématicien sur la dialectique » est publié dans le livre « Sciences et dialectiques de la nature » (1998), coordonné par Lucien Sève. Il commence par dire qu’une certaine humilité est nécessaire à un marxiste pour parler de ce sujet, en raison des erreurs du passé. Cela lui permet d’exposer de façon simple quelques très bonnes idées, qu’à ma connaissance il avait déjà mûries dans le “Penal de Libertad”. Il m’est impossible de les résumer ici, mais je peux dire que ma réflexion sur la dialectique à l’œuvre dans l’élaboration des définitions en mathématiques, et plus généralement sur les points de départ d’une théorie qui sont des aboutissements historiques, vient directement d’un échange de correspondance déjà ancien avec Massera.

Son collègue et ami Roberto Markarian m’a communiqué un texte court de Massera qui me paraît la meilleure conclusion possible de cet article. Massera parlait et écrivait parfaitement le français et cinq ou six autres langues. Mais ce texte-ci est en espagnol, et je lui laisse la saveur de sa langue.

Desde mi más temprana juventud, he tratado de articular dos aspectos que a menudo se consideran incompatibles, cuando no antagónicos. Por un lado, el estudio de conceptos cientificos, a veces muy generales y abstractos, de modo que ellos resulten aplicables, debido a su propia generalidad, a vastas zonas de conocimientos. Por otra parte, siempre me sentí moralmente comprometido a tomar parte en muchos de los sucesos que en el siglo xx han conmovido con tanta hondura a las sociedades humanas de diversas geografías, las sometían a dolorosas pruebas o, a veces, las llevaban a conquistar importantes avances de bienestar o justicia social. Por mucho que ese compromiso estuviera sujeto a inevitables limitaciones y errores, nunca pude concebir mi existencia egoístamente ajena a estos sufrimientos y alegrías y rehuir mi aporte personal a lo que creía más acorde con la verdad y la justicia.

 

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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 18:27

Holdup électoral

 

(Ma chronique sur Radio Arts Mada, tous les lundi en direct à 19h)

 

Nous venons de vivre un holdup électoral à répétition, sans précédent dans notre histoire récente.

 

La première séquence a vu Macron élu président de la République. Il a accédé à la fonction suprême parce que le bulletin portant son nom a souvent été utilisé pour éloigner du pouvoir Mme Le Pen. Macron, adepte des poncifs dignes d’un évangéliste sectaire dans un costume fait main, a été élu par défaut.

 

En un mois de présidence, le jeune commis de la vieille bourgeoisie française dont au moins deux de ses ministres sont empêtrés dans des « affaires » affiche des projets redoutables pour le monde du travail et les retraités : la casse des droits des salariés, le plafonnement des indemnités prud’homales, l’augmentation de la CSG pour les retraités, l’état d’urgence inscrit dans la Constitution, la volonté d’ubériser la société…

 

Le personnage n’a pas pu cacher longtemps son véritable profil en tenant des propos indignes : racistes en évoquant la situation aux Comores ; arrogants en répondant à une salariée « je ne suis pas le père Noël » ; pervers affirmant - piégé par un micro ouvert - à deux de ses ministres qu’il avait bien reçu les dirigeants syndicaux mais qu’il ne leur avait « rien dit » ; inquiétants pour la démocratie en choisissant lui même les journalistes chargés de « couvrir » ses déplacements.

 

Macron et ses proches, c’est la génération ivre d’ambitions ultra libérales, la génération sortie des mêmes grandes écoles, la génération du fric et de l’injustice sociale, la génération du carriérisme, la génération du retournement de veste.

 

Le Cac 40 et les milliardaires propriétaires des médias ont trouvé en Macron leur homme lige idéal et des députés à la botte. Comme l’écrit Edwy Pleynel, «même un âne étiqueté « En marche » avait toutes ses chances d’être élu. » Quand on regarde de plus près ces prétendus représentant de la « société civile », élus ou candidats de « En marche », on découvre que 70% d’entre eux sont haut cadres ou patrons avec en prime une bande de parfaits crétins limite analphabètes, un violeur, un trafiquant de diplôme, un adepte de l’enrichissement personnel « légal », un détenteur de compte bancaire à Hong Kong et même… une voyante.

 

Hier, la deuxième séquence du holdup up électoral a eu lieu avec une abstention sans égal dans notre histoire. Plus d’un Français sur deux n’ont pas voté. Si on ajoute les deux millions de vote nuls et blancs on peut raisonnablement s’interroger sur la légitimité de cette nouvelle Assemblée nationale.

 

La machine « En marche » avec environ 14% des inscrits rafle 70% des circonscriptions tandis que les Républicains en forte baisse restent en piste. Le PS s’effondre. Quant à la gauche, elle aurait pu gagner un plus grand nombre de circonscriptions sans la division entretenue par les anciens dirigeants du PS transformés en « insoumis » dont la morgue n’a plus de limite comme en témoigne la première déclaration au soir du deuxième tour de M. Mélenchon. Qu’on ne s’y trompe pas, son prochain objectif électoral vise les municipalités à direction communiste.

 

Les communistes, eux, sauvent les meubles. Et s’ils devront réfléchir aux bouleversements intervenus dans la société et la place qu’ils comptent y prendre, ils ne pourront pas faire l’économie du bilan des douze derniers mois avec le choix de l’effacement motifère. Ils devront choisir entre la « pureté révolutionnaire » d’un autre temps et la prétendue « évolution moderniste » qui a pour seul objectif la liquidation pure et simple. Entre ces deux extrêmes existe la place pour un parti communiste moderne, adapté à notre temps, uni et combattif, au plus près de la population, particulièrement celle qui travaille et vit durement

Des forces considérables aspirent à une transformation sociale, économique, institutionnelle en profondeur. Il faut les entendre, les comprendre afin de construire de nouvelles perspectives.

 

En attendant, fort de sa majorité en députés mais ultra minoritaire dans la société, le gouvernement va très rapidement tenter de faire passer la pilule. Les salariés, les retraités, les chômeurs auront à régler la note dès l’été. Elle sera salée.

 

José Fort

 

Ce soir pas de chanson liée à l’actualité. J’ai découvert le Saunt Andreu jazz band. Un groupe de jeunes barcelonais âgés de 7 à 18 ans. Un régal. Ecoutons-les.

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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 22:18

Prisonniers et réfugiés

 

(Ma chronique sur Radio Arts Mada, tous les lundi en direct à 19h)

 

J’avais l’intention de consacrer entièrement ma chronique ce soir aux prisonniers politiques palestiniens en grève de la faim. Comme vous le savez certainement, leur mouvement a été suspendu (je dis bien suspendu et non arrêté) après de longues négociations entre les autorités d’occupation israéliennes et le comité des prisonniers emmenés par Marwan Barghouti, le Mandela palestinien, et après intervention du Comité international de la Croix rouge.


La grève de la faim a duré 41 jours, ce qui en fait l'une des grèves collectives les plus longues et les plus massives dans l'histoire du mouvement des prisonniers palestiniens, souligne le comité international pour la libération de Marwan Barghouti et de tous les prisonniers palestiniens. Elle avait pour objectif de mettre fin aux violations par Israël des droits des prisonniers. Les revendications comportaient le respect du droit de visite des familles, la fin de la torture et des mauvais traitements pendant l'arrestation, le transport et la détention, la fin de la politique de mise à l'isolement ainsi que la fin de la détention administrative sans accusation et, enfin, le droit à l'éducation.


Le gouvernement israélien avait annoncé qu'il ne négocierait pas. Grâce à la détermination des prisonniers politiques et à la solidarité internationale, le gouvernement de Tel Aviv a été obligé de négocier. C’est une grande victoire et je laisserai demain soir sur Radio Arts Mada mon ami Alain Desmarets et ses invités tirer les leçons de ce nouvel épisode de la lutte héroïque palestinienne.

 

Ce soir, je veux évoquer une pratique, et cela ne date pas d’hier, d’un pays membre de l’Union européenne : la Hongrie. Ce pays se distingue dans le domaine de l’abject en recrutant des chasseurs, écoutez bien, des chasseurs de migrants.

 

« Chasseurs frontaliers », c’est le nom officiel de ce corps de police magyar. Il assiste plus de 10 000 policiers et militaires déjà déployés aux frontières serbe et croate du pays.

 

Après six mois d’entraînement, ces volontaires âgés de 30 ans en moyenne, parmi lesquels de nombreuses femmes, patrouillent, armés d’un spray de gaz poivré, d’une matraque et d’un revolver.

 

Chasseur de migrant, c’est un boulot garanti et bien payé. Les élèves sont rémunérés dès le début de leur formation. Au bout de deux mois, la rétribution mensuelle passe de 500 à plus de 700 euros, le double du salaire minimum en Hongrie. Avec une condition : maitriser les passages à tabac, les menottages, les humiliations. La chasse au migrant est ouverte le long des 175kms de murs-barbelés séparant la Hongrie des pays proches et de nombreux candidats à la capture humaine en désespérance continuent de se presser dans les bureaux de recrutement pour aller chasser l’Autre.

A propos de l’Autre, écoutez le poème de Robert Gélis intitulé « Portrait de l’Autre »


« Celui d’en face, ou d’à côté,
Qui parle une autre langue
Qui a une autre couleur,
Et même une autre odeur
Si on cherche bien …

L’Autre

Celui qui ne porte pas l’uniforme
Des bien-élevés,
Ni les idées
Des bien-pensants,
Qui n’a pas peur d’avouer
Qu’il a peur …

L’Autre :
Celui à qui tu ne donnerais pas trois sous
Des-fois-qu’il-irait-les-boire,
Celui qui ne lit pas les mêmes bibles,
Qui n’apprend pas les mêmes refrains …

L’Autre :
N’est pas nécessairement menteur, hypocrite,
vaniteux, égoïste, ambitieux, jaloux, lâche,
cynique, grossier, sale, cruel…
Puisque, pour Lui, l’AUTRE …
C’est Toi »

 

Le déchaînement sécuritaire, le racisme et la xénophobie sont en marche. Si nous ne ripostons pas, si l'Union Européenne n'intervient pas, la porte restera ouverte aux pires forces de la mort et du néant.

 

 

Pour terminer, ce soir, en pensant aux dizaines de réfugiés, parmi lesquels beaucoup d’enfants, morts la semaine dernière en mer Méditerranée, voici la chanson « Réfugiés » interprétée par Julien Clerc. Elle a été écrite par Etienne Roda-Gil, lui même fils de réfugiés républicains espagnols. Ecoutons Julien Clerc.

 

José Fort

 

 

 

 

 

 

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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 19:05

M. Macron, la main sur le coeur ( à la manière yankee) avait déclaré pendant la campagne électorale qu'il n'accepterait aucune dérive financière de ses collaborateurs. Et voici que le secrétaire général de son mouvement "en Marche" et ministre de la Cohésion des territoires, M. Richard Ferrand vient d'être pris la main dans le sac façon Fillon. Des paroles, il faut passer aux actes ( comme dirait Bayrou): M. Ferrand doit démissionner.

 
 
 

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 18:46

La presse à la botte ?

 

Ma chronique cette semaine en deux parties et deux chansons.

(En direct sur Radio Arts-Mada, tous les lundi à 19h)

 

 

La communication élyséenne, la com dit-on quand on veut faire branché, ne fait pas dans la dentelle. Déjà, lors de la campagne électorale, les images et le son du candidat d’« En marche » étaient passés à la moulinette avant de nous être resservis sur les écrans télé et sur les radios. Ce n’était qu’une mise en bouche avant le plat principal. Le voici. Désormais, ce ne seront plus les directions des rédactions qui choisiront le ou la journaliste chargé de « couvrir » un événement présidentiel. C’est la « dir com » du patron, comme au bon vieux temps où il exerçait à la banque Rothschild, qui donnera le feu vert ou pas. Cette mesure, une première en France, entraîne une vague de protestations dans toutes les rédactions.

 

Une première ? En effet, et j’en témoigne. Accrédité auprès de la presse présidentielle pendant plusieurs années, les temps n’ont pas toujours été… roses. Avec Mitterrand, par exemple, le mépris qu’il portait à « l’Humanité » se traduisait par des remarques désagréables, par mon exfiltration d’une conférence de presse un jour, la coupure du micro un autre. Mais jamais, ma candidature à un voyage présidentiel, à un sommet européen ou à un G7 a été discutée par la com élyséenne.

 

Avec Chirac, je n’ai jamais été victime d’une quelconque discrimination bénéficiant comme mes collègues des mêmes services avant et pendant les déplacements. On me dit qu’avec Sarkozy et Hollande, malgré le peu de sympathie portée par les deux anciens présidents à l’égard de « l’Humanité », les directions successives de la communication élyséenne ne sont jamais intervenues dans le choix des journalistes. Et bien, c’est Macron qui inaugure cette com new look: il choisira lui même ses journalistes. On ne manquera pas de noter que Macron va ainsi fonctionner comme le sinistre président nord-américain Trump. Tous les deux veulent des larbins de la presse à leurs bottes, les autres étant jetés aux chiens.

 

 

 

En écrivant cette première partie de chronique, j’avais à l’esprit « journalistes en danger » interprété par le chanteur ivoirien Alpha Blondy. Ecoutons-le.

 

 

 

36 eme jour de grève de la faim

 

Les nouvelles reçues sur l’état de santé des prisonniers palestiniens en grève de la faim dans les prisons israéliennes sont extrêmement préoccupantes. Marwan Barghouti, celui qu’on appelle « le Mandela palestinien », et d’autres grévistes ont entamé une « grève sèche », c’est à dire sans eau. Leur vie est en danger avec de possibles conséquences graves en Palestine et en Israël.

 

La grève de la faim des prisonniers palestiniens s’explique par les terribles conditions de détention imposées par le gouvernement de Tel Aviv et l’administration pénitentiaire israélienne. Elle rappelle le sort subi par plusieurs patriotes irlandais, il y a maintenant près de quarante ans.

Les plus anciens se souviennent de Bobby Sands et de ses camarades. Bobby Sands est mort à l’âge de vingt sept ans après avoir mené une grève de la faim de soixante-six jours dans la prison de Maze en Irlande du Nord. Victime de l’intransigeance de Margaret Thatcher, alors Premier ministre britannique, il était devenu un héros de la cause républicaine et de la défense de la dignité des prisonniers politiques. Mme Thatcher, « la Dame de fer », celle qui qualifiait Mandela de « terroriste », celle qui sert encore de modèle à bon nombre de politiciens français, à commencer par M. Macron, avait dépassé les frontières de l’abject en réagissant en ces termes devant le parlement britannique : « Monsieur Sands était un criminel condamné. Il a fait le choix de s’ôter la vie… »

 

Au bout de 36 jours de grève de la faim, le processus de fin de vie est engagé. Et tout semble indiquer que le gouvernement israélien restera sourd à moins qu’une puissante vague de protestations venue du monde entier déferle sur Tel Aviv. Savez-vous que des groupes ultras religieux israéliens organisent des barbecues à proximité de la prison tandis que le ministre de la « Défense » ose déclarer à propos des grévistes palestiniens: « affrétons des bus pour aller les noyer dans la mer morte ?»

 

Le silence politico-médiatique est total à Paris et dans toutes les capitales européennes. Cela n’est plus supportable. Il faut sauver la vie des grévistes de la faim palestiniens et celle de leur leader Marwan Barghouti.

 

Je veux terminer cette chronique en reprenant une information communiquée par notre ami Taoufiq Tahami. Mohamed Beker vivait à Gaza. Il était pêcheur et le 15 mai au matin son bateau a été pris pour cible par la marine israélienne car il serait « sorti » de la zone définie arbitrairement par Israël. En imposant, en toute illégalité, un blocus sur la bande de Gaza, l’Etat israélien pille les ressources palestiniennes, notamment maritimes, et cantonne les pêcheurs gazaouis à des zones de pêche très peu productives. Il s’appelait Mohamed Baker et il a été enterré ce matin.

 

 

Ecoutons « Une chanson pour Gaza et la Palestine » interprétée par Raja Touta Jeridi.

 

 

José Fort

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17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 10:05

Macron et la spirale non vertueuse

 

(Ma chronique sur Radio Arts-Mada, tous les lundi en direct à 19h)

 

« En marche », le parti politique du nouveau président de la République a investi ses candidats pour les prochaines élections législatives. Des femmes et des hommes « neufs », des représentants de « la société civile », ont claironné les membres de l’équipe Macron en se livrant au dernier moment à un exercice digne des arrières cuisines électorales avec un François Bayrou proche de ses sous ou plutôt de ceux revendiqués pour chaque voix par un Modem à la recherche de reconnaissance, notamment pécunière.

 

Alors qui sont ces candidats de la « société civile » emmenés par le tout nouvau Premier ministre, député maire Les républicains du Havre, Edouard Philippe confirmant ainsi que la formule chère à M. Macron ni de gauche ni de droite aboutissait en fait à droite toute ?

 

57 patrons, 17 avocats, 13 médecins, une majorité de professions libérales et quelques stars anciennes ou actuelles de la tauromachie, de la police avec en attente quelques membres de l’ancien gouvernement et quelques recalés comme Manuel Valls humilié à un point tel, dit-on, qu’il en crèverait de rage.

 

En matière de « neuf » on fait mieux, le plateau proposé se présentant comme une entreprise de recyclage. En adressant leurs CV aux DRH de « En marche », 17.000 postulants ont passé leur temps pendant plusieurs jours à enchaîner autour des représentants du nouveau souverain plus de génuflexions que la liturgie n’en exige. De quoi pouffer de rire. Mais les objectifs de la bande à « en marche » sont trop dangereux pour esquisser le moindre sourire.

 

Vous me direz qu’au FN on recrute souvent des gens peu reluisants, que chez les Républicains c’est pas mieux, que les socialistes se spécialisent dans le changement de vestes et qu’ailleurs souvent le carriérisme n’arrive pas à se camoufler sous un fond de teint insoumis. Il reste toutefois des candidats honnêtes, enracinés dans leurs circonscriptions, prêts à mener le combat contre l’ultralibéralisme macronien. Ils ont bien du mérite dans ce contexte délétère où prévaut l’intérêt personnel, l’image et le fric.

 

 

Le concept de « société civile » brandi ici et là pourrait séduire. Mais, comme le souligne Amar Bellal, rédacteur en chef de la revue « Progressistes », ce concept aujourd’hui « sert à dénigrer, ringardiser encore un peu plus l’engagement dans un parti politique. Comme si les militants de parti politique n’étaient pas dans la société, salariés, adhérents dans des syndicats, dans des associations. » Et Amar Bellal de s’interroger : « Quelqu’un qui ne serait pas issu de la société civile, cela voudrait donc dire qu’il provient d’une société non-civile ? »

 

L’autre soir, je dînais avec une amie cadre qui sortait d’un stage de management. Elle m’a dispensé un cours sur « les méthodes d’accompagnement du management des compétences » qualifiée de « spirale vertueuse ».

 

Je vous l’a fait courte : pour dynamiser les salariés dans l’entreprise il faut, selon cette méthode, prendre en compte les données essentielles suivantes :

Tirer vers le haut les « inconscients, incompétents » pour leur permettre d’accéder à la deuxième phase qui les rendra « conscients incompétents ». Arrivé à ce stade, il s’agit, toujours selon mon interlocutrice, de les faire passer au stade de « conscients complets » qui permettra d’exploiter toutes leurs capacités. Puis, après utilisation, ils redeviendront « incompétents » et il faudra reprendre depuis le début. D’où la formule « spirale vertueuse ». Du cynisme à l’état pur.

 

En l’écoutant, je pensais à la situation politique actuelle et à cette mascarade de choix des candidats macronistes. La France risque de sombrer au cours des cinq prochaines années dans le management entreprenariat. A moins qu’après les prochaines élections législatives, un nombre suffisant de députés communistes et progressistes puissent organiser la résistance à l’Assemblée nationale et dans la rue.

 

 

José Fort

 

 

En choisissant une chanson pour accompagner cette chronique, je suis tombé sur « C’est pas Macron qui prend la mer » interprétée par Frédéric Fromet sur France Inter lors d’une émission de Charline Vanhoenecker. Ecoutons-le.

 

 

 

 

 

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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 21:45

Lettre à mon petit fils,

 

(Ma chronique sur Radio Arts-Mada tous les lundi en direct à 19h)

 

L’autre dimanche, j’ai eu une pointe d’émotion en apprenant que tu avais pour la première fois pris le chemin des urnes. Quelques jours avant le scrutin, nous avons eu un échange et, respectueux de ta liberté, je m’étais interdit de t’imposer, même d’une manière indirecte, mon propre choix. Tu as bien raison, cette décision t’appartient à toi et à toi seul.

 

Je dois te le dire puisque je sais maintenant que tu as voté Mélenchon : quoi que je puisse penser du personnage et ses finalités politiques, je suis fier qu’à l’occasion de sa première consultation électorale mon petit fils ait déposé dans l’urne un bulletin marqué à gauche. Tu fais partie des 7 millions d’électeurs, pour beaucoup jeunes comme toi, venant d’horizons politiques et sociologiques divers qui ont voulu ainsi exprimer leur rejet de la politique ultralibérale, leur ras le bol d’une élite politique engluée dans les affaires, prête à tous les mauvais coup contre le monde du travail, bien éloignée de la dure réalité des millions de chômeurs, des millions de pauvres, des jeunes diplômés galérant pour trouver du travail, des jeunes insultés et réprimés parce que de couleurs de peaux différentes. Un électorat, ou mieux dit, plusieurs électorats non homogènes, qui se sont retrouvés sur le nom de Mélenchon. Ce ras le bol et cette énorme colère, mon cher petit fils, je la partage avec toi. Je sais qu’elle n’est pas prête de s’atténuer.

Pourtant, je te mets en garde. Certains découvrent la politique comme Christophe Colomb découvrait l’Amérique en croyant ou en feignant de croire que rien ne s’était passé avant et qu’ils allaient tout conquérir après.

 

Dimanche prochain aura lieu le 2 eme tour qui opposera Macron à Le Pen. J’entends bien tous ceux qui n’en peuvent plus, ne veulent pas choisir « entre la peste et le choléra ». Mais je ne peux pas accepter d’entendre « qu’ils se démerdent » se réfugiant dans l’abstention et le vote blanc. Pour une raison simple : le fascisme, mon cher petit-fils, c’est comme la mort, on en fait l’expérience une fois. Pas deux. On ne tergiverse pas avec la peste brune.

 

Je fais partie d’une génération qui n’a pas directement souffert de fascisme. Mais ma famille, la nôtre, a payé durement la note. Toi et tes copains vivent cela - et c’est normal - de plus loin. Mais n’oublies pas que nombre de mes proches, donc les tiens, ont subi la terreur et sont tombés sous les balles fascistes. Je ne veux surtout pas de cela pour toi et tes cousins.

 

Je ne me fais aucune illusion sur Macron. C’est l’homme de la finance et de l’élite oligarchique, l’homme de la loi dite sur le travail, l’homme des petits boulots pour les jeunes, l’homme qui va faire franchir une nouvelle étape au prétendu « social libéralisme ». Un homme jeune pour une vieille politique. « Il symbolise à lui tout seul ce que ce quinquennat a charrié de pire », écrit Laurent Mauduit dans Médiapart qui explique son choix de dimanche prochain comme un « supplice chinois ». Chaque jour de la campagne de Macron, par ses dérives comme celle de faire la fête indécente dimanche dernier au soir dans un grand restaurant parisien ou encore ses déclarations à l’emporte pièce et sa morgue, chaque jour est marqué par une baisse dans les intentions de vote. Bref, Macron c’est l’adversaire idéal pour Mme Le Pen.

Lui, nous l’avons dans le collimateur. Dès le 8 mai, s’il est élu et c’est loin d’être fait, il devra compter sur toi, sur nous pour combattre sa politique dans les entreprises, dans ton université, dans la rue.

 

Avec Mme Lepen, tu pourras ranger tes baskets. Là, on ne plaisante plus. C’est de liberté dont on parle. Liberté de parler, de s’organiser, de publier, de contester, de penser. Alors, je me permets de te dire qu’il faut malheureusement utiliser le bulletin Macron pour éviter le désastre. Et je t’invite à réfléchir sur ce que déclarait Dolores Ibarruri, la célèbre Pasionaria, pendant la guerre d’Espagne au cours de laquelle sont morts ou sont revenus gravement blessés plusieurs membres de notre famille : « Contre les fascistes nous nous allions jusqu’avec le diable et ensuite nous combattrons le diable. »

 

José Fort

 

Il y a quelques années, Michel Fugain chantait « La bête immonde », Katerine, lui, chantait « Marine Le Pen ». Ecoutons-les.

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 18:25

Et maintenant ?

 

(Ma chronique sur Radio Arts-Mada, tous les lundi en direct à 19h)

 

Les lampions sont éteints. La clameur des meetings s’est tue et la gauche ne sera pas présente au 2 ème tour de l’élection présidentielle. Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon portent une lourde responsabilité dans la voie ouverte à la droite et à Le Pen : leurs ambitions personnelles ont pris le pas sur l’intérêt général.

 

Une constatation s’impose : une élection sans union de la gauche ouvre grandes les portes aux forces de l’argent et de la haine.

 

Macron et Le Pen, ont désormais les mains libres pour rivaliser, sans contestation possible pendant les deux prochaines semaines, dans la poursuite et l’aggravation de la politique d’injustice sociale, de rejet, de tensions.

 

Les deux responsables de l’effacement de la gauche au second tour auraient pu trouver le chemin de l’unité. En vain. Le premier, Benoît Hamon, ancien ministre, ex frondeur n’a jamais clairement pris ses distances avec François Hollande. Lâché par les siens, quel sera son sort ? Le second, Jean-Luc Mélenchon a suscité un large engouement populaire rassemblant sur son nom des citoyens d’opinions diverses, la grande majorité de l’électorat communiste siphonnant une partie du vote socialiste mais pas suffisamment pour accéder au second tour.

 

Au lendemain de ce 23 avril, force est de constater que dans tous les cas de figure la note sociale sera salée, la confusion des esprits durera un long moment et la déception pourrait se traduire par la démoralisation.

 

La gauche affiche sa faiblesse. Le Parti socialiste sort laminé affichant d’un côté une tendance ultralibérale prête à toutes les compromissions avec le patronat et la finance, et de l’autre une composante qui a démontré son positionnement à gauche lors de la « primaire » plaçant Manuel Valls hors jeu. C’est avec cette gauche là qu’il faudra travailler en faveur de l’union. Quant aux fumeux discours sur la disparition du clivage gauche/droite, ils sont démentis par les urnes. La gauche, la vraie gauche existe et continuera d’exister.

 

Quant au parti communiste qui a loyalement mené campagne pour le candidat qu’il s’était majoritairement donné, il lui faudra analyser le nouveau contexte une fois les législatives passées. Une réflexion sereine, constructive et fraternelle est nécessaire, surtout pas dans la précipitation, d’autant qu’une urgence nous est infligée à tous : la menace le Pen. Pour la combattre, pour éviter le pire, que cela plaise ou non, ceux qui ont vécu dans leur chair familiale le fascisme me comprendront : nous ne disposerons malheureusement que d’un seul bulletin de vote. On ne transige pas avec le fascisme.

 

  1. 1 er mai sera notre premier rendez-vous de lutte. Puis, lors des législatives, au mois de juin, il s’agira d’ériger un rempart face à la politique réactionnaire qui s’annonce. Sa construction passe par l’élection de nombreux députés communistes et progressistes. Sans groupe communiste et républicain dans la future assemblée nationale, la droite et son extrême pourraient avoir les coudées franches pour casser les conquêtes sociales et installer un pouvoir autoritaire.

 

José Fort

 

 

Je me suis interrogé sur mon choix musical de ce soir. Lorsque je traverse des moments délicats, je choisis souvent d’écouter « Just rigolo » par Luis Prima. Allez on se fait un petit plaisir, on écoute.

 

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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 18:35

Les Sahraouis, le Maroc et Cuba

 

(Ma chronique sur Radio Arts-Mada tous les lundi en direct à 19h)

 

 

Depuis quarante ans, un peuple vit sous occupation étrangère. Je veux parler du peuple sahraoui toujours sous le joug du Maroc.

 

Un retour en arrière s’impose. Dès 1966, l'Assemblée générale de l'ONU avait acté le droit du peuple de cette ancienne colonie espagnole à l'autodétermination. En 1975, la Cour internationale de justice précisait qu'aucun document n'établissait la souveraineté du Maroc sur les territoires du Sahara occidental.

 

Le Sahara occidental c’est 266 000 km2 situé au Nord-Ouest de l’Afrique, bordé par la province marocaine de Tarfaya au nord, l’Algérie au nord-est, la Mauritanie à l'est et au sud, tandis que sa côte ouest donne sur l’Atlantique. Ce territoire est revendiqué par le Maroc et par la République arabe sahraouie démocratique proclamée en 1976 par le mouvement de libération le Front Polisario qui pouvait et peut toujours s’appuyer sur un accord massif des Sahraouis en faveur de l’indépendance, en opposition à l’intégration avec tout pays. L’argumentation du Maroc se limite à de prétendus accords passés avant la décolonisation avec des tribus. Quant au référendum préconisé par l’ONU sur le droit de chaque peuple à l’autodétermination, il n’a toujours pas eu lieu, le Maroc s’y opposant.

Le Sahara occidental vit donc toujours sous occupation sur un territoire dont la souveraineté du Maroc n'a été reconnue par aucun Etat. On notera que la France, quel que soit les gouvernements en place, privilégie ses relations avec Rabat la conduisant à déconsidérer les résolutions de l’ONU.

 

Rien de nouveau, allez-vous me dire. Peut-être, peut être pas.

Figurez-vous que le roi du Maroc vient de séjourner en vacances à Cuba, un pays avec lequel Rabat a rompu ses relations diplomatiques depuis près de quarante ans, lorsque la Havane avait reconnu officiellement la République arabe sahraoui démocratique. Mohammed VI ne s’est certainement pas limité aux plages idylliques de Cayo Santa Maria. Il aurait, dit-on, rencontré plusieurs dirigeants cubains sans autre précision. Alors que se passe-t-il ? Les Cubains lâcheraient-ils les Sahraouis ?

 

Une autre hypothèse me semble plus plausible. A l’instar de leur rôle essentiel joué lors des pourparlers entre les Farc de Colombie et le gouvernement de Bogota, les Cubains pourraient bien s’apprêter ou seraient déjà impliqués dans des pré-négociations entre le Maroc et le Front Polisario.

 

Cuba, un pays d’un peu plus de onze millions d’habitants nous a habitué à des réalisations considérables dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’environnement, de la culture, des sports, dans lutte contre le terrorisme importé au non de la défense des droits de l’homme par les Etats-Unis. Dans la coopération latino-américaine et des Caraïbes également. Dans la solidarité internationaliste aussi. Il faudrait ajouter au bilan de la Grande Ile, une diplomatie astucieuse, fine et intelligente. De quoi donner des idées à des grandes puissances comme la France engluées dans une diplomatie ringarde alignée sur des vieilles lunes.

La lutte pour la liberté des peuples devrait figurer en bonne place de nos préoccupations. En disant cela, je pense à la chanson interprétée par l’extraordinaire Aretha Franklin, un vibrant appel à la liberté, freedom, en anglais. Ecoutons Aretha Franklin.

 

José Fort

 

 

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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 17:31

Le monde est fou

 

(Ma chronique sur Radio Arts-Mada, tous les lundi en direct à 19h)

 

Ce soir, je n’ai pas envie de sourire. Les tirs de missiles en fin de semaine dernière sur une base syrienne décidés par Donald Trump constituent un sérieux avertissement : la paix mondiale est en danger. Et rien n’est plus important que la la guerre et la paix.

 

Avant d’aller plus loin dans mon propos et afin d’éviter les interprétations malignes - telles celles lorsqu’on s’inquiète des dérives mélenchoniennes - une précision : le régime de Bachar el-Assad est une dictature sanguinaire. Rien ne peut justifier les bombardements massifs, les dizaines et centaines milliers de victimes et la répression féroce exercée depuis trop longtemps par l’ancien chirurgien oculaire de Damas.

 

J’ajoute que j’ai moi même eu à connaître la réalité du pouvoir syrien. En 1982, j’ai été arrêté puis expulsé de Syrie m’étant approché trop près de la ville de Hama en pleine révolte dont l’inspiration n’incombait pas seulement aux Frères musulmans. A cette époque déjà, plusieurs villes révoltées, comme Alep, avaient été réprimées dans le sang par Assad père entraînant de nombreuses victimes. Les massacres étaient passés sous silence ou presque dans le monde. En France, les présidents Mitterrand puis plus tard Chirac et Sarkozy n’ont-ils pas rivalisé de relations courtoises avec Assad père et fils ?

 

L’obligatoire précaution prise, revenons au propos liminaire : les missiles nord-américains balancés sur la Syrie menacent la paix.

 

Alors qu’une commission d’enquête de l’ONU était mandatée pour enquêter sur le massacre au gaz toxique survenu à Khan Cheikhoun, une ville du nord-ouest de la Syrie et alors que les instances des Nations unies s’apprêtaient à en débattre, le président Trump décidait de déclencher le feu. On savait l’homme imprévisible. On sait désormais, même si on s’en doutait un peu, que ses propensions naturelles pourraient nous entraîner dans une aventure guerrière aux conséquences incalculables d’autant qu’il vient d’envoyer un porte avion dans la péninsule coréenne.

 

Le président nord-américain si méprisé par la classe politico-médiatique française et européenne est devenu soudainement fréquentable. Fillon qualifie la décision de Trump de « humaine et compréhensible » ; François Hollande et le candidat à l’élection présidentielle de ce qui reste du parti socialiste en perdition trouve la décision du cinglé de la Maison blanche de « normale » et « tardive ». A se demander si l’émotion affichée après le massacre de la semaine dernière ne relève pas du calcul purement politicien.

 

Il faudrait rappeler au sinistre Trump que la guerre n’est pas un show télévisé. Qu’à jouer avec le feu, si de l’autre côté on s’amuse à en rajouter, sa propriété dorée de Floride pourrait bien partir en fumée. Et quand en France, au milieu de ce monde fou, on délire sur l’énergie pacifique nucléaire sans trouver dangereux les missiles français qui se trimballent sous les mers, un conseil : si vous voulez faire la guerre, merci de ne pas compter sur nous.

 

José Fort

 

Ecoutons Pauline Ester qui chantait il y a déjà un moment « Le monde est fou ».

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