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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 17:10

Ce matin en écoutant la revue de presse, j'entends "l'Humanité, le journal communiste". Parfait, rien à dire. Puis, le temps passant, je me demande pourquoi "Le Figaro" n'est pas présenté comme le journal de la droite et de l'avionneur Dassault, "Les Echos" comme celui du Medef, Libération celui de la social-démocratie, la Croix de l'épiscopat … Faudrait peut-être en dire un mot à qui de droit.

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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 19:19

Un article de mon copain Jean Ortiz

Depuis des mois se prépare dans toute l'Espagne la (les)"Marche(s) de la dignité". En colonnes venues de toutes les latitudes de la Péninsule, le 22 mars, elle, elles, vont "envahir" Madrid. Sur toutes les routes, des marcheurs sont déjà à l'effort depuis des jours, vers la capitale. En ruisseaux humains qui vont devenir des flots, des vagues, à l'approche du 22 mars... Et c'est dur. Cela nécessite du courage, de bons souliers ! et une logistique solidaire lourde. Des milliers d'autres "marcheurs" arriveront à Madrid en bus. Les drapeaux républicains flottent.

Une multitude de chômeurs (six millions en Espagne), de "sans terre" (alors que de grands "cortijos" de 30.000 hectares ou plus monopolisent la terre en Andalousie), de précaires, de victimes des expulsions locatives, comptent camper à Madrid et y rester. Sur leur parcours, ils ont été reçus dans villes et villages, déclinant les revendications dans les rencontres, les assemblées, avec leurs hôtes travailleurs, étudiants, paysans, fonctionnaires...

Il peut y avoir un avant et un après le 22 mars. Plus d'un million de "marcheurs" sont attendus. Au départ, l'idée a été lancée par le Syndicat andalou des travailleurs, de Diego Cañamero, le "Front civique-Nous sommes la majorité" de l'ex secrétaire général du PCE Julio Anguita et les "Campements dignité d'Extrémadure". Le manifeste et les revendications "aglutinantes" ont permis que nationalement les marches soient soutenues par Izquierda Unida, la CGT, la CNT-AIT, de nombreux collectifs de lutte, et localement par une constellation d' "assemblées populaires", une multitude de mouvements sociaux, les "marées" vertes des enseignants, blanches des personnels de la santé, contre les privatisations, rouges des travailleurs licenciés de la multinationale Coca Cola, des comités larges regroupant les différentes colères, le PCE, les "plateformes" contre les dizaines de milliers d'expulsions consécutives à l'explosion de la "bulle spéculative immobilière" (86.000 familles andalouses ont ainsi été expulsées de leurs maisons et appartements par les banques), Attac, les collectifs 15M ou issus du 15 M, la Gauche anticapitaliste, les associations de quartier, de voisins, les organisations citoyennes... Les deux grands syndicats UGT et CCOO se sont jusqu'à présent tenus à l'écart du mouvement, nationalement, mais l'unité syndicale s'est matérialisée au Pays basque, en Galice, à Valencia, à Murcie, en Andalousie... et l'ensemble des syndicats de salariés de ces régions convergent déjà ensemble vers Madrid.

Pour les colonnes de "marcheurs", il s'agit d'engager un bras de fer frontal, dans la durée, avec le gouvernement et les différents pouvoirs qui se sont succédés, "au service du capitalisme et de la Troïka". Cette journée de rébellion démocratique, de "désobéissance", pacifiques, devrait constituer la plus grande levée populaire de l'après franquisme, et pourrait marquer la naissance, selon ses organisateurs, "d'un mouvement nouveau", d'une "unité sociale de toutes les victimes du système" , d'un "15M ouvrier"... "Nous ne voulons que, comme d'habitude, nos actions restent sans lendemain", a déclaré Julio Anguita.

Diego Camanero se félicite de ce qui "enfin bouge", des efforts unitaires pour entraîner "la gauche qui traîne les pieds". Diego, sous la menace d'une peine de prison pour "occupation illégale de terres", nous répond avec passion, comme il galvanise les siens, et tous les autres "qu'il faut gagner".

"Qu'ils s'en aillent ces gouvernements-parasites, ces dirigeants corrompus, qu'ils soient jugés et emprisonnés, tout comme les banquiers sangsues et ripoux" ajoute Diego. "Ils ne nous représentent pas, cette caste d'intouchables. Ils considèrent normal de "robar" (voler). Les Espagnols n'ont pas voté pour cela"(...) "L'économie n' appartient pas à ces prédateurs. La démocratie, lorsque les gens ont faim, n'est qu'un simulacre (...) "Le silence du peuple me fait peur... Il est temps de se réveiller, de se mettre à marcher, de "prendre" les rues, les places... La dignité avant tout; elle est inaliénable. Répandons la dignité (...) Ils peuvent tout nous prendre, mais pas la dignité". Le manifeste de la Marche appelle à construire "le pouvoir du peuple".

Les revendications se veulent fédératrices:

non au paiement de la dette (l'Espagne rembourse quotidiennement 105 millions d'euros au titre de paiement des intérêts de la dette)

non aux "recortes" (amputations) sociaux et publics

un emploi digne et un toit pour tous

un revenu " de base", qui permette de vivre...

Depuis des mois, l'Espagne populaire résiste, manifeste, crie, souffre... Si les milliers de petits ruisseaux commencent enfin à converger et à s'unir, un avenir nouveau peut poindre le 22 mars.

Jean Ortiz

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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 18:56

Les gouvernants français sont-ils en manque de diplomates, d’experts en relations internationales pour faire appel à un faiseur de première classe, anciennement qualifié de « philosophe » qui n’a rien produit depuis des lustres, je veux parler de Bernard Henri Lévy, souvent appelé BHL, le Bazar de l’Hôtel de Lille, selon nos amis du Nord.

Voici un personnage habitué aux salons de l’Elysée en qualité de chef de guerre de l’arrière. Avec Sarkozy, il a fait la Libye, avec Hollande l’Ukraine. Il avait déjà sévi en Afghanistan, en Bosnie. « Partout ou Lévy passe, le pays trépasse », soupirent des diplomates au Quai d’Orsay qui ne cachent plus leur hostilité au « gigolo à la chemise blanche. »

L’impétrant est passé maître dans l’art de se vendre. Il ne se déplace jamais sans un cameraman, un photographe, sans avoir passé un coup de fil aux radios et aux télés qui le jugeant bon client lui passent et repassent sans vergogne les plats. « Le pape de Saint-Germain-des-Prés » soigne ses réseaux médiatiques, politiques, économiques, ses intérêts financiers personnels aussi. Ceux qui l’approchent n’en sortent jamais indemnes tellement il dégage le mépris, l’arrogance et la prétention. On ne peut et on ne doit pas interdire à ce personnage de s’impliquer dans des événements. C’est son droit, même si le malfaisant traîne derrière lui une flopée de gamelles. Mais à quel titre ce monsieur parle au nom de la France, organise les visites élyséennes, interfère dans la politique officielle de notre pays, décide de ce qui est bon ou mauvais, choisit les interlocuteurs, bénéficie de facilités logistiques officielles et envahit les ondes ?

Jean-Jacques Rousseau écrivait, prémonitoire : « Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. Tel philosophe aime les Tartares (Tatars) pour être dispensé d’aimer son voisin. »

José Fort

L’Humanité cactus 13 mars.

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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 12:05

Par Bernard Frederick

Je vous conseille de lire cet article. Cela prendra un peu de temps mais à la fin de la lecture vous comprendrez mieux les raisons de la crise. J.F.

1) Les origines de la crise en Ukraine ?

On a fait en Occident des manifestations qui ont débuté à Kiev, en novembre 2013, une riposte à l’annonce par le président Ianoukovitch de son refus de signer l’Accord d’association proposé par l’Union européenne. En fait, comme l’indique l’économiste et spécialiste du monde russe Jacques Sapir, la base du mouvement de contestation « était une révolte contre la corruption bien plus qu’une volonté d’adhésion à l’Union européenne » [1]. Révolte qui court depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991.

Aucun des gouvernements qui se sont succédé depuis – que ce soit celui des pro-européens, Ioulia Timochenko en tête, de 2005 à 2010, que ce soit celui de Ianoukovitch – n’a réussi à juguler la crise sociale et économique. Tout au contraire, chacun s’est évertué à suivre les « recommandations » du FMI, de la Banque mondiale et de la Commission européenne : privatisations, déréglementations, liquidation des services publics, austérité. L’Ukraine est d’ailleurs à ce jour le second débiteur du FMI dans le monde.

De 1991 à 2012, la production d’électricité a chuté de 35 %, celle de certains produits sidérurgiques de plus de moitié. En 2012, la production de tracteurs ne représentait qu’environ 5 % de ce qu’elle était en 1990, dans un pays où un tiers de la population vit en milieu rural et détient 20 % des sols de terre noire de la planète. L’Ukraine comptait 16 grandes usines de machines-outils qui produisaient 37 000 unités en 1990, seuls trois d’entre elles tentent, aujourd’hui, de fonctionner tant bien que mal, produisant à peine 40 machines par an. Les privatisations ont touché plus de 50 000 entreprises et 45 % d’entre elles sont depuis fermées.

L’économiste Natalia Vitrenko, présidente du Parti progressiste socialiste d’Ukraine, était de passage à Paris, il y a quelques jours. Lors d’une conférence, elle affirmait : « L’Ukraine était auparavant l’un des premiers pays en matière de PIB par habitant, nous étions 11 % au-dessus du PIB mondial moyen par tête. Mais notre PIB a chuté d’un tiers et dès 2012 il n’était plus que de deux tiers de ce qu’il était en 1989. Nous sommes aujourd’hui 40 % en dessous du PIB mondial moyen par tête, en dessous de la Namibie ». Pour Natalia Vitrenko, « Ce que l’Ukraine a gagné au cours de ces années, c’est de la dette extérieure. Nous avons maintenant une dette extérieure qui équivaut au double de nos réserves monétaires en or. Notre dette extérieure brute s’approche des 80 % du PIB. La pire des choses est que cet effondrement a appauvri la population. Le salaire minimum en Ukraine est de 118 euros par mois ; la retraite minimum est de 86 euros par mois ».

Cette situation touche presque autant l’Ouest du pays, plutôt agraire, que l’Est industriel. La détresse sociale est d’autant mal vécue que tous les gouvernements ont usé des recettes néolibérales et tous ont été marqués par une gigantesque et scandaleuse corruption.

Dans ces conditions, l’association à l’Union européenne pouvait apparaître à beaucoup, tant à l’Est qu’à l’Ouest, comme un espoir. Aussi les ukrainiens sont-ils descendus en nombre manifester à Kiev comme à Kharkov, à Lviv comme à Donetsk.

Cependant, dans la nuit du 29 au 30 novembre 2013, les forces de l’ordre donnèrent l’assaut à la place de l’Indépendance à Kiev – le Maïdan – où les manifestants s’étaient rassemblés. La répression fut violente et disproportionnée. Parallèlement, des groupes néonazis, pour l’essentiel venus de l’Ouest du pays, notamment de Galicie, s’installèrent à Kiev et constituèrent un soi-disant « service d’ordre » sur le Maïdan. Ils agressèrent la police. Ce fut l’escalade. La propagande de ces groupes, dont ceux affiliés au parti d’extrême droite Svoboda (Liberté) qui dispose, au plan national, d’une assise électorale de 10 % mais de plus de 30 % à l’Ouest, ou celle des fascistes de Pravy Sektor (Secteur droit), encore plus violents, domine depuis tous les discours. Social et éthique à l’origine, le mouvement a ainsi pris un caractère nationaliste, antirusse, voire antisémite. Ainsi, Dmitri Iaroch, le chef de Pravy Sektor, ne cesse-t-il pas de dénoncer « la mafia judéo moscovite ».

2) Ce que proposait l’Union européenne

Le « partenariat oriental » proposé par l’UE avait été initié en décembre 2008 par Carl Bildt et Radek Sikorski, les ministres des Affaires étrangères suédois et polonais, à la veille de l’affrontement militaire géorgien avec la Russie en Ossétie du sud. Cette initiative concerne six anciennes républiques soviétiques : trois dans le Caucase (Arménie, Azerbaïdjan et Géorgie) et trois dans la partie orientale de l’Europe centrale (Biélorussie, Moldavie et Ukraine). L’idée n’est pas d’en faire des membres à part entière de l’UE, mais de les attirer dans son giron par de prétendus Accords d’association (AA), fondés sur un libre-échange complet et approfondi (Deep and comprehensive Free Trade Agreement). À cause de son importance géopolitique, l’Ukraine est la cible privilégiée.

Le projet d’Accord d’association avec l’UE envisageait donc de placer Kiev sous la tutelle d’agences supranationales (le Conseil d’association et le Comité sur le commerce) se plaçant au-dessus de la Constitution et des lois du pays, en tant qu’autorités décisionnelles. Selon Natalia Vitrenko, comme selon plusieurs spécialistes, « La mise en œuvre de l’Accord d’association avec l’UE aurait conduit indiscutablement à la destruction de l’économie du pays, de son industrie, de son agriculture, de ses services et de son secteur scientifique ». De plus, l’UE exigeait de l’Ukraine qu’elle s’inscrive dans la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC), ce qui signifiait une rupture totale avec la Russie que Bruxelles voulait voir symbolisée par l’expulsion de la flotte russe de ses bases de Crimée et, sans doute, leur mise à disposition de l’OTAN dans un futur proche. L’UE et les États-unis se sont installés en Ukraine dès 1991, par le biais de dizaines d’ONG. Les cercles de l’immigration ukrainienne au Canada et aux USA (souvent les héritiers d’anciens combattants des troupes nationalistes alliées à l’Allemagne nazie, récupérés par les services occidentaux en 1945 et recyclés comme agents antisoviétiques) ont été mis à contribution pour envoyer sur place des « instructeurs ». La « révolution orange » (204-2005) - elle-même produit de « l’aide » occidentale - s’étant enlisée dans le marais néolibéral et ses protagonistes ayant perdu les élections de 2010 et 2012, les occidentaux sont repartis à la charge. Objectif : pour les Américains, affaiblir la Russie, empêcher Vladimir Poutine de réaliser son projet d’association eurasiatique d’anciennes républiques de l’URSS et continuer l’encerclement du pays par l’OTAN. Pour les Européens, essentiellement pour les Allemands qui ont toujours rêvé de ces confins, il s’agit d’organiser le pillage de l’Ukraine et de s’y ouvrir des marchés sans concurrence intérieure.

Les principaux partis libéraux - Batkivshchyna (Patrie) de Ioulia Timochenko et du nouveau Premier ministre, Arseni Iatseniouk, et l’UdAR (Coup de poing – sic !) de Vitali Klitschko – ont pu être créés grâce aux Américains (Timochenko) ou aux Allemands (Klitchko). Quant à Svoboda (Liberté), son chef néofasciste Oleg Tianybok a non seulement été, lui aussi, généreusement arrosé par les Occidentaux, mais il a eu le droit, comme les autres, à de solides poignées de mains de la part de Catherine Ashton, haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité de l’UE, du sénateur John Mc Cain, de bien d’autres, y compris … Laurent Fabius. Celui-ci, qui a tant souffert par le passé d’allusions antisémites, ne sait-il pas qui est ce Tianybok ? Il est vrai que notre ministre des Affaires étrangères s’est empressé, comme ses collègues allemands ou polonais, de saluer le nouveau gouvernement « démocratique » de Kiev que les ministres de la Défense des pays de l’OTAN ont qualifié de « clé pour la sécurité euro-atlantique »... Là encore, Laurent Fabius en connaît-il la composition ? Outre les libéraux connus, font partie de ce gouvernement : Oleksandr Sich (Svoboda), vice-premier ministre ; Ihor Chvaika et Andriy Mokhnik, respectivement ministres de l’Agriculture et de l’Ecologie (Svoboda) ; Serhiy Kvit, ministre de l’Education (ancien membre du groupe néonazi Trizub ) ; Andriy Parubiy, chef du Conseil national de défense et de sécurité (commandant du contingent d’« autodéfense » du Maïdan) ; Dmitro Iarosh, adjoint de Parubiy (Pravy Sektor, milice néonazie) ; le nouveau Procureur général, Oleg Makhnitsky (Svoboda).

Ce que le dirigeant de l’extrême droite autrichienne, Heider, n’avait pu obtenir à l’entrée au gouvernement de son parti en 2000, les néonazis ukrainiens l’ont obtenu : être reconnus par l’Europe. Pour Heider, la Waffen-SS était une « partie de l’armée allemande à laquelle il faut rendre honneur ». À l’ouest de l’Ukraine, les nationalistes élèvent des monuments à la gloire de la division SS « Galicie ». Avec le fric des européens et des américains ?

3) Quel a été le rôle des ultra-nationalistes ?

Depuis 1991, avec le soutien ou le silence des autorités qui se sont succédées à Kiev et avec l’aide des Occidentaux, on assiste à la réhabilitation de ceux qui ont collaboré avec les nazis : l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) et sa branche armée (UPA – Armée insurrectionnelle ukrainienne). Des monuments leur sont dédiés, des cérémonies commémoratives ont lieu, avec drapeaux d’époque, uniformes nazis, etc. Stepan Bandera, le principal chef de l’OUN a été fait « héros » national par les amis de Ioulia Timochenko (future candidate à la présidentielle ?) avant que Ianoukovitch revienne sur cette décision. Depuis novembre, on a vu partout fleurir des portraits de ce Bandera (condamné par contumace en 1944 et exécuté à la fin des années cinquante en RFA par un officier du KGB). Armées, grâce au pillage de postes de police et de casernes, constituées en groupes de choc, les troupes nationalistes venues de l’Ouest du pays, ont réussi à faire basculer des manifestations pacifiques de « pro-européens », et surtout de gens déboussolés, en émeutes sanglantes, ouvrant ainsi un cycle provocations-répressions dont l’aboutissement provisoire a été le coup d’État des 22 et 23 février.

Ces mêmes groupes ont commis à l’Ouest toutes sortes d’exactions contre des églises orthodoxes et des synagogues. Les intimidations et humiliations à l’égard de fonctionnaires ou de dirigeants politiques (le Premier secrétaire du Comité de la ville de Lviv du Parti communiste d’Ukraine, Rostislav Vasilko, a été torturé et se trouve hospitalisé) n’ont cessé, et ne cessent encore, de se multiplier.

La situation est telle que la presse israélienne s’est fait écho de l’appel d’un des grands rabbins d’Ukraine, Moshe Reuven Asman, dans lequel il exhorte les Juifs à quitter la capitale Kiev, à la suite de l’agression sur deux étudiants de la Yeshiva Chabad dans la ville le mois dernier : « J’ai dit à ma communauté de sortir de la ville et si possible de l’Etat … il y a beaucoup de mises en garde sur des attaques prévues contre des institutions juives » [2].

La collaboration avec les nazis des nationalistes ukrainiens, dont se réclament aujourd’hui Svoboda et les autres, a commencé dans les années trente. L’ouest du pays était alors sous administration polonaise depuis 1920, après avoir fait partie intégrante de l’Empire austro-hongrois jusqu’en 1918. Les membres de l’OUN et de l’UPA étaient formés par les SA d’Ernst Röhm en Allemagne. En 1938, au lac de Chiem, près de Berlin-Tegel, et à Quenzgut au bord du lac Quenz, près de Brandebourg, sont créés, par l’Abwehr, le service de renseignement de la Wehrmacht, des centres d’entraînement, en vue de la création d’une cinquième colonne en Pologne et en Union soviétique. Des émigrants politiques ukrainiens y sont instruits.

En mars 1940, avec l’aide de l’Abwehr, la direction de l’OUN organise des groupes de sabotage et d’intoxication des populations à Lviv et en Volhynie soviétiques. D’autres groupes de saboteurs opèrent en Biélorussie et Ukraine. En 1941, l’OUN et son dirigeant, Stepan Bandera, sont fin prêts à participer à l’agression du Reich contre l’URSS. En uniforme de l’Armée rouge, ils commettent nombre d’assassinats ciblés contre les officiers du NKVD [3], cherchent à désorganiser la circulation et à dynamiter des objectifs stratégiques.

En juin – juillet et août 1941, quelque fois avant même l’arrivée des Allemands, comme à Lviv, les nationalistes de l’OUN massacrent sauvagement les Juifs à tel point que les nazis eux-mêmes, effrayés par le côté anarchique de ce début de génocide, interdisent les opérations séparées des nationalistes et en font des supplétifs des Einsatzgruppen. La police ukrainienne alliée des nazis comptera jusqu’à 250 000 hommes. Des milliers d’autres serviront comme gardiens dans les camps d’Auschwitz, Treblinka et Belzec. L’OUN participe activement à l’exécution de prisonniers de guerre soviétiques, notamment des commissaires politiques, à la chasse aux communistes. Elle sera un précieux secours pour les nazis dans la guerre contre les partisans.

Mais pressé de proclamer un État ukrainien indépendant, Bandera déçoit les Allemands qui l’envoient en résidence surveillée en Allemagne, d’où il continue cependant à diriger ses troupes. Il reviendra en grâce en 1943, après le désastre de Stalingrad.

En mars de cette même année, est constituée la division SS « Galicie ». Elle comptera 26 000 hommes mais 80 000 se portèrent volontaires ! Les SS ukrainiens, non contents de se battre contre leurs frères qui servaient dans l’Armée rouge, appuyèrent en 1944 la garde fasciste slovaque contre les partisans après l’échec du soulèvement du 29 août 1942.

A la fin de la guerre, l’OUN et l’UPA, dans laquelle seront reversé les effectifs rescapés de la SS « Galicie » continuèrent de semer la terreur, jusque dans les années cinquante à l’ouest de l’Ukraine désormais soviétique. Bandera, pour sa part, fut recruté par les Services secrets britanniques [4]. Puis, en 1956, Bandera intégra les services de renseignements de RFA, la BND, alors dirigée par le général Reinhardt Gehlen, le chef des services de renseignement militaire pour le front oriental pendant la Deuxième Guerre mondiale. Des retrouvailles en somme. Un rapport du MI-6 de 1954 fait l’éloge de Bandera en tant qu’« agent professionnel muni d’une expérience terroriste et de notions impitoyables concernant les règles du jeu ».

Après ça, Svoboda peut dormir tranquille !

Les Occidentaux savent tout cela. Ils n’en ont cure. Et les médias ? Rien chez nous ou presque. C’est un peu mieux en Grande-Bretagne : sous le titre : « Des nervis d’extrême-droite détournent l’insurrection pour la liberté en Ukraine », le Time Magazine du 28 janvier faisait un gros plan sur le groupuscule Spilna Sprava (« Cause commune », dont les initiales en ukrainien sont « SS »),qui fait partie de la nébuleuse du Maïdan. Le lendemain, le Guardian titrait : « En Ukraine, les fascistes, les oligarques et l’élargissement occidental sont au cœur de la crise », avec en sous-titre : « L’histoire qu’on nous raconte sur les manifestations paralysant Kiev n’a qu’un lointain rapport avec la réalité »… Seumas Milne, un des journalistes du titre, précisait : « Vous n’auriez jamais pu apprendre par la grande presse que des nationalistes d’extrême-droite et des fascistes sont au cœur des protestations et des attaques contre les bâtiments officiels. Un des trois principaux partis d’opposition menant la campagne est le parti antisémite de la droite dure, Svoboda, dont le dirigeant Oleh Tyahnybok affirme que l’Ukraine est contrôlée par une "mafia judéo-moscovite". Svoboda, actuellement au pouvoir dans la ville de Lviv, a dirigé au début du mois une marche aux flambeaux de 15 000 personnes à la mémoire du dirigeant fasciste ukrainien Stepan Bandera, dont les troupes ont combattu avec les nazis pendant la Deuxième Guerre mondiale et ont participé au massacre des Juifs ».

Alors, en France, on s’y met ?

4) Il n’y aura pas de guerre entre la Russie et l’Ukraine

L’Ukraine est le berceau de la Rus’ auquel appartiennent les deux peuples ainsi que les Biélorusses. Russie et Ukraine sont « mariées » depuis plus de 3 siècles. Tous ces peuples ont traversé les pires épreuves ensemble, qu’il s’agisse de la guerre civile, de la « Grande guerre patriotique » - dont les monuments aux morts sont saccagés aujourd’hui même à Kiev – ou encore des effets du stalinisme. Les armées russe et ukrainienne n’en faisait qu’une il y a vingt ans et la Marine de la mer Noire n’a été partagée qu’il y a 17 ans.

Mis à part les nationalistes de l’Ukraine occidentale, personne ni en Ukraine ni en Russie ne souhaite, ni n’acceptera, une guerre fratricide. La « menace » russe n’existe pas. En revanche, en se donnant le droit de protéger ses ressortissants et la population russophone de l’Est en cas d’agression, Moscou ne fait que ce que ferait n’importe quel Etat confronté à une même situation. La France ne protège pas ses ressortissants en Afrique, par exemple ? Et l’Amérique !?

Alors pourquoi tous ces bruits de bottes ?

La « menace » d’intervention russe fournit l’occasion aux groupes fascistes armés de renforcer numériquement et matériellement leurs troupes et d’accroître leur pression sur la coalition au pouvoir. Celle-ci profite de la situation pour accroître ses exigences vis-à-vis de l’UE et des États-unis, forcer son entrée dans l’OTAN, obtenir un soutien financier conséquent. Les Russes, de leur côté, se présentent comme maîtres du jeu après avoir essuyé un échec avec la destitution de Ianoukovitch. Ils profitent du danger – qui peut être réel – qui plane sur les russophones d’Ukraine pour développer une politique de force qui reçoit en retour le soutien des populations russophones à l’Est et au Sud du pays. Ils constituent un rapport de forces en vue des négociations à venir avec les Occidentaux.

Ceux-ci cherchaient non pas à « libérer » l’Ukraine, mais à déstabiliser la Russie. Manquant totalement de discernement et de connaissance du terrain et bien que prévenus (par des journalistes et des spécialistes) des risques d’implosion de l’Ukraine, ils sont allés jusqu’au bout et ont fait chuter Ianoukovitch, se retrouvent de fait devant une partition du pays (ce qui ne gêne pas les Américains mais est inacceptable par les Européens). Du coup, ils ont offert à Vladimir Poutine l’occasion primo de reprendre la main, secundo de s’installer sans doute définitivement en Crimée, tertio d’accroître l’influence russe à l’Est et au Sud de l’Ukraine.

5) La Crimée

La Crimée, conquise sur les Ottomans, était russe depuis 180 ans quand Khrouchtchev l’a « donnée », en 1954, à la République socialiste soviétique d’Ukraine, dont il était originaire et longtemps le principal dirigeant. Ce changement de cadre administratif ne changeait pas grand-chose, à l’époque puisqu’il avait lieu au sein de l’Union soviétique qui assurait la continuité territoriale. À titre de comparaison, cette même année 1954, la Corse n’était française que depuis 185 ans et la Savoie d’aujourd’hui ne l’est que depuis 154 ans quand la Crimée est « ukrainienne » depuis 60 ans.

Sa population est russe et russophone à près de 90%. Elle n’a jamais vraiment accepté son rattachement à l’Ukraine.

La principale base militaire et navale russe sur la mer Noire se trouve à Sébastopol en Crimée. Un accord prévoit que le bail concédé par l’Ukraine doit se poursuivre jusqu’en 2042. La coalition libérale-fasciste n’a pas caché sa volonté d’abroger cet accord. Le projet d’Accord d’Association entre l’Europe et l’Ukraine présenté par Bruxelles fait de l’évacuation de la marine russe de Crimée un point nodal.

On peut considérer – c’est l’avis de plusieurs spécialistes et même, en privé, celui de diplomates occidentaux – que la Russie demeurera en Crimée quelque soit le statut qu’adoptera celle-ci. Le 6 mars, le parlement de la région a demandé à une écrasante majorité le rattachement de celle-ci à la Fédération de Russie en tant que « sujet ». Un référendum doit avoir lieu le 16 mars. Son issue ne fait guère de doute. Les Occidentaux vont crier au scandale, à l’annexion, à l’Anschluss. Pourtant, il y a une jurisprudence européenne : le Kosovo. Ils ont bombardé la Serbie pour que ce morceau de son territoire, berceau de son histoire, accède à l’indépendance, sous prétexte qu’il était peuplé en majorité par des Albanais.

6) Y a –t-il un risque de démembrement de l’Ukraine ?

Les élections présidentielle (2010) et législatives (2012) ont permis de mesurer « combien la politique ukrainienne était marquée par une division entre des populations russes (et russophones) regroupées à l’Est du pays et des population ukrainnophones, dont une partie habite les régions qui, avant 1914, étaient soit dans l’empire Austro-Hongrois soit étaient en Pologne. L’Ukraine est un pays neuf, dont l’existence est fragilisée par ces divisions » (Jacques Sapir, article cité plus haut).

En effet, c’était bien la réalité, avant le coup d’État des 22 et 23 février. Au lendemain de celui-ci, cependant, les nouvelles autorités, dont la légalité est pour le moins contestable, ont abrogé la loi sur les langues qui donnait au russe le statut de langue régionale là où il était parlé par au moins 10% de la population.

Après les slogans antirusses, la démolition des monuments aux morts de la guerre de 41-45, le renversement de statues de Lénine, les appels à une sorte d’épuration ethnique, c’en était trop. À l’Est et au Sud (Odessa), des manifestations, parfois violentes, se multiplient. Le drapeau russe est hissé sur des bâtiments publics et ici et là, les gouverneurs nommés par Kiev sont conspués voire remplacés.

C’est la même chose à l’Ouest, mais là, ce sont les nationalistes qui sont à la manœuvre. Le résultat est cependant le même : le pouvoir central – existe-t-il autrement que pour les Occidentaux, - n’a plus les moyens d’intervenir, de se faire respecter et de faire respecter la loi. À cela près que les nationalistes, comme on l’a vu, siègent au gouvernement. Sans déposer les armes ! Sans renoncer à leur « prise de guerre » à l’Ouest à Lviv, en Galicie ; en Volhynie ; à Revné (Rovno), à Ternopil…On voit mal ces groupes lâcher prise.

Reste le centre du pays et Kiev. La capitale est sous le contrôle des groupes armés dont le chef, on l’a vu, est, aujourd’hui, responsable des forces de sécurité. C’est un peu comme si, en 1968, de Gaulle avait nommé Cohn-Bendit ministre de l’Intérieur ou préfet de police. La population russophone vit dans l’angoisse et s’abstient de tout mouvement – au moins pour le moment. Mais au-delà de Maïdan et du périmètre des ministères et du parlement, que pense-t-on ? Qu’espère-t-on ? La coalition libérale-fasciste peut s’estimer majoritaire, mais elle ne contrôle presque rien. Les groupes armés la tiennent en otage.

Conclusion : on parlait avant les événements de deux Ukraine – ukrainisante et russophone -, grâce aux Occidentaux, il y a au moins quatre aujourd’hui : l’Ouest nationaliste ; l’Est pro-russe ; la Crimée ; les régions centrales, indécises qui basculeront d’un côté ou de l’autre en fonction de la politique économique et sociale qui sera suivie comme ce fut le cas en 2004-2005, avec « la révolution orange » et en 2010-2012 avec l’élection de Ianoukovitch et le succès de son parti aux législatives.

7) Quelles solutions pour sortir de la crise ?

Compte tenu de la situation, des négociations directes entre Moscou et Kiev semblent impossibles. Néanmoins, il se peut que des rencontres aient lieu entre certaines personnalités ukrainiennes et le gouvernement russe. Avec Ioulia Timochenko, par exemple, que les Russes connaissent bien et qui sait, quand il le faut, « faire de la politique ». C’est cependant très incertain.

L’issue dépend surtout de négociations entre Occidentaux et Russes. Celles-ci auront une dimension économique essentielle tant il y a aujourd’hui d’interdépendances entre la Russie, l’Ukraine, l’Europe et les États-Unis. C’est également pourquoi la menace de « sanctions » brandie par les Occidentaux est parfaitement ridicule : suppression des visas ? Tout un pan de l’économie française en ferait les frais, à commencer par le secteur du luxe, suivi du tourisme (40 000 Russes cet hiver à Courchevel !), celui de l’immobilier, notamment sur la Côte d’Azur.

L’Union russe de l’industrie touristique (RST) a fait ses comptes. Elle rappelle qu’en 2013, « les pays de l’UE ont accueilli près de 19 millions de Russes, dont 7,7 millions de touristes. En Espagne [dont le chef du gouvernement suggère de refuser les visas aux Russes NDLR], l’afflux de touristes russes se développe à un rythme beaucoup plus rapide que l’afflux de touristes en provenance de tout autre pays » [5]. Selon la Direction des statistiques de Russie, plus d’un million de Russes y ont passé leurs vacances l’année dernière. « Si en 2013, l’ensemble des flux touristiques en Espagne a augmenté de 5,6 %, le flux de touristes russes a accusé une hausse de près de 32 % ». Selon la même source, en Grèce, le nombre de Russes a augmenté de 70 % en 2013, dépassant un million de personnes. Ce pays n’aurait-il pas besoin de touristes ?

Selon le ministère espagnol du Tourisme, cité par l’agence de presse russe RIA-Novosti, les Russes laissent dans ce pays des sommes de 47 % plus importantes que les touristes des autres pays. « Un touriste russe dépense en moyenne en Espagne 159 euros par jour contre 108 euros dépensés en moyenne par les touristes des autres pays. En 2012, les touristes russes ont rapporté à l’économie espagnole 1,8 milliard d’euros de bénéfices » [6].Il en va de même de l’Italie où ils ont dépensé 1,2 milliard d’euros en 2013.

Quant à la France, la société spécialisée Atout France estime à un million le nombre de touristes russes qui sont attendus cette année. « Une clientèle stratégique », explique-t-elle en rappelant que « le nombre de touristes russes voyageant à l’étranger devrait augmenter de 7 % à 16 % par an dans les prochaines années » [7].

Tout cela n’a pas un petit côté « pacte de compétitivité » ?

Alors sanctions ou pas sanctions ? Si les Européens décident de sanctions, ils risquent fort l’effet boomerang. La Russie détient quelques clés du point de vue économique et, surtout, énergétique et cela pourrait bien faire du dégât. D’autant que, comme le dit le dicton populaire, « qui va à la chasse perd sa place ». Dans le cadre de la mondialisation, ça ne pardonne pas.

Il y a, pour sortir de la crise, selon nous, au minimum 4 points incontournables.

La Russie, Vladimir Poutine l’a déclaré le 4 mars, ne croit pas en l’avenir de Ianoukovitch. Elle n’exigera donc pas son retour, mais, en revanche, elle tient à l’application de l’accord signé le 21 février entre le président et l’opposition, en présence des ministres des Affaires étrangères français, allemand et polonais et du représentant russe : élection présidentielle anticipée, amendement de la Constitution, gouvernement d’unité nationale. Même si Kiev a déjà pris certaines dispositions en ce sens, elles restent illégales, la lettre de la Constitution actuelle n’ayant pas été suivie. Ce point est peut-être négociable.

La mise à l’écart des fascistes de Svoboda et autres groupes factieux et leur désarmement. Celui-ci pourrait s’accompagner du désarmement parallèle des milices pro-russes à l’Est et au Sud. Ce point ne devrait logiquement pas poser de problèmes ni côté russe ni côté occidental, à moins que le soutien aux fascistes ne soit définitivement acté par l’Occident !

Quelle que soit la forme que cela prendra, la question de la Crimée est, on l’a vu, tranchée. Le référendum du 16 mars pourrait représenter, pour l’Occident s’il fait preuve de bonne volonté, un cadre acceptable, démocratique, pour reconnaître le nouveau statut de la Crimée. Des facilités pourraient être laissées à la Marine ukrainienne en échange de la continuité des approvisionnements d’énergie. Sinon, il se passera pour la Crimée ce qui s’est passé pour l’Ossétie du sud et l’Abkhazie : on oubliera. De toute façon les Occidentaux n’y peuvent rien. Quant aux Russes, encore une fois, ils n’ont pas digéré l’affaire du Kosovo…

Compte tenu de la partition de facto du pays, l’Ukraine devrait évoluer vers un statut de Fédération, reconnaissant une autonomie, notamment culturelle, linguistique et religieuse, aux différentes régions. De même, un retour à la reconnaissance du russe comme langue régionale (mais aussi du roumain au sud-ouest, du hongrois et du polonais) s’impose.

Contrairement à ce que l’on laisse accroire en Europe, la balle n’est pas du côté russe, dans cette affaire, mais bien du côté occidental. Que le Kremlin ne reconnaisse pas un gouvernement issu d’un putsch reste son affaire – les Européens n’avaient pas, fort justement, reconnu les putschistes de Moscou en 1991. Les relations entre l’Ukraine et la Russie demeurent de leur ressort. Le peuple de la Crimée a, comme tous les peuples, droit à l’autodétermination.

La « realpolitik » voudrait qu’une fois pour toutes, on accepte le fait que la Fédération de Russie ait hérité de l’Empire Tsariste et de l’URSS des relations particulières avec de nouveaux États qui, il y a 23 ans, faisaient encore parti du même espace commun, dont les économies demeurent agrégées et où la communauté des peuples a souvent débouché sur une communauté de vie pour des millions d’hommes et de femmes.

Bernard Frederick est journaliste, ancien correspondant permanent de l’Humanité à Moscou.

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8 mars 2014 6 08 /03 /mars /2014 17:38

Dans « l’Humanité Dimanche » de cette semaine

Yves Moreau, ancien chef de la rubrique internationale de « l’Humanité », nous a quittés après 97 ans d’une vie d’aventures et de résistance. Il avait toujours conservé la plus grande discrétion sur son évasion de la prison Montluc à Lyon et sur son rôle dans les services de renseignements de la Résistance. Il avait accepté de me raconter cet épisode en me demandant de publier le récit après sa mort. Pas avant. Promesse tenue, Yves.

« Mon évasion de Montluc a été relativement facile. Le directeur de cette prison me faisait donner des leçons particulières à son fils en vue du baccalauréat. En contre partie, il avait accepté de me laisser sortir dans Lyon, sous la surveillance d'un gardien, pour obtenir les soins d'un dentiste. Rien n'aurait été plus simple que de « faire la belle » dès la première consultation stomatologiste. J'ai tenu pourtant à obtenir l'accord préalable du Parti communiste. Pour plusieurs motifs : mon évasion signifiait la perte, à l'intérieur de la prison, des facilités que j'avais réussi à y acquérir, et qui étaient fort utiles pour tous les détenus politiques (1) ; d'autre part, je tenais à éviter la suspicion qu'une évasion aussi aisée n'aurait pas manquée d'éveiller auprès des camarades à l'extérieur ; enfin, il était nécessaire qu'une planque à mon intention soit préparée.

Je demandais donc le feu vert. Il me fallut l'attendre plus de trois semaines. J'ai dû aller deux fois chez le dentiste en m'interdisant d'en profiter. La troisième fois, le plombage de ma dent cariée allait être terminé. Heureusement, je reçus à temps l'accord que j'avais sollicité.

Je me suis mis en rapport avec un de mes codétenus, Lucien Benoit (2) qui travaillait au greffe, et que les gardiens chargeaient notamment d'organiser leurs emplois du temps. Benoit choisit pour m'accompagner le moins alerte des surveillants, un vieux qui aurait été bien incapable, le cas échéant, de me rattraper à la course.

J'avais prévu qu'en sortant de chez le dentiste j'emmènerais ce pauvre maton dans un bistrot que je connaissais, près de la Bourse du travail de Lyon. Il en fut ainsi, et mon cerbère accepta sans peine de venir écluser un pot de beaujolais. Mais, comme nous le dégustions, voilà que pénètre dans le café une vieille connaissance : Ehni, le responsable du syndicat du Livre, qui se dirige aussitôt vers notre table, me secoue chaleureusement la main, s'assied et commande une autre tournée. Il ignorait tout de ma situation. J'ai pu lui dire ouvertement que j'étais un taulard veillé par son ange gardien. Il fut plus difficile de lui faire comprendre qu'il fallait que lui, Ehni, se casse au plus vite pour me laisser faire ce que j'avais en tête : c'est-à-dire prendre ostensiblement la clef des toilettes, sortir de la pièce du bistrot par un couloir qui, pour les non-initiés, conduisait aux chiottes, mais aussi qui, pour ceux qui connaissent les lieux, permettait de gagner la rue sans repasser par le bar. Ce que je m'empressai de faire dès qu'Ehni eût enfin compris qu'il lui fallait s'éclipser.

Mon impatience était telle que, passé le premier coin de rue, je n'ai pu m'empêcher de me mettre à courir, ce qui est tout à fait à déconseiller si l'on ne tient pas à attirer l'attention. Sans encombre pourtant, je suis arrivé à l'arrêt de bus sur les quais du Rhône où une copine m'attendait.

Tout de suite nous partîmes pour Miribel, dans l'Ain, où un couple de braves retraités était prêt à m'accueillir, et où je suis resté quelques jours. Le Parti avait prévu qu'ensuite je devais aller me mettre au vert dans la Drôme, chez une famille de métayers, les Michalon, qui occupaient une ferme isolée, à cinq kilomètres de Pierrelatte. Je n'aurais qu'à y prendre du bon air, manger - les Michalon avaient un jardin plantureux, élevaient des volailles et un troupeau de moutons - et me reposer en attendant de nouvelles instructions.

Ce que je fis et, tout d'abord, avec le plus grand plaisir. Les semaines passaient. Je vivais comme un coq en pâte. Pour le petit déjeuner, on bouffait « à la fourchette ». Mais ce n'était pas pour ça que je m'étais échappé de Montluc. De guerre lasse, je décidai de remonter à Lyon.

J'y connaissais un copain, Cavasilles, préparateur en pharmacie. Je l'ai retrouvé sans difficulté. Il m’a mis en rapport avec « Marquis ». Le rendez-vous arriva bien vite et, en « Marquis » qu'accompagnait sa femme, j'identifiai Jean et Madeleine Braun que j'avais bien connue avant-guerre. Jean me laissa entendre qu'il militait, lui, pour le Front national (bien entendu, le seul digne de ce titre, celui de la Résistance), et que ce qui l'arrangerait, ce serait de me mettre en contact avec les Mouvements Unis de la Résistance (MUR).

J'acceptai sans hésiter. Aux MUR, on me proposa de mettre sur pied un service de renseignements de sécurité. Je donnai aussitôt mon accord. Et « Marquis », auquel je fis part de ces perspectives, m'assura qu'il serait en mesure de me trouver des copains avec lesquels je pourrais monter un petit appareil. Il me mit aussi en contact avec un soyeux, M. Favret qui habitait une villa à Saint-Didier au Mont d'Or, où il accepterait de m'assurer le gîte et le couvert. Ainsi installé, je me mis au travail.

Des MUR, je reçus bientôt, et de façon régulière, une multitude d'informations se rapportant aux arrestations qui les décimaient, aux activités de la police de Vichy et de la Gestapo, aux noms, adresses et caractéristiques des auteurs de ces activités.

Peu à peu, mon appareil s'organisa. Il comportait des archives (le fichier), un service du chiffre (pour coder toute la correspondance que nous émettions) et plusieurs agents de liaison, ceux-ci étant d'ailleurs mis à contribution dans leurs moments libres pour travailler au fichier et à la correspondance que moi-même je préparais. Au MLN, le nom de code de cet appareil était « SR Sec » (Service de renseignements de sécurité).

Jacques Sadoul avait débarqué un beau matin chez Favret, « Marquis » n'ayant pas eu d'autre planque pour lui sous la main. Dans la villa de Saint-Didier, nous partagions la même chambre et, comme il avait la langue assez déliée, qu'il parlait volontiers de la Révolution d'Octobre avec des détails souvent inconnus de moi, qu'il racontait sur Lénine des anecdotes qu'il avait manifestement vécues, je ne pus, dès le premier soir, m'empêcher de lui dire : « Écoute, je devine bien qui tu es ». C'était un compagnon charmant et, quand nous avions le temps, nous nous tapions les deux bons kilomètres séparant Saint-Didier de Vaugueray, où un petit restaurant proposait de ces grenouilles...

Mais il ne faut pas mettre tous les œufs dans le même panier et, pour des raisons de sécurité, j'ai estimé ne pas pouvoir rester chez Favret avec Sadoul. Qu'à cela ne tienne ! Favret trouva aussitôt à me faire héberger chez un autre soyeux, dont l'affaire était beaucoup plus importante que la sienne, et qui habitait, à Saint-Didier aussi, une imposante demeure au milieu d'un parc immense, bordé d'une colline où, sur de multiples rangées de pêchers, des fruits délicieux se doraient au soleil.

Le propriétaire, qui devenait mon nouvel hôte, M. Pey, était un ancien Croix de feu. Commandant de réserve, il se dressait dans son salon pour se mettre au garde à vous chaque fois qu'on entendait « La Marseillaise » à la TSF. Si bien que j'avais des scrupules à capter les émissions de Radio Moscou en langue française - notre hymne national y résonnait immanquablement.

Chez les Pey, on disait les Grâces avant chaque repas - un instant pendant lequel je restais respectueusement debout, figé derrière ma chaise. J'avais décliné l'offre des Pey de les accompagner le dimanche à la messe, mais ils ne m'ont jamais interrogé sur mes convictions politiques ou religieuses. Toutefois, la propension que je montrais à écouter Radio Moscou leur mit la puce à l'oreille ; M. Pey demanda un jour à Favret: « Ce monsieur Antoine (il me connaissait sous ce nom), ne croyez-vous pas qu'il soit communiste ? »

Plus se confirmait la probabilité d'une défaite allemande, plus la Résistance se renforçait, et plus grossissait le courrier du SR Sec. Fin 1943, les informations en provenance du NAP (Noyautage des administrations publiques) devenaient notamment d'un extrême intérêt. Les projets d'opérations de police (établissement de barrages, perquisitions prévues, rafles) étaient évidemment pour nous d'une très grande valeur. Mais il fallait mettre en garde avec une célérité parfois difficile à réussir. Que de nuits blanches nous avons passées à exploiter tout cela ! Que de kilomètres ont parcouru nos agents de liaison ! Quel rage quand un rendez-vous ratait et qu'il fallait attendre un éventuel repêchage ! Nous étions bien conscients d'avoir souvent entre nos mains de quoi sauver des dizaines et des dizaines de résistants. Par bonheur, tout mon petit appareil, lui, a été sauvegardé et n'a eu aucune perte à déplorer.

Un jour, j'ai pourtant moi-même été fouillé, dans le métro, au détour d'un couloir de correspondance, par des flics allemands, alors que j'étais porteur d'un assez volumineux paquet de messages, entouré d'un journal. Heureusement, cherchant sans doute des armes, ils m'ont fouillé à corps, et ont négligé comme anodins les lourds secrets que je tenais et que j'ai réussi, d'un geste négligeant, à faire passer d'une main dans l'autre. Cette scène s'est déroulée dans le métro parisien car, au début du printemps 1944, le MLN m'avait demandé d'aller installer une antenne de mon service à Paris. Pour ce faire, j'avais prélevé sur les effectifs dont je disposais à Lyon. Mais il restait bien des questions à régler, par exemple celle des planques qu'il fallait trouver dans la capitale.

A Paris, cependant, j'ai cherché à innover. J'avais imaginé de doter mon antenne parisienne d'un dispositif que, si la guerre s'était prolongée, j'aurais ensuite imité à Lyon. Souhaitant rendre mon SR Sec plus combatif, j'avais trouvé à Ménilmontant deux garçons et une fille - que j'avais baptisés « Vendredi », « Samedi » et « Dimanche » - et les avais chargés de recueillir les renseignements propres à faciliter des attentats visant de hauts responsables des forces de répression nazies et vichystes. Au lieu de taper en aveugle, on pouvait ainsi porter des coups plus efficaces, parce que bien ciblés.

Une dizaine de ces enquêtes furent menées et leurs résultats communiqués aux corps francs de l'Armée secrète. Mais le va-et-vient qu'il me fallut faire à cette époque entre Paris et Lyon - avec le petit pincement de cœur éprouvé au contrôle de mes (faux) papier à la ligne de démarcation -, puis enfin la Libération ne m'ont pas laissé le loisir de savoir si les résultats de ces enquêtes ont jamais été exploités. »

Propos recueillis par José Fort

(1) A la suite de l'évasion d'Yves Moreau de Montluc, tous les détenus communistes qui s'y trouvaient furent transférés dans les prisons de Saint-Etienne et de Noutron. Le directeur de Montluc a été sanctionné et muté. Le gardien chargé de surveiller Moreau a été condamné à une lourde peine de prison.

(2) Lucien Benoit fut après-guerre rédacteur à l'Humanité, chef de la rubrique informations générales.

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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 13:24

On se prêterait même à dire : « Lénine, Lincoln, De Gaulle réveillez-vous, ils sont devenus fous. » En Ukraine, voici un président légalement élu qui a consacré l’essentiel de son temps à se gaver et à enrichir sa famille, un lâche qui a fui son pays au plus fort de la crise. Voici une dame à la natte blonde, amie pendant un temps du premier, qui lorsqu’elle était aux commandes de l’Etat signait des contrats juteux avec les Russes en raflant au passage des commissions en millions d’euros et entretenait des relations cordiales avec le patron du Kremlin. Voici un « premier ministre » désigné prononçant sur la Place Maïdan un discours en anglais, affichant un gouvernement illégitime gangréné par des membres du parti fasciste local à qui le ministère de l’Intérieur a été attribué. Voici un parlement fantôme qui prend comme première décision l’interdiction de la langue russe.

En France, en Europe, aux Etats-Unis, la folie le dispute à l’imbécillité avec en première ligne les courageux de l’arrière, les bouffons du roi média à la botte, je veux dire Bernard-Henri Lévy et Cohn-Bendit qui sont là pour le spectacle et comptent pour du beurre. Au dessus, voici l’Américain Kerry, l’Union européenne avec Fabius, Guigou et quelques autres qui lancent aux Russes des menaces enflammées sur le thème « nous allons prendre contre vous des sanctions économiques », un conseiller russe, goguenard, répliquant : « allez-y, nous réduirons à zéro nos échanges, ce qui aura pour effet un krach de votre système financier. » Voici Poutine indiquant que si les choses tournent mal pour lui, il ne s’interdit pas d’intervenir militairement en Ukraine. Voici… J’arrête. Le monde est dirigé par des femmes et des hommes parfois dangereux, souvent irresponsables. Une dernière chose : avez-vous remarqué la discrétion des Chinois à qui les Etats-Unis doivent 1,317 trillions de dollars ?

José Fort

L’Humanité cactus 6 mars

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 17:33

« La moy, c’est quoi la moy » ? D’entrée, André Schmer remet les pendules à l’heure. » On ne dit pas la « moy » mais la M.O.I. Explication de l’impétrant : « Cela vient d’un copain juif qui parlait mal le français et a fait ce raccourci en établissant une liaison avec « goy». C’est aussi bête que cela. » Fermez le ban en évitant de recommencer.

André Schmer, ancien des FTP-MOI, vit avec Christiane sa compagne de toujours avenue – on ne l’invente pas - Daniel Casanova à Ivry. Sa famille juive a quitté Przemysl, en Galicie polonaise près de la rivière San, en 1928 ne supportant plus les menaces politiques (son père était communiste), le racisme, l’antisémitisme. André a un an. La famille Schmer s’installe d’abord faubourg du Temple à Paris avant de rejoindre le XXème arrondissement et sa population cosmopolite, ouvrière, fortement influencée par le Parti communiste.

Première alerte. En 1929, en pleine crise, les autorités françaises décident le retour dans leurs pays de tous les étrangers sauf ceux qui ont des enfants nés en France. Heureusement, la famille Schmer s’est agrandie avec l’arrivée d’Annette. Ils évitent ainsi l’expulsion. « Lorsque je vois agir l’actuel ministre de l’Intérieur, je me dis que rien n’a changé », soupire André à l’époque bon élève à l’école de la rue de Tlemcen, puis à celle de la rue Panoyaux. « J’étais heureux d’aller à l’école de la République où était banni le racisme. Nous voulions de toutes nos forces devenir Français. Mon père a appris la langue française en nous écoutant faire nos devoirs ».

Deuxième alerte, les lois anti juives de Pétain en 1940. André Schmer, âgé à peine de 14 ans, milite déjà à la Jeunesse communiste. Ses responsables portent des noms aujourd’hui très connus : Roger Trugnan, Henri Krasucki, Samuel Rajenski, Jean Capiévic. Roger Trugnan lui confie sa première distribution de tracts sur le boulevard Ménilmontant, de la station de métro Belleville à celle du Père Lachaise. Le texte explique aux Juifs comment résister aux lois Pétain. Il y croise une équipe distribuant « Le Pilori », un journal invitant à « casser du juif ». « J’étais le plus petit et je pouvais me glisser facilement. A proximité, des balèzes étaient prêts à me protéger. »

Troisième alerte. André est dénoncé par un camarade de classe. « Je n’ai jamais su qui a pris la décision de me faire quitter Paris pour l’Aigle dans l’Orne. On m’a simplement dit : « tu restes au vert jusqu’à nouvel ordre ». J’étais hébergé chez un notable d’origine anglaise qui tous les dimanche montait son cheval. Moi, je le suivais sur un mulet ». Plusieurs mois plus tard, André rentre à Paris, trouve des petits boulots dans l’imprimerie. La famille échappe à la rafle du Vel d’Hiv. Quelques jours après, André part pour Lyon avec l’assentiment de sa mère : « il faut sauver le garçon ».

Le rendez-vous est fixé au métro Madeleine. « On m’a donné des faux papiers au nom de Etienne Dumon. Je devais rejoindre à Lyon les « Compagnons de France », une organisation de jeunesse pétainiste. Il s’installe, participe aux activités. La « couverture » fonctionne sans pépin et c’est après de nombreuses discussions avec son responsable de groupe que ce dernier l’ayant testé suffisamment lui propose des distributions de tracts contre les Allemands effectuées la plupart du temps « à la volée ». Il est arrêté Place Bellecourt, relâché par miracle et évacué sur Grenoble où il est planqué dans le quartier des Eaux claires. « Je trouvais bizarre tous ces jeunes dormant la journée et disparaissant la nuit venue. » Les jeunes sont arrêtés dans une maison proche le jour de l’an 1943. André décide de « faire le ménage ». Il découvre une valise contenant des mitraillettes démontées et des détonateurs. Isy Tchernesky, grand maître d’échecs et après la Libération chargé de la rubrique échecs à « l’Humanité », récupère la valise. Plus tard, il annonce à André : « Tu rentres chez les sportifs ». André avait terminé ses classes de résistant, il devenait « sportif », c’est à dire résistant armé. Il avait 16 ans.

Il intègre un « groupe de 3 » composé de Germain, le grand gaillard et Fernand, le beau gosse avec pour chef et seul contact « petit Paul ». Missions ? Assurer les transports en développant les vols de vélos, déraillements, exécutions de collaborateurs, traîtres et officiers allemands, protection de camarades en mission toujours plus dangereuses. André évoque les rendez-vous sur les quais de l’Isère, les horreurs commises par la milice à Grenoble et son chef local Guy Eclach dit « gueule tordue », les actions armées. Il en raconte une, une seule. « Lors d’une opération contre les allemands, un de nos camarades a été blessé d’une balle à l’épaule. Il s’est adossé à une porte qui s’est ouverte. Une femme l’a accueilli puis, une fois le calme revenu, l’a accompagné jusqu’à l’hôpital de la Tronche. Elle a été dénoncée par le gardien puis a disparu. Elle a certainement été assassinée. Quant à notre copain blessé, nous avons retrouvé son corps criblé de balles dans un charnier. Décision a été prise d’éliminer le gardien de l’hôpital. L’exécution a eu lieu ».

André Schmer, dit Etienne Dumon, matricule FTP-MOI 94232, n’a plus jamais touché une arme car « un révolver, ça change un homme, ça peut le rendre fou. Nous, nous menions un combat libérateur et étions bien encadrés ».

José Fort

Hors série l’Humanité

L’affiche rouge

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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 13:41

Article publié ce lundi 3 mars dans "l'Humanité". Dans les pages Histoire du prochain numéro de "l'Humanité Dimanche", Yves Moreau dévoile une partie de sa vie: il a été le chef du service de renseignement des mouvements unis de la résistance (MUR).

Yves Moreau est mort jeudi dernier à l’âge de 97 ans à Saint-Denis (93). Ses camarades, ses amis, ses anciens collaborateurs à la rédaction de « l'Humanité » sont dans la peine. C'est une grande signature de notre journal et un compagnon admirable qui nous quitte.

Yves est né à Paris le 26 août 1917 dans une famille d'universitaires. Son père était professeur, doyen honoraire de la Faculté des sciences, auteur, notamment, de la «Botanique» de la Pléiade; sa mère était docteur ès Sciences. Yves Moreau était lui-même licencié ès Lettres.

Il a adhéré aux Jeunesses communistes en 1933, l'année de l'arrivée d’Hitler au pouvoir. En 1934, commençant à préparer à Strasbourg une licence d’allemand, Yves Moreau avait tenté, en se rendant en Allemagne à plusieurs reprises, d’organiser la solidarité avec les antifascistes d’Outre-Rhin. Arrêté par la Gestapo, il avait été condamné à 10 mois de réclusion cellulaire pour «haute trahison». Il était alors âgé de17 ans.

Libéré et expulsé d'Allemagne «à perpétuité» en 1935, il adhère au Parti communiste français. De 1937 à 1939, il est membre de la direction nationale des étudiants communistes. Mobilisé en 1939, il est affecté en juin 1940 au bataillon des élèves officiers d'infanterie qui combat la Wehrmacht près de Saumur pour dégager les unités de l'école de cavalerie. Fait prisonnier de guerre près de Chinon, il s'évade quelques jours plus tard. En automne 1940, alors qu'il commence à préparer un diplôme d'études supérieures sur Goethe, à l'université de Montpellier, il participe - en liaison notamment avec Pierre Georges (colonel Fabien) et Yvon Djian - à l’organisation de la résistance des étudiants en zone sud. Il est arrêté à Lyon par la police de Vichy à la fin de l'hiver 1941 et comparaît devant un tribunal militaire pétainiste. Au bout de dix-huit mois de détention, il parvient à s'évader de la prison de Montluc à Lyon. Clandestin, il a organisé et dirigé le service de renseignements des Mouvements unis de Résistance (MUR). En 1944, il est membre de l’état-major de la zone sud des Francs Tireurs et Partisans Français (FTPF).

En 1945, il devient rédacteur de politique internationale à «l'Humanité». Dans nos colonnes, le premier article portant sa signature est publié le 17 août 1945, sous le titre «Le Bloc occidental, un projet dangereux». Un second, paru le 5 septembre 1945, est une interview de sir Alexander Fleming, le découvreur de la pénicilline.

Pendant deux années, Yves Moreau est rédacteur en chef de «France d'abord», l'hebdomadaire des anciens FTP.

A «l'Humanité», après la mort de Pierre Courtade, il devient chef du service étranger qu'il dirigera jusqu’en 1982. Notre journal doit à Yves Moreau de nombreux éditoriaux, ainsi que des reportages qui l'ont amené à se rendre sur tous les continents. Lutter contre la «guerre froide» et contre les interventions coloniales, développer la solidarité, mener campagne en faveur du désarmement ont été ses préoccupations constantes.

Il a été expulsé de Grèce au temps de la dictature militaire et d'Algérie par les autorités françaises. Il a séjourné clandestinement en Afrique du Sud aux pires moments de l'apartheid. Ses articles, notamment ceux qui s'élevaient contre les guerres coloniales, lui ont valu de nombreuses poursuites judiciaires qui se sont toutes soldées par un non-lieu ou un acquittement.

Yves Moreau n’a jamais failli à son engagement politique de jeunesse. Il y a quelques jours encore, il demandait à régler ses cotisations au PCF. Il a été accompagné jusqu’à ses derniers moments par sa compagne Gerda Lorenzi, sa famille, et notre camarade Jean George.

Yves avait des qualités humaines et professionnelles exceptionnelles. Tous ceux qui ont eu la chance de travailler à ses côtés garderont le souvenir d'un homme de droiture et de courage, de culture et d’ouverture à l’autre, de sagesse et de convivialité.

José Fort

(1)Yves Moreau nous avait confié son souhait que son décès ne soit accompagné d’aucune cérémonie funéraire. « Le meilleur moyen de rendre hommage à ma mémoire consiste à poursuivre la lutte pour la réalisation de l’idéal qui fut le mien et qui a donné son sens à toute ma vie », nous avait-il demandé de préciser.

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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 12:32

Une rumeur circule dans les salons parisiens. Lors du prochain remaniement ministériel, les nouveaux membres du gouvernement français seront présentés à la foule réunie place de la Concorde à Paris.

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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 12:26

Légitimité? Trois ministres européens ont signé avec les voyous ukrainiens des deux bords un accord de sortie de crise. Résultat? 20.000 personnes (énorme !!) rassemblées dans une place de Kiev ont désigné un nouveau pouvoir. Légitimité? Une consultation populaire s'imposait car il y a des femmes et des hommes hors la place machin qui ont une opinion mais vivent dans la trouille. Légitimité? La plupart des membres du nouveau gouvernement ont fait ou font l'objet de poursuites judiciaires pour corruption à grande échelle. Si des poursuites sont décidées, il faut organiser un pont aérien vers la Haye sans oublier l'ancien président fuyard, l'actuel premier ministre transitoire et la dame à la natte blonde. Légitimité? M. Obama ferait bien d'observer un profil bas, ses agents de la CIA et des troupes " spéciales" US sillonnant actuellement les pays progressistes d'Amérique du sud. Tout le monde a le mot "légitimité" à la bouche sans en maîtriser volontairement le sens réel. Nous assistons actuellement à une très mauvaise pièce pouvant très mal se terminer.

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