Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 17:14

Comment agir contre la flambée des prix et la spéculation en matière de denrées alimentaires et de produits pétroliers ? L’exemple, cette semaine, vient d’Argentine où la mobilisation générale a été décrétée contre la spéculation. En première ligne, la présidente Cristina Kirchner qui l’année dernière avait lancé un plan « Regarder pour protéger » visant à contrôler le respect de l’accord sur les prix. A la télé, elle avait poussé le bouchon un peu plus loin en déclarant : « Si vous êtes en colère, venez avec moi au supermarché et nous vérifierons ensemble où passe votre argent ».

Cela ne suffisant pas, au début du mois de février, des affiches ont été collées sur les murs des principales villes avec les noms et les photos des PDG des supermarchés Coto, Carrefour, Walmart, Jumbo et disco, des patrons de l’électro ménager et des dirigeants de la compagnie Shell. Avec une légende : « Ce sont eux qui te volent. Ils augmentent les prix et te prennent ton argent. » Le 7 février, les associations de consommateurs avec le soutien du gouvernement ont décrété « un jour sans achat ». Les magasins sont restés vides, le patron de Carrefour Argentine mettant le succès de l’opération sur le compte des « fortes pluies » provoquant l’hilarité générale.

Pour le Forum argentin de l’agriculture familiale et la fédération agraire, la responsabilité des augmentations des prix et des pénuries revient aux multinationales exportatrices qui pratiquent « la rétention sur les ventes, attise la spéculation non seulement à des fins économiques mais aussi politiques et aux grandes chaînes de distribution. »

Les gouvernements progressistes latino américains sont confrontés à une nouvelle guerre : des tentatives de déstabilisation par l’organisation planifiée de la cherté de la vie et des pénuries. L’expérience argentine ne manquera pas de donner des idées à d’autres. Pourquoi pas à nous ?

José Fort

L’Humanité cactus 28 février.

Repost 0
21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 19:10

Les trois derniers hauts dignitaires du pays ont successivement occupé les postes de président et de premier ministre. Ils se haïssent à mort. L'ancien président Iouchtchenko (le grêlé à la dioxine) a témoigné à charge contre son ancienne partenaire pendant la "révolution" dite "orange" (déjà inspirée par l'UE et les Etats-Unis) devenue sa première ministre facilitant ainsi l'emprisonnent de Ioulia Timochenko qui avait signé des contrats (juteux pour elle, une femmes d'argent) avec les Russes, ces derniers préparant dans le même temps le retour de Ianoukovitch et de sa famille qui avaient bénéficié des largesses des patrons de l'énergie du grand voisin. Vous me suivez? Bref, c'est pas joli, joli tout ce beau monde. Paraît que ceux qui pointent le nez sur l'estrade de la grande Place de Kiev sont, à quelques nuances près, du même acabit.

Repost 0
20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 12:50

Au lendemain des récentes émeutes de Caracas (rappelant celles de Paris, le 6 février 1934), Catherine Ashton, chargée de la politique extérieure de l’Union européenne, déclarait : « La liberté d’expression et le droit à la participation aux manifestations pacifiques sont essentielles ». Gonflée la baronne intervenant comme si le Venezuela était une vulgaire République bananière et passant pour pertes et profits les deux élections tenues en 2013 donnant la victoire à la présidentielle à Nicolas Maduro et le succès écrasant de sa formation politique, le parti socialiste unifié (PSUV), aux municipales.

Négligente, la très proche de Tony Blair feignant ne pas savoir que dans ce pays les médias appartiennent à 80% au privé, c’est à dire aux grandes fortunes.

Perfide, la travailliste britannique faisant mine de ne pas savoir que les émeutes ont été fomentées par l’extrême droite fascisante inspirée par le patronat local organisateur des pénuries domestiques avec la bénédiction des officines yankees.

Oublieuse, celle qui devenait baronne en 1999 le jour même où Pinochet était reçu à Londres par son idole, la sinistre Mme Thatcher, et qui pourrait comparer les événements survenus à Caracas aux préparatifs du coup d’Etat contre Salvador Allende, en 1973, au Chili : même comportement du patronat, même organisation des pénuries, même implication états-uniennes… Sauf que le rapport des forces sur le continent latino n’étant plus le même, il en coûte à Catherine Ashton de constater que les forces progressistes ont pris légalement le pouvoir dans de nombreux pays d’une région en plein développement souverain et enfin libérée du joug US.

Mme Ashton, dit-on à Bruxelles, peut manger n’importe quoi, pourvu qu’on lui fournisse de la Worcesztershire Sauce, de la Tomato Ketschup et de la HP Sauce. De mauvais esprits ajoutent que sa préférence va à la gamelle états-unienne.

José Fort

L’Humanité cactus 20 février

Repost 0
19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 13:46

Pour nos copains éloignés ou à l'étranger

Laurent Ballouhey, ancien correspondant de « l’Humanité » en Chine, est décédé lundi matin à proximité de Paris des suites d’un cancer. Il avait 67 ans.

C’était en 1982 et nous recherchions un candidat pour le poste de correspondant permanent de « l’Humanité » à Pékin. Roland Leroy, alors directeur du journal, m’avait conseillé de me rapprocher de Laurent qui affichait un CV de qualité. Etudes brillantes suivies des langes O (Institut national des langues et des civilisations orientales), puis des missions pour le Ministère des Affaires étrangères, la Documentation française et un premier séjour en Chine au temps de la révolution culturelle. Nous avions pris rendez-vous pour déjeuner près du ministère des Transports où il avait été affecté au service chargé du réseau ferroviaire en Asie. Laurent avait l’élégance décontractée, dégageait un charme discret et surtout des connaissances rares à l’époque de cette région du monde. Il parlait couramment l’anglais, l’italien, surtout… le mandarin.

L’homme faisait l’affaire. Après un stage dans la rédaction, il est installé à Pékin par Roland Leroy qui conduisait une délégation de « l’Humanité » (la première mission de communistes français après le rétablissement des relations avec le PCC). Il est présenté aux plus hautes autorités chinoises de l’époque. Laurent fut un fin et efficace correspondant avec toutefois une tendance à ne pas respecter les horaires, ce que je lui reprochais en plaisantant, il y a peu encore. En rentrant à Paris, Laurent a dirigé le service documentation du journal avant de repartir en Chine. Au cours des dernières années, depuis Pékin, il a écrit pour diverses publications, travaillé pour la diffusion du livre français en Chine et en Asie, assuré des traductions de plusieurs ouvrages… Il avait été candidat Front de gauche des Français établis à l’étranger (11 eme circonscription) lors des élections législatives de 2012. Nous perdons un camarade, un ami, un confrère. Les équipes de « l’Humanité » adressent leur affection à ses proches, particulièrement à ses enfants Laura et Thomas.

José Fort

Repost 0
13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 12:00

Le « Washington Post » publie des pépites à répétition. C’est ainsi que ce journal rendu célèbre par les révélations sur le scandale du Watergate vient de consacrer, sous la signature d’Eugène Robinson, un article sur la poussée de victimisation des plus riches. A croire que la peur règne dans certains quartiers huppés des villes nord-américaines où on commence à prendre au sérieux la formule : « Quand les gens n’auront plus rien à manger, ils mangeront les riches ».

Tout démarre avec une lettre publiée dans le « Wall Street Journal » signée Tom Perkins. Le monsieur est milliardaire, dirige des sociétés comme Kleiner, Perkins… et des Start-up comme Compaq et Amazon. Qu’écrit-il ? Il compare la « guerre contre les riches » à l’extermination des juifs par les nazis et annonce une possible « nuit de cristal anti- riches ». Rien de moins. On se dit que le personnage a forcé sur les stupéfiants ou la bouteille avec ses copains de la rédaction du « Wall Street Journal », qu’il s’agit d’un dérapage de très mauvais goût. Vite, il faut se faire une raison : le journal de la finance états-unien en rajoute une louche en écrivant, quelques jours après la tirade de Perkins, qu’il existe bel et bien une marée montante de haine contre les 1% de la population qui ont réussi dans les affaires. Le « Washington Post » s’amuse de ce « manque d’amour » pour les riches et conclut qu’une hausse des impôts pour les plus fortunés ne résoudraient pas tous les problèmes budgétaires du pays. « En revanche, poursuit le journal, elles apporteraient d’importantes recettes fiscales et rendraient notre fiscalité plus progressive et, aux yeux de la plupart des gens, plus juste. Or, la justice, c’est important ».

Je me demande si cet article ne devrait pas être distribué aux prochaines réunions de la direction du patronat français et de son plus proche collaborateur du moment, le Conseil des ministres.

José Fort

L’Humanité cactus 13 février

Repost 0
9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 16:30

C’est vrai. Vladimir Poutine n’entraîne pas spontanément la sympathie, encore moins la confiance. L’ancien des services spéciaux (KGB) de l’URSS experte en son temps dans le choix des cadres très spécieux, arrivé au pouvoir grâce au peu reluisant Boris Elstine, orfèvre en changement de casaque, manipulateur de génie, tsar à l’ancienne ouvert aux progrès technologiques, est un sacré malin, un calculateur formé à la meilleure ou pire école, un stratège de haut vol. Quoi qu’on puisse penser du personnage et de sa politique, le sous-estimer, le mépriser, tenter de le marginaliser relève de l’analyse à courte vue et d’une incompétence coupable en matière de relations internationales. C’est dans ce marigot que se complaisent actuellement l’Europe, particulièrement la France, et les Etats-Unis.

Prenez quelques uns des derniers événements internationaux sur lesquels il ne s’agit pas ici de porter un jugement.

  • La Syrie? Alors qu’il n’y a pas si longtemps les Rafales et un porte avions US chauffaient les moteurs, le statut quo est la règle aujourd’hui entre le régime de Bassar al Assad et les fous d’Al-Quaida tandis que les forces démocratiques et laïques sont la cible des deux précités, y compris actuellement à Genève. Les gesticulations de MM. Hollande et Fabius n’ont pas modifié d’une semelle la position de Poutine.
  • L’Ukraine? Les envoyés spéciaux européens et nord-américains se précipitent à Kiev. Pour quel résultat ? Poutine reste la pièce maîtresse de la situation.
  • La BRICS? La structure réunissant la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du sud constitue une énorme force économique et politique en mouvement. Elle joue et jouera un rôle déterminant dans les affaires du monde. Poutine n’y est pas un second couteau.

Négliger et mépriser la Russie, freiner les relations avec Moscou, multiplier les déclarations peu amènes et se glorifier, par exemple, de limiter la représentation gouvernementale française à l’inauguration des jeux de Sotchi relèvent d’une politique étrangère à la petite semaine. Certains diraient boutiquière.

José Fort

Repost 0
8 février 2014 6 08 /02 /février /2014 15:45

Ca tombe comme à Gravelotte. Rassurez-vous, je n’ai pas l’intention de commenter avec retard la bataille meurtrière qui opposa, en 1870, Allemands et Français sur le plateau messin. Il s’agit plutôt d’évoquer la cascade de banquiers suicidés à Londres et à Washington. Vous me direz : il n’est pas prudent de tirer des conclusions hâtives. D’accord, mais quand même. En l’espace d’une semaine, quatre hauts responsables de divers établissements bancaires et d’assurances ont été retrouvés morts dans d’étranges circonstances.

Mike Dueker, un des chefs de la compagnie Russell investments, s’est jeté d’un pont à proximité de Tacoma Narrows dans l’Etat de Washington. Il travaillait depuis plusieurs années dans cette société d’investissement spécialisée dans la gestion d’actifs en lien étroit avec les Emirats arabes. Aucun problème familial ou personnel signalé.

Gabriel Magge, un des responsables de JP Morgan à Londres, est tombé comme par hasard du dernier étage du siège de sa banque. William Broeksmit de la Deutsch banque, toujours dans la capitale britannique, a été retrouvé pendu dans sa maison de Londres. Quant au directeur de la communication de Swiss Re AS, toujours et encore à Londres, son cadavre était bien froid lorsque la porte de son appartement a été forcée. Ca fait beaucoup en si peu de temps.

Laissons les enquêteurs enquêter. Mais rien n’interdit de poser des questions: ces morts subites n’ont-elles pas un lien avec les clients communs à toutes ces entités financières ? Et des problèmes, disons de gestion, n’ont-ils pas surgi ces derniers temps dans les établissements précités ?

Courageux, nous laisserons plusieurs commentateurs britanniques et nord-américains aller plus loin dans la réflexion: ils affirment que ces décès interviennent au moment où des multinationales subissent d’importantes pertes pouvant annoncer une nouvelle crise financière.

José Fort

Repost 0
5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 17:41

Les projets de la SNCF et de sa filiale nord-américaine Keolis America aux Etats-Unis viennent une nouvelle fois d’être sérieusement attaqués. Deux élus démocrates du Maryland ont annoncé un projet de loi restreignant l'accès de la SNCF aux marchés publics tant qu'elle n'aura pas versé d'indemnités pour « son rôle dans la déportation des Juifs ».

Filiale américaine de la SNCF, Keolis America est candidate à un appel d'offres pour un contrat de 6 milliards de dollars sur la création et l'exploitation d'une ligne ferroviaire d'environ 25 kilomètres dans l'Etat. A l'appui de leur démarche, les deux élus citent la pétition lancée par un ancien déporté, Léo Bretholtz. Le président de Keolis America, Alain Leray, a déclaré que la compagnie se livrerait à une « lecture critique » de cette proposition de loi afin de détecter une « éventuelle discrimination » à son égard vis-à-vis des autres entreprises engagées dans l'appel d'offres.

Ces dernières années, la SNCF a dû se replonger dans ses activités passées pendant la seconde guerre mondiale. Réquisitionnée par le régime de Vichy, l’entreprise avait mis ses moyens techniques pour la déportation pas seulement des Juifs de France mais aussi de l’ensemble des persécutés résistants, communistes, tsiganes, homosexuels etc… Comme toutes les administrations et grandes entreprises, beaucoup de dirigeants de la SNCF de l’époque ont appliqué les ordres du pouvoir pétainiste. Il y a eu à la SNCF des collaborateurs zélés et des agents obéissants vis‐à‐vis du gouvernement de Vichy et des occupants allemands. Mais ces « collabos » ne peuvent résumer à eux seuls la SNCF et le comportement des cheminots pendant cette période. Faut-il rappeler les actes de résistance, de désobéissance, de désorganisation et de sabotages des transports ? Faut-il rappeler le lourd tribut payé par les cheminots avec 8.938 morts, 15.977 blessés, 2.480 déportés dont 1.157 sont morts dans les camps de concentration ?

Plusieurs questions viennent à l’esprit. Et si les motivations réelles des élus du Maryland contre les projets de la SNCF dans leur Etat répondaient à d’autres critères ? Une manœuvre, par exemple, pour faciliter l’arrivée sur le marché d’autres entreprises plus larges dans leurs contributions aux bonnes œuvres locales, c’est à dire à des intérêts personnels ? Comme si, sous le prétexte d’une tragédie effroyable et prenant appui sur un drame humain, certains aux Etats-Unis flaireraient la bonne affaire.

José Fort

Repost 0
5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 17:38

Le vent progressiste continue de souffler sur l’Amérique latine, particulièrement dimanche dernier sur l’Amérique centrale. Au Salvador, la droite revancharde croyait récupérer la présidence de la République perdue en 2009 au profit de Mauricio Funes élu avec le soutien de la gauche et qui ne se représentait pas. Le réveil lundi matin a été dur pour l’Alliance républicaine nationaliste (ARENA), le parti de la droite salvadorienne : son candidat, Norman Quijano, maire de la capitale, arrive en deuxième position avec 38,87% alors que Salvador Ceren du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN) et actuel vice-président frise l’élection dès le premier tour avec 49,05%. Le candidat dissident de la droite, Tony Saca, obtient 11,40%. Le second tour de scrutin aura lieu au mois de mars. Les sondages donnent le candidat du FMLN vainqueur du scrutin.

Le Salvador est un petit pays de 6 millions d'habitants, coincé entre le Pacifique, le Honduras et le Guatemala. Il a connu une terrible guerre civile entre 1979 et 1992 qui a fait plus de 100.000 morts. Elle opposait les mouvements de libération à l’oligarchie locale, l’armée étant soutenue par les Etats-Unis. Les accords de paix en 1992 ont permis aux forces de libération dont le FMLN de quitter la clandestinité et d’intégrer la vie politique.

La campagne électorale a été marquée par des révélations sur la corruption frappant la droite salvadorienne notamment un ancien président et des dirigeants de l’Arena. Pour le président sortant, Mauricio Funes « le thème de la campagne électorale de la droite se limite à « Récupérons le Salvador ». Cela veut tout dire. La droite veut récupérer le pays comme si le Salvador était son entreprise, comme une vache dont ils veulent tirer le lait jusqu’à la dernière goutte. Ils veulent récupérer les institutions pour les mettre au service de leurs seuls intérêts ». Tout semble indiquer que la droite n’arrivera pas atteindre son objectif au mois de mars prochain dans ce pays qui a besoin de surmonter la violence, la pauvreté et souvent le désespoir.

José Fort

Repost 0
31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 11:40

Dans quelques heures ce vendredi 31 janvier, Robert Marchand (102 ans) va tenter de battre son propre record du monde cycliste des plus de 100 ans sur la piste de Saint-Quentin-en-Yvelines. Un car de Mitry-Mory, sa ville, rempli de tous ses amis et camarades vient de prendre la route pour soutenir le champion. Tous les médias évoquent le parcours de Robert en oubliant que depuis très jeune, il est engagé dans le combat syndical et politique. Voici un article de mon ami Michel Scheidt publié il y a trois ans dans « Vie Nouvelle », le magazine des retraités CGT.

Robert Marchand est né le 26 novembre 1911. Un des rares témoins, bien vivant, d’un XXe siècle tourmenté. Comme l’a été sa vie d’ouvrier. Toujours syndiqué à la Cgt, à l’Union syndicale des retraités de Mitry-Mory en Seine-et-Marne, abonné à Vie nouvelle et à L’Humanité, Robert est un homme de convictions. Qui n’a de cesse de transmettre des valeurs humanistes universelles. En pleine forme, il parcourt 7 000 kilomètres à vélo chaque année, et affiche un des plus fabuleux palmarès cyclotouriste. Une longévité exceptionnelle qu’il explique simplement par de la chance. La roue tourne aussi pour Robert Marchand. Pas celle de la fortune, certes non ! Mais celle de la vie qu’il ajoute aux années. Kilomètre après kilomètre. ­Rencontre.

«Je ne suis pas un phénomène. Simplement un type ordinaire qui a de la volonté. J’ai toujours fait des efforts. Et de ce point de vue, le vélo comme le travail sont des sacrées écoles. » Une évidence pour Robert, mais pas forcément pour le quidam qui découvre ce petit bonhomme qui a traversé quasiment tout le XXe siècle du haut de son mètre cinquante-deux. Ce qui frappe en découvrant Robert Marchand, c’est d’abord sa jovialité. Le large sourire avec lequel il nous accueille, en nous ouvrant la porte de son antre, fait chaud au cœur. Un minuscule F1 niché au rez-de-chaussée d’une agréable cité HLM de Mitry-Mory (77). Le vélo ensuite. Un superbe monobloc bleu et blanc en carbone. De taille XS. Une machine du dernier cri à faire pâlir d’envie bien des cadets. La bécane a sa place contre le mur de l’entrée, juste devant la porte. Impossible de passer devant sans la toucher et la caresser. Un moment d’intimité partagée. « Je l’ai achetée récemment chez un vélociste local qui a la culture du vélo » précise Robert en décrivant fièrement les innovations techniques de la machine. Seules les pédales, encore à cale-pieds avec des lanières en cuir qu’il faut, à la demande, serrer et desserrer à la main, contrastent avec l’ensemble. Des pédales comme on n’en voit plus beaucoup dans les pelotons. « Je ne me suis jamais fait aux pédales automatiques, j’ai peur de tomber… » lâche-t-il, devant notre étonnement. En face, sur le mur du fond, les étagères débordent d’une multitude de coupes, de médailles et autres diplômes qui témoignent d’une vie cycliste bien remplie. Lorsqu’on lui demande lequel de ces trophées a le plus de valeur et représente son meilleur souvenir, Robert n’hésite pas longtemps. Il soulève le pavé d’un de ses quatre Paris-Roubaix cyclo, celui de 1987. Puis, il montre du doigt la médaille d’or « Jeunesse et Sports » qui lui a été décernée en mai 2010. « Je n’ai pas voulu que Roselyne Bachelot (alors ministre des Sports ndlr), me la remette. J’ai préféré la maire communiste de Mitry-Mory Corinne Dupont », tient à souligner notre ami. C’est ainsi, l’homme a des principes. Une vie tourmentée. Si Robert vit seul et en parfaite autonomie, il est néanmoins très entouré. Comme d’autres copains des Cyclos mitryens, Alain Gautheron, qui fut secrétaire général de la Fédération Cgt des PTT, et qui préside actuellement le club, veille sur Robert. Sur la route et dans la vie quotidienne. Avec beaucoup d’attention. De tendresse et de respect aussi à l’égard de cet adhérent « historique », pas tout à fait comme les autres. « Tu verras, méfie-toi, Robert, c’est un personnage », m’avait pourtant prévenu Alain. J’aurais sans doute dû tenir compte du conseil. L’homme impressionne. L’œil vif, le verbe facile, bien calé dans son fauteuil, duquel il se lève parfois, un brin tribun pour s’indigner, Robert prend le départ. Il déroule son parcours… Une course en ligne, sans étape, en direct et contre la montre. Jusqu’à l’arrivée. À peine un petit arrêt ravito au Chablis, à l’heure de l’apéro, auquel il n’est pas possible d’échapper. Dur métier que celui de reporter ! « Le 31 août 1914, j’avais trois ans, mais j’ai gardé le souvenir de l’arrivée des Allemands à Amiens par le pont Beauvillé. Nous habitions à Albert, en plein sur la ligne de front de la Somme. Comme tous les enfants de moins de quinze ans, j’ai été évacué et je me suis retrouvé dans une ferme à Bourbon-l’Archambault dans l’Allier. Ma première soupe au lait. J’en ai encore le goût. À l’armistice, je suis repris par mes parents, et nous arrivons en banlieue parisienne. À Fontenay-sous-bois. J’étais presque illettré et je ne savais même pas compter jusqu’à cent. » Les souvenirs d’une force inouïe se bousculent dans un flot que rien ne peut arrêter. Premiers apprentissages, premiers travaux. Maroquinier à la Bastille, imprimeur sur fer à Montreuil… Premières réunions syndicales aussi. Premières bagarres avec les gardes républicains à cheval au sortir d’un meeting à la Bourse du travail… En 1923, Robert arrive à Mitry-Mory. Il travaille avec son père dans la chaussure. Il découvre le sport par la boxe et la gymnastique avec la Fédération sportive du travail qui plus tard deviendra la FSGT. « J’ai été champion de France de gym en 1924. Mais attention s’amuse encore Robert en relatant l’exploit : À la pyramide, évidemment, comme j’étais le plus petit, il me suffisait de grimper tout en haut pour la fermer… » Et le vélo dans tout ça ? « J’ai eu mon premier vélo en 1925. Je fais ma première course, le circuit de l’Ourcq, sous un faux nom, car j’étais trop jeune. Un responsable du club de Levallois lui avait pourtant prédit un modeste avenir dans cette discipline. « Tu ne seras jamais un vrai cycliste, tu es trop petit. » Pas rancunier pour un sou l’ami Robert. Le vélo est toujours resté sa grande histoire d’amour.

Même petits, ils sont grands. En 1931, Robert entre chez les pompiers de Paris. Il y fait son service militaire. Un certain capitaine Coche lui mène la vie dure. « Un vrai salopard celui-là » se souvient-il encore. Qui lui a collé toutes les corvées. Une période difficile. Ponctuée de furtifs petits bonheurs. Comme celui qu’il évoque avec pudeur et une infinie douceur : « En 1933, je suis pompier aux Folies Bergères. Des filles plus belles les unes que les autres. Et c’est le coup de foudre avec une belle blonde qui finit par m’inviter chez elle. J’avais déjà passé vingt ans. C’était la première fois que je faisais l’amour. » Le visage rosit, l’œil brille… Un moment d’émotion. Partagée. Mais la crise économique fait des ravages. Le fascisme monte partout en Europe. En France aussi. Les Croix de feu, les Camelots du roi « les ascendants du FN » lâche Robert, bombent le torse. Militaire, en conflit avec l’autorité, Robert refuse de maintenir l’ordre. Il est démobilisé. En clair, viré des pompiers de Paris pour insubordination. Plus de travail, le chômage et son cortége de misère. Puis c’est l’embellie du Front populaire. « Les quelque quatre-vingts députés communistes ont beaucoup pesé. Grâce à eux, on a eu les quinze jours de congés payés » rappelle, enthousiaste, Robert. Le Front populaire, c’est aussi les quarante heures et des grands travaux. Robert retrouve un emploi -il pose des rails de chemin de fer- les grèves, les manifs… Comme tout le monde. En juin 1936, il redevient pompier. Mais civil. Il entre à la Banque de Paris et des Pays-Bas. Déjà, le ciel s’assombrit. 1939, la mobilisation. Reversé aux pompiers de Paris. La « drôle de guerre », puis la guerre et la nuit de l’occupation. « On va se faire casser la gueule pour des riches » s’insurge encore Robert. Retour à la ferme dans la Somme. Les alliés bombardent les bases de missiles allemands. Il est dessous. Puis les chars canadiens, la libération… Une autre embellie. La vie reprend son cours normal. Les pas de Robert le conduisent au Venezuela, au Canada, en Union soviétique aussi. « J’ai roulé à vélo sur la place rouge » et visité le célèbre cimetière de Minsk dans lequel une stèle conserve la mémoire de chaque village martyr du nazisme (photo ci-contre). Le temps de dire aux jeunes d’aller voter, de s’indigner, « de lire ça », en montrant l’Huma et Vie nouvelle, de dire encore que la terre pourrait être un paradis, si « les 10 % de salopards qui ne pensent que par l’argent ne rendaient pas la vie impossible aux 90 % de braves gens ». De dire aussi qu’à son âge, « on n’a plus guère de projets, mais des rendez-vous ». Marqués sur le calendrier de la poste affiché au mur : l’Ardéchoise où il arborera en juin le dossard n° 1, Paris-Cambrai en septembre où on lui a promis un feu d’artifice. Et le 26 novembre, son centenaire à Mitry-Mory, au milieu des siens. En quittant Robert, je me dis que décidemment, il en est de certains hommes « ordinaires », comme de certains hommes cyclistes, lorsqu’ils escaladent les montagnes en serpentant tout là-haut, dans les lacets des cols : Même petits, ils sont grands !

Michel Scheidt

Email : vienouvelle@ucr.cgt.fr

Repost 0

Présentation

Recherche

Articles Récents

Liens