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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 12:01

La Communauté des Etats d’Amérique latine et des Caraïbes (Celac) est réunie en sommet depuis le début de la semaine à La Havane. Tous les pays du continent américain, à l’exception des Etats-Unis et du Canada, ainsi que le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon sont présents dans la capitale cubaine où règne un air de fête : défilé populaire dans les rues de La Havane avec en tête autour de Raul Castro plusieurs chefs d’Etats de la région ; Ban Ki-moon, hilare, se faisant coiffer au milieu de la foule...

Ce sommet confirme la montée en puissance du mouvement progressiste latino-américain face à la déclinante hégémonie américaine. « La création d’un espace politique commun est primordial pour notre région. Nous sommes confrontés à de nombreux défis, à de nombreux dangers pour la paix, mais nous avons été capables d’avancer dans la construction de la Celac», s’est félicité le président Raul Castro. Il aurait pu ajouter que l’événement confirme aussi la solidarité de la plupart des pays de la région avec Cuba, un fort message continental de rejet de la politique des Etats-Unis s’exprimant contre le blocus nord-américain à l’égard de la Grande Ile dont quatre de ses ressortissants restent scandaleusement emprisonnés aux Etats-Unis. L’inauguration du « mégaport » de Mariel à 45 Km de La Havane réalisé avec le Brésil et l’annonce d’une relance de la coopération avec le Mexique ont confirmé au début de cette semaine la bonne santé de la politique d’échange et de coopération menée par Cuba. L’Union européenne (UE) a dû sentir le vent souffler en annonçant, il y a quelques jours, l’ouverture de discussions avec La Havane.

Au cours des dernières années, l’Amérique latine a connu des changements politiques considérables.

Désormais dirigés par une majorité de gouvernements progressistes - seuls la Colombie, le Paraguay et quelques petits pays d’Amérique centrale conservent des régimes de droite - l’Amérique latine va s’affirmer à la fin de cette réunion «diverse et unie» dans une «Déclaration de La Havane» où figureront des décisions visant à renforcer l’intégration continentale. La «déclaration» en discussion compte 80 points environ parmi lesquels l’affirmation d’une «zone de paix» en Amérique latine, la lutte contre la pauvreté et l’analphabétisme, la sécurité alimentaire et le développement agricole, la coopération technique et scientifique et l’intégration économique et financière de la région. Avec 600 millions d’habitants dans la balance.

José Fort

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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 19:27

Depuis 1996, l’Union européenne (UE) entretient un blocus politique contre Cuba. Le président du gouvernement espagnol de l’époque, l’ineffable José Maria Aznar, avait imposé la dite « position commune » coupant tout lien hors économique avec La Havane. Plusieurs voix s’étaient fait entendre à Bruxelles pour mettre fin à cette situation ubuesque mais l’opposition de la Pologne et de la République tchèque empêchait toute évolution.

Une page différente semble s’ouvrir avec l’annonce de pourparlers pouvant déboucher sur l’ouverture d’un « nouveau cadre ». Ils devraient débuter au mois de février prochain.

Cette évolution de l’Union européenne ne se résume pas à un retour à de bons sentiments. L’UE s’affichant premier investisseur à Cuba et deuxième partenaire commercial après le Venezuela, les « experts » de Bruxelles ont entendu les messages, discrets mais réels, venus des Etats-Unis : Obama déclarant à Miami « il est temps de revisiter les relations avec Cuba » et serrant la main de Raul Castro lors des obsèques de Nelson Mandela. Officiellement, l’Union européenne explique sa nouvelle disponibilité par les « progrès » en matière de droits de l’homme et l’intérêt provoqué par les réformes économiques en cours. La réalité s’explique autrement. L’UE est convaincue que si les relations entre La Havane et Washington s’améliorent les entreprises nord-américaines seront vite sur place et rafleront les marchés. Il faut donc rapidement marquer le terrain.

José Fort

L'Humanité Dimanche

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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 15:42

L'histoire rappelle le film « La vie est un long fleuve tranquille » et la bonne de la famille des Le Quesnoy, Marie Thérèse, enceinte… sans le savoir. Une nonne salvadorienne, sœur Roxana Rodriguez, a donné naissance près de Rome à un garçon appelé Francesco, en hommage au pape François. Roxana avait été hospitalisée pour de sévères douleurs abdominales, ignorant qu'elle était enceinte. « C'est un cadeau de Dieu" , s’est-elle exclamée, heureuse, ne sachant pas encore qu’elle allait connaître le rejet et la haine. La mère supérieure de son couvent s’offusquant qu’elle n’ait pas su « résister à la tentation » a tranché : « Qu’elle se débrouille ». Ses anciennes collègues rappelant que leur communauté religieuse doit obéir aux vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance ont fait savoir que Roxana avait « disparu de leurs pensées ». Le « Corriere della Serra », bien informé, précise que le père de l'enfant serait un prétendant de jeunesse que la sœur aurait revu en mars dernier, lors d’un séjour au Salvador.

Roxana est désormais seule. Sans un sou. Plusieurs voix se sont fait entendre en Italie pour regretter cette situation alors que la charité est l’une des trois vertus théologales dans le christianisme (avec la foi et l’espérance) certains allant même jusqu’à la qualifier de « reine des vertus avec l’amour de Dieu et du prochain ». Ce jeudi, Roxana devrait quitter l’hôpital avec son fils Francisco. Le personnel médical a organisé une collecte d’argent, de vêtements, de couches culottes et de matériel de puériculture. Un groupe de laïcs a décidé dans un premier temps de l’héberger et la nourrir avec son enfant. Son couvent ne répond plus au téléphone, refuse les visites tandis qu’au Vatican le service de presse affiche un no comment définitif. Dans sa détresse solitaire, Roxana peut compter sur la solidarité, pas sur la charité.

José Fort. L’Humanité cactus 23/1

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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 17:10

La journée mondiale « sans pantalon dans le métro », une manifestation loufoque lancée à New York en 2002, a connu dimanche dernier un succès inattendu : dans près de soixante grandes villes, de Sydney à Mexico, de Hong Kong à New Delhi et même à Pékin, des milliers d’hommes et de femmes ont choisi de se promener dans les métros en caleçon (décents et épais, précise-t-on), slips et culottes étant aussi acceptés. A Paris, les organisateurs utilisant le réseau Facebook ont demandé aux 1.200 internautes inscrits de prendre le métro à la station Charles de Gaulle-Etoile jusqu’à Bastille « sans pantalon, en gardant un air sérieux, en évitant de se parler et en vaquant à vos occupations habituelles comme la lecture et l’écoute de la musique ». Dernier conseil : « Dès que les portes se ferment, enlevez votre pantalon et si on vous interroge répondez que vous avez trop chaud ».

Plusieurs débordements – utilisation de strings notamment - ont été regrettés par les organisateurs qui souhaitent conserver l’esprit du collectif « Improv everywhere » visant à « mettre un grain de folie » aux « trop tristes » métros. A notre grand étonnement, un véritable débat sur la signification réelle de ce mouvement s’est instauré. Baisser son pantalon, affirmait-on sur la ligne numéro 1 du métro parisien à la station Concorde, reste une attitude lâche. Peu avant, sur le quai de Châtelet certains indiquaient que baisser sa culotte revient à s’incliner devant un danger ou une autorité plus forte. Enfin, il y a ceux qui déclaraient haut et fort à l’approche de la station Saint-Paul que baisser son froc consiste ni plus ni moins à capituler sans se battre. Devant un tel déferlement d’interprétations, une conclusion s’impose. Elle revient à Romain Gary pour qui « on ne peut pas juger les hommes pour ce qu’ils font quand ils enlèvent leur pantalon. Pour leurs vrais saloperies, il s’habillent ».

José Fort

L’Humanité cactus 16 janvier

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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 19:46

Le « modèle » économique japonais si prisé par le Medef et tant vanté par la dictature médiatique vient d’accoucher de deux pratiques singulières visant l’exploitation jusqu’à la mort des plus faibles, le rejet dans l’inutilité de l’homme au nom de la modernisation.

Fukushima, vous vous souvenez ? Trois ans après la catastrophe, le gouvernement nippon a débloqué 35 milliards de yens pour relancer les travaux de décontamination. Des agences d’intérim spécialisées ont été créées offrant 100 yens de plus par jour aux salariés acceptant de travailler dans les coins les plus radioactifs. Les candidats ne se bousculant pas au portillon, la mafia s’est emparée du magot, montant ses propres boîtes, et recrutant principalement des SDF, des handicapés et des personnes fortement endettées. Salaire proposé : l’équivalent de 6 euros dont sont déduits le logement et les repas. Y a pas de petits profits.

Dans un autre genre, le groupe japonais Glory vient de confier une partie de ses chaînes d’assemblage à des humanoïdes, des robots équipés d’une tête dotés de caméras à la place des yeux et de deux bras articulés. Un des responsables du groupe se répand dans la presse sur ces humanoïdes. « Rendez-vous compte », assure-t-il, « nos robots ne font pas de pause, n’ont pas de week-ends, de congés et ils travaillent la nuit ». Des salariés japonais du groupe Glory vont être prochainement remplacés par des robots. Ils pourront rejoindre ainsi l’armée des gueux partis décontaminer Fukushima. Et comme le groupe Glory dispose de filiales en Europe, notamment en France, on peut s’interroger sur l’avenir des salariés du vieux continent. Peut-être seront-ils relocalisés sur les sites de stockage des déchets nucléaires.

La robotisation qui devrait faciliter la vie et le travail devient moyen supplémentaire d’exploitation. Faut-il se résigner ? Surtout pas et inviter le groupe Glory à envoyer ses humanoïdes à Fukushima.

José Fort

L’Humanité cactus 9 janvier

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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 21:18

Mikaïl Kalachnikov est mort à l’âge de 94 ans. Les premiers projets de ce brillant ingénieur soviétique avait été repoussés par la hiérarchie de Moscou : étrangement, les nouveaux armements proposés ne convenaient pas au plus niveau du ministère de la Défense à la veille du déclenchement de la Seconde guerre mondiale.

En 1941, dans un hôpital où il soignait une blessure, il affirme à plusieurs témoins être impressionné par la « maniabilité » de l’armement allemand. Il travaille sur le perfectionnement des tourelles de chars et, surtout, met au point le fusil Kalachnikov dont les soldats soviétiques seront dotés pour la contre offensive libératrice démarrée à Stalingrad.

Mikaïl Kalachnikov occupera plusieurs fonctions officielles et sera député à plusieurs reprises. Il restera fidèle à ces engagements communistes de jeunesse.

Lors d’un récent séjour en Allemagne, il dira : « J’étais et je reste fier d’avoir conçu cette arme qui a permis de combattre les nazis. Je suis triste qu’elle soit aujourd’hui entre les mains des terroristes. »

José Fort

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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 13:25

C’est vrai. Vladimir Poutine n’entraîne pas spontanément la sympathie, encore moins la confiance. L’ancien des services (KGB) de l’URSS experte en son temps dans le choix des cadres très spécieux, arrivé au pouvoir grâce à Boris Elstine orfèvre en changement de casaque, manipulateur de génie, tsar à l’ancienne ouvert aux progrès technologiques, est un sacré malin, un calculateur formé à la meilleure école, un stratège de haut vol. Quoi qu’on puisse penser du personnage et de sa politique, le sous-estimer, le mépriser, tenter de le marginaliser relève de l’analyse à courte vue et d’une incompétence coupable en matière de relations internationales. C’est dans ce marigot que se complaît actuellement l’Europe, particulièrement la France, et les Etats-Unis.

Prenez quelques uns des derniers événements internationaux sur lesquels il ne s’agit pas ici de porter de jugement.

La Syrie ? Alors qu’il n’y a pas si longtemps les Rafales et le porte avions USS faisaient chauffer les moteurs, le statut quo est la règle aujourd’hui entre le régime de Bassar al Assad et les fous d’Al-Quaida tandis que les forces démocratiques et laïques sont la cible des deux précités. Les gesticulations de Laurent Fabius n’ont pas modifié d’une semelle la position de Poutine.

L’Ukraine ? Les envoyés « européens » et nord-américains paradant sur la place de Kiev n’ont pas changé d’un pouce la situation, Poutine sortant grand vainqueur de cet épisode avec en prime des largesses à faire pâlir d’envie.

La BRICS ? La structure réunissant la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du sud constitue une énorme force économique et politique en mouvement. Elle fait et fera parler. Poutine n’y joue évidemment pas un rôle de second couteau.

Dans ces conditions négliger la Russie, ralentir les relations avec Moscou, multiplier les déclarations peu amènes et se glorifier de limiter la représentation gouvernementale française à l’inauguration des jeux de Sotchi relèvent d’une politique étrangère à la petite semaine. Certains diraient boutiquière.

José Fort

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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 10:21

Franchement, Poutine n'est pas ma tasse de thé. Mais entendre samedi matin sur France Inter comparer Mikhaïl Khadorkovski (l'ex-magnat du pétrole, libéré vendredi) à Mandela, c'est le monde à l'envers. Rappel: Khadorkovski, ancien du Komsomol et du PCUS, a commencé à faire de l'argent en important et en revendant des faux produits occidentaux. Puis, il a créé une banque. Puis, (bien placé, ancien du PCUS) il a participé au pillage des entreprises d'Etat. Puis, il a créé Ioukos (pétrole), puis il a financé Eltsine, puis….Il a fait dix ans de prison. "Dignement", dit-on. Dix ans, après un règlement de comptes entre parrains, entre voyous de haut vol. Al Capone, aussi a fini dignement en prison. Alors le comparer à Mandela…..

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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 12:00

La République centrafricaine est un pays martyr. Cette ancienne colonie française a été pillée et abandonnée aux fous furieux, aux dictateurs, aux voleurs, aux bandits de la pire espèce. Un pays sans rien. Sans Etat, sans infrastructures, sans service de santé, d’éducation. Rien. Pas pour tout le monde, car il regorge de richesses, l’uranium, l’or, le diamant, par exemple.

Depuis l’indépendance, les régimes dictatoriaux et corrompus ont fait régner la terreur. Tous se sont payés sur la bête, laissant une population exsangue. L’épisode de Jean-Bedel Bokassa, ancien sergent dans l’armée française se faisant sacrer empereur sous l’aile protectrice de Giscard d’Estaing, reste un moment fort de l’histoire récente mêlant le ridicule à une répression de masse. « L’empereur » a disparu depuis longtemps, mais ses successeurs en costume cravate ou en boubou ont poursuivi, sous parapluie français, à ravager le pays en remplissant leurs poches et celles des « amis » venus de Paris.

Il y a un peu plus d’un an, la bande « Séléka » a pris le pouvoir à Bangui. Son chef, Michel Djotodia s’est autoproclamé président croyant son heure vampirique arrivée. Depuis, les exactions ont pris une dimension extrême, le gouvernement français qualifiant, avec raison, la situation de « pré-génocidaire » tout en évitant de s’interroger sur ses propres responsabilités. Face à cette situation catastrophique - avec en prime des affrontements entre communautés musulmane et catholique - il faudrait accepter – une fois encore – l’intervention militaire française et se taire. Il faut le dire haut et fort : sans une véritable politique de coopération faite de transfert de technologies, d’achat des productions locales à de justes prix, sans une aide soutenue en matière d’éducation, de santé, la Centrafrique restera à la merci de coups d’Etat, de l’insécurité et de la guerre. Avant une nouvelle intervention militaire.

José Fort

L'Humanité cactus 19 décembre

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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 17:48

Un article publié dans « l’Humanité Dimanche », 12 décembre

En voyant la flopée d’hypocrites venus des quatre coins du monde, Nelson Mandela aurait pu rire à gorge déployée. Lorsque les ex-présidents nord-américains, particulièrement George Bush, sont passés, beaucoup dans l’assistance avaient à l’esprit le soutien inconditionnel de la Maison Blanche – tout comme Israël – à l’ancien pouvoir raciste de Prétoria et l’information publiée quelques heures plus tôt par Wikileaks selon laquelle la CIA a trempé dans l’arrestation de Mandela en 1962. Quand les gouvernants européens sont apparus François Hollande et Nicolas Sarkozy en tête, les ventes d’armes et l’achat de charbon au régime raciste par leurs prédécesseurs, malgré les appels au boycott, ne pouvaient passer au chapitre des pertes et profits.

Le « terroriste », selon la formule de Mme Thatcher et de la droite française des années 1980, celui qui figurait il y a peu encore (2008) sur la liste noire états-unienne , a dû franchement se marrer de les voir à ses pieds, légèrement courbés sortant des mouchoirs pour feindre d’essuyer une larme virtuelle. Ils venaient d’apprendre que Nelson Mandela lors de son arrestation en 1962 était membre du Parti communiste sud africain. Pour la plupart, il s’agissait là d’un égarement de jeunesse, comme Chirac vendant « l’Huma », vite rectifié. L’idée ne les a pas effleurés, qu’avec ses camarades, l’ancien membre du comité central du PC sud africain avait consacré l’essentiel de ses 27 années d’emprisonnement à construire peu à peu l’échafaudage de la future Afrique du Sud : non raciste, libre, démocratique, ne dépendant d’aucun clan.

Pour mener à bien cette œuvre monumentale, il fallait un personnage charismatique dégagé d’une quelconque étiquette politique, capable de rassembler : la maison commune s’appela et s’appelle toujours le Congrès national africain (ANC) regroupant des tendances fortement distanciées, le chef Nelson Mandela faisant l’unanimité entre des personnalités d’origines sociales, politiques, idéologiques d’une grande diversité. George W Bush, Barack Obama, François Hollande, Nicolas Sarkozy et les autres se sont inclinés devant celui qui fut membre du comité central du parti communiste sud-africain dirigé de main de maître par Jo Slovo, avant d’adopter une stratégie décidée collectivement lui permettant de remplir le rôle de rassembleur.

Comment expliquer le respect, l’admiration, l’adhésion qu’inspire en Afrique du Sud et dans le monde Nelson Mandela? Il y a bien sûr son courage et ses longues années de prison, son intelligence, sa gentillesse légendaire, son sourire, sa disponibilité, ses discours de paix, de tolérance, une honnêteté rigoureuse dont ses successeurs feraient bien de s’inspirer. Il y a surtout ses capacités de rassemblement. Sans sa politique de réconciliation, le pays aurait sombré dans la guerre civile. Sans son pragmatisme, les nouvelles institutions n’auraient pas pu être mises en place. Sans son sens du dialogue, son pays ne serait pas devenu une puissance mondiale décisive pour la marche du continent noir et au delà.

Cela ne suffit pas. L’homme a su rester simple, près des gens et a refusé de se transformer en icône. Il serait ridicule et criminel, aujourd’hui, de procéder à sa déification, à sa béatification, même laïque. Il en serait révolté. C’est lui même qui déclarait : « Ce ne sont pas les rois et les généraux qui font l’histoire mais les masses populaires ».

Si Nelson Mandela a été un homme d’ouverture aux autres y compris à ses anciens geôliers, il n’a jamais fait de concessions politiques comme en témoigne la déclaration du Parti communiste sud- africain ( SCAP) au lendemain de sa mort : « Le SACP a soutenu Madiba pour la réconciliation nationale. Mais la réconciliation nationale, pour lui, n'a jamais voulu dire la fin de la lutte des classes et la fin d'autres luttes contre les inégalités sociales dans notre société, comme certains voudraient nous le faire croire aujourd'hui. Pour Madiba, la réconciliation nationale était une plate-forme pour poursuivre l'objectif de la construction d'une société sud-africaine plus égalitaire, éloignée du fléau du racisme, du patriarcat et des inégalités flagrantes. Une véritable réconciliation nationale ne peut se faire dans une société encore caractérisée par le trou béant des inégalités et de l'exploitation capitaliste..."

La réconciliation ? Nelson Mandela y a travaillé dans son pays et dans son rapport au monde. Il existe des convergences étonnantes. Ainsi, il se reconnaissait pleinement dans l’éditorial de Jean Jaurès publié dans le premier numéro de « l’Humanité » : « L’humanité n’existe point encore ou elle existe à peine. À l’intérieur de chaque nation, elle est compromise et comme brisée, par l’antagonisme des classes, par l’inévitable lutte de l’oligarchie capitaliste et du prolétariat.» Ou encore lorsque Jaurès affirmait que l’antagonisme surmonté « fera de chaque nation enfin réconciliée une parcelle d’humanité ». Ou encore enfin : « Le sublime effort du prolétariat international, c’est de réconcilier tous les peuples par l’universelle justice sociale. Alors vraiment, mais seulement alors, il y aura une humanité réfléchissant à son unité supérieure dans la diversité vivante des nations amies et libres. »

La réconciliation avec le monde ? Nelson Mandela a mené une politique visant à donner une place de choix à son pays dans l’arène internationale. On l’a vu à la Maison Blanche et à l’Elysée. Mais c’est à Cuba qu’il a réservé un de ses premiers voyages à l’étranger. La réconciliation, pour Mandela, n’a pas entraîné l’oubli de ceux qui ont donné leur vie en combattant les forces de l’apartheid. Mandela dont la stratégie et les tactiques ont été ajustées en fonction des conditions différentes dans lesquelles se sont déroulées ses combats n’a jamais gommé, par exemple, l’intervention armée cubaine qui a permis de battre les troupes racistes sud africaines. Il n’a pas oublié cette action décisive assurant l’indépendance de l’Angola, l'émancipation de la Namibie et tirant le coup de grâce contre l'apartheid sud-africain.

A l'issue de la bataille de Cuito Cuanavale, Mandela soulignait depuis sa prison : « Il s’agit là du tournant décisif pour la libération de notre continent et de mon peuple du fléau de l'apartheid ».

Plus tard, après avoir été élu président de la République, il déclarait: « Les Cubains sont venus dans notre région en médecins, en enseignants, en soldats, en experts agricoles, mais jamais en colonisateurs. Ils ont partagé les mêmes tranchées dans la lutte contre le colonialisme et le sous-développement. »

La réconciliation chère à Mandela? Elle imprègne désormais la politique des progressistes dans le monde. Ainsi, le dirigeant palestinien Marwan Barghouti, emprisonné depuis de nombreuses années par le colonisateur israélien, affirme dans son message à Mandela. « L’apartheid n’a pas survécu en Afrique du Sud, l’apartheid ne survivra pas en Palestine. Vous avez dédié votre vie à la cause de la liberté et de la dignité, de la justice et de la réconciliation, de la paix et de la coexistence. En Palestine, nous promettons de poursuivre le combat pour nos valeurs communes. » Pour Nelson Mandela, la lutte du peuple palestinien était « aussi celle du peuple sud-africain ».

Nelson Mandela s’est éteint. Le monde entier s’attendait un jour ou l’autre à sa mort. Pourtant, l’émotion a traversé la planète. La question, aujourd’hui, est de savoir si l’action de Nelson Mandela trouvera un prolongement en Afrique du Sud. Après sa libération et pendant son mandat de président de la République, l’objectif premier visait à débarrasser le pays du racisme d’Etat, d’établir la confiance entre les communautés, de donner une autre image du pays. La mission a été remplie. Mais si l’apartheid a été liquidé et une petite frange de la population noire a pu bénéficier d’un début de progrès économique, la corruption, l’injustice sociale et l’insécurité font des ravages. La deuxième phase de la révolution sud africaine est en panne. Les successeurs de Mandela sauront-ils dépasser ce moment crucial ?

Nelson Mandela nous a quitté mais son message de paix, de réconciliation, de tolérance, de refus de l’injustice sociale et politique reste bien présent. Pour qu’il reste vivace et conquérant, il faudra surmonter les récupérations , ajuster - et cela est valable pour tous, y compris en France - les stratégies aux contextes du moment comme Mandela avait su magistralement le faire en son temps.

José Fort

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