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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 08:25

Un article de Jean-Claude Lefort que je me permets de reprendre sur mon blog.

Manuel, tu as déclaré hier soir sur BFM TV, que la situation était très différente pour toi, relativement à celle des Roms, car ta famille espagnole était venue en France pour fuir le franquisme.

Tu as été naturalisé Français en 1982. Franco est mort en 1975. Sept ans avant ta naturalisation. Quand tu es devenu Français il n’y avait donc plus de dictature en Espagne. Tu avais donc « vocation », selon tes mots, à retourner dans ton pays de naissance, en Espagne. Tu ne l’as pas fait et je comprends parfaitement de même que je comprends totalement ton souhait de devenir Français. Cela sans l’ombre d’un doute.

Tu avais « vocation » à retourner à Barcelone, en Espagne où tu es né, pour reprendre tes propos qui concernaient uniquement les Roms.

Celui qui t’écris, en ce moment, est un Français d’origine manouche par son père. Mon père, manouche et Français, est allé en 1936 en Espagne pour combattre le franquisme les armes à la main dans les Brigades internationales. Pour la liberté de ton pays de naissance et donc celle de ta famille. Il en est mort, Manuel. Des suites des blessures infligées par les franquistes sur le front de Jarama, en 1937. Je ne te demande aucun remerciement ni certainement pas la moindre compassion. Je la récuse par avance. Je suis honoré en vérité qu’il ait fait ce choix quand bien même il a privé ma famille de sa présence alors que je n’avais que 9 ans et ma sœur 18.

La guerre mondiale est venue. Et les camps nazis se sont aussi ouverts aux Tziganes. Tu le sais. Mais un nombre énorme de Manouches, de Gitans et d’Espagnols se sont engagés dans la résistance sur le sol français. Ton père aurait pu en être. Il en avait l’âge puisque il est né en 1923. Georges Séguy et d’autres sont entrés en résistance à 16 ans. Je ne lui reproche aucunement de ne pas l’avoir fait, bien évidemment. Mais je te demande le respect absolu pour celles et ceux qui se sont engagés dans la résistance contre le franquisme, puis ensuite contre le nazisme et le fascisme. Contre ceux qui avaient fait Guernica. Et pourtant, à te suivre, ils avaient « vocation » à retourner ou à rester dans leurs pays d’origine, ces « Etrangers et nos frères pourtant »...

Manuel, « on » a accueilli la Roumanie et la Bulgarie dans l’Union européenne alors que ces pays ne respectaient pas, et ne respectent toujours pas, un des fondamentaux pour devenir ou être membre de l’Union européenne: le respect des minorités nationales. Sensible à cette question pour des raisons évidentes, je m’en étais fortement inquiété à l’époque. En tant que député je suis allé à Bruxelles auprès de la Commission pour prouver et dire que ces pays ne respectaient pas cette clause fondamentale. On m’a souri au nez, figures- toi.

Et aujourd’hui dans ces pays la situation des Roms s’est encore aggravée. Pas améliorée, je dis bien : aggravée. Et ils ont « vocation » à rester dans leurs pays ou à y revenir ? C’est donc, pour toi, une espèce humaine particulière qui pourrait, elle, supporter les brimades, les discriminations et les humiliations de toutes sortes ? Ces pays d’origine ne sont pas des dictatures ? C’est certain. Mais ce ne sont pas des démocraties pleines et entières pour autant.

Alors toi l’espagnol devenu Français, tu ne comprends pas ? Fuir son pays, tu ne comprends pas ? Toi, tu ne comprends pas que personne n’a « vocation » à rester ou revenir dans son pays ? Sauf si tu es adepte de conceptions très spéciales, à savoir que ce qui vaudrait pour un Roumain ne vaudrait pas pour un Espagnol. Tu sais pourtant que le mot « race » va disparaître de nos lois. A juste titre car il n’y a pas de races, juste une espèce humaine. Et les Roms en sont.

La fermeté doit s’exercer là où se trouvent les responsabilités. Pas sur de pauvres individus qui n’en peuvent plus. Savoir accueillir et savoir faire respecter nos lois ne sont pas deux concepts antagoniques. Mais quand on est de gauche on n’a pas la matraque en guise de cœur.

C’est un Français d’origine manouche qui t’écris et qui écris au Français de fraiche date que tu es. C’est un fils de « brigadiste » qui se rappelle à toi. Souviens-t-en : « Celui qui n’a pas de mémoire n’a pas d’avenir ».

Pour l’heure Manuel, j’ai la nausée. Tes propos me font gerber, même pire. Nos pères auraient donc fait tout ça pour rien ou pour « ça » ?

Ils sont morts pour la France, Manuel. Pour que vive la France. Inclus « ces étrangers et nos frères pourtant. »

Jean-Claude Lefort Député honoraire Fils de Manouche

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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 10:47

Je ne vais pas vous tartiner le énième portrait de Mme Angela Merkel. D’autres, plus qualifiés que moi, ont déjà donné. Pourtant, tout ce que nous avons lu et entendu ces derniers jours sur cette femme « rigoureuse », cette physicienne « brillante », cette chef de gouvernement à « poigne », cette responsable politique réussissant un parcours électoral victorieux, m’invite à jeter mon grain de sel. Mme Merkel reste une énigme.

Derrière sa « discrétion » légendaire, Angela Merkel a toujours été une femme de pouvoir. Depuis toute jeune, elle s’est coulée dans le moule en se trouvant la plupart du temps au bon endroit, au bon moment.

Dans les années 1970, elle a été membre de la FDJ (la jeunesse communiste est-allemande). A l’Académie des Sciences de la RDA, elle a occupé la fonction de secrétaire à l’agit-prop de la section du SED, le parti communiste local. Toujours au bon endroit, celui du pouvoir, sauf la nuit de la chute du mur de Berlin, certains de ses amis de l’époque précisant que, prudente, elle attendait dans un sauna pour voir comme la situation allait évoluer. En 1990, elle devient la protégée du chancelier allemand Helmut Kohl qu’elle contribuera à reléguer dans les oubliettes avant de faire un ménage général dans sa très droitière formation politique en éliminant systématiquement ses possibles concurrents.

Angela Merkel? On la dit pragmatique. Certainement. Mais l’impétrante dispose surtout de ces atouts dont on attribue souvent les femmes et les hommes politiques : l’opportunisme et la férocité. Elle a été à bonne école car quoi qu’on puisse penser de l’ancienne Allemagne de l’Est, une constatation s’impose au lendemain des élections outre-Rhin : la RDA a su former des cadres.

José Fort

L’Humanité Cactus 26 septembre

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 12:13

Un micro caché après une émission de radio avait enregistré, il y a quelques mois, une sortie de JL Mélenchon: "les communistes, j'en ai rien à foutre". Ce mardi matin sur France2, il s'attaque aux députés FDG, pour la plupart communistes, regrettant qu'ils ne soient pas les doigts sur la couture du pantalon aux ordres du FDG, c'est à dire à ses ordres. Les députés du FDG vont certainement apprécier. Petit rappel historique: les groupes communistes à l'Assemblée et au Sénat ont toujours été autonomes et ont pris leurs décisions (de vote notamment) en toute souveraineté. Parfois des différences et des divergences se sont exprimées. Rien d'anormal dans le fonctionnement démocratique d'un groupe parlementaire que l'on ne peut cantonner au rôle de supplétif.
Quelle signification donner à la multiplication des déclarations de JLM et de ses proches concernant le PCF? Ne viseraient-elles pas à casser dans un premier temps le fdg pour le recomposer à la seule sauce mélenchonniste? Après son score à l'élection présidentielle de 2007, Besencenot avait caressé l'espoir de liquider le PCF. Désormais, le "facteur" ne vit que grâce à la télé, son organisation ayant disparu des radars. Mélenchon devrait se méfier: il risque le même sort.

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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 16:51

Même si j’en avais les moyens, le temps et le goût, je n’irais pas assister aux Jeux Olympiques en 2020 à Tokyo. J’ai découvert le Japon, il y a quelques années, maintenu des relations très amicales avec des collègues de ce pays aux charmes incontestables, mais décidemment non je ne ferai pas le voyage de 2020. Pourquoi un tel entêtement ? Je n’ai pas confiance dans l’entreprise chargée de Fukushima et la gestion de la crise par les autorités locales.

Le désastre nucléaire de Fukushima remonte à plus de deux ans. Dès le début, les dirigeants de la multinationale Tokyo Electric Power Compagnie, la tristement célèbre Tepco aujourd’hui nationalisée, ont menti sur l’ampleur de la catastrophe. Ils continuent à minimiser les conséquences. Il y a eu des morts, une région ravagée, des populations abandonnées. Aujourd’hui, les mêmes mentent encore en considérant comme anodin la fuite de 300 tonnes d’eau radio active par jour dans l’océan Pacifique alors que plusieurs éléments de la centrale ne sont toujours pas sous contrôle. Cette affaire mériterait une mobilisation générale de l’Etat nippon, de ses ressources, des spécialistes locaux et internationaux. Alors que les chefs de la Tepco ont passé la main à l’Etat après avoir empoché des primes colossales, les autorités japonaises annoncent, sans honte aucune, un effort « considérable » : l’ouverture par le gouvernement d’une ligne de crédit de… 310 millions d’euros pour mener les travaux à Fukushima alors que les investissements pour les Jeux Olympiques s’élèveront à des milliards d’euros.

Tokyo est située à 220 kilomètres de la centrale nucléaire en perdition. Dans la configuration actuelle, la capitale japonaise peut avoir à subir les effets d’une détérioration de la situation. On souhaite quand même à nos futurs athlètes de 2020 bon courage et comme on dit à la Saint Sylvestre « une bonne santé surtout » après leur passage là-bas.

José Fort

L'Humanité Cactus 19 septembre

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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 07:07

Ce qui devait arrivé arriva : les Nord-américains et les Russes ont diplomatiquement mais fermement prié le ministre français des Affaires étrangères d’aller se faire voir ailleurs. A Genève se réunissent les gens qui comptent vraiment dans l’arène international :Kerry et Lavrov. Quant au petit télégraphiste aux yeux de Washington et de Moscou, il est relégué au rang de caniche : on le sifflera une fois l’affaire dans le sac.

Il y a longtemps que la France n’avait pas connu une telle humiliation. En jouant les gros bras au lieu de travailler au dialogue et en refusant d’ajouter la guerre à la guerre, François Hollande et son gouvernement peuvent afficher un bilan désastreux : isolés du monde, moqués dans la plupart des capitales, rejetés par les peuples.

Cerise sur le gâteau, Laurent Fabius interdit de Genève part ce dimanche à Pékin. Les Chinois soigneront la réception du ministre, lui distribueront des sourires en se marrant doucement. La France à leurs yeux comptent pour peu dans les affaires internationales, en Syrie notamment. On se demande même si Russes et Nord-américains n’ont pas demandé aux Chinois de les débarrasser de Fabius le temps du weekend end.

José Fort

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 08:50

L’engagement de François Hollande, de son gouvernement et du Parti socialiste dans l’aventure étatsunienne contre la Syrie constitue-t-il un positionnement nouveau de la social-démocratie française ? Les faits, rien que les faits démontrent la continuité d’une politique imbibée de guerres et de conflits.

A peine Jean Jaurès enterré au lendemain de son vibrant appel en faveur de la paix, les dirigeants socialistes acceptent au mois d’août 1914 l’entrée en guerre de la France sous la bannière de l’Union sacrée. Pour les socialistes dissidents, il s’agit là d’une « véritable installation dans le système impérialiste ». Elle aura des retombées historiques avec des sursauts révolutionnaires comme le changement à la direction de « l’Humanité » et l’arrivée de Marcel Cachin, début d’un mouvement précédant la création du PCF à Tours.

Le vote des pleins pouvoirs à Pétain en 1940 par une majorité de députés socialistes alors que leurs collègues communistes étaient déchus de leurs mandats et emprisonnés n’est pas un fait de guerre. Simplement, un comportement révélateur qui précédera, après les années de Résistance, l’agression contre le peuple vietnamien. On cite souvent Mendes-France et son rôle lors des négociations de paix à Genève. On oublie toujours la provocation montée (déjà !) de toutes pièces par les services français et relayés par les médias de l’époque sur un prétendu attentat dans le port de Haiphong ouvrant la voie aux bombardements et à l’intervention française dont on connaît l’issue à Dien Bien Phu. Les massacres de Sétif en 1945 (45.000 morts), de Madagascar en 1947 (89.000 morts), la guerre d’Algérie et François Mitterrand alors ministre de la Justice refusant de gracier 45 combattants algériens, Guy Mollet qui, avec les Britanniques et les Israéliens, organise une expédition « punitive » contre l'Egypte coupable en 1956 de conquérir son indépendance et de nationaliser le canal de Suez sont autant d’épisodes auxquels la social-démocratie française a été mêlée et qui n’ont pas fait l’objet du moindre début d’autocritique.

Plus près de nous, en 1981, la politique étrangère de la social-démocratie ne se distingue pas de celle de la droite. En Afrique subsaharienne francophone, a continué de prévaloir un soutien inconditionnel aux régimes vassaux de l'impérialisme français comme en témoigne, en août 1983, la décision de François Mitterrand d’intervenir militairement au Tchad (opération Manta) en soutien à Hissène Habré. De 1990 à 1994, Mitterrand est personnellement responsable de l’ingérence politique et militaire au Rwanda qui conduira au génocide où périront plus de 800.000 Tutsis. Plus près de nous encore, souvenons-nous de l’engagement de la France dans la première guerre US en Irak, la guerre du Kosovo, les bombardements de la Serbie avec, malheureusement, le silence des ministres communistes et de Jean-Luc Mélenchon. Aujourd’hui, avec la Syrie, les dirigeants socialistes français prolongent une maladie non pas infantile mais orpheline : celle consistant à privilégier la guerre sous des prétextes divers souvent faussement humanitaires et mensongers.

Comment expliquer cette obstination dans la continuité d’une politique étrangère atlantiste ? Il faut rechercher les racines du mal dans l’histoire de notre pays : la guerre contre révolutionnaire après 1789 menée par les royalistes et par des révolutionnaires devenus « hésitants », ancêtres des dirigeants socialistes d’aujourd’hui ; par les compromissions lors de la Commune de Paris passées avec Thiers au nom de la sauvegarde de la nation et l’extermination de la frange la plus éclairée de la population parisienne ; par la politique de non-intervention en Espagne et la soumission à la politique d’Hitler affirmée à Munich et plus tard l’assujettissement à Pétain. Pour quel résultat ?

Au bout du compte la social-démocratie a fait un choix : celui de se ranger aux côtés de la bourgeoisie. En politique intérieure comme en témoigne hier comme aujourd’hui son inclination à verser du côté du patronat, dans le domaine international à préférer l’alignement sur Washington à une politique souveraine et ouverte au monde nouveau. Est-ce inéluctable ? La social-démocratie est particulièrement sensible à une chose : le rapport des forces. Il reste à construire.

José Fort

L’Humanité Dimanche 12 septembre

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 15:41

« Je ne supporte pas l’exil. » A la fête de « l’Humanité » de 1974 dans le stand de la JC avec Jean-Michel Catala et Jacques Planche, Gladys Marin évoquait les morts, les disparus, la glaciation abattue sur son pays, la responsabilité yankee dans les violences, les silences de la démocratie chrétienne. Elle répondait aux questions des participants au débat sans laisser poindre la moindre lassitude avec toujours en tête l’aide à « ceux restés la bas ». Puis, derrière le stand autour d’un verre, elle répétait : « Je ne supporte pas l’exil ». Cette femme forte et courageuse laissait aller quelques larmes vites retenues.

Des pleurs, elle a eu de nombreuses occasions d’en verser. Secrétaire générale de la Jeunesse communiste chilienne et députée au moment du coup d’état, cette fille de père paysan et de mère institutrice a du vite se cacher après avoir confié ses deux enfants à des proches. Elle ne les reverra plus pendant douze ans. Elle ne reverra plus aussi son mari, Jorge Munoz, enlevé, torturé et assassiné en 1976. Sur la longue liste des arrestations effectuées par la junte militaire à cette époque figure cette inscription : « Détenu disparu ».

Gladys Marin a consacré le temps de son exil à organiser la protestation contre le régime militaire et la solidarité avec les persécutés. Elle voyageait en permanence avec des séjours de récupération aux Pays Bas, au Luxembourg et en URSS. Un jour de 1978, de passage à Paris, elle nous annonçait son départ prochain pour Santiago. Son visage étant trop connu, elle a subi quelques transformations esthétiques avant de s’embarquer avec de faux papiers. Gladys a vécu longtemps cachée à Santiago consacrant ses jours et ses nuits à la reconstruction du Parti communiste (PCch) et à l’organisation de la résistance y compris armée. Après la fin de la dictature, elle devient secrétaire générale du PCch en remplacement de Luis Corvalan et sera candidate à l’élection présidentielle à deux reprises, en 1993 et 1999.

Au début des années 2000, d’importantes manifestations eurent lieu au Chili pour exiger la vérité sur les massacres, la liberté et la démocratie. « L’Huma » m’avait demandé de l’interviewer par téléphone. Grâce à mon vieux copain, l’avocat Edouardo Contreras, Gladys depuis la tête du défilé a commenté le mouvement, l’ampleur des manifestations et une fois l’entretien terminé ne voulant pas la déranger je l’ai remercié. C’est alors qu’elle m’a demandé des nouvelles de tous nos copains communs. Une revue de détail au téléphone ponctué de son rire sonore reconnaissable parmi tant d’autres.

Gladys est parti en 2005, victime d’une tumeur au cerveau. A Santiago, elle a eu droit à des obsèques nationales. A Paris, nous avons été quelques-uns à pleurer en silence.

José Fort

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 15:38

Extrait de "l'Humanité" hors série " Chili, l'espoir assassiné"

On l’appelait généralement Don Lucho. Une marque d’amitié et de respect. Don Lucho, au Chili, c’était et cela reste encore dans les mémoires Luis Corvalan, né en 1916 et décédé en 2010. Un militant communiste depuis son plus jeune âge. A 15 ans, il adhère au Parti communiste du Chili ( PCch) à Chillan, une ville située dans la vallée centrale à 400Km de la capitale, Santiago du Chili. Une ville célèbre où naquirent Bernardo O’Higgins considéré comme « le père de la patrie », Victor Jara, le célèbre chanteur-guitariste aux mains tranchées par la soldatesque, ou encore Volodia Teitelboim, écrivain, député, dirigeant historique du PCch, un homme délicieux que nous avons souvent rencontré à Paris.

Luis Corvalan était très proche de Volodia Teitelboim et de Pablo Neruda. Ces trois hommes aux parcours différents ont toujours travaillé dans l’entente et la fraternité.

Luis Corvalan a connu souvent la prison. Il a été interné d’abord au camp de Pitrufquen, puis à celui de Pisagua. Après sa libération, il prend des responsabilités au PCch dont il sera le secrétaire général de 1958 à 1990. Il a été un des protagonistes essentiels de l’Unité populaire. Il avait pour habitude de dire : « Avant de décider du nom du candidat (à la présidentielle NDLR) mettons nous d’accord sur le contenu et la méthode. » Le PCch recueillait environ 20% des suffrages lors des différentes élections, disposait de cadres et de structures de qualité et sur les questions culturelles apparaissait souvent en avance sur les autres partis communistes, pas seulement en Amérique latine. La présence de Teitelboim et Neruda à la direction du PCch jouait, bien entendu, pour beaucoup. Don Lucho était un homme de parti, ouvert aux autres, fidèle en amitié, disposant d’une équipe performante et efficace au moment des négociations. « Don Lucho sait clairement dire les choses », affirmait Salvador Allende, « et une fois les décisions prises, il les applique à la lettre. »

Pablo Neruda avait le profil parfait du candidat communiste à la présidentielle. Après bien des négociations, le poète militant se retira au profit de Salvador Allende qui dira : « Au fil de ces années, j’ai bénéficié de l’appui total des communistes et de Luis Corvalan. » Quelques commentateurs n’hésitaient pas à écrire que Corvalan était plus proche de Salvador Allende que les dirigeants socialistes de l’époque.

Luis Corvalan est arrêté aux premières heures du coup d’état et envoyé sur l’ile australe Dawson avant d’être transféré avec d’autres dirigeants de l’Union populaire dans le centre concentrationnaire de Ritoque. En 1976, il est échangé contre le dissident soviétique Vladimir Boukowski. Commencent alors douze ans d’exil d’abord en URSS puis en RDA où il se lie d’amitié avec Erich Honecker et sa famille. Don Lucho rentrera au Chili en 1988 et passera le relais au poste de secrétaire général du PCch à Gladys Marin en 1990. Après la chute du Mur de Berlin, Luis Corvalan n’oubliera pas la famille Honecker en errance et l’accueillera à Santiago. Don Lucho était un homme d’honneur.

José Fort

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 15:08

Article paru dans le hors série de l'Humanité "Chili: l'espoir assassiné".

« Une bande d’abrutis incapables d’apprécier correctement une campagne électorale et de prévoir les résultats. Qu’on me ramène cet ambassadeur de merde (l’ambassadeur US à Santiago, NDLR). Désormais tout se décidera ici. » Le président Nixon connu pour son vocabulaire fleuri, furieux après l’annonce de l’élection possible de Salvador Allende à la présidence de la République du Chili, entouré de ses principaux conseillers n’en croit pas ses yeux. Allende est bien arrivé en tête du scrutin avec 36,6% des suffrages mais seulement très légèrement devant le conservateur Alessandri (35,3%) alors que le démocrate chrétien, Tomic recueille 28,1%. L’usage veut que le candidat arrivé en tête soit confirmé au poste de président par le Congrès alors dominé par les Démocrates Chrétiens et les Conservateurs. Nixon ne décolère pas : si des dispositions ne sont pas prises rapidement un accord entre l’Unité populaire et les Démocrates chrétiens permettrait l’élection de Salvador Allende.

Branle bas de combat à Washington avec un objectif : « faire capoter Allende ». Des patrons, des militaires et des politiques chiliens sont convoqués d’urgence pour la mise au point de la réplique. Le patronat arrive bon premier suivi de quelques officiers et des chefs des partis de droite avec, en prime, deux démocrates chrétiens officiellement « dissidents », officieusement mandatés par leur direction pour prévoir l’avenir. A la jésuitique, une tradition dans ces milieux.

Deux plans sont adoptés dès le 14 septembre.

Track one. Il s’agit de faire élire par le congrès le candidat arrivé en deuxième position puis de provoquer un nouveau scrutin avec cette fois un candidat unique de la droite.

Track two. Préparation d’un soulèvement militaire et réactivation de l’extrême droite « Patria y Libertad ».

Le 25 octobre, le chef d’état major, René Schneider meurt sous les balles lors d’une tentative d’enlèvement. La veille, un accord passé au Congrès entre la Démocratie chrétienne et l’Unité populaire a débouché sur l’élection de Salvador Allende. Les premiers plans US ayant échoué, une deuxième partie s’annonce.

Conformément à son programme électoral, Salvador Allende prend rapidement une série de mesures : plusieurs entreprises sont nationalisées parmi lesquelles les mines de cuivre ainsi que 9 banques sur 10. En préparation, une réforme agraire, l’extension de la Sécurité sociale tandis que le divorce est légalisé. La droite s’enflamme, l’Eglise excommunie à la pelle, le patronat organise les pénuries. Les bourgeoises et leurs domestiques descendent des beaux quartiers en tapant sur des casseroles. Le prix du cuivre baisse, le syndicat patronal des camionneurs bloque les routes. La presse presque totalement aux mains de l’oligarchie tire à boulets rouges sur l’Unité populaire tandis que la Démocratie Chrétienne se rapproche de la droite dure. Et pourtant, lors des élections intermédiaires, l’Unité populaire enregistre des scores en nette progression. Pendant trois ans, les pires exactions sont commises contre l’Unité populaire et Salvador Allende : calomnies, pénuries organisées, grèves patronales, assassinats… Rien n’y fait. L’Unité populaire tient bon. Pour les fascistes chiliens et leurs commanditaires yankees, il ne restait plus qu’un sale coup à faire: le coup d’état militaire.

José Fort

José Fort.

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 15:03

En une journée, les forces armées chiliennes balaient l'Unité populaire et s'emparent du pouvoir. Le "golpe" (coup d'État) est lancé dans le port de Valparaiso par le soulèvement de la marine ; il aboutit, à Santiago, au bombardement du palais présidentiel de La Modena et à la mort d'Allende. Extrait du hors-série de l'Humanité : Chili, l'espoir assassiné.

Il est 6 heures à Valparaiso, ce 11 septembre 1973. Les forces navales chiliennes parties la veille rejoindre au large les navires des États-Unis dans le cadre des manoeuvres annuelles reviennent dans la nuit. Le soulèvement a démarré avec l’aide logistique des bâtiments américains assurant la couverture radar et la surveillance des communications.

6 h 40. Santiago. Le président Allende est informé des événements. Il quitte sa résidence et file à vive allure vers La Moneda entouré de sa garde rapprochée.

7 h 40. La hiérarchie militaire ne répond pas aux appels de la présidence de la République. Salvador Allende nprononce sa première allocution radiophonique.

8 h 30. Pinochet, nommé un mois auparavant chef nde l’armée de terre, a trahi. Dans la nuit, une dernière réunion de « coordination » a eu lieu à l’ambassade des États-Unis, à Santiago, en liaison radio avec le bureau du secrétaire d’État Henry Kissinger. C’est lui, après un échange avec Richard Nixon, qui donne le feu vert

9 heures. Des avions de chasse passent au-dessus de La nMoneda. Distribution d’armes légères aux collaborateurs de Salvador Allende. Il prononce plusieurs brèves allocutions sur les ondes de deux radios non occupées par les militaires. La troupe massée à proximité de La Moneda tire sur la présidence.

11 heures. Communiqué militaire demandant la reddition de Salvador Allende et de ses collaborateurs. Autour de La Moneda, la fusillade continue.

11 h 58. Bombardements aériens de La Moneda qui prend feu. Aussitôt après, la fusillade reprend.

13 h 50. Allende demande à ses gardes du corps et à sesncollaborateurs de quitter La Moneda. Quelques instants avant sa mort, il adresse un dernier message transmis par Radio Magallanes : « Ils vont sûrement faire taire Radio Magallanes et vous ne pourrez plus entendre le son de ma voix. Peu importe, vous continuerez à m’écouter, je serai toujours près de vous, vous aurez au moins le souvenir d’un homme digne qui fut loyal avec la patrie. Le peuple doit se défendre et non pas se sacrifier, il ne doit pas se laisser exterminer et humilier. Allez de l’avant, sachant que bientôt s’ouvriront de grandes avenues où passera l’homme libre pour construire une société meilleure. Vive le Chili ! Vive le peuple ! Vive les travailleurs ! Ce sont mes dernières paroles, j’ai la certitude que le sacrifice ne sera pas vain et qu’au moins ce sera une punition morale pour la lâcheté et la trahison. »

13 h 58. Allende refuse la proposition de partir en exil à bord d’un avion militaire. La présidence est en feu. Il refuse d’être pris vivant et se suicide dans son bureau d’une rafale de mitraillette. Plus tard, dans l’après-midi, les militaires investissent le palais présidentiel. Le général Palacios fait transporter le corps d’Allende à l’hôpital militaire. Le lendemain, le cercueil du président est transporté à Vina del Mar. L’enterrement au cimetière de Santa Inès quadrillé par la troupe est expéditif. Au moment de descendre le cercueil, Hortensia Bussi, la veuve d’Allende, s’empare de quelques fleurs des tombes voisines et, les jetant en offrande, prononce d’une voix forte : « Que l’on sache qu’ici repose le président constitutionnel du Chili. »

José Fort

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