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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 14:27

L’impact national et international de la tribune de Jean-Claude Lefort publiée le 1 er octobre dans « l’Humanité » sous le titre « Manuel, souviens-t-en… » est considérable. Des milliers d’internautes ont réagi sur les différents réseaux sociaux ou par courrier en France et dans plusieurs pays européens, particulièrement en Espagne avec les responsables de la communauté gitane. Les déclarations de l’actuel ministre de l’Intérieur affirmant que les Roms avaient « vocation » de rentrer en Roumanie et en Bulgarie et quelques autres perles de ce fils d’Espagnol « fraîchement » naturalisé français ont trouvé une réponse émouvante et rigoureusement argumentée du député honoraire et fils de Manouche, ancien des Brigades internationales. Jean-Claude Lefort a raison de qualifier les déclarations du ministre de « racistes ». Elles tombent sous le coup de la loi. Au delà de ce qui constitue une offense aux traditions de la démocratie française, il n’est pas inutile de se poser plusieurs questions.

Un tel comportement, une telle politique correspondent-ils aux valeurs de la gauche ? Ne participent-ils pas à alimenter le Front national et donc l’extrême droite française ?

L’article de Jean-Claude Lefort invite à prolonger la réflexion. En s’attaquant à une petite minorité de gens installés en France et en tenant de tels propos, M. Valls banalise le glissement à droite de la société, les dérives discriminatoires. Il les légitime, les rend acceptable et recevable abondant ainsi dans le sens de Mme Le Pen et ses amis menaçant de poursuites en justice ceux qui oseraient qualifier le Front National d’extrême droite.

Au cours de son histoire, la France a connu des explosions de rejet de l’étranger. L’historien Jean-Noël Jeanneney rappelait hier matin sur France Inter le massacre de 150 Italiens travailleurs de la compagnie des Salins à Aigues-Mortes en 1883 par les villageois et les ouvriers français. Les Roms livrés à la vindicte populaire, 130 ans après le Italiens d’Aigues-Mortes, c’est du pain béni pour Mme Le Pen. C’est surtout un recul historique des valeurs de la France des Lumières et de la République. Après les Roms, à qui le tour ?

José Fort

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 14:34

On ne va pas faire la fine bouche. Après la menace de voir les navires US cracher leurs missiles tomahawk sur la Syrie, les avions français Rafale et Mystère en supplétifs se préparant à terminer le travail, un premier pas vers la redynamisation de la diplomatie a été franchi la semaine dernière au siège de l’ONU. L’adoption de la résolution du Conseil de sécurité pour la destruction de l’armement chimique syrien sous contrôle international mérite d’être saluée avec un énorme soupir de soulagement. De la même manière, l’annonce de la rencontre entre Hollande et le président iranien Rohani ainsi que le coup de fil passé par ce dernier à Barack Obama constituent des avancées incontestables. Quand le dialogue prend le pas sur les déclarations guerrières, il ne faut pas jouer les hésitants. Quant à Laurent Fabius qui a beau jouer les fiers à bras, il sort de cette affaire marginalisé, ridiculisé, humilié. Il a pourtant la possibilité de se racheter et nous acceptons exceptionnellement et bénévolement de lui filer un coup de main. Voilà, Monsieur le Ministre. Nous vous proposons de faire adopter par le Conseil de sécurité de l’ONU deux résolutions : la première sur l’armement chimique au plan mondial, la seconde sur l’arme nucléaire au Proche Orient. La première interdirait toute production de composants d’armes chimiques, les Etats-Unis, la Russie, la France et la Grande Bretagne mettant fin à leur production en ce domaine. La seconde viserait à abolir l’arme nucléaire touchant ceux qui veulent s’en doter et ceux qui comme Israël la possède déjà et depuis longtemps. En agissant ainsi, Monsieur le Ministre, vous prendriez la tête d’une action courageuse, déterminée, en faveur de la détente et de la paix. Emporté par mon enthousiasme, je souhaite proposer en cas de succès, l’érection d’une statue de votre Auguste personne au centre de votre ville d’adoption électorale, le Grand-Quevilly.

José Fort

L'Humanité cactus, 3 octobre

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 08:25

Un article de Jean-Claude Lefort que je me permets de reprendre sur mon blog.

Manuel, tu as déclaré hier soir sur BFM TV, que la situation était très différente pour toi, relativement à celle des Roms, car ta famille espagnole était venue en France pour fuir le franquisme.

Tu as été naturalisé Français en 1982. Franco est mort en 1975. Sept ans avant ta naturalisation. Quand tu es devenu Français il n’y avait donc plus de dictature en Espagne. Tu avais donc « vocation », selon tes mots, à retourner dans ton pays de naissance, en Espagne. Tu ne l’as pas fait et je comprends parfaitement de même que je comprends totalement ton souhait de devenir Français. Cela sans l’ombre d’un doute.

Tu avais « vocation » à retourner à Barcelone, en Espagne où tu es né, pour reprendre tes propos qui concernaient uniquement les Roms.

Celui qui t’écris, en ce moment, est un Français d’origine manouche par son père. Mon père, manouche et Français, est allé en 1936 en Espagne pour combattre le franquisme les armes à la main dans les Brigades internationales. Pour la liberté de ton pays de naissance et donc celle de ta famille. Il en est mort, Manuel. Des suites des blessures infligées par les franquistes sur le front de Jarama, en 1937. Je ne te demande aucun remerciement ni certainement pas la moindre compassion. Je la récuse par avance. Je suis honoré en vérité qu’il ait fait ce choix quand bien même il a privé ma famille de sa présence alors que je n’avais que 9 ans et ma sœur 18.

La guerre mondiale est venue. Et les camps nazis se sont aussi ouverts aux Tziganes. Tu le sais. Mais un nombre énorme de Manouches, de Gitans et d’Espagnols se sont engagés dans la résistance sur le sol français. Ton père aurait pu en être. Il en avait l’âge puisque il est né en 1923. Georges Séguy et d’autres sont entrés en résistance à 16 ans. Je ne lui reproche aucunement de ne pas l’avoir fait, bien évidemment. Mais je te demande le respect absolu pour celles et ceux qui se sont engagés dans la résistance contre le franquisme, puis ensuite contre le nazisme et le fascisme. Contre ceux qui avaient fait Guernica. Et pourtant, à te suivre, ils avaient « vocation » à retourner ou à rester dans leurs pays d’origine, ces « Etrangers et nos frères pourtant »...

Manuel, « on » a accueilli la Roumanie et la Bulgarie dans l’Union européenne alors que ces pays ne respectaient pas, et ne respectent toujours pas, un des fondamentaux pour devenir ou être membre de l’Union européenne: le respect des minorités nationales. Sensible à cette question pour des raisons évidentes, je m’en étais fortement inquiété à l’époque. En tant que député je suis allé à Bruxelles auprès de la Commission pour prouver et dire que ces pays ne respectaient pas cette clause fondamentale. On m’a souri au nez, figures- toi.

Et aujourd’hui dans ces pays la situation des Roms s’est encore aggravée. Pas améliorée, je dis bien : aggravée. Et ils ont « vocation » à rester dans leurs pays ou à y revenir ? C’est donc, pour toi, une espèce humaine particulière qui pourrait, elle, supporter les brimades, les discriminations et les humiliations de toutes sortes ? Ces pays d’origine ne sont pas des dictatures ? C’est certain. Mais ce ne sont pas des démocraties pleines et entières pour autant.

Alors toi l’espagnol devenu Français, tu ne comprends pas ? Fuir son pays, tu ne comprends pas ? Toi, tu ne comprends pas que personne n’a « vocation » à rester ou revenir dans son pays ? Sauf si tu es adepte de conceptions très spéciales, à savoir que ce qui vaudrait pour un Roumain ne vaudrait pas pour un Espagnol. Tu sais pourtant que le mot « race » va disparaître de nos lois. A juste titre car il n’y a pas de races, juste une espèce humaine. Et les Roms en sont.

La fermeté doit s’exercer là où se trouvent les responsabilités. Pas sur de pauvres individus qui n’en peuvent plus. Savoir accueillir et savoir faire respecter nos lois ne sont pas deux concepts antagoniques. Mais quand on est de gauche on n’a pas la matraque en guise de cœur.

C’est un Français d’origine manouche qui t’écris et qui écris au Français de fraiche date que tu es. C’est un fils de « brigadiste » qui se rappelle à toi. Souviens-t-en : « Celui qui n’a pas de mémoire n’a pas d’avenir ».

Pour l’heure Manuel, j’ai la nausée. Tes propos me font gerber, même pire. Nos pères auraient donc fait tout ça pour rien ou pour « ça » ?

Ils sont morts pour la France, Manuel. Pour que vive la France. Inclus « ces étrangers et nos frères pourtant. »

Jean-Claude Lefort Député honoraire Fils de Manouche

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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 10:47

Je ne vais pas vous tartiner le énième portrait de Mme Angela Merkel. D’autres, plus qualifiés que moi, ont déjà donné. Pourtant, tout ce que nous avons lu et entendu ces derniers jours sur cette femme « rigoureuse », cette physicienne « brillante », cette chef de gouvernement à « poigne », cette responsable politique réussissant un parcours électoral victorieux, m’invite à jeter mon grain de sel. Mme Merkel reste une énigme.

Derrière sa « discrétion » légendaire, Angela Merkel a toujours été une femme de pouvoir. Depuis toute jeune, elle s’est coulée dans le moule en se trouvant la plupart du temps au bon endroit, au bon moment.

Dans les années 1970, elle a été membre de la FDJ (la jeunesse communiste est-allemande). A l’Académie des Sciences de la RDA, elle a occupé la fonction de secrétaire à l’agit-prop de la section du SED, le parti communiste local. Toujours au bon endroit, celui du pouvoir, sauf la nuit de la chute du mur de Berlin, certains de ses amis de l’époque précisant que, prudente, elle attendait dans un sauna pour voir comme la situation allait évoluer. En 1990, elle devient la protégée du chancelier allemand Helmut Kohl qu’elle contribuera à reléguer dans les oubliettes avant de faire un ménage général dans sa très droitière formation politique en éliminant systématiquement ses possibles concurrents.

Angela Merkel? On la dit pragmatique. Certainement. Mais l’impétrante dispose surtout de ces atouts dont on attribue souvent les femmes et les hommes politiques : l’opportunisme et la férocité. Elle a été à bonne école car quoi qu’on puisse penser de l’ancienne Allemagne de l’Est, une constatation s’impose au lendemain des élections outre-Rhin : la RDA a su former des cadres.

José Fort

L’Humanité Cactus 26 septembre

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 12:13

Un micro caché après une émission de radio avait enregistré, il y a quelques mois, une sortie de JL Mélenchon: "les communistes, j'en ai rien à foutre". Ce mardi matin sur France2, il s'attaque aux députés FDG, pour la plupart communistes, regrettant qu'ils ne soient pas les doigts sur la couture du pantalon aux ordres du FDG, c'est à dire à ses ordres. Les députés du FDG vont certainement apprécier. Petit rappel historique: les groupes communistes à l'Assemblée et au Sénat ont toujours été autonomes et ont pris leurs décisions (de vote notamment) en toute souveraineté. Parfois des différences et des divergences se sont exprimées. Rien d'anormal dans le fonctionnement démocratique d'un groupe parlementaire que l'on ne peut cantonner au rôle de supplétif.
Quelle signification donner à la multiplication des déclarations de JLM et de ses proches concernant le PCF? Ne viseraient-elles pas à casser dans un premier temps le fdg pour le recomposer à la seule sauce mélenchonniste? Après son score à l'élection présidentielle de 2007, Besencenot avait caressé l'espoir de liquider le PCF. Désormais, le "facteur" ne vit que grâce à la télé, son organisation ayant disparu des radars. Mélenchon devrait se méfier: il risque le même sort.

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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 16:51

Même si j’en avais les moyens, le temps et le goût, je n’irais pas assister aux Jeux Olympiques en 2020 à Tokyo. J’ai découvert le Japon, il y a quelques années, maintenu des relations très amicales avec des collègues de ce pays aux charmes incontestables, mais décidemment non je ne ferai pas le voyage de 2020. Pourquoi un tel entêtement ? Je n’ai pas confiance dans l’entreprise chargée de Fukushima et la gestion de la crise par les autorités locales.

Le désastre nucléaire de Fukushima remonte à plus de deux ans. Dès le début, les dirigeants de la multinationale Tokyo Electric Power Compagnie, la tristement célèbre Tepco aujourd’hui nationalisée, ont menti sur l’ampleur de la catastrophe. Ils continuent à minimiser les conséquences. Il y a eu des morts, une région ravagée, des populations abandonnées. Aujourd’hui, les mêmes mentent encore en considérant comme anodin la fuite de 300 tonnes d’eau radio active par jour dans l’océan Pacifique alors que plusieurs éléments de la centrale ne sont toujours pas sous contrôle. Cette affaire mériterait une mobilisation générale de l’Etat nippon, de ses ressources, des spécialistes locaux et internationaux. Alors que les chefs de la Tepco ont passé la main à l’Etat après avoir empoché des primes colossales, les autorités japonaises annoncent, sans honte aucune, un effort « considérable » : l’ouverture par le gouvernement d’une ligne de crédit de… 310 millions d’euros pour mener les travaux à Fukushima alors que les investissements pour les Jeux Olympiques s’élèveront à des milliards d’euros.

Tokyo est située à 220 kilomètres de la centrale nucléaire en perdition. Dans la configuration actuelle, la capitale japonaise peut avoir à subir les effets d’une détérioration de la situation. On souhaite quand même à nos futurs athlètes de 2020 bon courage et comme on dit à la Saint Sylvestre « une bonne santé surtout » après leur passage là-bas.

José Fort

L'Humanité Cactus 19 septembre

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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 07:07

Ce qui devait arrivé arriva : les Nord-américains et les Russes ont diplomatiquement mais fermement prié le ministre français des Affaires étrangères d’aller se faire voir ailleurs. A Genève se réunissent les gens qui comptent vraiment dans l’arène international :Kerry et Lavrov. Quant au petit télégraphiste aux yeux de Washington et de Moscou, il est relégué au rang de caniche : on le sifflera une fois l’affaire dans le sac.

Il y a longtemps que la France n’avait pas connu une telle humiliation. En jouant les gros bras au lieu de travailler au dialogue et en refusant d’ajouter la guerre à la guerre, François Hollande et son gouvernement peuvent afficher un bilan désastreux : isolés du monde, moqués dans la plupart des capitales, rejetés par les peuples.

Cerise sur le gâteau, Laurent Fabius interdit de Genève part ce dimanche à Pékin. Les Chinois soigneront la réception du ministre, lui distribueront des sourires en se marrant doucement. La France à leurs yeux comptent pour peu dans les affaires internationales, en Syrie notamment. On se demande même si Russes et Nord-américains n’ont pas demandé aux Chinois de les débarrasser de Fabius le temps du weekend end.

José Fort

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 08:50

L’engagement de François Hollande, de son gouvernement et du Parti socialiste dans l’aventure étatsunienne contre la Syrie constitue-t-il un positionnement nouveau de la social-démocratie française ? Les faits, rien que les faits démontrent la continuité d’une politique imbibée de guerres et de conflits.

A peine Jean Jaurès enterré au lendemain de son vibrant appel en faveur de la paix, les dirigeants socialistes acceptent au mois d’août 1914 l’entrée en guerre de la France sous la bannière de l’Union sacrée. Pour les socialistes dissidents, il s’agit là d’une « véritable installation dans le système impérialiste ». Elle aura des retombées historiques avec des sursauts révolutionnaires comme le changement à la direction de « l’Humanité » et l’arrivée de Marcel Cachin, début d’un mouvement précédant la création du PCF à Tours.

Le vote des pleins pouvoirs à Pétain en 1940 par une majorité de députés socialistes alors que leurs collègues communistes étaient déchus de leurs mandats et emprisonnés n’est pas un fait de guerre. Simplement, un comportement révélateur qui précédera, après les années de Résistance, l’agression contre le peuple vietnamien. On cite souvent Mendes-France et son rôle lors des négociations de paix à Genève. On oublie toujours la provocation montée (déjà !) de toutes pièces par les services français et relayés par les médias de l’époque sur un prétendu attentat dans le port de Haiphong ouvrant la voie aux bombardements et à l’intervention française dont on connaît l’issue à Dien Bien Phu. Les massacres de Sétif en 1945 (45.000 morts), de Madagascar en 1947 (89.000 morts), la guerre d’Algérie et François Mitterrand alors ministre de la Justice refusant de gracier 45 combattants algériens, Guy Mollet qui, avec les Britanniques et les Israéliens, organise une expédition « punitive » contre l'Egypte coupable en 1956 de conquérir son indépendance et de nationaliser le canal de Suez sont autant d’épisodes auxquels la social-démocratie française a été mêlée et qui n’ont pas fait l’objet du moindre début d’autocritique.

Plus près de nous, en 1981, la politique étrangère de la social-démocratie ne se distingue pas de celle de la droite. En Afrique subsaharienne francophone, a continué de prévaloir un soutien inconditionnel aux régimes vassaux de l'impérialisme français comme en témoigne, en août 1983, la décision de François Mitterrand d’intervenir militairement au Tchad (opération Manta) en soutien à Hissène Habré. De 1990 à 1994, Mitterrand est personnellement responsable de l’ingérence politique et militaire au Rwanda qui conduira au génocide où périront plus de 800.000 Tutsis. Plus près de nous encore, souvenons-nous de l’engagement de la France dans la première guerre US en Irak, la guerre du Kosovo, les bombardements de la Serbie avec, malheureusement, le silence des ministres communistes et de Jean-Luc Mélenchon. Aujourd’hui, avec la Syrie, les dirigeants socialistes français prolongent une maladie non pas infantile mais orpheline : celle consistant à privilégier la guerre sous des prétextes divers souvent faussement humanitaires et mensongers.

Comment expliquer cette obstination dans la continuité d’une politique étrangère atlantiste ? Il faut rechercher les racines du mal dans l’histoire de notre pays : la guerre contre révolutionnaire après 1789 menée par les royalistes et par des révolutionnaires devenus « hésitants », ancêtres des dirigeants socialistes d’aujourd’hui ; par les compromissions lors de la Commune de Paris passées avec Thiers au nom de la sauvegarde de la nation et l’extermination de la frange la plus éclairée de la population parisienne ; par la politique de non-intervention en Espagne et la soumission à la politique d’Hitler affirmée à Munich et plus tard l’assujettissement à Pétain. Pour quel résultat ?

Au bout du compte la social-démocratie a fait un choix : celui de se ranger aux côtés de la bourgeoisie. En politique intérieure comme en témoigne hier comme aujourd’hui son inclination à verser du côté du patronat, dans le domaine international à préférer l’alignement sur Washington à une politique souveraine et ouverte au monde nouveau. Est-ce inéluctable ? La social-démocratie est particulièrement sensible à une chose : le rapport des forces. Il reste à construire.

José Fort

L’Humanité Dimanche 12 septembre

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 15:41

« Je ne supporte pas l’exil. » A la fête de « l’Humanité » de 1974 dans le stand de la JC avec Jean-Michel Catala et Jacques Planche, Gladys Marin évoquait les morts, les disparus, la glaciation abattue sur son pays, la responsabilité yankee dans les violences, les silences de la démocratie chrétienne. Elle répondait aux questions des participants au débat sans laisser poindre la moindre lassitude avec toujours en tête l’aide à « ceux restés la bas ». Puis, derrière le stand autour d’un verre, elle répétait : « Je ne supporte pas l’exil ». Cette femme forte et courageuse laissait aller quelques larmes vites retenues.

Des pleurs, elle a eu de nombreuses occasions d’en verser. Secrétaire générale de la Jeunesse communiste chilienne et députée au moment du coup d’état, cette fille de père paysan et de mère institutrice a du vite se cacher après avoir confié ses deux enfants à des proches. Elle ne les reverra plus pendant douze ans. Elle ne reverra plus aussi son mari, Jorge Munoz, enlevé, torturé et assassiné en 1976. Sur la longue liste des arrestations effectuées par la junte militaire à cette époque figure cette inscription : « Détenu disparu ».

Gladys Marin a consacré le temps de son exil à organiser la protestation contre le régime militaire et la solidarité avec les persécutés. Elle voyageait en permanence avec des séjours de récupération aux Pays Bas, au Luxembourg et en URSS. Un jour de 1978, de passage à Paris, elle nous annonçait son départ prochain pour Santiago. Son visage étant trop connu, elle a subi quelques transformations esthétiques avant de s’embarquer avec de faux papiers. Gladys a vécu longtemps cachée à Santiago consacrant ses jours et ses nuits à la reconstruction du Parti communiste (PCch) et à l’organisation de la résistance y compris armée. Après la fin de la dictature, elle devient secrétaire générale du PCch en remplacement de Luis Corvalan et sera candidate à l’élection présidentielle à deux reprises, en 1993 et 1999.

Au début des années 2000, d’importantes manifestations eurent lieu au Chili pour exiger la vérité sur les massacres, la liberté et la démocratie. « L’Huma » m’avait demandé de l’interviewer par téléphone. Grâce à mon vieux copain, l’avocat Edouardo Contreras, Gladys depuis la tête du défilé a commenté le mouvement, l’ampleur des manifestations et une fois l’entretien terminé ne voulant pas la déranger je l’ai remercié. C’est alors qu’elle m’a demandé des nouvelles de tous nos copains communs. Une revue de détail au téléphone ponctué de son rire sonore reconnaissable parmi tant d’autres.

Gladys est parti en 2005, victime d’une tumeur au cerveau. A Santiago, elle a eu droit à des obsèques nationales. A Paris, nous avons été quelques-uns à pleurer en silence.

José Fort

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 15:38

Extrait de "l'Humanité" hors série " Chili, l'espoir assassiné"

On l’appelait généralement Don Lucho. Une marque d’amitié et de respect. Don Lucho, au Chili, c’était et cela reste encore dans les mémoires Luis Corvalan, né en 1916 et décédé en 2010. Un militant communiste depuis son plus jeune âge. A 15 ans, il adhère au Parti communiste du Chili ( PCch) à Chillan, une ville située dans la vallée centrale à 400Km de la capitale, Santiago du Chili. Une ville célèbre où naquirent Bernardo O’Higgins considéré comme « le père de la patrie », Victor Jara, le célèbre chanteur-guitariste aux mains tranchées par la soldatesque, ou encore Volodia Teitelboim, écrivain, député, dirigeant historique du PCch, un homme délicieux que nous avons souvent rencontré à Paris.

Luis Corvalan était très proche de Volodia Teitelboim et de Pablo Neruda. Ces trois hommes aux parcours différents ont toujours travaillé dans l’entente et la fraternité.

Luis Corvalan a connu souvent la prison. Il a été interné d’abord au camp de Pitrufquen, puis à celui de Pisagua. Après sa libération, il prend des responsabilités au PCch dont il sera le secrétaire général de 1958 à 1990. Il a été un des protagonistes essentiels de l’Unité populaire. Il avait pour habitude de dire : « Avant de décider du nom du candidat (à la présidentielle NDLR) mettons nous d’accord sur le contenu et la méthode. » Le PCch recueillait environ 20% des suffrages lors des différentes élections, disposait de cadres et de structures de qualité et sur les questions culturelles apparaissait souvent en avance sur les autres partis communistes, pas seulement en Amérique latine. La présence de Teitelboim et Neruda à la direction du PCch jouait, bien entendu, pour beaucoup. Don Lucho était un homme de parti, ouvert aux autres, fidèle en amitié, disposant d’une équipe performante et efficace au moment des négociations. « Don Lucho sait clairement dire les choses », affirmait Salvador Allende, « et une fois les décisions prises, il les applique à la lettre. »

Pablo Neruda avait le profil parfait du candidat communiste à la présidentielle. Après bien des négociations, le poète militant se retira au profit de Salvador Allende qui dira : « Au fil de ces années, j’ai bénéficié de l’appui total des communistes et de Luis Corvalan. » Quelques commentateurs n’hésitaient pas à écrire que Corvalan était plus proche de Salvador Allende que les dirigeants socialistes de l’époque.

Luis Corvalan est arrêté aux premières heures du coup d’état et envoyé sur l’ile australe Dawson avant d’être transféré avec d’autres dirigeants de l’Union populaire dans le centre concentrationnaire de Ritoque. En 1976, il est échangé contre le dissident soviétique Vladimir Boukowski. Commencent alors douze ans d’exil d’abord en URSS puis en RDA où il se lie d’amitié avec Erich Honecker et sa famille. Don Lucho rentrera au Chili en 1988 et passera le relais au poste de secrétaire général du PCch à Gladys Marin en 1990. Après la chute du Mur de Berlin, Luis Corvalan n’oubliera pas la famille Honecker en errance et l’accueillera à Santiago. Don Lucho était un homme d’honneur.

José Fort

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