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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 14:45

Il aurait aujourd’hui 85 ans. Portrait.

« J’ai toujours été fier de mon fils et je sais qu’il restera dans les mémoires comme un homme droit, courageux, défendant de nobles causes, des valeurs de justice et de liberté. Un vrai révolutionnaire. » Ainsi me parlait M. Guevara Lynch, le père de Ernesto Rafael Guevara de la Serna dit le « Che ». Au quinzième étage de l’Hôtel Habana Libre dans la capitale cubaine, nous avions pris l’habitude de prendre le café. Enfin, moi le café et lui le « maté », l’infusion stimulante et diurétique traditionnelle argentine lors de nos « matinales » où nous échangions nos opinions sur un film, un bouquin, l’actualité internationale, l’orage de la veille et … la vie du « Che ». Aujourd’hui disparu, M. Guevara Lynch dont je conserve le souvenir d’un homme chaleureux m’a permis de découvrir la vie de son fils qui restera une figure emblématique du XX eme siècle.

Ernesto Rafael Guevara de La Serna, né le jeudi 14 juin 1928 à Rosario, aurait pu vivre bourgeoisement dans son pays, l’Argentine. Fils de l’architecte Ernesto Guevara Lynch, de descendance espagnole et irlandaise, et de Celia de la Serna de la Llosa, fille de famille fortunée, le future Che, déjà asthmatique, a d’abord vécu dans les quartiers huppés de Buenos Aires puis dans la région de Cordoba, avant de s’installer à nouveau dans la capitale argentine. En 1947, il commence ses études et montre peu d’intérêt pour la politique, alors que ses parents affichent leur hostilité au régime péroniste. C’est une jeune communiste argentine, Berta Gilda Infante, connue sous le nom de Tita, qui lui propose ses premières lectures marxistes.

Premier voyage au Chili, au Pérou, en Colombie en octobre 1950. A 23 ans, Il repart à la fin 1951 sillonner l’Amérique latine sur une Norton 500 cm3 baptisée « La Vigoureuse » avec son ami Alberto Granado qui vient de mourir à La Havane. La moto les lâche en cours de route et ils trouvent des petits boulots pour financer le voyage : marchands ambulants, dockers, plongeurs dans des restaurants et même entraîneurs de football. Ernesto rentre à Buenos Aires terminer ses études et devient médecin. Il reprend la route à la découverte du continent : Bolivie, Pérou, Equateur, Panama, Costa Rica, Honduras, Nicaragua, Salvador, pour finalement arriver au Guatemala. Il découvre la triste réalité du continent, la pauvreté, la surexploitation, la violence, l’arrogante colonisation nord-américaine. Plus tard, il déclara : « les conditions dans lesquelles j’avais voyagé m’avaient fait entrer en contact avec la misère, la faim et la maladie. J’ai eu sous les yeux la dégradation provoquée par la sous-alimentation et la répression. » Plus tard au Mexique, il rencontre Fidel Castro et décide de s’engager totalement dans le mouvement révolutionnaire aux côtés des rebelles cubains, qui lui donnent le surnom « El Che », che étant une interjection dans le langage parlé argentin (comme hé) dont Guevara usait souvent . « Je passai toute la nuit à parler avec Fidel », écrira Che, poursuivant : « A l’aube, j’étais le médecin de sa future expédition. Il est vrai que, depuis la dernière expérience vécue au cours de mes voyages à travers l’Amérique latine, et finalement au Guatemala, il ne fallait pas beaucoup pour m’inciter à entrer dans n’importe quelle révolution contre un tyran. Fidel m’a impressionné. Je fus gagné par son optimisme. Il fallait passer à l’action, combattre et concrétiser. »

Che sera de tous les coups : le débarquement à Cuba du « Granma » en 1956, la guérilla dans la Sierra Maestra, la bataille de Santa Clara, la victoire de la révolution cubaine, l’entrée dans La Havane en janvier 1959. Un mois plus tard, pour service rendu à la patrie, Ernesto Guevara est déclaré citoyen cubain. Alors commence le deuxième chapitre de l’histoire.

Guevara n’était pas un spécialiste de l’économie. Il effectue pourtant ses premiers déplacements à l’étranger pour traiter de ces questions puis occupe successivement les postes de président de la Banque nationale de Cuba et de ministre de l’Industrie. Etait-il le mieux placé pour occuper de telles fonctions ? A l’époque les candidats ne se pressaient pas au portillon. Quoi qu’il en en soit, l’attitude des gouvernants étatsuniens allait radicaliser la révolution. C’est ainsi que le Che notait qu’à « chaque coup de l’impérialisme US nous devions riposter. Chaque fois que les Yankees prenaient une mesure contre Cuba, nous devions immédiatement prendre une contre-mesure, et la révolution se radicalisait ainsi progressivement. » La construction du socialisme « ce drame étrange et passionnant », selon le Che, était à l’ordre du jour pour la première fois en Amérique latine. Entre 1963 et 1965, Guevara effectue de nombreux voyages dans le tiers-monde, en Chine et en URSS. Il critique « la bureaucratie du socialisme réel », affirmant que «la recherche marxiste avance sur une route dangereuse. Au dogmatisme intransigeant de l’époque de Staline a succédé un pragmatisme inconsistant ». En février 1965, lors d’un discours prononcé à Alger, il critique les pays dits socialistes « complices dans une certaine mesure de l’exploitation impérialiste. » La goutte qui fait déborder le vase de la colère des dirigeants soviétiques contre celui qui déclare : « Il faut fuir comme la peste la pensée mécanique. Le marxisme est un processus d’évolution. Le sectarisme à l’intérieur du marxisme crée un malaise, un refus de l’expérience. Le Che accepte aussi de reconnaître ses propres erreurs : l’excès de volontarisme, une politique souvent désastreuse en matière agricole, l’industrialisation à marche forcée ne prenant pas en compte les contraintes nationales et internationales fournissant une production de médiocre qualité à un prix élevé. Ernesto Guevara était médecin et révolutionnaire, pas économiste. Il en tirera les leçons. Une, particulièrement : il est impossible de construire le socialisme dans un seul pays, qui plus est dans une petite île dépourvue de matières premières et d’énergie et obligée de se soumettre aux lois du marché. La seule solution, selon lui, est dans l’extension de la révolution, permettant des échanges économiques justes, équitables et empêchant toute mainmise étrangère sur le pays et sur sa politique nationale et internationale. Le prélude à son célèbre mot d’ordre : « il faut créer un, deux, trois, plusieurs Vietnam », alors que ce pays d’Asie mène un terrible combat pour son indépendance contre la première puissance économique et militaire mondiale. Pour le Che, « nous ne pouvons rester indifférents devant ce qui se passe dans le monde. Une victoire ans n’importe quel pays contre l’impérialisme est notre victoire. Une défaite de n’importe quelle nation est notre défaite ».

Le Che est toujours disponible. Il sillonne le pays, participe à la coupe de la canne à sucre, anime des débats là où on ne l’attend pas. On le voit dans les rues de la capitale jouer échecs. Pour lui, il s’agit d’un « jeu science » et s’inscrit fréquemment dans les tournois de classification. Il affirme que « le jeu d’échecs est un passe-temps, mais aussi un éducateur de raisonnement, et les pays qui ont des grandes équipe de joueurs d’échecs sont à la tête du monde dans d’autres domaines ».

Le Che quitte les allées du pouvoir et Cuba en 1965. Le monde s’interroge : où est passé Guevara ? L’ancien ministre a repris son treillis vert olive – et des costumes-cravate pour franchir clandestinement les frontières – avec pour objectif l’élargissement du front anti-impérialiste, avec le total accord et soutien de Fidel Castro. Entre ces deux hommes aux qualités complémentaires, contrairement à une légende, l’entente était totale. Pour le père du Che « ils se partageaient les taches ».

Ernesto Guevara part pour le Congo « venger » Patrice Lumumba assassiné et soutenir le mouvement révolutionnaire dans sa lutte contre Moïse Tschombé. La guérilla composée de Cubains et de Congolais s’enlise au fil des mois. Au manque de moyens et des dissensions entre les différents groupes rebelles congolais s’ajoutent les pressions venues de Moscou et de Pékin. Le Che devra constater que « nous ne pouvons pas libérer tout seul un pays qui ne veut pas se battre » et quittera l’Afrique, voyagera clandestinement, avant de lancer une guérilla en Bolivie. Son dernier combat à forte valeur symbolique et stratégique.

Symbolique ? La Bolivie, dirigée à l’époque par le dictateur Barrientos, porte le nom de Simon Bolivar, leader des guerres d’indépendance contre la domination espagnole.

Stratégique ? La Bolivie se trouve au cœur du continent et dispose de frontières avec le Brésil, l’Argentine, le Paraguay, le Chili et le Pérou. Après plusieurs mois, la guérilla s’enfonce dans l’échec. Pour plusieurs raisons : le manque d’un soutien populaire, une armée bolivienne bénéficiant d’une aide massive des Etats-Unis, la mobilisation de la CIA sur le terrain, le mauvais choix du lieu d’installation de la guérilla, l’absence de relais avec les villes, le rejet par les organisations syndicales et progressistes et l’hostilité des communistes boliviens inspirés par Moscou.

En ce début du mois d’octobre 1967, la plupart des compagnons du Che sont morts ou en fuite. Guevara tente d’échapper à la traque. En vain. Cerné, il est fait prisonnier au matin du 8 octobre à quelques kilomètres de La Higuera, une petite ville situé dans la précordillère andine. Blessé, il est installé sous bonne garde dans une classe d’une petite école. Les responsables de la CIA et les hommes du dictateur Barrientos consultent La Paz et Washington. Et c’est au colonel Zentana que revient l’ordre de tuer Guevara. Le Che aura le temps d’écrire : « c’est la dernière fois que je vois le soleil se coucher. » Neuf ans plus tard, le colonel Zentana sera abattu dans une rue de Paris.

José Fort

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 06:06

C’était au mois de novembre 1936. Les troupes franquistes s’approchaient dangereusement de Madrid. La République issue d’une élection démocratique était menacée par le soulèvement de l’oligarchie fasciste espagnole armée par Hitler et Mussolini. La Cité universitaire située au nord de la capitale dans un vaste parc boisé devenait le dernier rempart qu’il fallait absolument « tenir ». Les seules forces républicaines ne suffisant pas, les Brigades internationales entrèrent en action. Les franquistes furent repoussés, Madrid sauvé. Des hommes venus de nombreux pays périrent en ce lieu symbole de résistance, de courage, de solidarité. Ma mère, infirmière, qui soigna les blessés et accompagna les morts répétait souvent au soir de sa vie, les mots de souffrances et d’amour prononcés dans toutes les langues par ces combattants venus d’ailleurs.

Au mois d’octobre 2011 à la Cité universitaire de Madrid, un monument à la mémoire des brigadistes était inauguré en présence de nombreuses personnalités, des délégations venues du monde entier, des survivants des combats, de cinquante Français parmi lesquels deux brigadistes. Hommage était enfin rendu.

Il y a quelques jours, un tribunal de Madrid a donné l’ordre de détruire le monument sous deux mois. Il applique ainsi les directives du gouvernement de droite de Mariano Rajoy, cette droite franquiste dont ses principaux dirigeants sont les fils et filles ou les petits enfants de la dictature et qui refuse le nécessaire travail de mémoire.

Les volontaires en Espagne Républicaine levés avant le jour dans le combat anti fasciste ont tous bénéficié il y a quelques années de la nationalité espagnole en reconnaissance de leur courage. Les Brigadistes français, sous la présidence de Jacques Chirac, ont obtenu le titre d’anciens combattants. Partout dans le monde ces jeunes gens venus défendre le droit et la liberté sont montrés en exemple. Le sale coup en préparation à Madrid exige une riposte forte.

José Fort

L’Humanité Cactus 13 juin

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 16:31

Le président Obama empêtré dans des affaires intérieures – attentat de Benghazi, écoutes de journalistes, action excessive de l’administration fiscale – n’a pas trop de souci à se faire. Malgré les pressions des élus républicains, il semble en mesure de se sortir de ce mauvais pas. En revanche, le Prix Nobel de la Paix Obama a du souci à se faire en matière de politique internationale : chute de popularité en Europe, discours sur le Proche Orient et l’Afrique restés lettre morte, mauvaise passe en Asie... En Amérique latine, le Prix Nobel Obama impliqué dans deux coups d’Etat (Honduras et Paraguay), ne décide toujours pas la fermeture du centre de tortures de Guantanamo et laisse croupir dans les geôles US quatre ressortissants cubains coupables d’avoir infiltrés des groupuscules paramilitaires installés en Floride et responsables de nombreux attentats à Cuba. Le cinquième membre du groupe, René Gonzalez, a retrouvé depuis peu la liberté et sa famille à Cuba.

Ramon Labanino, Fernando Gonzalez, Antonio Guerrero, Gerardo Hernandez et René Gonzalez n’ont commis aucun crime sur le sol nord-américain. Ils n’ont jamais porté atteinte à la sécurité des Etats-Unis. Alors pourquoi des condamnations à des peines de prison ubuesques assénées dans des conditions juridiques indignes et le maintien presqu’au secret de ces hommes ?

C’était au temps de la présidence de Bill Clinton alors qu’une vague d’attentats frappait Cuba particulièrement les hôtels fréquentés par le tourisme international. Les relations entre Washington et La Havane avaient enregistré un timide dégel au point que des contacts étaient pris entre les services spéciaux des deux pays. Lors d’une réunion dans la capitale cubaine couverte par la présidence US, les représentants du FBI donnèrent leur accord pour une opération limitée dans le temps de « localisation et d’information » menée par des agents cubains en Floride repère des terroristes bien connus depuis l’attentat contre l’avion de la Cubana au dessus de la Barbade au mois d’octobre 1976 entraînant dans la mort 73 personnes dont l’équipe cubaine d’escrime. Un sinistre personnage impliqué dans la plupart des mauvais coups en Amérique latine, Luis Posada Carriles, avait publiquement revendiqué le crime avant de se réinstaller à Miami dans la plus totale impunité. La mission des agents cubains se limitait à obtenir les informations nécessaires pour contrer les actes terroristes en préparation. Rien de plus, rien de moins.

Au mépris des accords passés à la Havane, les cinq agents cubains étaient arrêtés, maintenus au secret puis « jugés » à Miami dans un environnement hostile, les jurés faisant l’objet de menaces et de chantages. La CIA était passée par là, l’agence ne supportant pas que son personnel local puisse être inquiété et refusant le début possible d’une amélioration des relations avec la Grande Ile. Depuis, quatre patriotes cubains survivent dans les geôles US. Cela fait quinze ans.

Aux Etats-Unis, le sort réservé à ces hommes a dépassé la confidentialité. Des centaines de personnalités du monde politique, économique, culturel et artistique demandent leur libération. Dix Prix Nobel et des dizaines de juristes internationaux viennent de s’adresser à Barack Obama et des journées de solidarité sont annoncées à Washington du 30 mai au 5 juin avec une revendication : le retour des quatre Cubains dans leur patrie.

Tous les recours juridiques étant épuisés, seul Barack Obama peut mettre fin à ce déni de justice. En prenant une décision libératrice, il rendrait enfin justice à des combattants anti terroristes injustement condamnés. Il accomplirait ainsi un geste d’apaisement pouvant ouvrir la voie à d’autres démonstrations de normalisation des relations et au possible élargissement de ressortissants étatsuniens détenus à Cuba. Le Prix Nobel de la Paix Barack Obama ne pouvant pas briguer un troisième mandat n’a rien à perdre. En agissant dans le sens de la libération des quatre patriotes cubains et dans le même mouvement en fermant la base concentrationnaire de Guantanamo et en rendant enfin ce morceau de terre à la République de Cuba, il redorerait une présidence démarrée dans l’espoir mais aux promesses non tenues. Deux de ses prédécesseurs – Lincoln et Carter - resteront dans l’histoire des Etats-Unis comme des présidents ayant pris des décisions courageuses en matière de droits de l’homme contre une opinion souvent hostile. Barack Obama aura-t-il le courage de se ranger dans cette lignée ?

José Fort

L’Humanité Dimanche 6 juin

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 12:38

Fleur Pellerin, ministre chargée des PME, de l’Innovation et de l’Economie numérique, est une des rares membres de deuxième rang du gouvernement Ayrault à crever l’écran. Une pointure. Elle a fait les grandes écoles (Essec, ENA), fréquenté les couloirs des ministères et de l’ONU avant d’occuper un siège à la Cour des Comptes.

Cette jeune femme affiche une ambition dévorante. Ses petits camarades n’ont qu’à bien se tenir. Kim Jong-suk, son nom sud-coréen, abandonnée puis adoptée par une famille française à l’âge de six mois, a effectué récemment un voyage officiel dans son pays de naissance où elle a été accueillie comme une superstar. Lorsqu’elle se limite à vanter les «réussites économiques » de Séoul, il ne faut pas mettre sa discrétion au registre des fatigues du voyage. Rappel.

En 2010, 4 378 personnes âgées de plus de 65 ans ont choisi le suicide en Corée du Sud, soit une personne toutes les deux heures, le taux le plus élevé des pays de l’OCDE. Depuis, les chiffres sont en hausse. En cause, la pauvreté. Alors qu’en France on s’inquiète, à raison, que 10,4% des plus de 65 ans vivent sous le seuil de pauvreté, cette proportion est de 50% en Corée du sud.

Dans ce pays où le coût de la vie est équivalent à celui de n’importe quel autre pays industrialisé, où le coût de l’éducation est le plus élevé des pays de l’OCDE, et où les couvertures maladies sont aussi succinctes que les indemnités de retraite, épargner pour sa retraite n'est pas toujours possible. La solidarité familiale marchant de moins en moins et les mises au placard dès la cinquantaine au nom de la compétitivité devenant une habitude, le suicide est devenu en Corée du sud une manière de régler le problème.

Pays à la réussite économique insolente, pays des puissants Chaebols, conglomérats richissimes qui y régentent la société (Samsung, Daewoo...) la Corée du sud démontre à quel point la performance économique peut être aussi un désastre humain.

José Fort

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 13:26

"Vie nouvelle", le magazine des retraités CGT, consacre ce mois de juin un dossier sur la Corse et le Tour de France. Voici l'interview de

Jean-Claude Graziani,

secrétaire du comité régional CGT corse

Q. La Corse, c’est son histoire, ses paysages, des hommes et des femmes durs à la peine… Il y a aussi la réalité sociale et économique. La Corse est-elle aussi en ce domaine une île de beauté ?

R. La Corse, c’est beaucoup de clichés sur le thème du paradis, des vacances, des paysages. Elle est aussi sur le devant de la scène en matière de violence, de banditisme, de terrorisme.

Pour mieux comprendre la Corse, il faut remonter le temps, revenir sur son histoire, le brassage des peuples méditerranéens, les invasions, la soumission à des puissances venues d'ailleurs. Pise, Gênes…Peu de gens savent que la Corse a été achetée à Gênes par le roi de France et que la conquête par les troupes royalistes a été marquée par une répression féroce. La Corse a connu une courte période d'indépendance avec Pascal Paoli avant que la révolution française permette aux Corses de devenir des citoyens à part entière. Rien ne fut facile. Des séquelles restent dans l'inconscient de beaucoup de Corses. Mais la Corse est-elle vraiment une ile de beauté pour ceux qui y vivent ? Pas si sur que ca.

Q. Selon une récente étude, le Nord-Pas de Calais et la Corse sont les deux régions de France où la pauvreté est la plus importante. N’est-ce pas exagéré ?

R. Au livre des records, la Corse en détient deux : celui des salaires les plus bas et des prix les plus hauts de tout l'Hexagone. 17.387 chômeurs officiels au début de 2013 en hausse de 12 % sur un an ; un revenu salarial de 12 à 20 % moins élevé que sur le continent ; plus de la moitié des retraités perçoivent l'allocation de solidarité c'est à dire le minimum vieillesse souvent faute de déclaration des employeurs notamment dans l'agriculture et le bâtiment. Les prix s'envolent: plus 9 % sur les produits alimentaires avec une TVA à 2.1% au lieu de 5.5 % sur le continent. Pareil pour la restauration : 8% au lieu de 19.6%. Le carburant plus cher de 8 à 10 % alors qu'il bénéficie d'un taux réduit de TVA de - 6.6 %. 150 millions d’euros de TVA disparaissent. Dans quelles poches vont-ils ? Pas dans celles de la majorité des Corses. 1 jeune sur 3 de moins de 25 ans est sans emploi. Réfaction de la TVA, zone franche, les aides aux entreprises se soldent par 313 euros équivalent habitant loin devant le Limousin classé 2eme avec 214 euros. L'intensité des dépenses pour 280.000 habitants est de 1836 euros par habitant, 282 étant la moyenne nationale. Où passe tout cet argent ? 87 foyers payaient l'ISF en 1989, 1200 aujourd’hui. Le mal vivre n'est pas pour tout le monde.

En 1989 comme en 1995 des conflits sociaux ont paralysé l'île pendant plusieurs mois pour réclamer une prime de vie chère dite « prime d'insularité ». Une majorité de salariés la perçoive. Il reste encore à la gagner pour tous

Q. Le tout tourisme n’est-il pas un danger pour l’île ? Existe-t-il d’autres secteurs permettant un développement économique.

R. Tout tourisme et mono activité ont dominé les politiques publiques depuis des décennies. Le résultat est connu. Tourisme de masse, précarisation et emploi saisonnier ont créé un sous prolétariat contre partie de l'argent facile et à court terme gagné sur 8 à 10 semaines l'été. Les retombées négatives se mesurent sur la population, sur son environnement avec une spéculation honteuse sur le foncier et sur l'immobilier alors que fleurissent les riches résidences secondaires pour les plus fortunés près de la mer. Qui peut encore se permettre de construire sa résidence principale lorsqu'il faut débourser 160 000 euros pour un terrain de 800m2. Surtout pas les jeunes corses. Le faible tissu industriel a été liquidé comme, par exemple, femenia fabrication produisant des machines à vendanger de renommée mondiale. La libéralisation des transports et les privatisations mettent en péril les emplois à la SNCM et à Air France. Des luttes fortes ont lieu dans ce secteur avec des pressions des bénéficiaires de ces politiques et la répression gouvernementale. L'espérance née de l’arrivée de la gauche à la tête de la collectivité territoriale de Corse fait place à des désillusions. Pour ne pas plonger dans le pessimisme nous pensons qu'il n'est jamais trop tard pour inverser le cours des choses. La Corse peut jouer un rôle phare tant au niveau touristique qu'environnemental. Des sites exceptionnels restent protégés. Le conservatoire du littoral comme le parc régional ont préservé des dizaines de kilomètres de rivages autant d'atouts à sauver des requins du tout tourisme. Mon optimisme vient de la prise de conscience des Corses. Chacun ici est convaincu qu'il faut éviter les erreurs quantitatives et qualitatives commises par exemple aux Baléares. Il est encore temps. Riche de notre patrimoine, de nos traditions culturelles, nous aspirons au développement économique maitrisé et solidaire. Nous ne sommes pas condamnés à importer 80% de ce que nous consommons. Elevage, viande charcuterie, fromage, maraichage, vins, fruits la Corse a des atouts. Il faut miser sur la pluriactivité et sur la formation des hommes afin de sortir de la spirale de la précarité et du mal vivre. Des industries de pointe type corse composite à forte valeur ajoutée dans le domaine du solaire, de l'éolien, de la recherche en relation avec l'université de Corte doivent être promus.

La Corse ce sont aussi ses villages. Il faut reconstituer le maillage du territoire par un réseau de service public essentiel pour la survie de l'intérieur. Une chose est sure : une volonté politique forte s’impose s’éloignant des dogmes libéraux. Elle doit rassembler

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 09:51

"Vie Nouvelle", le magazine des retraités de la CGT, consacre une large place dans son numéro de juin à la Corse et aux trois étapes du Tour de France qui auront lieu sur l'île.

En ouverture du dossier, voici l'article de Dominique Bucchini,

Président de l’Assemblée de Corse

La Corse s’apprête à accueillir avec enthousiasme le départ du Tour de France 2013, qui plus est pour trois étapes d’ouverture et de mise en jambes qui montreront, je le crois, la diversité géographique de notre île. Nous devons être non seulement à la hauteur de l’honneur et de la confiance qui sont faits à notre région d’avoir été choisie mais aussi de l’évènement sportif qui est une vitrine internationale extraordinaire. Bienvenue en Corse à tous les sportifs, à leurs accompagnateurs et aux nombreux amateurs de cyclisme qui viendront vivre et participer à cet évènement avec une passion particulière et pour certains d’entre eux, découvrir la Corse.

Ce qu’ils verront en premier lieu est une terre magnifique, montagne dans la mer comme il est souvent décrit dans le registre promotionnel des guides touristiques. Mais je souhaite avant tout que ces visiteurs fugitifs en profitent pour rencontrer les corses. Nous avons beaucoup à gagner en accueillant ce Tour de France. Non pas pour profiter de façon cavalière d’une manne économique qui n’est à ce jour qu’hypothétique. Les Corses doivent être d’abord capables de démontrer ces qualités d’hospitalité singulière qui ont constitué notre spécificité historique: en étant ouvert aux autres, nous envoyons le message d’un peuple qui croit et qui a confiance en lui.

Nous ne devons pas craindre l’altérité et la vivre comme un poids qui entacherait notre identité. Nous pouvons, ce faisant, lutter contre tous les clichés qui se perpétuent. J’ai conscience que, depuis un certain temps, l’image de la Corse n’est pas celle d’un pays serein. Nous ne pouvons pas cacher ce que tout le monde sait : les évènements de ces dernières années ont contribué à donner une représentation négative de la Corse. C’est à nous de relever ce défi du changement des apparences et de faire en sorte de renvoyer les auteurs des caricatures de la Corse à leurs études: le Tour de France peut nous y aider si nous savons mettre notre sens de l’hospitalité au service des nombreuses personnes qui viendront chez nous pour cette occasion. Les Corses peuvent à cette occasion montrer de quoi ils sont capables.

Amateur de sport, je crois que nous devons profiter de cet évènement pour aider au développement de cette discipline complète et magnifique qu’est le cyclisme. Ce serait une façon idéale de permettre à de nombreuses personnes, et en particulier aux Corses, de découvrir leur région. La pratique d’un tel sport me paraît en effet utile et saine, et la favoriser me semblerait être, d’un point de vue de la santé publique, une politique efficace.

En accueillant ce Tour de France, je souhaite par ailleurs que les spectateurs découvrent que notre île est encore préservée et ouverte à ceux qui ne la voient pas comme une terre de spéculation. Nous mettons en œuvre une politique de développement durable et de respect de du littoral afin que soient préservés les grands équilibres économiques et environnementaux. Nous cherchons à revitaliser la Corse de l’intérieur, celle qui souffre de la désertification des campagnes lorsque les côtes courent le risque de se développer de façon anarchique.

Ce Tour va permettre de montrer que la Corse est un lieu où il fait bon vivre dès lors que ne s’y développent pas les pratiques douteuses et que l’on y respecte l’harmonie volontaire de son développement. Je dis à tous ceux qui viendront en Corse pour suivre ce Tour de France, qu’ils seront les bienvenus parce que non seulement nous avons le sens de l’accueil et l’envie de faire découvrir notre île dans ce qu’ elle a de meilleur, mais aussi parce que nous jouons une carte importante en matière de tourisme et de développement économique. L’image que nous donnerons à cette occasion, sera à cet égard déterminante pour que de futurs évènements sportifs ou non, se produisent en Corse. Nous ne pouvons pas manquer ce rendez-vous qui est aussi un rendez- vous de l’amitié, de la rencontre et du partage. C’est aux corses de jouer et je souhaite qu’après cette première, attendue ici avec impatience, le Tour revienne en Corse parce qu’il y aura trouvé, non seulement des raisons sportives de le faire, mais aussi des raisons affectives.

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 09:44

Europe

Sto

Chaque jour, un pays européen annonce une catastrophe. La Grèce depuis longtemps ne compte plus l’ampleur du désastre, le Portugal entre dans une période socialement comparable à celle des années 1950, en Espagne, 27% de citoyens sont au chômage, plus d’un jeune sur deux est sans emploi, les Italiens sont en perdition, Britanniques, Belges, pays scandinaves et de l’Est du continent glissent dans la paupérisation tout comme la France, tandis que l’Allemagne montrée comme l’exemple à suivre détient le pompon des travailleurs pauvres en reléguant une frange de sa population dans la misère. Partout la politique dite « d’ajustement budgétaire », d’austérité ciblée sur les plus humbles, celle qu’on nous vante depuis des années « parce qu’on ne peut pas faire autrement », celle qui fait les choux gras des experts radio-télévisés, relais caniches du Medef, s’avère être un échec total. Les derniers défenseurs de la pensée merkélienne, les commis aux ordres de l’Allemagne solitaire, égoïste, méprisante, arrogante, celle de l’euro-mark, commencent à quitter le navire. Comme les rats.

Dernier en date, l’ancien maoïste portugais et actuel président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Que dit ce spécialiste du retournement de veste ? « Les politiques actuelles ont atteint leurs limites à bien des égards ». Avant lui, le chef économiste du Fonds monétaire international (FMI), Olivier Blanchard reconnaissait que « le fonds a sous-estimé l’impact des politiques de rigueur sur la croissance ». Même les banquiers s’y mettent à l’instar de l’Institute of global Finance (IFF) qui souhaite un « effacement de la dette grecque », les plans imposés étant « irréalisables ». Et, cerise sur le gâteau, les agences de notations acceptent ce revirement tout comme les marchés financiers craignant sortir perdant de l’opération « ajustement budgétaire ». Le gouvernement des Pays-Bas a tout compris et s’empresse de stopper les mesures d’austérité. Pour le plaisir, deux acidulés : Louis Gallois, celui qui a livré il y a quelques mois à Matignon un rapport économique saignant, avoue « l’addition des politiques d’austérité conduit dans le mur » ; les économistes de l’université de Harvart, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff qui avaient pondu LE rapport affirmant qu’une dette élevée accompagnait nécessairement la récession viennent de reconnaître qu’ils se sont plantés dans leurs calculs. La Commission européenne et les gouvernements prenaient appui sur cette étude pour justifier les plans de réduction à marche forcée de la dette. Non seulement tous les prétendus « responsables » révèlent leur incompétence et devraient avoir des comptes à rendre aux victimes de leur politique. Ils affichent aussi leur stupidité.

Une conclusion s’impose : le gouvernement français doit vite, très vite changer de cap, adopter une politique économique et sociale tournée vers la croissance et le plein emploi, et une réforme fiscale s’attaquant résolument à la grande fortune avec la récupération des sommes colossales volées à la France et cachées dans les paradis fiscaux. Le tout accompagné d’une véritable politique industrielle conquérante et innovatrice. Il n’y a pas d’autre choix.

José Fort

Vie Nouvelle juin 2013

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 08:07

l’Humanité 31 mai ( extrait)

« Nous nous dirigeons vers une montée en puissance des phénomènes de classe et de contestation sociale des élites, déjà à l’origine du vote « Non » au référendum de 2005. Les difficultés sociales vont se multiplier et mettre plus encore en évidence l’impéritie de l’oligarchie dirigeante. Beaucoup plus qu’à une poussée massive du FN, je crois en une implosion globale de la représentation politique, redistribution générale des cartes, d’un coup et à la surprise de tout. »

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 17:40

Dominique Strauss-Kahn a repris des activités et pas seulement en grimpant les marches du Festival de Cannes. Cette fois, c’est du sérieux. En véritable VRP, il vient de séjourner à Djouba, capitale de la République du Soudan Sud pour inaugurer la National Credit Bank où il disposera d’un siège au comité stratégique. L’ancien patron du FMI venant à l’aide de ce tout jeune pays qui a fait sécession de la République du Soudan après de longues années de guerre, deux millions de morts et des famines à répétition, pourrait laisser croire qu’après tant d’errements, DSK s’emploierait à faire du bien.

Son voyage et sa nomination ont été montés par la holding Anatevka (référence à « Un violon sur le toit ») récemment introduite à la Bourse de Paris dont le siège social est installé au Luxembourg. Anatevka est spécialisée dans la gestion de patrimoines privés. Elle est la maison mère du groupe Assya Asser Management présente au Luxembourg, en Belgique, à Monaco, en Israël, en Suisse et en Roumanie. Son patron, le financier Thierry Leyne, a fait le voyage de Djouba avec DSK. Certainement pas pour l’originalité des paysages et la beauté des populations… En République du Soudan Sud, il y a du fric à se faire. Le Nil blanc, ses nombreux affluents et le climat tropical peuvent transformer les terrains arides en une agriculture abondante avec des perspectives prometteuses dans le coton, les arachides, le sorgho, le blé… Surtout, le pays regorge de pétrole, de minerai de fer, de cuivre, de zinc, d’argent et d’or. L’escale à Djouba de DSK et ses amis d’Anatevka n’a pas fait grand bruit. Sauf dans certains milieux financiers d’Afrique du Sud qui considèrent le Soudan sud comme leur terrain de jeu. Ceci explique peut être pourquoi des médias sud-africains publient à nouveau des informations sur les prétendues dérives de DSK. Même simple VRP bancaire, l’homme du Sofitel se trimballe toujours une gamelle.

José Fort

L'Humanité Cactus 30 mai

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 17:01

Vont bien nous faire une bonne guerre. Fabius joue de ses petits muscles après une opération "vérité" montée avec deux journalistes en pleine forme à peine sortis de sites infectés d'armes chimiques et revenus avec des fioles (comme à l'ONU avant la guerre en Irak). Les Russes annoncent la livraison de missiles. Assad continue de plus belle. Les " rebelles" aussi. Israël se déclare prêt à bombarder. Les Iraniens pareil. Et chez nous les médias comme France Inter, le Monde et les autres sont habillés en kaki pour en découdre avec la peau des autres. Les yankees? Tiens donc, beaucoup plus discrets.

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