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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 11:58

 

« Tous à plat ventre et vite ». Le 23 février 1981, en début de soirée, le colonel fasciste Antonio Tejero venait de pénétrer dans le Congrès des députés à Madrid lorsqu’il lançait depuis la tribune cette menace accompagnée de quelques coups de feu. Santiago Carrillo, le Premier ministre Adolfo Suarez, le ministre de la Défense et des députés communistes  ne bougeaient pas de leurs places. Carrillo allumait une cigarette, fixait le putschiste sans broncher. Il nous dira plus tard : « Je savais que ce fou furieux me réserverait sa première balle. J’avais décidé comme quelques autres de refuser la honte de se coucher devant un tel homme et ce qu’il représentait : la dictature. »

 Santiago Carrillo et l’Espagne en pleine « transition démocratique », après tant d’années de franquisme, allaient surmonter la tentative de coup d’Etat après l’intervention télévisée du roi et alors qu’une colonne de blindés s’avançait sur Madrid. Santiago Carrillo, comme il l’avait démontré durant toute sa vie de combattant républicain, de responsable politique clandestin, était un homme courageux. Il vient de mourir à l’âge de 97 ans à Madrid. Jusqu’à la fin de sa vie, celui qui après avoir été dirigeant des jeunes socialistes, puis militant communiste avant d’occuper la fonction de secrétaire général du parti communiste d’Espagne est resté une personnalité largement respectée et appréciée par ses anciens camarades et aussi par ses adversaires civilisés. Il y a peu encore, Santiago Carrillo assurait des chroniques radio et dans la presse écrite. Avec  la même finesse d’analyse que celle qui a marqué toutes ses activités pendant une vie bien remplie.

Il avait quitté le PCE dans de mauvais termes avec nombre de ses camarades qui le rendaient injustement responsable de la défaite électorale de 1982. Il avait été mis en dehors du parti, sans jamais rompre cependant le lien qui l’unissait au PCE, sans cacher ses différences. Avec le temps, les rancœurs ont laissé place à l’amitié, au fil du temps « Santiago » comme on l’appelait avec tendresse en Espagne est devenu le dernier des vrais combattants antifranquistes,  pas comme ceux de la dernière heure qui occupèrent le pouvoir à partir de 1982.

Santiago était un combattant. Pendant la guerre d’Espagne, durant les longues années de clandestinité, après la mort du dictateur alors que l’Espagne, sur le fil du rasoir, tentait de sortir des ténèbres. Aujourd’hui,  des voix se font entendre pour critiquer la période dite de « transition démocratique » et l’action de Carrillo. Mais dans le contexte d’alors était-il possible d’agir autrement ? En 2012, le devoir de mémoire et la demande d’instauration de la République font vibrer des secteurs entiers mais pas encore majoritaires de la société espagnole. Les temps ont changé, pas ceux qui gouvernent actuellement en Espagne. Ils sont pour beaucoup les petits-enfants des fascistes et franquistes espagnols.

Santiago Carrillo un homme courageux, un combattant mais aussi un politique novateur. Il était avec Enrico Berlinguer et Georges Marchais à l’initiative de l’eurocommunisme.  qui allait agiter le monde communiste. Violemment combattu  par le PC soviétique et alors que, comme le déclarait Enrico Berlinguer,  le socialisme avait perdu  sa « force propulsive », l’eurocommunisme n’était-il pas une piste nouvelle qui aurait pu éviter la décomposition des partis communistes après l’effondrement des pays de l’Est et ouvrir la voie à la construction du socialisme démocratique ? Carillo, Berlinguer, Marchais y ont cru. Jusqu’au déchirement.

Santiago Carrillo aimait la France et les Français. Il portait une amitié particulière au parti communiste français qui a joué, disait-il, « un rôle irremplaçable dans notre lutte clandestine ». En 1996, dans les salons de l’ambassade de France à Madrid, il trinquait avec le colonel Rol-Tanguy et Lise London à la mémoire des Brigades internationales.  Au mois d’octobre 2011, il participait à l’inauguration de la stèle érigée à la mémoire  des Brigades internationales à l’Université de Madrid aux côtés de Cécile Rol-Tanguy et la délégation française de l’ACER.

Santiago Carrillo nous a quittés. « Il est normal à mon âge », disait-il, « que l’heure du départ s’annonce ». Puis, il allumait une éternelle cigarette et ajustait ses lunettes aux verres épais.    

 

José Fort

 

L'Humanité, 20 septembre 2012

 

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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 15:58

 

Chaque 11 septembre, pour moi, c'est la même histoire

 

 

« Un avion décolle dans trois heures pour Buenos Aires. Un conseil, prenez-le, votre sécurité en dépend. » Je venais à peine de rentrer dans ma chambre d’hôtel à Santiago du Chili. Au téléphone, un interlocuteur inconnu m’invitait à quitter rapidement le pays. Il fallait faire vite, sauter dans un taxi et prendre rapidement la route de l’aéroport en observant les consignes reçues quelques jours plus tôt. Peu m’importait ce départ précipité, même s’il provoquait une forte montée d’adrénaline, une trouille difficilement contenue. La mission que l’on m’avait confiée quelques semaines après le coup d’État de Pinochet en plein cœur de la capitale chilienne avait été remplie et allait figurer à la « une » de « l’Humanité » peu de temps après : rencontre avec les rescapés des tueries, transmission d’informations mémorisées à Paris, à Rome et à Buenos Aires avec en retour l’enregistrement d’indications précises, remise d’une forte somme d’argent, fruit de la solidarité. Je sais aujourd’hui que la plupart des personnes rencontrées ont disparu. Leurs corps n’ont jamais été retrouvés.

Quelques jours avant de quitter Santiago, le jeune homme installé au Sheraton, roulant en Lincoln noire avec chauffeur et menant grand train de vie ne présentait pas le profil d’un révolutionnaire échevelé. Dans le restaurant de l’hôtel vide, les regards des personnels chargés de servir l’unique client entouré de chandelles exprimaient plus le mépris que l’envie.

La première partie de la mission achevée et les contacts rompus, la seconde ne pouvait échapper aux flics de Pinochet. Visites aux familles réprimées et à leurs courageux avocats, rencontres avec les candidats à l’exil réfugiés dans les représentations diplomatiques. « Vous êtes repéré », m’avait averti l’ambassadeur du Mexique qui dû, lui aussi, quelques jours plus tard, faire ses valises.

Il régnait un étrange silence à Santiago. Cette ville vivante, bruyante, joyeuse était plongée dans la peur. Dès le soir tombé, malgré la chaleur du début de l’été, les rues étaient désertes. Les patrouilles de l’armée quadrillaient la capitale. L’accès au palais présidentiel, la Moneda ravagé par les flammes le 11 septembre 1973, était interdit, les cadavres ne dérivaient plus sur le fleuve Mapucho, le stade qui avait servi de centre de torture avait été nettoyé. Les prisons étaient pleines, on torturait dans les casernes et dans des villas réquisitionnées par la police secrète, on incitait à la délation dans les familles, les dirigeants démocrates-chrétiens, si violents contre Salvador Allende, se terraient sans exprimer la moindre protestation, tandis qu’une poignée de militants communistes, socialistes et du MIR tentaient de reconstruire une structure de résistance. Seuls quelques ecclésiastiques osaient affronter publiquement la junte en protégeant des prisonniers et en venant en aide aux familles. En province, loin de tout, l’armée torturait et fusillait à tour de bras.

Il y avait au cours de ces heures tragiques des moments de fierté. Celui, par exemple, d’assister à l’accueil dans les locaux de la représentation diplomatique française des Chiliens de toutes tendances politiques promis à la mort. Ou encore de voir la femme de l’ambassadeur de France participer à l’installation de matelas et à la distribution de nourriture. Qu’il fait bon à ce moment-là de revendiquer sa nationalité.

Il était 18 heures. À l’aéroport de Santiago, le vol pour Buenos Aires était annoncé. J’achetais des cerises. Dans le paquet, je ne sais qui avait glissé un petit morceau de papier sur lequel était écrit : « Bon voyage et fais attention à toi. »

 

 

 

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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 19:43

Manuel Carlos Valls, ministre français de l'Intérieur, a-t-il oublié ses origines? Son père Xavier, artiste peintre catalan, avait obtenu une bourse de la France avant de s'installer à Paris en 1949. Il venait rejoindre les dizaines et dizaines de milliers de républicains espagnols ayant trouvé l'accueil solidaire du peuple de France, pas des autorités parisiennes qui, quelques années auparavant, avaient traité comme des chiens 500.000 réfugiés fuyant la dictature franquiste. En 2012, Valls, celui que la France a nourri et éduqué, se comporte comme le ministre de l'Intérieur qui en février 1939 parquait les républicains espagnols dans les camps de concentration d'Argeles et d'ailleurs. Les enfants des républicains espagnols ont honte de l'un d'entre eux.
José Fort

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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 12:41

 

l'Humanité du 27 juillet 2012

 

« Rapplique, l’affaire est sérieuse ». François Lescure m’a souvent réveillé tôt le matin à la lecture d’une information importante. Faut dire que François avait écouté les radios, lu les dépêches de la nuit en provenance des quatre coins du monde, pris contact avec nos correspondant à l’étranger susceptibles d’intervenir dans la journée. François, à la retraite depuis dix ans, avait demandé le « privilège d’assurer bénévolement le service de fin de nuit ». Il arrivait entre 4h et 5h du matin  chaque jour à la rubrique internationale du journal, sauf le dimanche les deux dernières années de sa vie, puis passait le relais  en début de matinée après avoir bu le café avec les femmes de ménage. Tout était prêt pour le « cuisinier » du jour: le « menu », chaque sujet étant souligné au crayon rouge selon l’importance, les dépêches papier triées, le compte rendu des contacts téléphoniques avec Pékin, Moscou, Berlin ou ailleurs.  Lorsque nous nous présentions à la conférence de rédaction,  impossible de nous coincer à moins de sauter une ligne. François était journaliste 24h sur 24 et disait aux plus jeunes : « Mesurez votre chance. Vous faites un bébé tous les soirs ».  Quand il portait la cravate, nous rigolions discrètement certains que vers 12h il nous dirait : « J’ai un rendez-vous » et on ne le revoyait que le lendemain. Parfois, il retrouvait  Catherine Deneuve dans un restaurant parisien. Nous le savions grâce  une indiscrétion confirmée par la présence de la star le jour de la remise de sa Légion d’Honneur par Etienne Fajon, ancien  directeur de « l’Huma », au siège du journal. François Lescure était un personnage hors du commun. Nous avions pour lui une immense affection et un respect sans limite.

Respect ? Cet homme qui dormait peu, souffrait beaucoup, ne se plaignait jamais. Il était resté d’une grande discrétion sur son parcours de résistant. Et pourtant. Lycéen, il s’était engagé dans les rangs des jeunes communistes. En 1940, alors qu’il était le secrétaire parisien de l’Union des Etudiants communistes et vice-président de l’UNEF, il fut l’un des organisateurs (avec Francis Cohen et Suzanne Djian) de la première manifestation anti nazie du 11 novembre 1940, Place de l’Etoile à Paris. Caroline Constant raconte dans un portrait consacré  au résistant François Lescure cette célèbre journée : « Il est 17h30. La nuit est déjà tombée. Pourtant des Champs-Elysées et des rues adjacentes, des centaines, des milliers de jeunes gens et de jeunes filles remontent vers l’Etoile. Par grappes. Pendant deux heures,  avant que les nazis n’interviennent, ils se rassemblent aux cris de « Vive la France », en entonnant la Marseillaise et le Chant du départ.  A  proximité, François Lescure. Il a tous juste vingt ans. Il est communiste. Et il vit déjà en semi-clandestin dans Paris occupé ».

  « Nous étions peu nombreux à l’époque à oser défier l’occupant. Certains oublient aujourd’hui le rôle essentiel joué par les communistes dans la lutte alors que les représentants des autres forces politiques se terraient morts de trouille », soulignait François. Plus tard, il rejoint la Résistance. Arrêté, torturé, il réussit à s’échapper des mains des tortionnaires. Il gardera à jamais les traces des sévices endurés.

C’est en 1946 qu’il entre à « l’Humanité ». L’essentiel de sa carrière se fera dans notre journal avec une parenthèse entre 1965 et 1973 au poste de rédacteur en chef de l’hebdomadaire « France Nouvelle ».

A « l’Huma », il a tout fait : chef du service politique, chef par intérim du service international, secrétaire d’Etienne Fajon, alors directeur du journal. Il occupe même, un moment, le poste de secrétaire général du quotidien et, plus tard,  d’animateur de la rédaction de « l’Humanité Dimanche ». Il termine sa carrière de journaliste actif  en charge des affaires européennes. Son père, Pierre de Lescure résistant de la première heure, fut un des créateurs des Editions de minuit. Son fils, Pierre Lescure (la particule ayant disparu entre temps) est un journaliste connu qui a travaillé notamment à Europe1 puis a dirigé Canal. Chez les Lescure on est journaliste de père en fils.

A la rubrique vie internationale de « l’Humanité », François Lescure faisait partie d’une équipe de vieux briscards-baroudeurs forts en gueule à qui on ne la faisait pas. Antoine Acquaviva, Robert Lambotte, Jean-Emile Vidal, Max Léon,  Madelaine Riffaut… et le « chef », l’impassible Yves Moreau. Avec ces gens là, le travail primait tout, les heures n’étaient pas comptées. Tous, anciens résistants et déportés, étaient devenus des journalistes de qualité. Ils formaient un véritable groupe solidaire, responsable, signant reportages, commentaires et éditoriaux faisant référence dans le monde politique et journalistique de l’époque. Pour supporter et diriger une telle équipe dont Wolinski partageait parfois la consommation de whiskys, il fallait s’appeler Roland Leroy et René Andrieu. Car toutes ces attachantes canailles, comme François Lescure, savaient mettre au pas les prétentieux et les bégueules, les ratés et autres carriéristes sans saveur et dans le même temps témoigner de l’amitié, de la solidarité, de la tendresse. Ils savaient aussi organiser les « pots » et autres fêtes avec débordements assurés souvent contrôlés. Pas toujours.

François Lescure (disparu en 1992) qui avait tant donné dans le combat pour la liberté et la justice, qui s’était investi totalement dans son travail de journaliste était un des meneurs de cette célèbre bande qui restera dans les annales du journal. Lorsque, maladroitement, nous évoquions avec François son dos meurtri et les douleurs du soir, il répliquait : « J’oublie tout en écrivant mon papier. »

José Fort

(Ancien chef de la Rubrique internationale de « l’Humanité »)

 

 

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 18:37

Peugeot est le 2e constructeur automobile européen. Le CA par activité se répartit comme suit :
- vente de véhicules (71,2%) : 3,1 millions de véhicules particuliers et utilitaires légers vendus en 2011 (1 655 900 unités sous la marque Peugeot et 1 435 700 unités sous la marque Citroën) ;
- vente d'équipements automobiles (23,5% ; Faurecia) : blocs avant (n° 1 européen), systèmes d'échappement (n° 2 mondial), sièges automobiles (n° 2 européen et n° 3 mondial), modules et composants pour l'intérieur du véhicule, etc. ;
- prestations de financement des ventes (2,7% ; Banque PSA Finance) ;
- prestations de transport et de services logistiques (2,4% ; Gefco) ;
- autres (0,2%) : notamment production et vente de motocycles.
La répartition géographique du CA est la suivante : Europe (75,9%), Amérique latine (9,2%), Asie (4,7%) et autres (10,2%).

 Investissements / Perspectives


Les investissements 2011 ressortent à 3 824 MEUR contre 3 035 MEUR en 2010. Ils se répartissent comme suit : investissements corporels (2 253 MEUR ; +33,5% sur 2010), investissements incorporels (1 438 MEUR ; +19,7%) et investissements financiers (133 MEUR ; -8,9%).

 ACTIONNARIAT

 

Dénomination

% actions

% droits
de vote

 Investisseurs institutionnels étrangers

32,73

26,32

 Famille Peugeot

25,27

36,80

 Investisseurs Institutionnels Français

18,52

14,86

 Autocontrôle

7,34

-

 Actionnaires Individuels

7,11

5,92

 Salariés

3,26

4,54

 Flottant

5,77

-

 

 

DIRIGEANTS

Dirigeant

Titre

Monsieur Philippe Varin

Président du Directoire

Monsieur Guillaume Faury

Membre du Directoire

Monsieur Grégoire Olivier

Membre du Directoire

Monsieur Jean-Christophe Quémard

Membre du Directoire

Monsieur Frédéric Saint-Geours

Membre du Directoire

Monsieur Pierre Todorov

Secrétaire Général

Monsieur Jean-Baptiste de Chatillon

Finances

Madame Pamela Knapp

Finances

Madame Carole Dupont-Pietri

Communication Financière

 

 

CONSEIL D'ADMINISTRATION

Dénomination

Titre

Monsieur Thierry Peugeot

Président du Conseil de Surveillance

Monsieur Jean-Philippe Peugeot

Vice-Président du Conseil de Surveillance

Monsieur Jean-Louis Silvant

Vice-Président du Conseil de Surveillance

Monsieur Marc Friedel

Membre du Conseil de Surveillance

Madame Pamela Knapp

Membre du Conseil de Surveillance

Monsieur Jean-Paul Parayre

Membre du Conseil de Surveillance

Monsieur Robert Peugeot

Membre du Conseil de Surveillance

Monsieur Henri Philippe Reichstul

Membre du Conseil de Surveillance

Monsieur Thierry Pilenko

Membre du Conseil de Surveillance

Madame Dominique Reiniche

Membre du Conseil de Surveillance

Madame Marie-Hélène Roncoroni

Membre du Conseil de Surveillance

Monsieur Geoffroy Roux de Bézieux

Membre du Conseil de Surveillance

Monsieur Ernest-Antoine Seillière

Membre du Conseil de Surveillance

Monsieur Joseph F. Toot Jr

Membre du Conseil de Surveillance

Monsieur François Michelin

Censeur

Monsieur Roland Peugeot

Censeur

 

 

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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 12:05

 

Un article publié dans l'Humanité Dimanche

 

« Et si on allait déjeuner ? ». Wolinski, en pleine promotion d’un livre et d’une expo (1), n’en peut plus des interviews, des radios, des télés, des magazines. Il ne crache pas dans la soupe (faut bien vivre) mais un type de « l’Huma » qu’il connaît depuis trente ans ne va pas lui faire le coup : « Alors M. Wolinski, vous aimez toujours les femmes, alors M. Wolinski, vous êtes de droite, de gauche, du centre. C’est quoi l’humour, vous vieillissez comment… ?» Georges invite.

Généralement, c’est le mec ou la fille de la télé, du journal qui règle la note pour passer une heure avec l’artiste. Georges sort sa carte bleue et file quelques dessins à son pote de l’HD. « Faut aider les pauvres », rigole-t-il. Bref, si on déjeunait.

« Mon gendre m’a conseillé un restaurant original. Je ne me souviens pas de l’adresse ». Nous voilà mal parti sauf que Georges sort son téléphone portable et active le numéro de son gendre. Depuis le désert éthiopien, le compagnon de sa fille, gentil garçon en plein raid, glisse: « rue de Belleville au numéro… » Sympa, le gendre.

Nous voilà démarrant le déjeuner avec celui qui écrit dans son bouquin « un humoriste, c’est quelqu’un qui, après avoir bien réfléchi, s’arrête de réfléchir », qui  affirme que «  la justesse du trait  est le fruit d’un long travail et d’une longue maturité, comme l’écriture » et qui  «  à cinquante ans a décidé d’arrêter de vieillir ».

Dans son bouquin, Wolinski publie de nombreux dessins.  Certains sont connus, d’autres moins. Le plus est dans le texte. Georges,  cette fois, se raconte : sa jeunesse, ses amis, ses amours, ses copains (les vrais), ses voyages, sa femme, Hara-Kiri, Charly mensuel, ses ronchonnements, ses émotions… ses adieux. Comme un testament. Il en rajoute le Georges au moment où se tient à la bibliothèque nationale de France (BnF) et jusqu’au 2 septembre une rétrospective de  son œuvre à travers, précise l’organisateur, « un choix de plusieurs centaines de pièces, l’occasion de parcourir 50 ans de carrière d’un artiste réputé pour son humour tendre et provocateur ». L’auteur aurait pu ajouter (mais le connaît-il suffisamment ?) un artiste d’une sensibilité extrême, d’une générosité discrète, d’un humoriste à la pensée aigue, dessinant les femmes  qu’il ne se contente pas d’aimer mais dont il défend bec et ongles tous les droits restant à conquérir.

Un peu cabot, quand même, le Georges. Près de notre table une jeune femme lui adresse un grand sourire. « Je suis une de vos fidèles », lui lance-t-elle, avant d’obtenir un autographe ciblé et quelques amabilités. «  T’es célèbre », lui dis-je.   « Quelqu’un de connu », réplique-t-il, « c’est quelqu’un dont on remarque la présence, quelqu’un de célèbre, c’est quelqu’un dont on remarque l’absence. » Fermez le ban.

Wolinski vient de loin. Fils de juif tunisien. Rapatrié vers le Nord froid et gris au moment de la décolonisation. Service militaire à Reggane, le centre d’essai de la bombe atomique française. Il aurait pu succéder à son beau-père et à sa boutique celui que son instituteur  notait « d’intelligence moyenne mais d’un esprit vif » et qui rêvait de devenir « architecte ou médecin de marine. » Il a suivi – heureusement – un autre chemin. Après deux ans aux Beaux Arts et alors que Cavana affirme que « Wolinski, on croit que tu es con, parce que tu fais le con, mais c’est faux : tu es vraiment con», Wolinski décoré par Chirac de la Légion d’honneur laisse passer son regard sur les évolutions de la société. Dans son bouquin, il y a les pensées du « maître », comme le qualifiait Sarkozy un jour de remise de médailles ajoutant doucement à son oreille : « C’est mieux maintenant, n’est-ce pas ? »

Cet été, on peut lire et redécouvrir Wolinski. « Jeune, j’aimais dessiner. Je ne savais pas que c’était un métier. »

José Fort

 

(1)

-         Le pire a de l’avenir. Editions Cherche Midi. 900 pages. 23,90 E

-        50 ans de dessins à la Bibliothèque nationale de France. Du 29 juin au 2 septembre (entrée libre) Métro : Quai de la gare. 

 

 

 

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 10:23

 

Au Paraguay, le président élu Fernando Lugo, vient d’être purement et simplement jeté lors d’un coup d’Etat déguisé. La majorité sénatoriale du parti Colorado – cache sexe de l’ancien dictateur sanguinaire Alfredo Stroessner – a pris prétexte d’un affrontement entre policiers et paysans sans terre pour accuser le Président « d’incapacité ».

Il y a un an, pratiquement jour pour jour, le président élu du Honduras, Manuel Zelaya, était destitué. Depuis, plus de deux cents militants syndicaux et associatifs ont été assassinés par les groupes paramilitaires. Au Paraguay comme au Honduras,  les forces de l’oligarchie ne supportant pas  une politique progressiste de redistribution des terres et des richesses nationales mènent une lutte acharnée pour récupérer leur pouvoir avec soutien des Etats-Unis. Barak Obama, Hilary Clinton ne pipent pas mot. Une discrétion observée aussi par l’Union européenne et la France. Bref, on peut assassiner en silence au Honduras, commettre un coup d’Etat sans réaction au Paraguay.  Normal, selon le mot à la mode à Paris.

A Cuba, une douzaine de contestataires financés par la représentation des Etats-Unis à la Havane, manifestent dans une rue avec pour résultat des tonnes de dépêches, des photos à la pelle, des émissions  télévisées scandalisées. Avez-vous vu un reportage sur les prisons honduriennes, sur les manifestations à Tegucigalpa ? Avez-vous vu un témoignage sur les disparus au Paraguay ? Sur les 65% d’analphabètes, sur l’espérance de vie à 50 ans dans les deux pays, alors qu’à Cuba ont peut s’engueuler avec les voisins jusqu’à 76 ans ? Vous souvenez-vous du nom d’un athlète paraguayen, du nombre de médecins au Honduras ?

Que M. Obama et ses proches soutiennent les « golpe » au Honduras et au Paraguay, cela étonnera peu. En revanche, que les nouvelles autorités françaises se réfugient dans une politique de « non  intervention » dont leurs pères furent des adeptes alors que deux pays latinos subissent la violence dictatoriale donne à penser sur le futur de la politique étrangère française.

José Fort

L’Humanité Cactus 28 juin

 

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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 17:37

 

 

Faut arrêter de se moquer de Bernard-Henri Lévy, râle Anne Sinclair  au nom de 35 années d’amitié avec celui qu’Alain Juppé vient de qualifier « d’affabulateur ». C’est facile de rire du« philosophe » à la chemise éternellement blanche, du donneur de leçons accrédité permanent sur toutes les chaînes radios et télés, du spécialiste du plagiat, du pourri de fric un jour de droite un autre proche des socialistes, de l’aventurier aux plis de pantalon impeccables sous les bombes.  Bref, il faudrait cesser, comme l’affirme la compagne de DSK,  de se partager en « pro-BHL » ou en « anti-BHL » et choisir comme l’a fait le candidat François Hollande  de déjeuner avec le bouffon au lieu de participer à un Zénith de la CGT sur les retraites.

M. Bernard-Henri Lévy, faiseur vieillissant, inspirateur de l’expédition de l’OTAN en Libye, ne réussit plus rien. Même pas son film « le serment de Tobrouk », un bide retentissant reposant malheureusement sur une guerre contre une dictature se transformant en une catastrophe pour des populations livrées à la charia et aux pires exactions. Il ne fait plus rire le triste BHL lorsque le président du Niger, Mahamadou Issoufou demande aux responsables de la  déstabilisation de l’ensemble de la région après l’intervention militaire en Libye d’assurer « le service après vente », le Mali  devenant « l’Afghanistan de l’Afrique », le sud de la Libye se transformant en base arrière des djihadistes armés jusqu’aux dents. Souvenez-vous de  BHL transformé en chef guerrier donnant conseils et directives sur le perron de l’Elysée. Souvenez-vous de tous ceux qui ont soutenu l’expédition militaire. En fait, BHL n’est qu’un pion, l’histoire ne retenant dans cette affaire que ceux qui ont commis la faute (le crime ) politique de s’engouffrer dans une aventure  aux conséquences dramatiques pour des hommes et des femmes laissés à l’abandon entre les mains de fous sanglants.

José Fort

L’Humanité Cactus 21 juin

 

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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 23:51

Réponses aux questions de Radio France internationale. 17 juin. 22 heures

 

La abstención alcanzó un nuevo record. Es el resultado de una larguísima campaña electoral en la cual los electores no se reconocen. La gente está  cansada y no percibe la importancia de esta elección.

El partido socialista consigue la mayoría absoluta. Puede que no le hagan falta los votos de los otros partidos de izquierda en la nueva asamblea nacional.

Este contexto político puede parecerle favorable al nuevo poder. Aparentement, sí. Pero a lo largo del tiempo cómo reacionarán los milliones de electores del primer turno de la elección presidencial  particularmente los del Frente de Izquierda con el partido comunista que logran muy pocos diputados por un motivo muy sencillo : en todos los casos donde se presentaba un diputado saliente  communista, el partido socialista se unía a los verdes para derrotarlos.

En el proximo gobierno, figurarán uno o dos ministros o mejor dicho uno o dos secretarios de estado prófugos del partido comunista. Pero el partido comunista y el frente de izquierda, le puedo anticipar la informacion, no irán al gobierno. Por un motivo muy sencillo : el programa del presidente Hollande no coresponde a los objetivos del frente de izquierda. Y como el presidente ha dicho que no hay nada que negociar, el caso queda cerrado.

 

La derecha limíta sus perdidas. Mañana se habre un periodo feroz de luchas internas. La ultra derechización del partido UMP ya está ya en camino. Hasta dónde ? Lo sabremos en la próximas semanas.

 

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 21:14

 

Quelques jours avant la grève générale du 18 juin des mineurs asturiens et après plusieurs semaines de conflits avec ces travailleurs menacés de liquidation par le gouvernement de Mariano Rajoy, le chef des unités de police spécialisées dans la lutte contre les «  désordres publics » (les CRS espagnols) vient de déposer une plainte devant le tribunal d’Oviedo dénonçant les « violences » des manifestants. Prié de commenter cette action judicaire, il a déclaré à la presse locale : «  Avez-vous vu les biceps de la plupart des mineurs. D’une simple gifle, ils arrachent les casques de nos hommes. »

Les CRS espagnols se souviennent avec nostalgie des actions contre les étudiants et les « indignés ». « Eux, on leur file un coup et le sang coule de leur nez délicat », soupire un CRS concluant : «J’ai été chargé l’autre jour par un gars d’une mine de Mieres et j’ai cru prendre dans la gueule un camion avec sa remorque. Ils ne sont pas seulement fort physiquement, ils ont surtout la rage : on les voit déraciner des arbres et nous les balancer dessus. J’ai même vu un de mes collègues déshabillé en quelques secondes et recevoir des baffes à  estourbir un taureau.» 

Une audience a été demandée au ministre espagnol de l’Intérieur, Jorge Fernandez Diaz, celui avec qui Manuel Vals vient de «  trouver une bonne entente de coopération. ». Ce Diaz en question, homme de la  droite musclée, en connaît un rayon en matière de répression puisque plusieurs de ses proches du temps de la dictature franquiste ont mis les mains dans le cambouis ou plutôt dans le sang pour tenter de mâter les opposants au régime et les mineurs  lors de la célèbre grève dans les Asturies en 1962 et 1963. L’Espagne tétanisée vivait à ce moment là le premier mouvement populaire qui allait déclencher l’élargissement de la lutte contre Franco. Les Diaz de l’époque ne pouvaient pas savoir que quelques dizaines d’années plus tard, leur rejeton aurait à gérer les états d’âme des policiers effrayés par les biceps des mineurs.

José Fort

L’Humanité Cactus 14 juin

 

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