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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 11:04

Moussa Koussa dit Courgette, ancien chef des services secrets de Kadhafi, mange à tous les râteliers. A son actif, des assassinats, des coups tordus, des disparitions d’opposants. Devenu ministre des Affaires étrangères, il a réussi le retour de Kadhafi sur la scène internationale, favorisé de juteux contrats pétroliers, assuré le voyage de son patron à Paris. Ces dernières années, Moussa s’était converti en un interlocuteur privilégié des services spéciaux français et britanniques.

Quelques jours avant la chute de Kadhafi, Moussa Koussa était exfiltré. Après avoir franchi la frontière terrestre avec la Tunisie, un jet privé le transportait directement à Londres où l’attendait plusieurs séances de débriefing. Moussa est le prototype du sale mec : tueur un temps, donneur un autre, toujours du côté du manche. Pour le remercier de sa collaboration et le tenir sous contrôle permanent, Moussa Koussa a été transféré chez un fidèle allié de Londres et de Paris : le Qatar, qui ne fait pas seulement dans le football.

Dans la série sale type, en voici un autre, un gros calibre lui aussi : Salah Béchir. Ancien directeur de cabinet de Kadhafi ou plutôt « intendant » du dictateur, ce sinistre personnage qui tenait une partie de la bourse, a été exfiltré par deux de ses « amis » français Claude Guéant et Bernard Squarcini, le patron des renseignements français. Alors qu’il est recherché par Interpol, plusieurs témoins l’ont vu dans des palaces et des restaurants parisiens menant grand train de vie.

Moussa et Saleh ont démenti l’information selon laquelle Kadhafi aurait financé  pour 50 millions d’euros la campagne électorale de Sarkozy en 2007. Paroles d’experts. Ils étaient bien placés, en effet, pour connaître le contenu de certaines valises. On comprendra que ces deux individus ne souhaitent pas finir comme leur copain Choukri Ghanem, ancien ministre libyen du pétrole, retrouvé dimanche dernier noyé dans le Danube. Simple glissade ?

José Fort

L’Humanité Cactus 3 mai 

 

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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 12:52

 

Pas de chance pour Barack Obama. En arrivant à Carthagène en Colombie pour le Sommet des Amériques, le président nord-américain pensait monter une juteuse opération de promotion. Il est reparti très mécontent: pas de déclaration finale et un seul engagement avec une possible commission de lutte contre la drogue. Bilan très mince et quelques torgnoles dispensées au président US. et pas seulement par les chefs d’Etat  qui avaient décidé de boycotter la réunion. On savait que les présidents de l’Equateur, du Venezuela, du Nicaragua ne feraient pas le voyage. Voilà que le président bolivien, Evo Morales apprécie le Sommet comme « une rébellion de l’Amérique latine et des Caraïbes contre les Etats-Unis. » Et d’annoncer ne pas participer à la prochaine réunion prévue dans trois ans au Panama si Cuba n’y est pas ; voilà que les présidentes de l’Argentine Cristina Kirchner et du Brésil, Dilma Rousseff ainsi que Morales décident de précipiter leur départ tandis que dans la salle Obama semble dormir les yeux ouverts.

On lui aura tout fait à Barack lors de ce sommet. La presse colombienne a montré Hillary Clinton faisant la fête la nuit dans le café Havana (oui, le Havana) de Carthagène. Déchaînée, la secrétaire d’Etat dansait la salsa entre deux « mojitos » pendant que  Barack regagnait sagement sa chambre. Il y a plus ennuyeux. Une dizaine de membres des services secrets chargés de la protection du président nord-américain se sont payé les services de plusieurs prostituées locales. Payé, façon de parler car les barbouzes ont refusé de régler la note provoquant la colère des professionnelles du sexe. Cerise sur le gâteau, les chefs militaires US pour l’Amérique du Sud priés de s’excuser après les débordements de leurs hommes ont simplement regretté  leur « mauvaise conduite ». Barack Obama, selon un journaliste accrédité à la Maison Blanche, ne décolère pas après ce « voyage de merde ». 

José Fort

L’Humanité Cactus 26 avril

 

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 13:49

 

Le travail des enfants est un « crime » entendait-on l’autre jour au Parlement européen. Il faut combattre ce fléau en Chine, en Inde et dans de nombreux autres pays en boycottant leurs produits, clamaient plusieurs députés visiblement scandalisés. Un conseil à nos édiles : inutile d’enquêter loin de Bruxelles. Faites simplement un détour par Naples et la région où 300.000 enfants âgés de huit à seize ans travaillent dur à l’ombre du Vésuve et dans le sud de l’Italie. Ces gosses se tapent des journées de douze heures pour 35 euros par semaine en collant des boîtes, vernissant des voitures, cousant des chaussures, des sacs ou des portefeuilles. On en retrouve un paquet aux carrefours de Naples à vendre des cigarettes de contrebande où à guetter aux coins des rues pour le compte de la mafia. Avant de monter des opérations de protection de l’enfance à Shangaï et à Bangkok, ne faudrait-il pas commencer par balayer devant la porte européenne à Naples mais aussi dans de nombreuses autres villes italiennes, portugaises espagnoles, polonaises ? Dans les quartiers et les villages du vieux continent où  les enfants travaillent très jeunes dans l’agriculture et dans les arrières cours des petits ateliers de sous-traitance ?

L’hypocrisie européenne est proportionnelle au refus de combattre autrement que par des mots cette terrible injustice frappant les plus vulnérables. A Strasbourg, chaque année, un prix Sakharov des droits de l‘homme est décerné avec un abonnement spécial aux dissidents cubains alors que dans la Grande Ile pas un enfant travaille avant l’âge légal, meurt de faim ou dort dans la rue. Cette année, pour changer, nos élus européens se grandiraient s’ils décernaient leur prix - même dévalorisé - à un certain Giovanni Sovino. Giovanni ne fait pas parler de lui et pourtant cet éducateur de 33 ans tente de sortir de la rue des enfants dans l’un des pires quartiers de Naples : Barra, véritable supermarché de la drogue et de la  surexploitation des enfants.

 

José Fort

 

l'Humanité Cactus 12 avril

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 19:26

 


Un  entretien  avec le premier Président de la République Algérienne publié en 2002 dans « l’Humanité »

 

Le premier président de la République algérienne, Ahmed Ben Bella, décédé mercredi à Alger à l’âge de 96 ans, m’avait reçu au mois d’octobre 2002 à Genève. L'entretien s’était déroulé dans les locaux de Nord-Sud XXI, l'ONG de défense des droits de l'homme qu'il présidait, en présence du docteur Jean-Yves Follezou. Ahmed Ben Bella était une figure du nationalisme arabe. Il se distingua durant la Seconde Guerre mondiale en combattant, dans l'armée française, les forces hitlériennes. Puis il mena la lutte pour la libération de l'Algérie, dirigea le pays jusqu'au coup d'Etat du 19 juin 1965. Il fut, comme Nelson Mandela, un des plus célèbres prisonniers politiques, totalisant 23 années de prison avant de connaître l'exil. Il s'était impliqué dans l'action pour une réforme de l'ordre économique mondial et les relations Nord Sud.

L'homme était élégant, chaleureux. Il parlait lentement, gravement. L'ancien joueur de football à l'Olympique de Marseille pouvait aussi s'emporter sur « la dérive du foot qui privilégie actuellement la défense au détriment de l'attaque. » Ahmed Ben Bella était resté un homme d'action. Voici l’interview publiée dans « l’Humanité » au mois d’octobre 2002.

José Fort

 

 

JF. Monsieur le président, toute votre vie a été marquée par le combat. Combat contre le fascisme hitlérien dans l'armée française, notamment au Monte Cassino...

Ahmed Ben Bella. J'ai reçu la médaille militaire des  mains du général de Gaulle. Deux de mes frères sont morts en combattant les Allemands, le premier en 1914, le second en 1940. Plusieurs de mes cousins sont tombés pour la France. Vous évoquez avec raison Cassino. J'y étais. J'ai d'abord combattu en France, à Marseille, dans la défense antiaérienne. C'était en 1940. Sur le port nous avons abattu plusieurs stukas. En 1942, j'ai participé à la campagne d'Italie en compagnie d'officiers français de grande qualité, qui avaient tenté de rejoindre de Gaulle à Londres. Sous la direction du maréchal Juin, un bon stratège, les compagnies d'élite composées essentiellement de Nord-Africains ont repoussé les forces hitlériennes hors d'Italie. J'étais un parmi des milliers.

JF. Vous avez mené d'autres combats. Pour l'indépendance, à la tête de l'Algérie, pour résister à l'isolement carcéral. Quel sens donnez-vous à la poursuite de votre combat ?

Ahmed Ben Bella. Un prolongement logique. Très vite, j'ai pris conscience que nous étions confrontés à un problème plus large que la libération du pays : le système mondial. Lorsque j'étais président de la République algérienne, je me suis immédiatement rendu compte que nous avions récupéré un hymne, un drapeau. Rien d'autre. Tout ce qui concernait le développement du pays était bloqué. Le système capitaliste fixait les prix. A Chicago, le prix du blé, à Londres le prix du café, etc. Le système déterminait et détermine toujours les prix. Je n'étais pas le seul à tenter d'agir contre ce système qui nous corsetait, nous étranglait. Notre cause était la même que celle de l'Indien Nehru, de l'Egyptien Nasser, du Brésilien Goulart, de l'Indonésien Sukarno. Nous avions libéré nos pays du colonialisme, mais nous restions pieds et poings liés par le système. Notre idée commune visait à construire un autre projet : après la libération de nos territoires et face au système mondial, nous étions tous d'accord pour inventer quelque chose de neuf au sein du mouvement des non-alignés.

Ce système mondial ne date pas d'hier. On pourrait le dater de 1492. Pour nous, Arabes, cette date est essentielle. C'est l'année où Grenade a été prise par Isabelle la Catholique. On peut penser ce qu'on veut de la présence des Arabes en Espagne durant huit siècles. Certes, ils n'étaient pas chez eux, mais pendant cette période les hommes se sont acceptés, les religions ont cohabité. Puis vint l'Inquisition et la mise en place, déjà, d'un nouvel ordre. Ne croyez pas que je m'égare. Il faut toujours revenir à l'histoire.

Après les indépendances, nous avons décidé, avec Nasser et d'autres compagnons, d'organiser un congrès à Alger en 1965, le Congrès afro-asiatique. Que recherchions-nous ? Créer un autre système mondial, face aux systèmes capitaliste et soviétique. Nous étions soixante chefs d'Etat et dirigeants politiques qui voulions négocier avec l'Occident. Nous préconisions le dialogue, celui que l'on appelle aujourd'hui " Nord-Sud ". Ce dialogue, en ce début de XXIe siècle, n'existe toujours pas. C'est plutôt un monologue, celui du capital, qui sévit.

JF. Les années ont passé. Vous poursuivez votre action pour de nouvelles relations Nord-Sud. Toujours dans le même état d'esprit, et avec les mêmes objectifs ?

Ahmed Ben Bella. Les temps ont changé, les moyens d'agir aussi. Nous avons vécu le temps de la libération. Je constate que le système capitalisme qui nous a fait tant de mal perdure et laisse une planète dans un état désastreux. Je veux vous citer quelques exemples et quelques chiffres. Il y a cinquante ans, le désert occupait 11 millions de kilomètres carrés. Aujourd'hui, c'est 26 millions de kilomètres carrés, sans compter les zones arides. Nous sommes en train de piller le plat qui nous nourrit. Si les 85 % de la population de la planète consommaient autant qu'en Occident, il nous faudrait dix planètes. Celle-ci n'en peut plus de ce système.

Actuellement, la planète produit six fois plus de richesses qu'en 1950. Le niveau de vie et l'espérance de vie, dans 100 des 174 pays du monde, régressent depuis dix ans. Les pays les plus pollués ne sont pas les plus industrialisés mais les plus pauvres. Quelques chiffres : les trois multinationales les plus riches du monde disposent d'une fortune supérieure au produit intérieur brut (PIB) total des 48 pays en développement les plus pauvres. Le patrimoine des 15 personnes les plus fortunées du monde dépasse le PIB de l'Afrique sud-saharienne. La fortune des 32 personnes les plus riches du monde dépasse le PIB de l'Asie du Sud. Une injustice terrible, dévastatrice qu'il faut combattre. Alors, oui, je m'engage dans ce combat.

JF. Un combat datant de trente ans ?

Ahmed Ben Bella. Oui et il est plus que jamais d'actualité. Chaque année des millions d'être humains meurent de la faim, de la pénurie d'eau potable, de la privation de soins, de la multiplication des catastrophes dites naturelles ou des conséquences de la violence politique et militaire. Selon les organismes spécialisés de l'ONU, il suffirait pourtant d'une dépense annuelle de 80 milliards de dollars sur dix ans pour garantir à toutes et à tous un accès à l'eau potable et à une alimentation adéquate, à des soins et à des infrastructures de santé indispensables, ainsi qu'à une éducation élémentaire. Que représentent 80 milliards de dollars ? Un petit quart du budget militaire des Etats-Unis, la moitié de la fortune estimée des quatre personnes les plus riches du monde. Des chiffres qui donnent le vertige. Ils attestent du dérèglement insensé de la planète. La maximalisation du profit est un principe de toute action, toute loi, toute morale. L'inégalité ronge le corps social. Les multinationales, les grands Etats du Nord et les institutions internationales qui en dépendent comme le G7, l'OMC, le FMI ou la Banque mondiale jouent les chefs d'orchestre de cette cacophonie meurtrière. C'est ça, le capitalisme. Le combat est toujours d'actualité.

JF. Comment comptez-vous le mener ?

Ahmed Ben Bella. Il faut en finir avec ce système en conscientisant les gens. Souvenez-vous des rassemblements de Porto Alegre, de Gênes, de Barcelone. Le signal est clair. L'action de masse entre en scène pour de nouvelles relations entre le Sud et le Nord avec, en toile de fond, une donnée incontournable : le capitalisme n'est pas la solution. Gênes, pour moi, est un symbole. Un Italien de vingt ans, Giuliani, est mort lors d'une manifestation réunissant des dizaines de milliers de jeunes. Ils demandaient des papiers pour leurs camarades venus du Sud, dénonçaient le désordre mondial. La plupart étaient chômeurs. Ces jeunes souhaitent un nouveau système mondial. Je ne suis pas marxiste mais j'écoute, je vois, j'entends. Des voix jeunes, nouvelles, diverses, montent contre le système dominant, le système capitaliste. Je suis avec eux.

JF. Vous avez récemment déclaré : " J'aime la France et les Français. " Vous aimez ce pays dont les autorités ont commis le premier acte de piratage aérien en détournant en octobre 1956 l'avion dans lequel vous voyagiez avec cinq autres leaders algériens, un pays qui ne vous a guère épargné ?

Ahmed Ben Bella. Nous étions en négociation depuis huit mois et nous avions la solution, celle qui a prévalu en 1962. Nous avons dû subir encore une guerre de six ans pour rien. Des centaines de milliers de morts pour rien. Dans l'avion détourné, j'avais en poche le texte de l'accord. Il aura fallu six ans de malheurs en plus. Vous évoquez la France. J'aime la France parce que j'aime le génie de la France. Je l'aime aussi parce des hommes et des femmes, des avocats notamment et beaucoup de militants, sont devenus des proches. Je pense aux 120 intellectuels français qui ont signé un fameux appel qui m'a guéri définitivement du racisme. La France, c'est aussi une immense culture. Voyez la différence avec les Etats-Unis. Les Nord Américains ont à peine un peu plus de deux siècles d'histoire. Ils sont passés de l'état primaire à la NASA. Ils ne peuvent revendiquer Racine, Corneille, Victor Hugo. Si on demande aux Algériens avec qui souhaitez-vous avoir des relations, huit sur dix vous diront avec la France.

JF. Et l'Islam ?

Ahmed Ben Bella. Je suis très attaché à ma culture. J'en suis fier. Et je suis très sensible à la dimension arabo-islamique. Je suis contre tous les intégrismes. Vous me voyez proche de tous : Noirs, Jaunes, Blancs, bref des hommes et des femmes de cette planète qui, au-delà de leurs religions, de leurs cultures, doivent pouvoir vivre ensemble.

JF. Vous étiez un brillant footballeur, à l'Olympique de Marseille notamment, avant d'aller servir la France, en 1940...


Ahmed Ben Bella. Demi centre, à l'époque...

JF. MM. Bush et Blair multiplient les appels à la guerre contre l'Irak. Face à cette menace, comment réagissez-vous ?

Ahmed Ben Bella. La menace est forte. Que cherche M. Bush ? S'attaquer à l'Irak et puis ensuite à la Corée du Nord, à la Libye, à l'Iran ? Réfléchissons un instant. Les visées économiques ne sont-elles pas les véritables raisons de ce bruit de bottes ? Connaissant la nature du système, ne seraient-ce pas les considérations économiques, particulièrement le pétrole et son deuxième réservoir du monde, l'Irak, qui intéressent M. Bush ? Et pour objectif la Chine, in fine. M. Bush veut contrôler toutes les sources d'énergie. La mer Caspienne, l'Afghanistan et l'Irak sont des sources d'intérêt pour les USA, de longue date. La question n'est pas d'être pour ou contre un régime, en Irak ou ailleurs. Je refuse la guerre, celle qui pourrait utiliser de nouvelles armes et attiser le feu dans le Moyen-Orient, dans le monde. Il n'y a pas de cause ni de guerre sacrées.

JF. Lorsque vous faites un retour sur votre vie, quelle place accordez-vous au coup d'Etat du 19 juin 1965 qui vous a écarté de la présidence de la République, et à vos longues années d'emprisonnement et d'isolement ?

Ahmed Ben Bella. Si le coup d'Etat en Algérie n'avait pas eu lieu le 19 juin, il y aurait eu autre chose. J'allais trop vite face au système mondial. J'ai eu droit à Boumédienne. L'Indonésien Sukarno et le Brésilien Goulard ont eu droit à d'autres. Durant les deux ans qui ont suivi le coup d'Etat en Algérie, vingt putschs ont eu lieu dans le monde. Les aiguilles de l'histoire ont été ramenées à zéro. C'est en Algérie que Mandela, Nieto, Cabral, Guevara, Bravo et bien d'autres ont été accueillis et entraînés. C'est à la villa Susini (centre de tortures de l'armée française - NDLR) que nous avions installé le centre opérationnel pour l'Amérique du Sud. Nous avons aidé nos amis d'Amérique latine. Nous avons créé une entreprise d'import-export. Au milieu des olives, il y avait des armes. Retenez bien cette date : c'est trois jours avant l'ouverture à Alger de la Conférence afro-asiatique, qui avait pour objectif de réfléchir à un nouvel ordre international, que le coup d'Etat a eu lieu. Pour moi, la page est tournée.

JF. Lors de votre présidence, vous avez rencontré de nombreuses personnalités. Quelles sont celles qui vous ont le plus marqué ?

Ahmed Ben Bella. Ernesto Che Guevara, pour sa simplicité et son engagement révolutionnaire. Chou En Lai, pour son élégance, sa finesse, son immense culture, son intelligence. Nasser, pour sa sincérité, sa sérénité.

JF. L'Algérie vit encore des moments douloureux. Etes-vous prêt à contribuer au rétablissement de la paix et au redressement de votre pays ?

Ahmed Ben Bella. J'y travaille. La seule voie est celle de la réconciliation nationale. Sinon nous risquons de connaître la situation de l'Espagne au temps de la guerre civile, avec un peuple cassé en deux. Je souhaite que l'on tourne la page et que nous décidions de vivre ensemble. C'est possible. Au lendemain de l'indépendance, après une guerre qui nous a coûté tant de victimes - 1 500 000 morts - lors de ma présidence, j'ai tout fait pour combattre la culture de la haine et des vengeances. Je suis pour la réconciliation nationale. L'Algérie a changé. Ce n'est plus 7 millions mais aujourd'hui 32 millions d'habitants. Un pays riche avec le pétrole, le gaz, le phosphate. L'Algérie a besoin de paix.

 

Un entretien réalisé à Genève par José Fort

 

 

Repères

Quelques dates

Ahmed Ben Bella est né le 5 juillet 1918, à Maghnia, près de la frontière algéro-marocaine.

Adhère au Parti du peuple algérien (PPA) en 1937.

Campagnes militaires en France et en Italie lors de la Seconde Guerre mondiale.

Responsable de l'organisation spéciale du PPA en 1949.

Arrestation en 1950. Evasion de la prison de Blida en 1952.

Un des dirigeants de la révolution algérienne de 1954 à 1962.

Arrestation lors d'un détournement d'avion le 22 octobre 1956.

Libéré le 19 mars 1962.

Président du Conseil des ministres en 1962.

Président de la République en 1963. Arrestation lors du coup d'état militaire de juin 1965.

Mis en résidence surveillée à M'sila en 1979. Libéré en 1981.

Président de la Commission islamique internationale des droits de l'homme en 1981.

Rentre d'exil en Algérie en septembre 1990.

 



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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 11:42

 Pour un dernier hommage

 

 

Ce jour-là, dans la  cuisine de son appartement proche de la place de la Nation à Paris, Lise London me tendait une tasse de café affirmant tout de go : « En paraphrasant De Gaulle, je déclare que la vieillesse est un naufrage. » C’était il y a quinze ans. Lise London nous a quittés la semaine dernière à l’âge de quatre-vingt-seize ans. Elle ne manquait pas d’humour. Lorsqu’on l’interrogeait sur son engagement communiste, elle répliquait goguenarde : « C’est mon jour des citations. Comme Aragon, j’affirme que chaque matin je me repose la question de mon choix politique et … je ré adhère au PCF. »  Son engagement est resté intact jusqu’à sa mort.

On ne « récupère » pas une grande dame comme Lise London. On la respecte. Si on a l’autorisation, on l’embrasse, fort si possible, et on écoute s’égrener une page d’histoire que les moins de cinquante ans ne connaissent pas. La vie miséreuse dans les années trente des immigrés espagnols à la recherche de travail du côté de Vénissieux, la découverte du monde des salariés, les premiers contacts avec des responsables communistes, l’engagement dans les Brigades Internationales parties défendre la République espagnole, l’action contre l’occupant nazi, la déportation à Ravensbrück, la tragédie d’une famille communiste face au totalitarisme stalinien. Lise London, c’est tout çà. Pas seulement.

Lise, c’est aussi et surtout une histoire d’amour. Une passion pour Artur London, l’homme qu’elle a aimé à en perdre la raison, l’homme qu’elle a défendu bec et ongles contre l’ignominie stalinienne, l’homme qu’elle a sorti de prison, qu’elle a soigné, qu’elle a protégé et à qui elle a donné envie de vivre et de se battre à nouveau, l’auteur de « l’Aveu » anéanti par tant de cruautés retrouvant la force de témoigner et de combattre pour son idéal de toujours, le socialisme. Une telle femme ne peut laisser indifférent. Artur avait bien de la chance même si parfois la « Mégère de la rue Daguerre », du nom de la rue où eu lieu la première manifestation contre les nazis à Paris, affichait un caractère explosif à  décoiffer le plus placide de ses admirateurs. Madame n’était pas du genre « facile ».

Elle était curieuse de tout. Passés à la question, ses visiteurs ne sortaient jamais indemne de la rencontre. Elle était d’une gentillesse savoureuse et savait aussi distribuer durement les coups. Elle ne prétendait pas dispenser le bon savoir et encore moins la correcte attitude mais ne faisait jamais l’économie de la critique surtout à l’égard de ses camarades égarés. Les communistes français en savent quelque chose. Et au moment où cette grande dame nous quitte, je ne peux m’empêcher de penser qu’elle nous laisse quelques messages. Celle qui a tant souffert à Ravensbrück plaçait au premier rang de ses énergies la lutte contre le fascisme. Lors de la grande manifestation du 1 er mai 2002 alors que Le Pen frappait à nos portes, Lise London rejoignait, aidée de sa canne, le défilé refusant l’aventure brune.  Celle qui avait enduré dans sa chair le stalinisme et qui n’avait pas déserté son engagement de jeunesse invitait les nouvelles générations à  douter, à ouvrir les yeux, à ne pas s’enfermer dans des certitudes, à lutter contre la perversion des idéaux communistes. « Soyez-vous-mêmes », lançait-elle aux jeunes rencontrés dans les écoles  lors de multiples débats. Femme courage comme elle l’a démontré en Espagne contre les franquistes, à Paris contre les nazis, à Prague contre les staliniens, elle refusait la fatalité de l’ordre établi et clamait sa volonté de rester actrice de l’Histoire. L’ancienne petite immigrée de Vénissieux, la capitaine de la Résistance, la solidaire du camp de concentration, l’opposante aux totalitarismes, est restée jusqu’à sa mort une combattante contre l’injustice. Toutes les injustices.

 

José Fort

L'Humanité Dimanche 5 avril 

 

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 11:35

 

Le capitaine Amadou Sanogo et les militaires putschistes maliens ont tout faux. Ils expliquent leur action en prétextant ne pas être suffisamment armés pour résister à la rébellion touareg, aux groupes islamiques et aux trafiquants de drogue. Pour quel résultat ? La plupart des villes de nord du pays, Tobrouk notamment, sont passées sous le contrôle des adeptes de la charia et des cartels de la blanche. Et voilà les putschistes quémander l’aide aux pays proches.

Sous le prétexte d’incompétence des gouvernants, les militaires ont suspendu la Constitution, les Institutions et ont débarqué le président en exercice alors que les élections étaient prévues à la fin du mois. Dans le même mouvement, ils affirment ne pas souhaiter conserver le pouvoir et annoncent une consultation populaire. Visiblement, ces petits gradés ne sont pas  des aigles. Sous leurs bérets de para, ils ont l’air dépassé par les événements. Ils expriment pourtant le profond désarroi d’une population vivant dans les pires conditions et d’un pays menacé d’éclatement. Le président sortant et les militaires putschistes ne sont pas les véritables responsables de cette situation lamentable, réplique des aventures libyennes de l’Otan. Au nom de la démocratie, les puissances occidentales ont fait assassiner leur complice Kadhafi et dans le même temps ont dynamisé toutes les haines en ouvrant les réserves d’armes sophistiquées vendues au dictateur et semant aujourd’hui la mort dans le Nord du Mali. Face aux missiles sol-sol de fabrication française, les militaires maliens opposent de vieux tromblons. Faces aux véhicules tout terrain récupérés à Tripoli par l’ancienne garde rapprochée de Kadhafi, aux avions des cartels de la drogue, Bamako ne peut positionner aucun hélicoptère, très peu de blindés.

Bernard Henri-Lévy est aux abonnés absents. Alain Juppé dégage en touche. Le malheur des Maliens est passé par Benghazi et Tripoli avec comme messagers Sarkozy et Cameron.    

 

José Fort

L'humanité cactus 5 avril

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 11:07

Lise London, combattante de l’espérance, est décédée

 Un article à paraître ce lundi matin dans l'Humanité

 

 

 

Lise London, née Elisabeth Ricol, fille d’une famille espagnole venue en France au début du XX ème siècle à la recherche de travail, Lise London pour qui son engagement communiste avait « la pureté du cristal », Lise London qui aura supporté, la misère, la guerre, l’emprisonnement, la déportation, la terreur stalinienne, Lise London, folle d’amour pour « Mon » Gérard (Artur London) dont elle sera séparée pendant des années par l’ignominie totalitaire, Lise London, femme rebelle jusqu’à la fin de sa vie, vient de mourir à Paris, à l’âge de 96 ans. Ce personnage d’exception, d’une intelligence pétillante, préfèrerait à l’exposé de notre peine l’évocation d’un parcours plein, fait de drames et de joies, de courage et d’amour, de partage et de lucidité. Pas pour dresser un monument à sa gloire - elle détestait le culte de la personnalité - mais pour dire à tous, particulièrement aux plus jeunes : « Ouvrez grands les yeux, ne vous laissez pas enfermer dans les certitudes, n’hésitez pas à douter, battez-vous contre les injustices, ne laissez pas la perversion salir les idéaux communistes. Soyez vous-mêmes. » Une combattante de l’espérance vient de disparaître.

 

Combattante, elle l’aura été depuis son enfance. D’abord à Saint-Étienne où elle vend en cachette de ses parents des cacahuètes grillées pour aider à faire bouillir la marmite familiale, puis à Vénissieux où elle étudie la sténodactylographie et s’engage dans l’action communiste.  Secrétaire aux usines Berliet, puis au comité lyonnais du PCF, elle croise Waldeck Rochet et engage une forte amitié avec Jeannette Weermersch, la future compagne de Maurice Thorez qui disait, comme un signe prémonitoire pour Lise : «  Il est difficile de rompre les amarres d’un couple quand on a rien à reprocher à son partenaire si ce n’est de ne plus l’aimer d’amour. » Elle est envoyée par le PCF à Moscou en 1934 au siège du Kominterm où elle rencontre pour la première fois Dolorès Ibarruri, la future Pasionaria. Elle a 18 ans et s’étonne déjà des « purges », d’un référendum à main levée contre le droit à l’avortement. Elle résiste à la bêtise bureaucratique et sera blâmée.

 

Lise, c’est l’histoire d’un amour. A Moscou, elle rencontre Artur London, militant du Parti communiste tchécoslovaque. Au self service du Kominterm, « j’ai aperçu un jeune homme, grand et beau, planté au milieu de la salle, comme pétrifié. Il me fixait intensément sans s’apercevoir que la tasse de thé qu’il tenait à la main dégoulinait le long de son poignet. » Ils décident de vivre ensemble en 1935.

 

Lise rentre seule en France au début de l’été 1936, travaille comme secrétaire auprès du responsable de la MOI (Main-d’œuvre immigrée, section rattachée au comité central du PCF).
A la mi-juillet 1936 commence le putsch franquiste contre la jeune République espagnole. Elle participe à Paris à la constitution des Brigades internationales et quelques mois plus tard rejoint André Marty au quartier général des BI à Albacete. Elle se souvenait avec émotion du long voyage en train et des milliers d’Espagnols rassemblés dans les gares criant « merci frères ». « Innombrables étaient alors ceux », écrivait-elle, » qui payaient tribut à la mort par amour pour la vie. Sans leur sacrifice que serait-il advenu de notre humanité ». En 1937, elle retrouve Gérard qui a rejoint lui aussi les Brigades internationales. Enceinte, Lise regagne Paris au mois de juillet 1938 et donne naissance à sa fille Françoise. Gérard la rejoint en février 1939.

 

L’ancienne des Brigades Internationales, capitaine dans la Résistance, ancienne déportée sera faite bien plus tard officier de la Légion d’honneur. Elle méritait cet honneur.

Sous l’occupation nazie, une  première opération est organisée par les FTP. Henri Rol-Tanguy en est le principal artisan. Lise prend la parole devant un magasin à Paris, dénonce l’occupant et s’enfuit sous la protection de deux résistants armés. La célèbre manifestation de la rue Daguerre. Elle sera la seule accusée pour « assassinat, association de malfaiteurs, activités communistes ». Suivra ensuite l’emprisonnement à La Petite Roquette où elle accouchera de Michel, puis à Fresnes, à Rennes où on lui retirera son fils, avant de prendre le chemin de Romainville, étape avant le camp de concentration. Son père, son frère Frédo et son compagnon Gérard, eux aussi, sont emprisonnés.

 

Lise aura vécu les années noires, sa famille écartelée, ses copines fusillées, gazées… Elle se souvenait avec émotion de ses camarades, Danièle (Casanova), Henriette et les autres, l’horreur des appels, les corvées, les bastonnades, la faim, les fusillades, les fours crématoires, le long transfert à pied sous les coups alors que les troupes soviétiques et américaines s’approchaient des camps. Elle laissait aller une larme et préférait, vite, évoquer l’organisation clandestine installée à la barbe des SS. Pour Lise, le combat primait tout.

 

Elle n’en avait pas fini. La famille communiste Ricol-London vivra dans sa chair le stalinisme. Vice-ministre tchécoslovaque des Affaires étrangères, Artur London, ancien déporté lui aussi, comme de nombreux anciens des Brigades internationales que Staline et ses sbires tchécoslovaques voulaient faire disparaître, va vivre l’épouvantable. Il est accusé d’espionnage et Lise, au début, doute. « Et si cela est vrai » s’interrogeait-elle. Elle n’hésitera pas longtemps comprenant le complot planifié à Moscou. Pour Artur London, ce sera 4 ans et demi de prison, 27 mois d’isolement, le cachot, la privation de sommeil, les interrogatoires, les coups et les tortures, le chantage. Artur London écrira plus tard dans son livre « l’Aveu » : « Ces méthodes, qui tendent à briser en l’homme sa dignité, sont à l’opposé de la morale socialiste. Elles sont celles, barbares, du fascisme. En les subissant on se sent dégradé, dépouillé de son titre d’homme. »

 

L’objectif des tortionnaires visait à détruire les anciens des Brigades internationales, de tenter de salir les proches compagnons d’Artur et aussi les dirigeants communistes français, notamment Raymond Guyot, membre du Bureau politique du PCF, beau-frère de Lise. Elle aura à subir à Prague une perquisition en présence de son père, de sa mère, de ses enfants  et dira aux flics ; «  Vous ne vous conduisez pas mieux que les policiers nazis qui nous on arrêtés mon mari et moi en 1942. » Elle travaille en usine pour survivre, placée aux postes les plus durs. Elle est marginalisée, ses anciennes amitiés se détournent et est exclue du parti communiste tchécoslovaque. A ses procureurs staliniens, elle dira : « J’étais, je suis et je resterai communiste avec ou sans carte du parti ». Une carte qu’elle retrouvera, celle du PCF, à Paris, qu’elle abandonnera un peu plus tard.

Lise London, femme rebelle. Jamais, au plus fort des drames, elle ne baissera les bras. Jusqu’à la mort, elle est restée une militante antifasciste, appelant à la tolérance, à l’écoute de l’autre. Une grande dame vient de disparaître.

 

José Fort

 

 

Lise London a publié deux livres : Le printemps des camarades et La mégère de la rue Daguerre (Seuil Mémoire)

 

 

Les obsèques de Lise London auront lieu jeudi 5 avril à 10.30 au cimetière parisien d’Ivry.

 

 

 

 

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 20:57

 

 

L’ambassadeur du Qatar à Paris annonçait au mois de décembre dernier la création d’un fonds d’investissement de 50 millions d’euros à destination des banlieues populaires françaises. Un élu de Clichy sous Bois, Mehdi Bigaderne, prenait quelques distances déclarant : « Ce qui m’attriste, c’est qu’on doive attendre que des pays étrangers viennent s’occuper de nos projets. » Pas si vite Medhi, l’affaire n’est pas dans le sac.

Le représentant de l’Emir croyait le coup bien ficelé, une structure « d’accueil » ayant été mise en place, avec « l’association nationale des élus de la diversité » (ANELD) dirigée par des gens sûrs puisque venant tous de l’UMP et de ses satellites. Une organisation aux trois chefs reçus comme des rois à Doha, des malveillants osant évoquer une structure « pompe à fric », des jaloux un « machin »  à but strictement personnel, d’autres allant jusqu’à qualifier « l’officine » de  pas très claire.

Depuis le début de l’année, rien. Le Qatar multiplie pourtant ses investissements en France dans l’immobilier de haut standing, le top de l’hôtellerie, l’industrie du luxe, les médias, le sport… Les banlieues, nada. Les dossiers de demandes de crédits s’amoncellent dans les bureaux de la représentation diplomatique du pays gazier tandis que les joyeux animateurs de la fumeuse association des élus de la diversité ont disparu de la scène. Quant au ministère de la Ville, il reste extrêmement discret, ses derniers appels du genou aux diplomates qataris s’étant soldés par une promesse de se revoir… après l’élection présidentielle. Cet épisode devrait au moins servir de leçon au PSG. Si le club de football de la capitale continue à dilapider les millions d’euros qataris pour des résultats minables et si dans le même temps Sarkozy, l’ami de l’Emir, prend le chemin de l’exil, il y a fort à parier que l’entraineur du PSG et ses joueurs argentés n’auront plus comme terrain de jeu que Clichy sous bois et ses environs.

 

José Fort 

 

 

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 20:45

 

Les Cubains sont malins. Voici les gouvernants de la Grande Ile assurant un accueil « affectueux et massif » au pape Benoît XVI. Radios, télés, journaux ont consacré jusqu’à l’overdose émissions et articles à la visite de celui qui assure que « le marxisme comme il a été conçu ne correspond pas à la réalité », une déclaration satisfaisante pour  les autorités locales réagissant en soulignant les évolutions en cours. Partout des pancartes, des banderoles ont salué le pape alors que l’Eglise catholique à Cuba reste la plus faible d’Amérique latine. Pourquoi un tel déferlement d’amabilités officielles cubaines à l’égard du chef du Vatican débarquant à La Havane croyant pouvoir ainsi prolonger le séjour en 1998 de son prédécesseur Jean Paul II reparti sans avoir pu dispenser l’extrême onction à la révolution ?

Les manifestations  - limitées - d’hostilité au gouvernement cubain n’ont pas marqué la visite papale. Il est vrai que ce n’est pas à La Havane mais à Mexico que Benoît XVI aurait pu condamner le sort réservé aux femmes, la corruption, le non respect des droits de l’homme, les fortunes amassées sur le dos d’une population miséreuse et souvent illettrée. Ce n’est pas à Cuba que le pape aurait pu se recueillir à la mémoire des évêques et prêtres assassinés mais au Salvador, au Guatemala et … au Mexique. Ce n’est pas à Cuba qu’il aurait pu condamner l’interruption volontaire de grossesse, l’usage du préservatif contre le Sida, la pédophile des prêtres. A Santiago et à La Havane, le discours papal a été plutôt discret comme si le Vatican souhaitait seulement marquer le terrain tandis que les autorités cubaines jouaient à je t’aime moi non plus. Benoît XVI et les Castro n’ont-ils pas étudié chez les jésuites ?

 

José Fort 

 

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 16:42

Philippe Karsenty, vous ne connaissez certainement pas. Ne regrettez rien. Le personnage, maire adjoint de Neuilly sur Seine chargé des nouvelles technologies, dispose d’un fonds de commerce qu’il active régulièrement : des poursuites judiciaires – depuis plus de dix ans - contre France 2 et son correspondant à Jérusalem,  le très professionnel Charles Enderlin, accusé à tort d’avoir truqué un reportage sur la mort d’un enfant palestinien.

M. Karsenty affiche une autre ambition : celle de devenir au mois de juin prochain député de la 8eme   circonscription des Français résidant à l’étranger (Israël,  Italie, Grèce, Saint Siège, Saint Marin, Malte, Chypre, Turquie). La semaine dernière, il participait à une réunion à Jérusalem devant une cinquantaine de personnes avec pour thème « les mensonges et la propagande des élites médiatiques et politiques qui diabolisent Israël ».

Cet élu de la ville dont le premier magistrat fut naguère le candidat sortant à la prochaine présidentielle se distingue par le sens de la mesure. Florilège recueilli l’autre soir à Jérusalem. Chirac « adore les juifs morts », Mélenchon est un « nazillon », Eva Joly une « vert-de-gris  (le surnom des soldats allemands lors de la second Guerre mondiale), Nicolas Sarkozy étant un « incompétent, superficiel et inculte ». Mais alors s’exclame un des participants « pour qui allez vous voter le 22 avril » ? Sans rire, l’impétrant assure que malgré le soutien de Sarkozy  à la « politique médiatique anti-Israël » et « la reconnaissance de Stéphane Hessel »,  il votera pour le président sortant préférant ainsi la « grippe » à la « peste ou le choléra ».

La salle applaudit. Puis s’enflamme lorsque M. Karsenty affirme  que peuple palestinien n’existe pas, que la Cisjordanie et la Judée-Samarie sont bien des territoires occupés mais illégalement par des squatters arabes. Un conseil : si par pur hasard vous croisez Philippe Karsenty, changez de trottoir.

José Fort

 

 

 

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