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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 20:14

 

Quelques jours avant la grève générale du 18 juin des mineurs asturiens et après plusieurs semaines de conflits avec ces travailleurs menacés de liquidation par le gouvernement de Mariano Rajoy, le chef des unités de police spécialisées dans la lutte contre les «  désordres publics » (les CRS espagnols) vient de déposer une plainte devant le tribunal d’Oviedo dénonçant les « violences » des manifestants. Prié de commenter cette action judicaire, il a déclaré à la presse locale : «  Avez-vous vu les biceps de la plupart des mineurs. D’une simple gifle, ils arrachent les casques de nos hommes. »

Les CRS espagnols se souviennent avec nostalgie des actions contre les étudiants et les « indignés ». « Eux, on leur file un coup et le sang coule de leur nez délicat », soupire un CRS concluant : «J’ai été chargé l’autre jour par un gars d’une mine de Mieres et j’ai cru prendre dans la gueule un camion avec sa remorque. Ils ne sont pas seulement fort physiquement, ils ont surtout la rage : on les voit déraciner des arbres et nous les balancer dessus. J’ai même vu un de mes collègues déshabillé en quelques secondes et recevoir des baffes à  estourbir un taureau.» 

Une audience a été demandée au ministre espagnol de l’Intérieur, Jorge Fernandez Diaz, celui avec qui Manuel Vals vient de «  trouver une bonne entente de coopération. ». Ce Diaz en question, homme de la  droite musclée, en connaît un rayon en matière de répression puisque plusieurs de ses proches du temps de la dictature franquiste ont mis les mains dans le cambouis ou plutôt dans le sang pour tenter de mâter les opposants au régime et les mineurs  lors de la célèbre grève dans les Asturies en 1962 et 1963. L’Espagne tétanisée vivait à ce moment là le premier mouvement populaire qui allait déclencher l’élargissement de la lutte contre Franco. Les Diaz de l’époque ne pouvaient pas savoir que quelques dizaines d’années plus tard, leur rejeton aurait à gérer les états d’âme des policiers effrayés par les biceps des mineurs.

José Fort

L’Humanité Cactus 14 juin

 

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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 10:47

 

Les manifestations à la casserole ont une histoire qu’il convient de rappeler, certains fidèles des réseaux sociaux mêlant les immenses démonstrations de Montréal aux minuscules concerts entendus ces derniers jours à Buenos-Aires. La casserole comme instrument de protestation a été utilisée pour la première fois dans les beaux quartiers de Santiago du Chili après l’élection de Salvador Allende. En 1980, toujours à Santiago mais  dans les quartiers pauvres, des concerts de casseroles retentirent pour dénoncer la dictature. Les casseroles furent utilisées au début des années 2000 en pleine crise économique en Bolivie, en Uruguay et surtout en Argentine. Plus près de nous, les « indignés » espagnols ont fait de même. Nos amis québécois brandissent la casserole comme arme pacifique d’un mouvement parti de la révolte des étudiants pour exprimer désormais l’expression d’une société en colère. Les casseroles de Buenos Aires, c’est autre chose.

Dans des quartiers chics de la capitale argentine, des rassemblements de quelques centaines de personnes ont eu lieu ces derniers jours à la nuit tombée. Il s’agissait de protester contre la présidente Cristina Fernandez de Kirchner. Celle-ci après avoir eu l’outrecuidance de remercier la multinationale pétrolière espagnole Repsol vient d’adopter des mesures visant à réguler le marché des devises et l’inflation, à réformer la taxe foncière datant de 50 ans permettant à un propriétaire d‘un hectare de terre fertile de régler la même facture qu’un locataire d’un  60 m2. La présidente Kirchner n’a rien d’une révolutionnaire échevelée. Elle mène simplement une politique s’attaquant parfois aux privilèges des grandes fortunes locales. Les femmes de la bonne société de Buenos Aires ont donc sorti les casseroles. Ou plutôt ont fait sortir les casseroles à l’instar de cette bourgeoise faisant la « une » de journaux argentins manifestant avec sa domestique chargée de taper sur l’ustensile cylindrique à fond plat et muni d’une queue que la patronne avoue ne jamais utiliser.

José Fort

L’Humanité cactus 7 juin  

 

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 14:58

 

L’affaire de la petite culotte rouge provoque toujours des remous au Brésil. Rappel des faits. Il y a une quinzaine de jours, cinq députés retardataires arrivent en courant dans l’hémicycle pour voter une loi sur les délits cybernétiques. Dans la bousculade, l’un d’entre eux laisse échapper de sa poche une culotte rouge, « de grande taille » précise un témoin de la scène souhaitant garder l’anonymat. Un agent de la sécurité craignant un enregistrement vidéo depuis la caméra fixée juste au dessus de la travée se précipite et enfouit le textile dans sa poche. Personne n’ayant réclamé la culotte, elle sera incinérée quelques heures plus tard dans la plus totale discrétion. Ni vu, ni connu et pas de preuve. Sauf que trois élus pervers ont vendu l’information au journal « O Globo » qui en fait ses choux gras.

L’enquête piétine. Aucun témoin direct ne veut dévoiler le nom du député à la culotte. Par respect pour l’institution soulignent les hypocrites, par crainte de ruiner une famille pleurnichent les plus sensibles, les superstitieux affirmant que l’objet en question servait à conjurer le mauvais sort.

L’industrie de la petite culotte brésilienne a trouvé là une dynamique pouvant entraîner une augmentation des ventes. En effet, le string régnant en maître depuis des années, les publicitaires sont désormais convaincus que la tendance dictatoriale à montrer la femme brésilienne toujours jeune et svelte peut être renversée. « L’heure est venue de rétablir un juste équilibre », soulignent plusieurs commentateurs pour qui « l’affaire de la culotte rouge » va aider à combattre l’image abêtissante donnée des brésiliennes. Quant aux industriels locaux, ils se félicitent du « retour de la petite culotte, plus couvrantes que les strings ficelles, surtout plus confortables et donnant un côté rétro et sage aux femmes mais pouvant être aussi canailles avec dentelles et effets de transparence. » Bref, tout va bien. Et le député à l’origine de ce débat devrait se faire connaître. Sa popularité est assurée.

 

 

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 19:34

 

 

Est-ce par souci d’hygiène ou par esthétisme que les autorités de Pékin viennent d’adopter une directive limitant à deux le nombre de mouches dans les toilettes publiques faisant mieux que la ville de Nanchang, dans le sud du pays, qui a fixé la barre fatidique à trois ? La fréquentation des lieux d’aisance dans la capitale chinoise relevant souvent de l’épreuve, on appréciera cette avancée dans l’accueil des gens dans le besoin.

Interrogés sur les raisons d’une telle décision, les services municipaux compétant précisent qu’il s’agit de « combattre une mauvaise image de la ville et d’assurer la tranquillité des touristes. » La faculté confirme que la mouche n’est généralement pas porteuse de maladies. A une exception près : la redoutable mouche tsé tsé vectrice du trypanosomoses (THA ou maladie du sommeil). Elle sévit en Afrique. La démarche des édiles de Pékin vise donc essentiellement à limiter la gêne provoquée par les bêtes à deux ailes.

Plusieurs questions se posent pour l’application rigoureuse de cette mesure révolutionnaire. Qui va compter les mouches ? Quelle punition pour les contrevenants ? Quelle récompense pour les   acteurs les plus ardents dans cette croisade digne des temps modernes? De quelles armes disposeront les valeureux combattants? Les responsables municipaux étudient la question en rejetant l’éventuelle création d’unités spéciales et en rappelant que l’action musclée contre les crachats dans les rues, véritable sport national, a remporté un succès spectaculaire.

On se moque, on se moque. Pourtant, les diptères brachycères ont du souci à se faire. La chasse est ouverte. Sans pitié. A la chinoise. Avec méticulosité et dans l’attente de résultats à faire pâlir d’envie les adeptes du ruban adhésif. Après la mort de Mao et alors qu’il mettait en place les « quatre modernisations », Den Xiaoping ne déclarait-il pas : « Si la Chine ouvre ses portes, les mouches entreront forcément. »

José Fort

L’Humanité cactus 31 mai

 

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 04:54

 

 

La cure dite « d’austérité » menée en Europe au nom de la prétendue lutte contre la dette entraîne une paupérisation générale des salariés et des retraités.  Seuls, les plus riches affichent avec arrogance leurs profits et leurs primes sidérales. Pour eux, pas de problèmes. Pour la grande masse, des tours de vis à répétition.

 

Partout les mêmes recettes surgissent comme  solution à la crise : attaque contre les services publics, hausse de la TVA, baisse ou gel des salaires et des retraites. Partout, les hommes et les femmes qui vivent ou survivent de leur travail ou de leurs pensions restent les objectifs désignés. Partout, jeunes et retraités sont les premières victimes d’une même politique injuste, indigne, inefficace : celle décidée à Bruxelles.

En Grèce, tout est à vendre, même les plages. 21% des personnes actives au chômage, les retraités en situation d’extrême précarité, certains poussés au suicide, des jeunes diplômés à la rue choisissent souvent l’exil. Comme leurs copains irlandais. Pendant ce temps, les armateurs et l’Eglise orthodoxe bénéficient toujours d’avantages  fiscaux exorbitants.

En Espagne, 1 citoyen sur 4 sans travail, coupes au sabre dans les budgets de la santé et de l’éducation, des villes sinistrées, des salariés non payés depuis des mois. Au Portugal, les salaires des fonctionnaires sont revus à la baisse tandis que la TVA explose, le salaire minimum restant cantonné à 450 euros par mois ; le pays connaît une vague de misère rappelant aux plus anciens les années de la dictature. En Irlande, en Belgique et dans d’autres pays de l’Union européenne, le bilan social vire au noir. Pas sans réaction.

Les grèves générales se multiplient comme en Espagne, au Portugal, en Grèce. Des mouvements d’ampleur se développent dans d’autres pays comme en Belgique, et Tchéquie, en Italie. En Islande, lors d’un référendum et pour la deuxième fois, le peuple refuse de payer pour les banques. En Allemagne, le puissant syndicat de la métallurgie DGB  déclenche des actions pour obtenir des augmentations de salaires. Dans l’ensemble de l’Union européenne la question est désormais posée avec force : ce  n’est pas de cette Europe là dont les peuples ont besoin.

Les affirmations des principaux gouvernants selon lesquelles il n’y aurait pas d’autre solution à la crise que de sévères mesures d’austérité sont battues en brèche. Evoquer la croissance et l’invitation à la consommation pour lutter contre la crise, relevait de l’utopie. Aujourd’hui, tout le monde y va de son couplet (voir encadré). Il y a peu encore, oser discuter du rôle de la banque européenne relevait d’un crime de lèse-majesté, son « indépendance » ne permettant aucune « ingérence ». Voici que des voix se font entendre pour demander à quoi ont servi les 1000 milliards d’euros distribués aux banques. Dans le même mouvement, les prêts à 1% des fonds européens aux banques chargés de redistribuer aux Etats à 6% ne peuvent plus rester cachés dans le secret des institutions bruxelloises. Lorsque la CGT demande que les prêts de la BCE soient directement versés aux Etats sans passer par les intermédiaires qui se sucrent au passage, la première centrale syndicale française donne des boutons au Medef et à ses amis banquiers.

L’Europe, entend-on souvent, ne fait pas recette. La stratégie européenne ne serait pas perçue dans toute sa complexité. Les «  spécialistes », chroniqueurs, consultants qui envahissent les plateaux de télévision et les studios de radio, ceux qui ont mené campagne pour le « OUI » au referendum de 2005 vous l’assènent sans répit : vous seriez des beaufs car éloignés de la parole européenne sacrée.

Prenons un pari. Si l’Europe se dotait d’une véritable politique sociale prévoyant notamment de développer les services publics, d’harmoniser par le haut les actions d’éducation et de santé, de fixer un salaire minimum digne du XXI siècle  et excluant la compétition économique débridée, les peuples accompagneraient le mouvement avec enthousiasme. Mais c’est encore un rêve.

José Fort

Vie Nouvelle, juin 2012   

 

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 04:49

 

Disons-le tout net : le 6 mai au soir, nous avons poussé un énorme soupir de soulagement. Le danger de voir Nicolas Sarkozy et la droite poursuivre leur entreprise de démolition, de développer un peu plus encore la haine déclarée  contre les syndicats, particulièrement contre la CGT et son secrétaire général Bernard Thibaud, de casser les acquis sociaux, les services publics, les retraites, nous a donné quelques suées. Le projet du président sortant et de son équipe visait à s’attaquer au modèle social français dont les grandes orientations avaient été décidées par le Conseil National de la Résistance. Dans le collimateur de la droite et du patronat figuraient des réformes scélérates visant la Sécurité sociale, l’hôpital, les médicaments, les retraites, la flexibilité du travail et bien d’autres mauvais coups.  

Celui que nous avons « dégagé » a montré son véritable visage entre les deux tours de l’élection présidentielle en reprenant à son compte les pires thèses du front national divisant les Français et stigmatisant les étrangers. Sarkozy a sali l’image de le France. Malheureusement, nombreux de nos concitoyens et notamment les plus de 65 ans n’ont pas suffisamment  pris leur distance avec cette politique antisociale, rétrograde, dégradante. La vérité a du mal à se frayer un chemin. Le 6 mai dernier, elle a réussi à entre-ouvrir les portes du changement. Il convient désormais de les ouvrir totalement.

Tout commence dans un contexte économique et international complexe certes, mais dans un environnement aux forts potentiels de richesses matérielles et intellectuelles. «Ne nous décevez pas », semble avoir dit de nombreux électeurs à François Hollande. Le nouveau président et son gouvernement devront rapidement donner les signaux du changement notamment en matière sociale.

Une véritable réforme fiscale s’impose pour un meilleur partage des richesses. Sarkozy laisse un pays avec 8 millions de pauvres, près de trois millions de chômeurs déclarés, des centaines de milliers de retraités aux très faibles ressources alors que les grandes fortunes n’ont jamais été aussi riches. Ne faut-il pas rapidement rétablir l’équilibre et faire payer ceux qui en ont les moyens ?

L’emploi devrait être au cœur d’une audacieuse politique industrielle et de service afin d’inverser la courbe du chômage. Les services publics (éducation, poste, transports, santé, justice, sécurité…) doivent être relancés et redéployés dans les zones laissées à l’abandon. Il faut interdire les licenciements boursiers, les atteintes aux droits syndicaux et pourchasser les fraudeurs de la haute finance préférant quitter la France pour planquer leurs millions d’euros.

Une grande politique de culture démocratique mérite d’être mise en place. Les prétendues « concertations » organisées par Sarkozy et Parisot avaient pour seul objectif d’amuser la galerie. Grande tables, beaucoup de monde, projecteurs et télés, pour des simulacres de dialogue qui se concluaient toujours de la même manière : le pouvoir faisait ce qu’il avait décidé avec le patronat mais avec le sourire. Le top de l’hypocrisie. Le nouveau gouvernement devra instaurer une véritable écoute des organisations syndicales, respecter leurs mandants, exclure l’arrogance et le diktat.

Au lendemain de l’élection présidentielle, l’espoir est de mise : la France peut offrir à son peuple le progrès, le savoir, la confiance, l’entente. Mais la vigilance demeure une donnée incontournable. Il n’y a pas de chèque en blanc. Hier comme demain, la CGT respectera son engagement premier : défendre les droits des salariés. Quant à son organisation de retraités, l’UCR, elle restera au plus près des revendications de ceux qui ont peut-être les cheveux blancs (quand il leur en reste) mais qui n’ont pas les idées courtes

 

José Fort

Vie Nouvelle (magazine des retraités de la CGT, juin 2012)

 

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 13:18

 

La patronne du Fonds monétaire international (FMI), ancienne ministre française de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi vient de s’illustrer en insultant le peuple grec. Son salaire de 400.000 euros par an constitue de l’argent de poche, tous ses frais étant pris en charge par l’Institution. Elle ne paie pas d’impôt. En s’en prenant au peuple grec, pas aux armateurs et à l’Eglise, elle vient à nouveau de montrer son véritable visage réactionnaire de haut vol, une viandarde de première classe. Elle ne devrait plus fouler le sol français tant qu’elle ne participera pas – comme vous et moi – à la contribution nationale. Voici quelques « détails » qui devraient faire réfléchir sur le personnage.

Diplômée du lycée états-unien Holton Arms School à Bethesda (Maryland), elle a été stagiaire au Capitole en tant qu’assistante parlementaire d’un représentant républicain du Maine qui deviendra ensuite secrétaire à la Défense de Bill Clinton.

De retour en France, elle rejoint le bureau parisien du cabinet d’avocats Baker & McKenzie, un des premiers cabinets d’avocats mondiaux (4 400 collaborateurs dans 35 pays) et deviendra présidente de son comité exécutif mondial à Chicago. Elle fera grimper son chiffre d’affaires à 1 228 millions de dollars (+ 50 %). Elle sera aussi membre du think tank Center for Strategic and International Studies (CSIS), au sein duquel elle coprésidait avec Zbigniew Brezinski qui fut entre autre conseiller de Jimmy Carter, puis militant de l’expansion de l’OTAN aux États postsoviétiques.

Christine Lagarde sera également membre du conseil de surveillance de la multinationale néerlandaise ING Group, une des principales sociétés financières au monde. Elle a été classée douzième femme la plus puissante au monde par le magazine Forbes et cinquième femme d’affaires européenne par le Wall Street Journal Europe.

José Fort


 

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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 17:37

 

C’était au début des années 1960, dans la cité HLM du Bel Air à Montreuil s/bois (93). Au fond de l’appartement, dans une petite chambre enfumée, il y avait là Santiago Carrillo et la plupart des membres de la direction clandestine du Parti communiste d’Espagne. J’avais  quatorze ans à peine et ma mère chargée parfois de la logistique du PCE m’avait collé au piano dans la salle de séjour avec interdiction d’arrêter mes gammes. Un supplice.

Le dernier à sonner à la porte fut un personnage à vous couper le souffle: « Frederico », dit ma mère qui ne devait pas connaître son nom d’emprunt « Sanchez ».  J’appris, bien après, qu’il s’agissait de Jorge Semprun. L’homme d’une grande élégance, rayonnait à ne savoir qu’en faire. Il s’est avancé vers moi et m’a dit : « On t’a mis au travail? Ne t’en fais pas. Cela va durer peu de temps. »   

L’ancien du lycée Henri IV à Paris et participant à la manifestation des étudiants patriotiques du 11 novembre 1940 place de l’Etoile, deuxième prix de philosophie au Concours général, affichait déjà un parcours impressionnant : la Résistance en France avec les Francs tireurs et partisans, la collaboration avec les services de renseignements britanniques, l’arrestation par la gestapo à Joigny, la déportation à Buchenwald. Pendant dix ans (1952-1962) il occupa des responsabilités de premier plan au parti communiste d’Espagne avant de s’en éloigner en 1964. Puis, vint le temps de l’écriture, de la responsabilité gouvernementale et le  ministère de la Culture sous  Felipe Gonzalez de 1988 à 1991.

Je l’ai, par la suite, croisé à deux reprises. La première en 1989 à Madrid. J’accompagnais Georges Marchais à la veillée funèbre de Dolores Ibarruri à Madrid. Le ministre n’avait pas oublié Pasionaria. Puis, une seconde fois à Paris, à la sortie d’une projection suivie d’un cocktail. Jorge Semprun était entouré, pressé de toutes parts. Je regardais de loin l’ancien résistant, le déporté, le responsable politique, l’écrivain, le membre de l’Académie Goncourt, la star et rechignais à me jeter dans la mêlée lorsque Edmonde Charles-Roux, certainement apitoyé, me prit par la main, fendit la foule et me présenta à Jorge Semprun. Je ne sais pourquoi, mais au bout d’un moment je lui ai dis : « Je vous ai rencontré, il y a longtemps ». « Et où », me demanda-t-il ? Il avait oublié bien entendu la réunion et mon visage. Mais il se souvenait de Montreuil, de la Cité du Bel Air, des réunions clandestines qui s’y tenaient sous la protection discrète des communistes français du coin avec comme fond sonore des gammes obligées.

José Fort

L’Humanité Dimanche 23 mai

 

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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 12:16

Un communiqué de Cuba Si France

 

 

Thalassa a diffusé vendredi soir 18 mai sur FR3 des reportages sur Cuba participant d’une campagne de dénigrement systématique. En moins d’une heure, tous les clichés de la propagande menée contre la révolution cubaine ont été déversés. En revanche, rien sur l’embargo  US instauré depuis plus d’un demi- siècle  contre la Grande Ile et ses retombées sur la vie quotidienne des gens. Rien sur les efforts  qu’a dû accomplir ce petit pays du Tiers monde pour surmonter l’asphyxie économique et lutter contre les actions terroristes fomentées depuis les Etats-Unis. Rien sur l’alphabétisation de 99% de la population. Rien sur les progrès spectaculaires dans le domaine de la santé  et l’allongement de l’espérance de vie alors qu’à quelques encablures de Santiago de Cuba et de la Havane la mort frappe avant l’heure. Rien sur l’éducation pour tous alors que sur le même continent des millions d’hommes et de femmes ne savent ni lire, ni écrire. Rien sur ce pays capable de former des milliers de savants, d’universitaires, de médecins, de musiciens, de créateurs, de sportifs de haut niveau. Rien sur la solidarité avec les peuples de la région comme en Haïti où ont été envoyés des centaines de médecins et de spécialistes de la construction en zone tropicale. Rien sur la générosité jamais démentie de la révolution cubaine avec les victimes des catastrophes naturelles, des régimes tortionnaires du continent, jusqu’avec les enfants de Tchernobyl. Les auteurs des reportages n’ont pas compris ou plutôt n’ont pas voulu comprendre qu’un pays étranglé n’est pas le meilleur terreau pour le développement de la démocratie, du moins celle que l’on considère comme telle en Occident et qui montre chaque jour ses limites. C’est en France et pas à Cuba, par exemple, qu’un prisonnier tous les trois jours se donne la mort.

Les auteurs de ces reportages ne connaissent pas la terrible réalité de pauvreté et de violence en Amérique du Sud et dans les Caraïbes. Ils ne peuvent donc équilibrer leur jugement en comparant ce qui est comparable. Concernant Cuba, ils ont bêtement calqué ce que leurs prédécesseurs ont tant et tant de fois déjà fait choisissant des individus marginaux qui existent bel et bien à Cuba et qui entrent en contradiction avec une génération éduquée, diplômée, bien dans leur corps et leurs têtes, aimant la fête et danser, aspirant à vivre dans de meilleures conditions matérielles, souhaitant bénéficier de libertés élargies mais n’ayant pas comme seul objectif  la boisson, le reageeton, l’illusion du fric facile de l’Amérique du Nord qui pourchasse les candidats à l’émigration venus du Mexique mais favorisent ceux qui viennent grossir le rangs des organisations terroristes ayant pignon sur rue à Miami. Ces Cubains qui soutiennent les candidats républicains aux différentes élections locales et nationales beaucoup d’entre eux sombrant dans la délinquance et remplissant les prisons de Floride. 

Les auteurs des reportages ont affirmé à plusieurs reprises que Cuba vit sous une dictature. Ils ne savent pas ce qu’est réellement une dictature. Ce n’est pas à Cuba que des dizaines de cadavres sont découverts chaque semaine au bord des routes menant aux Etats-Unis, mais au Mexique. Ce n’est pas à Cuba que l’on assassine les membres de l’opposition mais au Honduras. Ce n’est pas à Cuba que l’ont massacre des militants syndicalistes mais en Colombie. Ce n’est pas à Cuba mais au Chili qu’on tranchait les mains du poète, en Argentine qu’on larguait les prisonniers en mer depuis des hélicoptères.   

Thalassa, émission culte, nous avait habitués à une autre approche que celle du cliché made in USA. Souhaitons que cela soit une erreur de parcours.

Paris, le 19 mai 2012

Le bureau de Cuba Si France se tient à la disposition des animateurs de Thalassa pour de plus amples informations.

 

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 14:05

 

Il est courant de dire que les Japonais sont des gens discrets et courtois. C’est certainement vrai pour la grande majorité de la population sans oublier que les grands chefs nippons tout au long de l’Histoire ont fait couler pas mal de sang en hurlant à la mort. Les Chinois en savent quelque chose. Mais, direz-vous avec raison,  d’autres dans le monde ne se sont pas mieux conduits. Il n’empêche que l’on peut se demander de quoi se mêle le ministre japonais des Finances.

Jun Azumi, c’est son nom, a exigé  de François Hollande, quelques heures seulement après la clôture du scrutin présidentiel, de « respecter les engagements pris par la France en matière de déficit public ». Pour bien se faire comprendre, il a impérialement martelé : « Nous voulons que la France fasse ce qui a été décidé». Et de souligner son « hostilité » à l’idée d’une révision du pacte budgétaire européen.

Le minimum de savoir vivre aurait consisté à observer un peu de retenu, un peu de réserve, un peu de patience, bref, un peu de diplomatie. Le très pressé et très gonflé Jun Azumi, sourire aux lèvres et mains jointes, a versé son fiel à la manière d’un vulgaire Sarkozy. Ancien présentateur sur la chaîne publique de télévision NHK, il se croit toujours en représentation dispensant la vérité officielle sur le petit écran. Spécialiste des gaffes, son comportement est souvent violent. Quant à la diplomatie, il s’en moque royalement regrettant le temps où l’empire régnait en maitre.

Jun Azumi ne restera pas célèbre dans les annales japonaises, encore moins internationales. Quant à son avenir personnel nous nous en contrefoutons. Pourtant, magnanimes, nous nous permettons de lui délivrer un conseil. Non pas d’aller se faire voir chez les… , pour rester poli. Plus simplement nous lui rappelons qu’avant de donner des conseils et des ordres aux autres, il ferait bien de balayer devant sa porte : la dette japonaise s’élève à 220% de son produit intérieur brut (PIB).

José Fort

L’Humanité Cactus 10 mai

 

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