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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 18:10

 

 

Reconnaissons les efforts déployés par Nicolas Sarkozy : ses relations avec les partenaires britanniques et allemands sont marquées par la délicatesse, le sens de la formule diplomatique et de la courtoisie. A David Cameron, lors  du sommet européen du mois d’octobre dernier, le président français avait lancé « tu la fermes  ». On était déjà à des années lumière de leur visite commune si chaleureuse en Libye pour célébrer l’installation au pouvoir d’anciens proches de Kadhafi et de Libyens formés à l’école de la CIA. Il faut dire que le Premier ministre de Sa Gracieuse Majesté ne fait pas, lui aussi, dans le raffinement lorsqu’il se moque publiquement de son ex-ami parisien tout en se déclarant prêt à accueillir à Londres les banques françaises.

Avec les Allemands, mieux vaut se méfier des apparences. Nicolas Sarkozy a beau vanter le modèle d’Outre-Rhin, celui du mini-job, du mini-salaire, des plus de dix millions de pauvres, tous les indicateurs sont au rouge du côté de Berlin, l’économie allemande commençant à prendre l’eau. Sa copine Angela Merkel, dit-on, participera à quelques meetings électoraux. Mais comment interpréter le silence de la chancelière après les déclarations d’un de ses proches conseillers affirmant que l’agité  est « foutu » et qu’il ferait bien de « réviser » sa géographie, le président français ayant confondu l’Alsace et l’Allemagne lors d’un récent discours. Quant à la référence maintes fois répétés au « modèle adopté pas Gerhard Schroeder », la presse allemande rappelle que cet épisode avait couté sa réélection à l’ancien chancelier social-démocrate.

Y a plus d’amis. Même Obama laisse entendre que le « petit de Paris » n’en a pas pour longtemps. Alors que la plupart des dirigeants du monde ricanent, les Français trinquent. Il  faudrait que cela finisse vite car il y va de l’image de la France dans le monde et de notre dignité.

José Fort

L’Humanité Cactus 2 février

 

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 19:13

 

Depuis quelques jours, le génocide qui a eu lieu d'avril à juillet 1994 au Rwanda fait l'objet de commentaires dans la presse française.  La tonalité dominante consiste à minimiser la responsabilité des autorités françaises de l'époque et d'oublier un peu vite le long silence observé, en France, par les médias. Seul, le journal "l'Humanité" titrait à l'époque sur le "génocide" . Seul pendant plusieurs semaines sur le terrain, l'envoyé spécial de "l'Huma", Jean Chatain

(avec la correspondante du quotidien belge "Le Soir") informait sur la dimension du crime. A l'époque, on nous disait que "nous exagérions". Voici mon éditorial du 17 juin 1994.

 

 

 

L'honneur perdu


«Les milices gouvernementales veulent nous tuer.» Ainsi débutait, il y a quelques jours, le fax adressé par les réfugiés de l'hôtel Mille-Collines, à Kigali, à la rédaction de «l'Humanité». Nous avons publié ce document. Vendredi, les tueurs sont entrés dans l'hôtel pour commettre le crime programmé. La barbarie succède à la barbarie au Rwanda. Après de longues semaines de silence, la plupart des dirigeants politiques français accordent enfin une attention à la tragédie. Il y a deux mois, les informations en provenance de ce petit pays d'Afrique centrale nous avaient amenés à décider le départ d'un envoyé spécial de «l'Humanité» sur place. Immédiatement, nous avons répercuté l'immensité des crimes commis par l'armée et les miliciens de la dictature. Les articles de Jean Chatain sur les massacres dans les églises, l'anéantissement de villages entiers, la chasse aux enfants tutsis donnaient l'ampleur du génocide. Ceux qui, aujourd'hui, se prononcent en faveur d'une intervention militaire française au Rwanda ne pipaient mot. Je me souviens d'un éminent confrère m'assénant: «Vous en rajoutez!» Nous ne tirons aucune gloire à avoir révélé la vérité, mais force est de constater qu'à notre signal d'alarme bien peu avaient alors réagi. Pendant ce temps, les massacres se poursuivaient, et ils se poursuivent encore aujourd'hui.

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On peut aisément comprendre que de nombreux Français horrifiés par les images vues à la télévision soient favorables à une intervention prétendant protéger les populations. Le gouvernement français joue sur cette légitime émotion pour annoncer une opération sans donner à l'opinion publique les clés pour comprendre. Peu de Français savent que la dictature rwandaise a été soutenue à bout de bras par Paris. La grande majorité de nos concitoyens seraient extrêmement étonnés d'apprendre qu'il y a trois semaines encore des armes françaises ont été livrées aux tueurs et que des militaires rwandais effectuant des stages en France viennent d'être réexpédiés dans les zones de combats. Un des pires tyrans d'Afrique, Mobutu, vient d'être nommé «médiateur» au Rwanda et en profite pour régler discrètement ses problèmes intérieurs. Qui s'en étonne? Le journal belge «le Soir» affirme que deux militaires français sont responsables de l'attentat contre l'avion des présidents du Rwanda et du Burundi. Les démentis du Quai d'Orsay ne sont-ils pas trop précipités pour convaincre?

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Une intervention militaire française n'aurait-elle pas pour objectif réel de figer la situation sur le terrain, donc de contrer l'avance du Front patriotique rwandais, et sous couvert de «réconciliation nationale» de trouver une issue conforme aux intérêts de la France officielle? Qu'il faille prendre des dispositions urgentes pour arrêter la tuerie est une évidence. Mais pas n'importe comment. Et surtout pas avec n'importe qui. Les professionnels français à qui l'on a fait jouer pendant des années au Rwanda le rôle de gendarme et de complice d'une dictature ne seraient pas les bienvenus à Kigali. En revanche, rien n'empêche Paris d'assurer la logistique aux quatre mille soldats africains prêts à partir pour le Rwanda. A moins que le gouvernement français considère ces hommes comme incapables de mener une mission de paix et l'OUA comme un vulgaire «machin».



José Fort

l’Humanité du 17 juin 1994

 

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 14:03

 

 

L’implacable  austérité mise en place Outre-Rhin serait  l’exemple à suivre, selon le Medef et ses représentants encore au pouvoir. Un modèle français reste à construire prenant en compte la réalité du monde, le bien être des salariés et des retraités, une véritable justice sociale.

 

 

Ce n’est pas nouveau. Depuis des lustres, le patronat et les gouvernants français vantent les « modèles» étrangers face au « modèle » français prétendument inefficace et dépassé pour tenter de mieux faire passer la pilule de l’austérité, de la casse des acquis sociaux et des services publics.

Souvenez-vous. On nous a vendu le « modèle » japonais et la flexibilité. On nous a soufflé l’exemple anglais en cachant l’explosion de la misère dans ce pays sinistré. Plus récemment, on nous a repassé le plat danois et sa semi-flexibilité. C’est une manie de la droite française. Il faut chercher des modèles ailleurs. Dans les années 1930 déjà, le modèle allemand faisait fureur face au Front populaire. La situation actuelle n’a rien  de commun avec la montée du nazisme, mais force est de constater qu’on nous affiche une fois encore l’exemple allemand. Il y a dans cette attitude, écrit le site « Agora Vox » « une filiation historique, pour certains, d’une forme de détestation nationale, pour d’autres d’un rejet de l’héritage révolutionnaire ou pour d’autres encore une simple volonté de normalisation de la France. »

C’est quoi ce modèle allemand made 2012 ? Comme l’écrivait récemment Bruno Odent dans « l’Humanité », « ce modèle souffre d’un défaut majeur : il est détesté par l’immense majorité des citoyens allemands ». Ce journaliste, spécialiste de l’Allemagne, prenait appui dans sa démonstration sur une enquête d’opinion réalisée par l’IFOP. Des résultats étrangement passés sous silence en France. Selon l’IFOP, une majorité écrasante de citoyens allemands (73%) affirme qu’elle vit dans une société injuste. 53% d’entre eux  considèrent que leur niveau de protection sociale (assurance chômage, retraite et maladie) n’est pas satisfaisant. 64% déclarent que le système d’éducation et de santé ne fonctionne pas bien et 67% estiment que « le versement des retraites n’est pas assuré pour les vingt prochaines années ». 86% des Allemands indiquent qu’ils effectuent les achats de produits alimentaires dans les magasins hard discount de type Lidl (contre 43% des Français).

La part des salaires dans la valeur ajoutée (l’ensemble des richesses nouvelles produites par le pays) est passée de 78% en 1994 à moins de 60% en 2010. Un salarié sur trois n’a plus de contrat à durée  indéterminée, la TVA est passée de 16% à 19%, la croissance est annoncée en baisse tout comme les exportations, la demande intérieure étant dans l’incapacité de prendre le relais. Dans le même mouvement, les allocations parentales et de chômage ont subi une réduction sans précédent tandis que près de 20.000 postes de fonctionnaires ont été supprimés pour la seule année 2010. C’est ce modèle  que l’on nous présente comme l’exemple à suivre.

Le modèle français reste à construire prenant appui sur notre héritage social, culturel et économique. Bien entendu, il serait ridicule de refuser par principe tout exemple venu de l’étranger.  Mais, souligne « Agora Vox », « il y a une différence essentielle entre s’ouvrir intelligemment aux expériences extérieures et prétendre reproduire un modèle étranger par définition propre à un contexte national ». Surtout que, contrairement aux idées répandues, le « modèle » en question commence à prendre l’eau.

José Fort

« Vie Nouvelle » février 2012

 

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 13:50

 

La médecine cubaine vient d’enregistrer un progrès considérable dans un domaine affectant des millions d’hommes et de femmes victimes du plus ravageur des crabes, le cancer du poumon. L’équipe médicale au travail depuis plus de vingt ans annonce avoir mis au point un vaccin thérapeutique (et non préventif) favorisant la génération d’anticorps contre les protéines déclenchant la prolifération des cellules cancérigènes. Des tests sont en cours dans 18 hôpitaux cubains auprès de 579 malades et aussi en Argentine, au Pérou, au Venezuela, en Chine…

 

Voici un petit pays du Tiers monde (un peu plus de 11 millions d’habitants), soumis à un scandaleux blocus économique et à des agressions terroristes depuis 50 ans, sans grandes richesses naturelles sinon ses intelligences, accouchant de savants, d’universitaires et d’ingénieurs à la pelle, de sportifs raflant les médailles d’or et doté d’une armée de médecins dont on reconnaît les compétences et l’abnégation dans toute l’Amérique latine et en Afrique. Cuba n’exporte pas la révolution. En revanche, la patrie de José Marti et de Fidel Castro n’hésite pas à faire partager sa matière grise et ses résultats spectaculaires en ophtalmologie, en orthopédie, en de nombreuses autres thérapies au point de devenir une destination médicale choisie par de plus en plus d’Américains du nord comme du sud. Qui pourrait lui reprocher de tirer profit de ses performances scientifiques ? Pas le peuple haïtien, par exemple, qui dispose d’une aide médicale cubaine solidaire.

 

Aux Etats-Unis et en Europe, les bonnes nouvelles en provenance de la Grande Ile sont passées sous silence. Folles de rage, les multinationales pharmaceutiques accrochées à leurs profits n’apprécient guère l’arrivée des Cubains sur le marché de la santé. En France, les hôpitaux spécialisés dans le traitement  des cancers comme Gustave Roussy ou Paul Brousse ne devraient-ils pas établir avec leurs collègues cubains une coopération pour le plus grand bénéfice des patients ?

 

 José Fort

L’Humanité Cactus 26 janvier 

 

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 16:06

 

 

Ou est passé Jean-Louis Bruguière ? L’ancien juge d’instruction, spécialiste de l’antiterrorisme aujourd’hui à la retraite après s’être essayé à la politique dans le Lot et Garonne sous la casaque UMP, est porté disparu. Certains affirment qu’il se cache dans le sud de la France, d’autres croient savoir qu’il aurait trouvé refuge dans les Caraïbes. Vrai ou faux ? Quoi qu’il en soit, nous lançons un appel. Si vous disposez d’informations sur ce  brave  Jean-Louis n’hésitez pas à nous informer.

L’ancien juge et proche de Sarkozy nous avait habitué à ne pas garder sa langue dans sa poche. Concernant le génocide au Rwanda, le juge avait lancé en 2006 des mandats d’arrêt contre des proches du président Paul Kagamé. Il accusait dans le même mouvement les forces rebelles d’être responsables de l’attentat contre le Falcon du président du Rwanda de l’époque déclencheur du génocide contre les Tutsis et les Hutus démocrates. Quant à l’explosion de Karachi qui a couté la vie à 11 salariés de la Direction des constructions navales, le très médiatique juge Bruguière n’y a jamais vu l’ombre d’une transaction douteuse ayant servi à financer la campagne électorale d’Edouard Balladur.

Patatras. Les magistrats qui viennent d’enquêter à Kigali contredisent totalement la thèse de Jean-Louis Bruguière. Au même moment, les familles des victimes de l’attentat de Karachi portent plainte contre l’ancien juge pour  faux témoignage et entrave à la justice .

Jean-Louis Bruguière, hier communicant prolixe, aujourd’hui retraité silencieux, devrait, comme les cyclistes soupçonnés de dopage, faire connaître son ou ses lieux de résidence. La justice et nous avec avons quelques questions à lui poser pour tenter de comprendre ses « erreurs ». On pourrait, par exemple, lui demander s’il s’est tout bêtement emmêlé les pieds dans le tapis. Ou plutôt s’il appliquait des consignes venues de haut.

 

José Fort

 

L’Humanité Cactus 19/01/2012 

 

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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 17:08

 

 

 

On vit une époque formidable. Figurez-vous que le régime assassin du Syrien Bachar Al-Assad est placé sous contrôle. Ne haussez pas les épaules : une mission de la Ligue arabe ne séjourne-t-elle pas dans ce pays où les tanks tirent à vue sur les manifestants ? A la tête des « enquêteurs », un militaire de haut rang, un homme de terrain : le général soudanais Mohammed Al-Dabi. En voilà un qui en matière de droits de l’homme en connaît un rayon.

Promu chef du renseignement militaire au Soudan après le coup d’Etat du président Omar Al-Bachir, Mohammed Al-Dabi peut faire prévaloir ses connaissances en matière de torture. C’est un orfèvre. Il peut aussi afficher sur sa carte de visite la chasse à l’ethnie Masalit et la mise sur pied d’une milice personnelle responsable de centaines de milliers de morts au Darfour. Les cadavres au milieu du désert, c’est lui. Les champs en feu, le bétail abattu, les hommes valides exécutés, les familles en fuite, c’est toujours lui. Des qualités essentielles pour « enquêter » en Syrie.

Et puis, il y a son patron, le sinistre Omar Al-Bachir. Lui, ses exploits dans le domaine de l’humain atteignent des sommets à tel point qu’il est recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour « génocide » et « crimes contre l’humanité » au Darfour. Omar a passé son week-end à Tripoli, le dernier endroit où il faut se montrer en évitant les balles des différentes factions. Il a été chaleureusement accueilli par Moustafa Abdeljalil, le chef du conseil national de transition libyen, agent de la CIA, installé au pouvoir par Sarkozy et Obama et qui préfère donner la priorité pétrolifère à ses protecteurs US plutôt qu’à ses amis parisiens. Aucune reconnaissance.

La chute du régime de Kadhafi est « le meilleur cadeau jamais offert au Soudan », a déclaré Omar Al-Bachir en débarquant à Tripoli. Sacré Omar : il aurait demandé à son interlocuteur de transmettre ses félicitations à la  France, à son président et à son ministre des « Affaires étrangères », le tonitruant… Bernard Henri-Lévy.

José Fort

L’Humanité Cactus du 12/1/ 

 

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 19:44

 

A peine levé, j’apprends lundi la libération de Salah Hamouri, le jeune franco-palestinien emprisonné durant cinq ans par les autorités israéliennes pour un « délit d’intention ». Les radios assurent que l’élargissement de ce jeune homme a été obtenu grâce à l’action conjuguée de Nicolas Sarkozy et du Quai d’Orsay. Enorme mensonge. Rien sur le mutisme observé pendant des années concernant le sort de notre compatriote, rien sur l’action du comité de soutien animé par Jean-Claude Lefort, rien sur la mobilisation de milliers d’hommes et de femmes. Fallait pas fâcher Tel Aviv et le CRIF.

Cet épisode m’en rappelle deux autres : Angela Davis et Nelson Mandela. Au début des années 1970, la militante des droits civiques aux Etats-Unis était condamnée à une lourde peine de prison, sa vie était en danger. Une grande campagne fut menée en France par les jeunes communistes. Médias et autorités françaises de l’époque restèrent muets jusqu’à ce que Angela fût enfin libérée. Fallait pas fâcher Washington.

Qui connaissait en France le nom de Mandela au début des années 1980 ? Pratiquement personne. Pendant des années, seuls, les communistes français particulièrement les plus jeunes et « l’Humanité »  menèrent une campagne pour la libération du plus ancien prisonnier politique du monde qui nous réserva, plus tard, sa première interview. A Paris, la droite comme le PS, télés, radios et presse écrite observèrent un silence assourdissant. Nelson Mandela, ils ne connaissaient pas. Fallait pas fâcher Prétoria et le régime de l’apartheid.

A la réflexion, ne pas fâcher n’est pas l’explication. Dans les trois cas, le comportement des gouvernants français et des médias relève d’une orientation politique commune : deux poids deux mesures concernant le soldat franco-israélien et le jeune étudiant franco-palestinien, mépris à l’égard d’une militante noire nord-américaine, contrats d’armement et gros sous passant avant l’intérêt porté au leader de la lutte contre l’apartheid.

 

José Fort 

 

 

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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 10:04

 

« Méfiez-vous de vos amis » aurait affirmé l’ex-dictateur Manuel Noriega en quittant sa cellule de la prison de la Santé à Paris afin de rejoindre le Panama où il devrait poursuivre une détention commencée il y a vingt ans aux Etats-Unis et poursuivie en France. Celui qu’on appelle plus familièrement « face d’ananas » sait de quoi il parle : ancien de la CIA, il a été lâché par Washington sous prétexte de trafic de drogue ; ex-indic des services secrets français, il avait bénéficié de largesses en matière immobilière dans l’hexagone avant d’être accusé de blanchiment d’argent ; président un temps du Panama, il faisait la pluie et le beau temps autour du canal avant de devenir l’ennemi à abattre pour ses anciens petits copains galonnés dont certains ont fini les corps criblés de balles ou alourdis de blocs de ciment dans les profondeurs du Pacifique.

Les temps sont durs pour les dictateurs. Leurs protecteurs, après les avoir utilisés pour les sales besognes, les lâchent sans gêne aucune. Tenez, Ben Laden disparu à jamais en haute mer,  avait pendant des années servi la cause antisoviétique de Reagan. Tenez, Kadhafi abattu d’une balle dans la tête sur un ordre téléphoné alors qu’il avait donné des gages –  y compris en monnaie trébuchante -  à plusieurs gouvernants occidentaux. Tenez, Ben Ali, Moubarak, Bachar-al Assad invités d’honneur du 14 juillet 2008 à Paris et co-organisateurs de la mort-née Union de la Méditerranée : le premier devient fou, dit-on en Arabie Saoudite, le second comparaît allongé sur une civière devant un tribunal, le troisième tente de trouver une issue afin de pas terminer sa vie une balle dans la peau ou accroché à un croc de boucher.

« Méfiez-vous de vos amis », aurait donc déclaré « face d’ananas ». Un conseil qui pourrait s’adresser à quelques bons amis de l’Elysée comme le Burkinabé Compaoré, le Camerounais Paul Biya, le tchadien Idriss Déby, le congolais Denis Sassou-Nguesso.  Ces quatre là savent qu’un jour viendra où leurs proxénètes parisiens leur cracheront à la gueule. 

 

José Fort

 

Publié dans l'Humanité Cactus du 15/12

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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 19:29

Un article publié dans l’Humanité Cactus du 8 décembre

Larme batavique

Elle venait d’annoncer une nouvelle réforme des retraites avec l’allongement des cotisations, la cessation des activités repoussées à 66 ans, la fin des acquis pour les mères au foyer et plus généralement pour les femmes; elle déclarait que « la rigueur » exigée l’épuisait « psychologiquement ». Puis, tout à coup, elle a fondu en larmes devant les caméras. Elsa Fornero, professeur à l’université de Turin, réputée « femme de fer », ministre des Affaires sociales du gouvernement de Mario Monti n’aurait pas supporté, dit-on, l’énormité des « sacrifices » demandés aux simples citoyens, à ceux d’en bas. Le Président du Conseil, Mario Monti lui a gentiment tapoté le bras, comme sait le faire un homme pieux à la pudeur monacale brisant ainsi le temps des orgies romaines, des soirées bunga-bunga où les cover-girls pouvaient devenir parlementaires nationales ou européennes, selon leurs exploits. Autre temps, autre manière.

Nous allions tomber dans le piège de la sensiblerie télévisée, lorsque la nouvelle est tombée : Mme Elsa Fornero occupe le poste de vice-présidente du conseil de surveillance de la banque Intesa Sanpaolo. Une banque qui s’attend au cours du quatrième trimestre de cette année à un gain financier exceptionnel d’1 milliard d’euros et qui en fera profiter, assure-t-elle, tous ses actionnaires et dirigeants parmi lesquels Mme Elsa Fornero. C’est à ce moment précis qu’un de mes proches m’a posé la question : « Connais-tu la larme batavique, une spécialité de Mme Fornero » ?  Et de m’expliquer que la larme batavique est une goutte de verre obtenue en laissant tomber le verre en fusion dans l’eau ; la surface en est très dure, mais si l’on en brise la pointe, elle se réduit en poussière.

Allez, circulez : croire les promesses et les larmes des dirigeants italiens et plus généralement européens, c’est comme tenter de vendre des glaçons aux esquimaux.

José Fort 

 

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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 19:09

 

Chers amis,

Je souhaite tout d'abord remercier sincèrement mon ami Pierre Gosnat qui a tenu à organiser cette rencontre d'aujourd'hui en cette mairie d’Ivry et je souhaite lui dire que je suis très sensible à cette volonté qu’il a manifestée mais aussi aux propos qu'il a tenus. Cela me va droit au cœur.

Je te souhaite, Pierre, tout le meilleur possible, et en particulier, bien que la fonction de député soit une fonction harassante, une excellente année 2012.

Je veux aussi remercier très chaleureusement et avec toute mon affection notre  chère Cécile Rol-Tanguy de m'avoir fait le plaisir et l'honneur de me remettre cette distinction.

Je sais, et je lui en suis d’autant plus reconnaissant, qu'elle ne se livre que très rarement à ce genre de cérémonies. Elle sait, et du même coup vous saurez, que son acceptation consacre une histoire et une mémoire qui nous sont communes, un même univers que nous avons en partage et que les hasards de la vie se sont évertués à développer entre nous.

Tes paroles, Cécile, en témoignent. Nous avons ensemble, et avec beaucoup d'autres, trois couleurs plantées à jamais au fond de nous : le rouge, le jaune et le violet – les trois couleurs du drapeau républicain espagnol. Ton mari, le colonel Henri Rol-Tanguy combattit en Espagne alors que mon père devait finalement en mourir tandis que je n’avais que 9 ans.

Chers amis,

Je veux vous remercier, tous, pour votre présence amicale. Vous remercier d’avoir pris sur votre temps pour répondre à l’invitation de Pierre et pour être venus partager ce moment. Votre présence m’aide aussi pour cette remise de décoration. Car je dois la vérité : j'ai comme un problème.

Cette Légion d’Honneur m’a été est attribuée officiellement le 1er janvier dernier en raison, est-il écrit dans le décret, de 46 ans de services rendus à la France.

Pourtant je n’ai rien fait d’extraordinaire. J’ai fait ce que j’estimais être mon devoir. Je ne peux m’empêcher de penser à tous ceux qui ont rejoint la Résistance et qui ne sont toujours pas distingués. S’agissant de services rendus à la France, ils la mérite 100 fois plus que moi. Je pense en particulier à André Schmer, ici présent, Juif d’origine polonaise, engagé très jeune dans la Résistance au sein de la M.O.I – « ces étrangers et nos frères pourtant »…

Et comme pour tout simplifier, j'ai vu que celui qui est à l'origine de cette rouge décoration, un certain Bonaparte, l’avait instaurée en disant : « Les français n’ont qu’un sentiment, l’honneur. Il faut donc leur donner un aliment à ce sentiment-là, il leur faut des distinctions. » !

Cela alors que durant les 19 années où j’étais député une petite carte postale ne m’a jamais quittée, épinglée à côté de mon bureau avec une photo du Che où il y avait inscrit ses paroles : « Les honneurs ça m’emmerde ».

Vous imaginez, donc, la prise de tête qui a pu être la mienne quand j’ai appris au début de cette année cette nomination ! D’autant plus que j’avais fortement découragé Pierre qui voulait en faire la demande il y a plusieurs années ! 

J’ai appris finalement que c’était le Président de mon groupe à l’Assemblée nationale, Jean-Claude Sandrier, qui avait fait des démarches en ce sens, sans nous en avertir, pour deux députés honoraires, Muguette Jacquaint et moi.

Et puis, tous comptes faits, je me suis dit que Bonaparte ou pas, que cela lui plaise ou non, cette Légion d’Honneur je l’attribuais quant à moi, et ceci par décret personnel, à des valeurs, à des engagements, à des combats multiples au service des autres, en France et dans le monde.

Je ne ferai naturellement pas la liste de ces valeurs auxquelles j’attribue cette distinction. Ce sont des valeurs qui me guident toujours et qui donnent un sens et une cohérence à une vie.

Le toit du ciel est plein d’étoiles qui scintillent. Il suffit d’en choisir quelques unes seulement pour tracer sa route. Chacun à sa façon. Car ici, comme plus largement, nous sommes nombreux à ne pas être nécessairement sûr le même bateau alors que bien souvent nous recherchons le même port.

Premier repère pour moi : il faut impérativement se montrer fidèle à ceux qui nous ont quittés. « Soyez dignes de nous… », écrivait Guy Môquet juste avant d’être fusillé par les nazis. Cela suppose à mon sens, non seulement de cultiver un nécessaire devoir de mémoire – car sinon on ampute l’avenir de toute vision – mais aussi d’essayer, du mieux possible, de continuer la France dans les conditions d’aujourd’hui qui ont beaucoup changées.

Ces changements imposent des mises à jour ou des remises en cause. C’est selon. On ne peut pas être frileux sur ce point, sinon on se perd ou on perd. Un vieux sage nous disait : « C’est en allant vers la mer que le fleuve reste fidèle à sa source »…

S’indigner, résister, s’engager, lutter, rassembler – autant de mots simples mais lourds de sens pour lesquels nous avons comme une « dette » à honorer vis-à-vis de celles et ceux qui ont fait la France.

Je parle de la France que chantait Jean Ferrat, « Jean de France », citoyen d’honneur de cette ville. La France en ce qu’elle a de plus étonnant et de plus original. La France et sa capacité qui lui est propre d’être attendue par le monde comme porteuse d’un progrès à dimension universelle. La France, la belle, la rebelle. Pour cela, il faut aujourd’hui qu’elle prenne la haute-mer de ces temps modernes et qu’elle n’ait pas peur de la houle provoquée par ces temps nouveaux. Le monde change. Beaucoup. Les conséquences sont considérables. Le rétroviseur a des limites. Et « mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde. »

Second point : il n’y a pas, à mes yeux, de petites et de grandes causes à défendre pour continuer leurs combats. Toutes doivent être saisies et constituer chacune un étendard. De même qu’il n’y a pas une seule et unique façon de s’engager.

Ecrire un livre – n’est-ce pas Pascal ou Dominique ? –, peindre une toile – n’est-ce pas Lad, Ezzuldin ou Mustapha ? –, faire du théâtre – n’est-ce pas Adel, Oscar et Sylvie ? –, faire des films – n’est-ce pas Pierre ou François ? – faire de la musique ou des chansons – n’est-ce pas Allain qui aujourd’hui nous regarde goguenard j’en suis sûr ? – ou bien s’occuper des « sans » et de bien d’autres choses encore – n’est-ce pas vous tous ? –, cela forme un ensemble qui est porteur de sens.

Laisser de côté un seul de ces champs et ce serait priver la palette qui nous sert à dessiner l’avenir de couleurs irremplaçables. Ce serait s’interdire le pouvoir d’oser, le pouvoir de croire. Oser et croire en autre chose, en un monde meilleur qui ne soit pas nécessairement « le meilleur des mondes ».

Quel bonheur que de lutter ! Oui que du bonheur. Cela implique, c’est vrai, une disponibilité et un engagement sans compter, de tous les instants.

Naturellement c’est un peu éprouvant.

Et ce n’est évidemment pas sans conséquence sur la vie de famille. Je souhaite d’ailleurs saisir cet  instant pour leur demander qu’ils m’excusent – ma fille, ma compagne, ma famille et mes proches, qu’ils soient toujours avec nous ou bien qu’ils soient partis.

J’ai pu leur paraître, ou être effectivement, trop absent.

J’espère qu’ils sauront pardonner. Le moment est propice…

Cette vie, passée à 100 à l’heure, m’a donnée aussi l’occasion de rencontres d’hommes et de femmes remarquables – et je veux avoir une pensée pour celles et ceux qui nous ont quittés : Yasser, trois Georges, Marie-Claude, Michel, Louis… et tant d’autres que je n’oublie pas. Et je n’oublie ceux qui sont, fort heureusement avec nous, je pense tout spécialement à Roland Leroy. Mais je pense aussi à ces milliers de simples gens fabuleux. Des gens d’honneur qui sont légion, si j’ose dire !

Elle m’a aussi permis de découvrir des terres inconnues : la politique au plus haut niveau, et des sujets totalement ignorés de moi qui suis « Bac moins trois ».

Ce fut le cas spécialement en travaillant 7 ans avec Georges Marchais, puis à la fédération du Val-de-Marne du Parti communiste, avec une équipe de rêve, et pendant 19 ans à l’Assemblée nationale. 

Il m’a fallu travailler dur, non pas pour gagner plus, mais pour m’approprier les choses et tenter de rendre lisible ce qui, volontairement, est souvent présenté comme étant illisible ou à cent lieues de la vie concrète. 

Mais ce lourd travail permet justement de voir plus loin que l’horizon insipide et borné dans lequel les médias voudraient absolument nous enfermer ne retenant que les petites histoires au lieu de ce qui fait l’Histoire. 

Troisième repère pour moi : travailler obstinément ne peut pas se faire sans écouter les autres. Avec des confrontations sans doute. Mais des confrontations loyales. On ne vous en voudra jamais d’avoir des idées démocratiques différentes ou détonantes. On vous en voudra, par contre, de ne pas être sincère, loyal et droit.

A cet égard, je suis toujours un peu étonné de voir comment en politique on prend un plaisir gourmand, non pas seulement à dénoncer l’autre quand il le faut, arguments à l’appui, mais à le « déglinguer ».

Et pourtant c’est un fait établi et vérifiable : ce n’est pas parce que vous dîtes que tel ou telle est laid que cela vous rend plus beau.

Enfin… comprendra qui voudra comprendre à qui je parle ici.

Au fond, derrière cette attitude assassine, il y a deux défauts majeurs à mes yeux : un refus de l’autre et donc un refus de rassembler et un incroyable – et maladif – complexe de supériorité. Se prétendre insolemment comme le possesseur unique et quasi universel de la vérité, quitte à mentir. C’est insupportable.

Il est une autre valeur, et c’est le dernier point que je veux évoquer, une valeur qui est à mes yeux fondamentale et qui m’habite au plus profond : c’est celle de la solidarité internationale.

Mon engagement part de là. De la blessure vive que fut ma découverte, quand j’ai eu l’âge de comprendre, de ce qui s’était passé en Espagne en 1936.

Et de cette injustice insupportable qui m’a révolté, et qui me révolte toujours, de savoir que mon père devait mourir pour s’être porté, avec beaucoup d’autres venus de 54 pays, au secours de la liberté et de la paix. D’être parti volontaire pour prendre les armes avec les Brigades internationales.

« Mieux vaut mourir debout que vivre à genoux » clamait la « Pasionaria ». Ils ont répondu « Présents ! »

Les enfants de ceux qui partirent en Espagne, une épopée unique qui fut pourtant longtemps cachée et pour cause, nous les enfants, aux cheveux devenus blancs, nous avons pris le relais à la demande expresse d’Henri Rol-Tanguy.

C’était au cours de l’un des derniers banquets annuels qui réunissait les anciens d’Espagne. A Ivry. Toujours et encore cette ville…

Présent, comme chaque année, à leur banquet fait de bonne paëlla, Henri s’est levé au milieu du repas et s’est adressé à moi en me disant : « Alors les jeunes, nous ne sommes plus nombreux, quand donc allez-vous prendre le relais ! » Je me suis levé aussitôt et lui ai répondu direct : « Ce sera fait ! A vos ordres mon colonel ! » Et nous l’avons fait avec José, François, Pierre et bien d’autres.

C’est ainsi, par exemple, que désormais – et il faut le dire que c’est aussi grâce à Jacques Chirac et à Philippe Seguin – que le titre d’Ancien combattant a été attribué aux anciens d’Espagne. En 1996. Soixante ans après. Au moment du transfert des cendres d’André Malraux au Panthéon. Il a été ainsi enfin reconnu qu’ils se sont battus ou bien qu’ils sont morts pour la France. Et c’est à Ivry, décidément, que sera inaugurée le 25 janvier une plaque commémorative aux ivryens, nombreux, qui sont partis en Espagne.

Mais au-delà de ce qui n’est pas qu’une simple histoire personnelle, ma jeunesse a été dominée par les questions internationales. Et cela, beaucoup plus que par la question sociale. Nous étions en plus dans la période des « trente glorieuses ».

Ma jeunesse c’était l’Algérie et le déchainement de racisme contre mes copains de Bagnolet où je vivais. Mes potes dont les parents étaient originaires de ce pays. Puis ce fut la guerre du Viêt-Nam, Angela Davis. Ce fut l’Afrique du sud et Mandela. Des combats gagnés.

Aujourd’hui, pour moi, c’est la Palestine. Un combat à gagner et que nous allons gagner ! Des Brigades à la Palestine… Comme un clin d’œil.

Mais priorité ne veut pas dire exclusivité. Je n’oublie pas le reste.

J’ai eu à m’intéresser à de nombreux sujets : les relations transatlantiques, les pays d’Afrique – le Mali en particulier –, des Caraïbes – Cuba par exemple – ou du Pacifique. Du Rwanda. De l’Amérique latine. Le Chili. De l’Union européenne. Et de tant d’autres choses. Je reste bien sûr attentif à ces questions.

Bien entendu, puisque je parle de Palestine je m’intéresse aussi au monde arabe en pleine évolution. Ces bouleversements non-achevés est le signe d’une donnée majeure de ce monde qui bouillonne sous nos yeux : la fin de la glaciation post « Mur de Berlin » où l’on nous assurait que c’était la fin de l’histoire et l’entrée des peuples sur la scène politique, des peuples plus en plus acteurs de leur destin et des affaires du monde. C’est un fait nouveau considérable qui est prometteur. 

Je dis « Palestine » pour deux raisons.

La première, c’est en raison la situation qu’endurent les Palestiniens, la terrible injustice qui leur est faite depuis 64 ans. On ne peut pas rester les bras ballants devant un peuple chassé de sa terre, humilié, occupé, colonisé, tué, emprisonné, martyrisé. Une terre qui n’est pas un pays mais un lambeau de pays. Où les gens ne font pas de rêves aux creux des lits.

On ne peut pas accepter que ce peuple qui a été dépossédé de sa terre sans qu’on lui demande son avis, soit à ce point humilié et nié. On ne peut pas accepter que l’existence promise de deux Etats ne soit pas toujours réalisée 64 ans plus tard.

Israël existe mais pas l’Etat de Palestine. Et cette question est désormais au cœur de la problématique internationale.

De ce point de vue les Palestiniens ont remporté de belles batailles, comme leur admission de plein droit à l’Unesco avec 107 voix pour. Et le mardi 22 novembre dernier, ce sont 166 Etats – sur les 193 que compte l’Onu – qui se sont prononcés pour son admission à l’Onu. 59 voix en plus ! Mais il n’y a toujours pas d’Etat palestinien, un Etat dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale. Car cela est bloqué au Conseil de sécurité qui, du coup, n’a pas voté. Les masques ne sont pas encore totalement tombés. Mais la France ne se prononce pas encore « pour » cette admission.

Une nouvelle forme de « non-intervention » en quelque sorte – encore un clin d’œil, mais tout différent celui-là.

Pourtant c’est bien l’existence de l’Etat de Palestine qui est la solution et non pas le problème pour Israël dont notre pays se dit l’ami.

Son problème à Israël, c’est la politique suicidaire que mènent ses dirigeants. Tout refus obstiné de l’autre pousse au crime contre soi-même. Il faut sauver ce pays de lui-même. Son mal profond s’appelle son rejet chronique de la Palestine. Son remède certain c’est donc l’existence de l’Etat de Palestine.  

C’est donc une première raison qui m’a poussé à m’engager, une raison qui s’est fortifiée par mes voyages sur place qui m’ont mis en direct avec l’indicible.

Allez en Palestine : c’est mon meilleur conseil ! D’autant que pour moi, ces voyages sont compromis puisqu’en juillet dernier, j’étais à bord d’un petit bateau de 16 mètres, « Le Dignité ». Nous étions 16 et nous voulions « tout simplement » aller à Gaza pour nous opposer concrètement au blocus totalement illégal et inhumain que subit cette terre palestinienne. Expulsé manu militari par les Israéliens, je suis désormais sous le coup d’une interdiction de 10 ans d’entrée. Alors : allez-y à ma place vous en reviendrez changé !

La solidarité internationale comme première motif d’engagement. Je veux un monde plein de solidaires et non pas de solitaires.

Il en est un second. C’est que si j’ai la Palestine au cœur, la Palestine est aussi devenue au cœur de la stabilité du monde. Regardez, du reste, d’où viennent aujourd’hui les bruits de guerre, et d’une guerre nucléaire peut être ? Ils viennent d’Israël vis-à-vis de l’Iran. Vous imaginez, si cela devait se produire ? Nous serions également impliqués. Un vrai désastre.

La question de la Palestine est donc une question centrale relativement à la question de la paix et de la guerre sur la planète.

C’est pourquoi il est nécessaire d’agir car c’est aussi conforme à notre intérêt. Les aider, c’est donc nous aider nous-mêmes.

Comme quoi Jean Jaurès avait bien raison : «  Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie et beaucoup y ramène. »

Cette Légion d’Honneur je l’adresse donc aux Palestiniens mais aussi aux anticolonialistes Israéliens, qu’ils soient Juifs ou Palestiniens. Transmettez leur ce message, je vous prie, Monsieur l’Ambassadeur de Palestine en France, mon cher ami Hael Al Fahoum.

Et je l’adresse aussi à un jeune franco-palestinien de 25 ans emprisonné en Israël, Salah Hamouri. 

Depuis 4 ans, je m’occupe de ce cas. Chaque jour je suis en communication avec sa mère qui vit, avec sa famille, à Jérusalem-Est.

Nous sommes partis à 500 et « par quelques promptes renforts »… nous voici bien plus de 3.000 mais des dizaines de milliers à soutenir Salah et à exiger des autorités françaises qu’elles mettent tout en œuvre pour obtenir sa libération. Ce combat n’est pas terminé alors que Salah aurait du sortir le 28 novembre dernier.

Nous continuons. Inlassablement. Avec une certitude ancrée : la mer a toujours raison du granit, même du granit le plus dur…

Le rassemblement immense et inédit réalisé autour de Salah – comme pour la Palestine – montre en vérité que ce combat n’est pas de droite ou de gauche. On est « pour » ou « contre » le droit – c’est tout différent. Et je me félicite que, sauf l’extrême droite évidemment, des hommes et des femmes de tous les courants de pensée se soient rassemblés pour Salah.

Qu’il me soit permis de saluer ici, l’un d’entre eux ici présent, un député UMP, Michel. Originaire de l’Ain comme la maman de Salah, il a été dès le départ de tous les combats pour la liberté de Salah mais aussi pour la liberté pour la Palestine ! Salut à toi qui arrive tout juste de Vladivostok : bienvenue à Ivry !

Voilà chers amis quelques unes des valeurs qui me tiennent à cœur et qui me servent d’étoiles pour me guider.

Alors 46 ans, disent-ils dans le décret. Allons-y pour 46 ans ! Si pendant tout ce temps j’ai été au moins un peu utile, « ce rêve modeste et fou » dont parlait Aragon, alors cela me suffit grandement.

Cela me permet de dire comme Pablo Neruda : « J’avoue que j’ai vécu. »

Et je fais vous faire une confidence – ne pas répéter surtout – eh bien : ce n’est pas fini, je n’arrêterai pas. Ce n’est pas une retraite, Napoléon !

Tant mieux diront certains. Pas sûr toutefois que cela soit unanime ! Mais il faut s’y faire : ce n’est pas terminé du tout !

Mais j’ai été bien bavard et ma gorge est sèche. Et si nous prenions un verre maintenant ?

Encore un grand merci à vous, Pierre et Cécile.

Merci à vous tous.

Merci pour tout et surtout merci d’être ce que vous êtes ! 


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