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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 23:05

Alors que des milliers de personnes marchent ce dimanche vers l’aéroport de Tegucigalpa pour accueillir le président Zelaya, plusieurs informations indiquent que des agents de la CIA en poste dans la capitale hondurienne et dans la base militaire US de Soto Cano (90 Km de Tegucigalpa) sont en contact direct avec les putschistes et l’armée. Ils coordonneraient  l’action des putschistes avec la volonté, affirme une source proche de l’armée, de « rétablir l’ordre » et un gouvernement « démocratique ». Si ces informations se révèlent exactes, il y aurait à Washington un discours officiellement  « réprobateur » et dans les actes une ingérence directe dans les affaires de la nation hondurienne.

Le président Obama va-t-il faire la clarté sur ces révélations?
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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 12:05

Le président hondurien, Manuel Zelaya, chassé de son pays il y a une semaine par un coup d’état militaire, est attendu dimanche à Tegucigalpa. Il devrait être accompagné de plusieurs personnalités politiques du continent latino américain, de prix Nobel et de nombreux journalistes. Des milliers de ses partisans se préparent à l’accueillir  à l’aéroport  dans le calme mais on ne peut exclure une provocation. Les putschistes affirment vouloir arrêter le président démocratiquement élu dès sa descente d’avion, les chefs militaires seraient prêts à faire parler les armes et  l’Archevêque de Tegucigalpa vient de menacer, lui aussi, M. Zelaya.

Les événements au Honduras invitent à quelques premières réflexions.

Le temps où les auteurs de coups d’état en Amérique latine pouvaient agir  impunément  semble dépassé. La réaction de tous les pays du continent et des Etats-Unis, le retrait des ambassadeurs de l’Union européenne, le gel des crédits des institutions financières internationales constituent une avancée considérable. 

Il fut un temps où les putschistes pouvaient commettre leurs forfaits dans la plus grande discrétion. Si les grands médias français se distinguent pour leur scandaleux désintérêt  allant même parfois jusqu’à mettre sur le même pied  la victime et le bourreau, la presse européenne  (espagnole, italienne, scandinaves notamment) accorde une large place aux événements. Il y a surtout, aujourd’hui, une chaîne de télévision (TV Sur) qui informe en continu depuis la capitale hondurienne et que l’on peut capter sur internet.

Le comportement des autorités nord-américaines est suivi de près par les gouvernements et les opinions latino américaines.  Un véritable test pour le président Obama qui ne peut en rester à la désapprobation d’autant que des voix affirment que des agents de la CIA auraient trempé dans l’affaire. Washington a les moyens de faire pression sur les putschistes : en rappelant son ambassadeur et les correspondants de la CIA en poste à Tegucigalpa, en fermant sa base militaire, en coupant tous les contacts avec les auteurs du coup d’état et les chefs militaires. Quant au pape, il serait bien inspiré de demander à l’archevêque de Tegucigalpa, pour le moins, de garder le silence.

  

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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 17:54

Mon ami Jean-Claude Lefort, député honoraire, anime une belle campagne afin d'obtenir la libération de notre compatriote Salah Hamouri injustement emprisonné dans une prison israélienne. Il vient d'accompagner la mère de Salah lors de son séjour en France. Elle a été reçue à l'Elysée par un conseiller du Président Sarkozy puis a participé à plusieurs rencontres et débats dans plusieurs villes. Jean-Claude Lefort vient d'écire au Président de la République. Voici le texte intégral de sa lettre.




Jean-Claude Lefort

 Député honoraire

 

 

 

Paris, le 1er juillet 2009 

 

 

 

M. Nicolas Sarkozy

Président de la République

Rue du Faubourg Saint-Honoré

75001 Paris

 

 

 

Monsieur le Président de la République,

 

« Nous ne cesserons de le répéter : la libération immédiate et inconditionnelle de Gilad est une priorité pour la France. » Tels sont les propos tenus par le porte-parole du Quai d’Orsay suite à la visite récente du Premier ministre israélien à Paris.

 

Cette déclaration parfaitement claire ne rend que plus choquants l’attitude observée pour notre compatriote de 24 ans, Salah Hamouri, emprisonné pour 7 ans en Israël suite à la suite d’une décision illégitime d’un tribunal d’occupation israélien installé dans les Territoires palestiniens, à Ofer exactement. Ce qui est choquant c’est que, quand bien même il est vrai que les situations soient différentes, il ne soit l’objet ni d’un traitement identique ni d’une demande ferme de même nature, à savoir que condamné illégalement il doit être libéré immédiatement.

 

Ceci suscite d’autant plus notre mobilisation qu’à la situation condamnable dans laquelle se trouve Guilad Shalit on sait où se trouve Salah Hamouri et qui le détient depuis maintenant plus de 4 ans.

 

Le 25 juin dernier, Madame Hamouri a été reçu par l’un de vos proches collaborateurs, Monsieur Boillon. Elle était accompagnée de Madame la sénatrice Monique Cerisier ben-Guiga et de moi-même.

 

Suite à cet entretien je veux revenir sur trois points.

 

1. Tout d’abord nous avons été particulièrement choqués de constater que, selon les dires de votre conseiller, pour la Présidence de la République le cas de Salah Hamouri soit considéré come un cas parmi d’autres, un parmi les 2.000 français qui purgent une peine de prison à l’étranger. Le cas de Salah Hamouri ne relevant pas, en effet, du « classique » mais bien de l’exceptionnel : il a été condamné par un tribunal illégal et illégitime au regard du droit international par un tribunal militaire d’occupation et non pas par un tribunal relevant d’un quelconque Etat de droit.  Sa condamnation est politique. Elle résulte, pour ce qui le concerne et tandis que son dossier est totalement vide, de l’occupation israélienne de la Cisjordanie. C’est un cas politique au premier chef et une décision illégitime en son principe.

La France ne peut, quelque soit le pays où cela arrive, banaliser ni encore moins accepter cette décision et doit demander, comme pour Guilad Shalit, prisonnier de guerre, sa libération immédiate. Ce n’est pourtant pas ce qui a été fait le concernant puisque, comme le dit votre conseiller juridique, vous estimez qu’Israël est un Etat de droit quand bien même ce pays occupe illégalement des territoires où les jugements qui y sont rendus sont irrecevables par principe. On ne parle pas ici, de la justice qui s’applique aux israéliens pour ce qui les concerne dans leur pays mais de toute autre chose : de l’action, condamnée par la communauté internationale dont notre pays, de l’armée israélienne dans les Territoires palestiniens. Il n’existe pas d’Etat de droit d’occupation, d’Etat de droit de colonisation, d’Etat de droit d’annexer toute une ville, d’Etat de droit de condamnation des occupés par une puissance occupante.

 

Pourtant, à ne pas distinguer le cas de Salah des autres et à ne pas considérer comme illégaux tous les instruments qui concourent à l’occupation les autorités de notre pays, vous rompez et vous mettez notre pays en situation de violer les décisions édictant le droit international. On ne peut pas accepter cela et c’est le pire des services à rendre à Israël que d’accepter son occupation illégale des Territoires et des conséquences condamnables qui en résultent, dont la situation de Salah Hamouri.

 

2. En second lieu, votre conseiller a indiqué que vous interviendrez, ceci en application de la loi israélienne cette fois, pour que la remise de peine qui doit être examinée le 28 juillet par le tribunal ad hoc aboutisse à la libération de Salah Hamouri qui aura alors purgé les 2/3 tiers de sa peine de 7 ans. Cette affirmation est à prendre en compte dès lors qu’elle est suivie d’effets concrets et significatifs de votre part pour non pas demander mais exiger la libération de Salah Hamouri le 28 juillet.

 

Vous savez parfaitement qu’une remise de peine (nous dirions « une libération anticipée ») prend en compte une série de paramètres laissés à la discrétion des israéliens. Il ne peut être accepté que ces paramètres soient partagés par nous mais qu’un seul soit pris en compte et exigé : illégalement retenu Salah doit retrouver son foyer à Jérusalem-Est (et non pas être expulsé ou banni) et il ne saurait en plus présenter personnellement des excuses pour être emprisonné depuis plus de 4 ans en violation du droit international qui seul régit sa situation. Une forte détermination s’impose donc auprès des autorités israéliennes car mis en prison pour des raisons politiques il ne peut en sortir que par une décision politique sur laquelle nous avons plus que notre mot à dire. Aucun autre facteur ne saurait être premier tandis que Salah a le droit d’avoir des opinions politiques et des attitudes qui n’entrent pas dans autre chose que dans le champ strictement politique. Ce point n’est pas second.   

 

3. Enfin, si le fait d’être reçu par l’un de vos proches conseillers est un pas en avant relativement à la situation qui perdurait depuis deux ans, il n’en reste pas moins qu’un conseiller du Président n’est pas le Président. C’est pourquoi, compte tenu du caractère exceptionnel du cas de Salah Hamouri et des échéances à venir nous ne pouvons que renouveler la demande légitime que sa mère soit reçue, à la date et à l’heure que vous choisirez d’ici au 15 juillet. Sans mettre en cause la confiance que vous portez à vos conseillers, elle doit pouvoir vous dire directement ce qu’elle pense et il doit être permis que vous lui disiez tout aussi directement, au terme de cet entretien, ce que vous entendez faire personnellement avant le 28 juillet afin de permettre la libération de Salah Hamouri.

 

Personne ne peut parler à votre place et il n’est pas concevable que, ayant reçu toutes les familles ayant des difficultés saillantes et exceptionnelles à l’étranger et ceci « quoi qu’ils aient fait » – toutes soient reçues sauf celle de Salah dont le cas est extraordinaire et politique.

 

C’est pourquoi je renouvelle cette demande d’entretien de Madame Hamouri avec vous, étant entendu que vous voir ce n’est pas vous entrevoir, par exemple à l’occasion de la « Garden Party » du 14 juillet qui rassemble des milliers de personnes dans les jardins de l’Elysée.

 

Il serait incompréhensible que vous traitiez à part ce cas qui est emblématique et non pas banal pour lequel, justement pour cette raison, se mobilisent des milliers de Français et des dizaines de parlementaires de toute obédience, à l’exclusion de l’extrême droite.

 

Je précise que le Comité national de soutien à Salah Hamouri paiera les frais de déplacement de Madame Hamouri.

 

Dans l’attente,

 

Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la république, en l’expression des mes salutations les plus distinguées.

 

 

 

 

 

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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 15:56

Après l’élection présidentielle de juin en Iran où le sortant M. Ahmadinedjad  a été déclaré vainqueur à la suite d’une immense fraude que va-t-il se passer dans ce pays ensanglanté par une répression sauvage ? Les manifestations massives contre le pouvoir en place sont-elles les prémisses d’une société libre en cours de développement ou marquent-elles un retour aux sources de la révolution de 1979 ?

La peur est de retour en Iran. L’énormité de la fraude électorale a entraîné, selon des estimations sérieuses, trois millions de manifestants dans les rues des principales villes du pays. Après un temps d’hésitation, les détenteurs du pouvoir formé par le Guide suprême, ses proches et les milices en tous genres ont fait donner la force avec une brutalité visant surtout les jeunes. Non pas la jeunesse « dorée » comme on le dit trop souvent, mais contre tous ceux qui souhaitent  vivre dans la liberté. Une raison essentielle explique  la fraude et la violence : les actuels détenteurs du pouvoir craignent  la remise en cause de leur hégémonie.

Les interprétations des événements sont multiples. Serait-ce l’expression d’un « mouvement réformiste », pro-occidental, une réaction laïque à la révolution de Khomeiny ? Ce serait aller trop vite dans l’analyse. En fait, nous assistons à une lutte entre deux factions. La première, avec le Guide suprême et son bras armé le « président » Ahmadinejad, veut maintenir un régime autocratique dans une version fermée de l’islam. La seconde – symbolisée par M. Moussavi  ancien Premier ministre de Khomeiny lors de la guerre contre l’Irak – souhaite une « ouverture » mais dans le cadre de l’autorité cléricale. La couleur verte adoptée par les partisans de M. Moussavi, les cris « Allah akbar » qui ont retenti le soir sur les toits de Téhéran pourraient même indiquer que  pour certains déçus de la révolution khomeyniste, il convient de revenir aux principes fondateurs de la révolution de 1979.

La crise profonde que traverse l’Etat islamiste entraîne la colère d’une partie de la population. La plus éclairée car comment réagissent les masses paysannes, les plus démunis, les sans grade ? Les informations manquent.  Quoi qu’il en soit, cette crise témoigne de la vigueur du combat d’une partie importante de la société iranienne lasse des interdits, des atteintes aux libertés et s’opposant à un Etat despotique. Le mouvement, même réprimé et affaibli, perdurera et le régime n’en sortira pas indemne.

Un mouvement émancipateur est en marche en Iran.  Il aura les plus grandes difficultés à se développer. La répression, le poids des religieux et l’absence de partis politique structurés rendent l’action particulièrement complexe. Dans ces conditions, les réactions à l’emporte-pièce venues de différentes capitales frisent l’irresponsabilité. Certaines, comme celles de Sarkozy et du Britannique Brown ont alimenté la campagne des ultras iraniens affirmant que la réaction populaire était alimentée depuis l’étranger. On notera à ce propos, les réactions prudentes et progressives du président Obama. Il ne s’agit pas là seulement d’une différence de style. Elles témoignent d’un grand sens politique, d’une connaissance de la réalité iranienne et notamment des objectifs réels recherchés par les factions en compétition en Iran.

Pour les « puristes » une précision que l’ami vénézuélien Chavez semble avoir oubliée en se rangeant imprudemment derrière Ahmadinejad au nom de la non-ingérence dans les affaires intérieures d’un pays souverain: les différents clans en présence en Iran ne contestent pas le capitalisme. Ils en jouissent chacun à leur manière souvent dans la corruption et la surexploitation des plus pauvres. Leur but n’est pas la transformation sociale mais le maintien d’un capitalisme pour les uns encadré dans un strict corset religieux, pour les autres dans un remodelage plus présentable. Rien de plus.

 

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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 06:35

 

Dans son atelier de la rue des Grands Augustins à Paris, en ce début janvier 1937 gris et froid, Pablo Picasso attend la visite des représentants du gouvernement républicain espagnol. Le célèbre peintre vit douloureusement la guerre déclenchée par Franco et ses alliés de Berlin et de Rome. Il suit de près les combats en cours à Madrid en lisant notamment « l’Humanité » dont il restera jusqu’à sa mort un fidèle lecteur. Les autorités espagnoles l’ont nommé directeur honoraire du musée du Prado. Elles souhaitent, malgré les événements, assurer la présence de l’Espagne à l’exposition mondiale de Paris.

 

 

José Gaos, commissaire général du pavillon espagnol, Max Aub, attaché culturel, Josep Lluis Sert, architecte et le poète José Bergamin s’installent dans l’atelier après fortes embrassades. « Don Pablo », lui dit José Gaos, « je suis mandaté par le gouvernement pour vous passer commande d’une œuvre de grande dimension. » Picasso vit des jours difficiles. Les images de son pays martyrisé le hantent jour et nuit. Il traverse aussi des moments délicats dans sa vie personnelle.  En guise de réponse, il lit à ses visiteurs un de ses poèmes « Songe et mensonge de Franco » et leur montre deux eaux-fortes et 14 esquisses représentant le général putschiste. Des caricatures sanglantes. « Elles sont à vous », lance Picasso. « Don Pablo » réplique José Gaos, « nous vous demandons autre chose : une toile qui recouvrira un mur entier de notre pavillon. »

 

 

 

Quatre mois passent et Picasso tarde à se mettre au travail. La seule grande toile murale qu’il ait réalisée remonte à 1917 pour le ballet « Parade » de Jean Cocteau. Il découvre qu’un de ses proches amis, Joan Miro, a accepté de fournir une oeuvre. Il va, discrètement, « espionner » l’avancement des travaux du pavillon.  Le 1er mai, il enrage. Picasso a pris connaissance la veille du bombardement de la ville basque de Guernica et découvre les premières photos de la cité martyrisée un jour de marché, les cadavres, les immeubles en feu, les femmes et les enfants fuyant l’horreur. Le  bilan est terrible : 1600 morts, des milliers de blessés. Une ville rayée de la carte, un test pour l’aviation nazie. Il passe commande d’une grande toile au vieux Castelucho dont la boutique, rue de la Grande-Chaumière est le repère des peintres espagnols.  Son arpète, Jean Vidal qui deviendra plus tard un encadreur connu à Paris nous raconte son « aventure ». «  Castelucho me dit le matin « porte cette toile à Picasso ». A dix heures, je me présente à la porte de l’atelier persuadé d’être trop matinal. Picasso déjà levé et visiblement surexcité me demande pourquoi j’arrive si tard et me passe une engueulade. Nous déroulons la toile, la tendons puis la clouons à un châssis. A terre, plusieurs dizaines de dessins.  A peine ai-je le temps de fixer une première partie de la toile qu’il grimpe sur un escabeau et commence à dessiner avec des fusains. »

 

Pendant deux jours et deux nuits, Picasso travaille les premières esquisses: d’abord le taureau puis différentes approches de la tête du cheval. Après avoir lu les reportages dans « l’Humanité » sur les réfugiés basques fuyant Bilbao vers les ports français, il reprend les pinceaux le 8 mai sur le thème de la femme avec l’enfant, la femme coincée dans un immeuble en feu, la femme fuyant la barbarie. Le 9 mai, il commence à unifier les premiers éléments. Jean Vidal se souvient que « lorsque je suis revenu rue des Grands Augustins, Picasso, plus serein, m’invite à m’asseoir et me dit : « Tu vois ce tableau, il appartient à la République espagnole et j’y joins un chèque correspondant à la valeur d’un avion… »

 

 

« L’exposition internationale des Arts et techniques dans la vie moderne » est inaugurée le 25 mai à Paris. Les organisateurs souhaitent valoriser les progrès techniques surtout dans les domaines des transports, des industries chimiques et métallurgiques. Rien sur les préparatifs de guerre. L’influence de Le Corbusier est omniprésente dans de nombreuses structures. Fernand Léger, Robert Delaunay, Raoul Dufy ont livré leurs oeuvres. Le pavillon espagnol a pris beaucoup de retard. Ouvert au public plusieurs semaines après l’inauguration officielle, il comporte deux étages modestes entièrement consacrés aux souffrances du peuple espagnol et aux projets de la République. A l’entrée, une grande photo montre une file de soldats avec un texte : «  Nous luttons pour l’unité de l’Espagne, nous luttons pour l’intégrité du territoire espagnol. » Au fond, couvrant entièrement un mur, Guernica, le tableau de 351x782,5 cm peint en détrempe sur toile. En face, une photo du poète Federico Garcia Lorca assassiné par les franquistes. Dans l’auditorium en plein air, Luis Bunuel présente des documentaires sur la guerre. Dans l’escalier qui mène au premier étage, Joan Miro expose « El Segador ».

 

Le pavillon espagnol est ignoré par la presse. Seul « l’Humanité » publie une photo de Guernica. Le Corbusier dira plus tard que des 31 millions de visiteurs, « Guernica n’a vu que des épaules ». Quant au commissaire du pavillon allemand, il clame que la toile est «  digne d’un fou ou d’un enfant de quatre ans ». Interviewé par Georges Sadoul, Picasso refuse d’expliquer son œuvre. Il évoque la guerre, les réfugiés basques, les mesures prises par le gouvernement républicain pour protéger les richesses du Prado, minimise son statut de directeur honoraire du célèbre musée et déclare : « Les véritables protecteurs du Prado ne sont pas les artistes mais les tankistes, les aviateurs, les soldats qui luttent pour défendre Madrid. »  Malgré le désintérêt noté par Le Corbusier, quelques artistes et journalistes qualifient l’oeuvre de « magistrale ». Ils soulignent l’atmosphère hallucinante et la violence dégagées par la toile aux nuances grises, blanches  et vertes, le taureau surpris ou disposé à attaquer, le cheval hennissant de douleur ou de rage, les femmes en posture pathétique, la tête masculine semblant se réjouir du spectacle dantesque. Le maître dira : « Il serait curieux de conserver photographiquement non pas les étapes d’un tableau mais sa métamorphose. On pourrait peut-être trouver le chemin qui conduit le cerveau vers la matérialisation de son rêve. »

 

Le 1er novembre 1937, l’exposition internationale ferme ses portes. Picasso récupère Guernica.  En septembre 1938, la toile se prépare à un voyage afin de réunir des fonds en faveur des réfugiés espagnols. Elle part à Londres où elle est exposée dans les prestigieuses New Burlington Galleries, puis à Whitechapal Art Gallery. Un critique londonien  estime que le tableau est « trop compliqué à déchiffrer pour de simples gens » alors qu’un autre, Herbert Read écrit : « Guernica est un cri d’indignation et d’horreur. Pas seulement Guernica mais l’Espagne, pas seulement l’Espagne mais aussi l’Europe est symbolisée dans cette allégorie. » L’œuvre fera une courte escale à Paris puis prendra la direction des Etats-Unis.

 

 

Le 1er mai 1939 au petit matin, le transatlantique « Normandie » accoste à New-York. A son bord, Guernica et les 59 études et dessins. Son séjour aux Etats-Unis est prévu pour quelques mois. Le tableau y restera un peu plus de quarante ans. Les membres du comité d’aide aux réfugiés espagnols parmi lesquels Albert Einstein, Ernest Hemingway, Thomas Mann, James Roosevelt, ont  prévu un long périple : Los Angeles, San Francisco, Chicago puis retour au Musée d’Art moderne de New-York à l’occasion d’une grande exposition, en novembre 1939, intitulée « Picasso, 40 ans de son art ». Guernica la rebelle s’installe aux côtés des « Demoiselles d’Avignon ». On découvre alors que l’œuvre ne se résume pas seulement à un témoignage militant mais constitue aussi une étape importante dans l’évolution de Picasso. Durant toute la Seconde Guerre mondiale, Guernica repose au Musée d’Art Moderne de New-York. La toile fait une courte escapade en 1956 en Europe mais revient vite reprendre sa place au troisième étage du  musée new-yorkais.

 

 

A la fin des années 1960, une rumeur enfle. Le gouvernement espagnol souhaite récupérer le tableau. Même le très réactionnaire journal « ABC » titre : « Guernica, un exilé qui doit rentrer ». A Madrid, des diplomates s’activent. Les contacts pris par les hommes de Franco alertent Picasso. Il charge son avocat, Roland Dumas, de réitérer ses intentions concernant la destination de la toile auprès du Musée d’Art Moderne de New-York.  « Pablo Picasso a clairement fait connaître à l’époque », écrit Roland Dumas, « que cette œuvre devrait être remise au gouvernement de la République espagnole le jour où la République sera restaurée en Espagne. Picasso n’a pas changé d’intention quant à la destination de cette œuvre d’art. Il m’a prié de vous le confirmer et m’a confié la mission de m’assurer auprès de vous que telle était bien votre interprétation des faits… »

 

En novembre 1970,  Picasso s’adresse directement au musée de New-York en ces termes : « En 1939, j’ai confié à votre musée le tableau connu sous le nom de « Guernica » ainsi que les études ou les dessins y afférents qui ne peuvent être séparés de l’œuvre principale. Vous avez accepté de remettre le tableau, les études et dessins aux représentants qualifiés du gouvernement espagnol lorsque les libertés publiques seront rétablies en Espagne (…) L’unique condition mise par moi à ce retour concerne l’avis d’un juriste. Le musée devra donc préalablement à toute initiative demander l’avis de Maître Roland Dumas et le musée devra se conformer à l’avis qu’il donnera (…) Il s’agira pour lui, ou ses successeurs, d’apprécier si les libertés publiques ont été rétablies en Espagne. »

 

 

Picasso meurt en 1974, Franco l’année suivante. En 1977,  le Sénat espagnol considérant que désormais « les libertés sont garanties » demande une intervention du gouvernement afin d’organiser le retour de la toile en Espagne. Au mois de mars 1980, Jacqueline Picasso adresse une lettre à Adolfo Suarez, président du gouvernement espagnol, précisant que le maître souhaitait que « le tableau et les dessins qui l’accompagnent restent à Madrid dans l’ensemble du musée du Prado. »

 

 

Dimanche 25 octobre 1981, 19 heures. Dans le Cason del Buen Retiro, une annexe du Prado, Guernica protégé par un écran de verre à l’abri des balles se prépare à recevoir les Madrilènes. Soudain, la foule devient silencieuse et fait une haie d’honneur à une dame aux cheveux blancs : Dolorès Ibarruri. Les officiels s’écartent. Pasionaria me prend par la main et dit : « Montons les escaliers, allons retrouver Picasso. Enfin, Guernica est parmi les siens. »

 

 

 

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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 22:12

Voici le dernier coup fumant des innovations cache-misère de la phraséologie gouvernementale : il n’y aura plus de Secrétariat d’Etat chargé des « personnes âgées », du « troisième âge », des « séniors ». Avec le gouvernement Fillon2, place au Secrétariat d’Etat aux « aînés ». Les vieux comme les retraités n’existent pas. Un peu comme les aveugles devenus malvoyant ou encore les sourds transformés en mal entendant. Nous prendrait-on pour des imbéciles ?

 

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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 00:17

 

 

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, affiche une carrière originale. Ancien Premier ministre portugais, flamboyant soutien de Bush père lors de la première guerre en Irak, il a commencé son activité politique à l’âge de 18 ans dans un groupe maoïste après la révolution des œillets. Il était devenu leader du Parti du Prolétariat (MRPP) : « J’ai choisi les prochinois  parce qu’ils étaient les plus anti-communistes », souligne-t-il.

Ses compagnons de l’époque le dépeignent comme orateur charismatique et organisateur de talent. Il lance des cours sur le marxisme-léninisme et déménage le mobilier de sa faculté pour meubler le siège de son mouvement le MRPP. Au mois de novembre 1975, une coalition hétéroclite allant des socialistes à l’extrême droite chasse les militaires de gauche au pouvoir. Le MRPP de Barroso lui apporte son soutien. « Je me réveillais d’un rêve ou d’un cauchemar, je revenais dans mon cercle naturel, celui de la petite bourgeoisie », dit-il.

La vérité sur ce personnage exige quelques précisions. L’ambassadeur des États-Unis au Portugal à l’époque, Franck Carlucci, dépêché par Washington pour ramener le Portugal dans le droit chemin, n’est pas étranger à la reconversion de Barroso. Agent de top niveau de la CIA, Carlucci manipule et finance le MRPP et découvre dans le jeune José Manuel un talent d’avenir. Sur les conseils de son nouveau protecteur, Barroso adhère au Parti social-démocrate (PSD) et gravit tous les échelons de la hiérarchie. Jusqu’au poste de Premier ministre. L’Union européenne peut donc se satisfaire d’avoir à sa tête aujourd’hui une parfaite créature de la CIA.

 

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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 12:00

 

Dans la chambre 212 de l’hôtel National à La Havane, Michael Mc Lanay, l’homme de main du chef de la mafia New-Yorkaise Meyer Lansky, s’inquiétait. Il était près de minuit ce 31 décembre 1958. Le gangster avait fait son tour de salle au Casino Parisien situé au rez-de-chaussée de l’établissement où les habitués de la haute société cubaine et nord-américaine ainsi que des diplomates et des touristes fortunés se pressaient autour des tables de jeux. Il s’étonnait d’une absence : celle de Santiago Rey Pernas, un ministre de Batista plein aux as, pour lequel un étage était aménagé avec roulette spéciale, filles et alcools à disposition. Michael Mc Lanay tenait de bonne source que les guérilleros conduits par Che Guevara contrôlaient la ville de Santa Clara, les hommes de Fidel Castro encerclaient Santiago de Cuba, ceux de Camilo Cienfuegos s’approchaient de la capitale.

 

Un employé de l’hôtel nettoyait sa chambre. «  Dis-moi Jorge », lui dit Mc Lanay, « tu sais quelque chose » ?  Jorge haussa les épaules, sans piper mot. Le gangster allait bientôt apprendre les raisons de l’absence du ministre, pourquoi serveurs et croupiers échangeaient des propos à voix basse. Un avion venait de décoller de l’aéroport Columbia dans la proche banlieue de la capitale avec à son bord Batista, sa famille et un groupe de ministres et d’officiers. Le dictateur s’enfuyait vers Saint Domingue avec des valises pleines de 45 millions de dollars. Quant aux gangsters, ils convoquaient Jorge. « Nous avons mis le Casino et un compte de 250.000 dollars à ton nom. Garde-nous tout cela au chaud, nous reviendrons bientôt ». Mc Lanay ne savait pas que Jorge était le représentant du mouvement révolutionnaire à l’hôtel National.

 

Quand La Havane se réveille, le 1er janvier 1959, les premiers barbudos de la colonne d’Ernesto Guevara « Che » s’apprêtent à entrer dans la ville. Très vite la foule descend dans les rues, les drapeaux rouges et noirs du moment révolutionnaire font leur apparition. Au même moment, la colonne de Fidel Castro fonce sur Santiago. Une fois en place dans la capitale orientale, Fidel décide de rejoindre La Havane. La ferveur est telle qu’il lui faudra une semaine pour l’atteindre. Tout au long de son périple, la foule l’acclame. Le 8 janvier enfin, Fidel Castro entre dans La Havane. Il a 32 ans.

 

 

Le véritable coup d’envoi de la révolution cubaine remonte à 1953 après le putsch du général Fulgencio Batista renversant le gouvernement de Carlos Prio Socarras. Le 26 juillet de cette année là le jeune Fidel Castro organise l’attaque de la caserne Moncada. Un échec. Quatre-vingts combattants sont tués. Arrêté et condamné à 15 ans de prison, Fidel rédige « l’Histoire m’acquittera », un plaidoyer expliquant son action et se projetant sur l’avenir de son pays. Libéré en 1955, il s’exile avec son frère Raul au Mexique d’où il organise la résistance à Batista. Son groupe porte le nom « Mouvement du 26 juillet ». Plusieurs opposants à la dictature rejoignent Fidel. Parmi eux, un jeune médecin asthmatique venu d’Argentine, Ernesto Rafael Guevara de la Serna.

 

Le 2 décembre 1956, Fidel Castro monte  une expédition avec 82 autres exilés. Venant du Mexique à bord d’un bateau  de plaisance, le « Granma », ils débarquent après une traversée mouvementée dans la Province Orientale (sud-est de Cuba). La troupe de Batista les y attend. Seuls 12 combattants (parmi lesquels Che, Raul et Camilo Cienfuegos) survivent aux combats et se réfugient dans la Sierra Maestra. Commence alors une lutte de guérilla. Fidel Castro apparaît au grand jour dans les journaux nord-américains et européens, accorde des interviews, pose pour les photographes, parle sur les radios. A Washington, on ne s’en émeut guère lassés des frasques d’un Batista peu présentable.

La guérilla bénéficie d’un fort appui populaire, notamment parmi les paysans. Elle multiplie les actions contre la troupe de Batista, dispose d’un réseau d’informateurs dans les villes. Elle recrute des dizaines, des centaines, puis des milliers de combattants. L’armée du dictateur est défaite tandis que des opérations se développent dans les villes. Le 1er janvier, la colonne du Che entre dans La Havane. La révolution cubaine vit son premier jour.

 

   

 

 

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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 11:37

 

Fidel Castro, aujourd’hui malade et devenu chroniqueur de luxe du journal « Granma », est un personnage d’exception. Rarement une personnalité aura provoqué autant de réactions aussi passionnées. Certains l’ont adoré avant de le brûler sur la place publique, d’autres ont d’abord pris leurs distances avant de se rapprocher de cet homme qui à Cuba et dans le monde entier on appelle « Fidel » ou « Comandante ». Surtout pas « leader maximo », une invention ânonnée comme une vérité.

Ce fils  d’un aisé propriétaire terrien, né il y a quatre vingt tris  ans à Biran dans la province de Holguin a suivi des études chez les Jésuites, puis à l’université de La Havane d’où il sort diplômé en droit en 1950. Il milite dans des associations d’étudiants, tape dur lors d’affrontements musclés avec la police dans les rues de la capitale puis se présente aux élections parlementaires sous la casaque du Parti orthodoxe, une formation se voulant « incorruptible » et dont le chef, Chivas, se suicida en direct à la radio. Un compagnon de toujours de Fidel, Alfredo Guevara, fils d’immigrés andalous et inamovible patron du cinéma cubain, dira de lui : « Ou c’est un nouveau José Marti (le héros de l’indépendance), ou ce sera le pire des gangsters ».

 

Fidel Castro, c’est l’attaque de la caserne Moncada, le 26 juillet 1953, la prison, la rédaction de « l’Histoire m’acquittera » ; c’est l’exil au Mexique avec son frère, la préparation du débarquement à bord du « Granma » la rencontre avec un jeune médecin asthmatique venu d’Argentine, Ernesto Rafael Guevara de la Serna. Fidel Castro, c’est au début un adversaire acharné de la dictature, un adepte de la philosophie chère à Thomas Jefferson, principal auteur de la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis. C’est la guérilla  dans la Sierra Maestra et son apparition  au grand jour dans les journaux nord-américains et européens. Tant que Fidel ne s’attaquera pas aux intérêts économiques US, il sera un interlocuteur des dirigeants étasuniens. Dès que la révolution commencera à exproprier des industries nord-américaines comme la United Fruit, il deviendra le diable à abattre.

 

Le premier attentat dans le port de La Havane, le 4 mars 1960, sonne le prélude à une longue liste d’actes terroristes : le cargo battant pavillon tricolore, La Coubre, qui avait chargé des munitions à Hambourg, Brème et Anvers explose dans le port de La Havane faisant plus de cent morts, dont six marins français. Ulcéré, De Gaulle donne l’ordre d’accélérer la livraison des locomotives commandées du temps de Batista. Elles font l’objet d’étranges tentatives de sabotage. Les dockers CGT du port du Havre surveilleront le matériel jusqu’au départ des navires.

 

 

Une opération de grande envergure se préparait du côté de Miami : le débarquement de la Baie des Cochons. En avril 1961, au lendemain de l’annonce par Fidel de l’orientation socialiste de la révolution, le gouvernement des Etats-Unis missionne la CIA pour encadrer 1400 exilés cubains et mercenaires latino-américains en espérant, en vain, un soulèvement populaire. Fidel en personne dirige la contre-attaque. La tentative d’invasion se solde par un fiasco. Les Etats-Unis signent là leur déclaration de guerre à la révolution cubaine. Pendant des dizaines d’années, ils utiliseront toute la panoplie terroriste pour tenter d’assassiner Fidel jusqu’à la combinaison de plongée sous-marine enduite de poison, faciliteront le débarquement de groupes armés, financeront et manipuleront les opposants, détruiront des usines, allant jusqu’à introduire la peste porcine et des virus s’attaquant au tabac et à la canne à sucre. Ils organiseront l’asphyxie économique de l’île en décrétant un embargo toujours en vigueur. « El Caballo » (le cheval) comme l’appelle parfois les gens du peuple, ce que Fidel n’apprécie pas, aura survécu à Kennedy, Johnson, Nixon, Reagan, Ford et assisté aux départs à la retraite de Carter, Clinton, Bush père et fils.   

Tant d’années d’agressions, tant d’années de dénigrement et de coups tordus, tant d’années de résistance d’un petit pays de douze millions d’habitants face à la première puissance économique et militaire mondiale. Qui fait mieux ? Lorsqu’on évoque le manque de libertés à Cuba, ne faudrait-il pas d’abord se poser la question : un pays harcelé, étranglé, en guerre permanente, constitue-t-il le meilleur terreau pour favoriser l’épanouissement de la démocratie telle que nous la concevons en occident ? Lorsque dans les salons douillets parisiens, on juge, tranche, condamne, sait-on au juste de quoi on parle ?

 

La crise des fusées ? Lorsque l’URSS dirigée par Nikita Khrouchtchev décide en 1962 d’installer à Cuba des missiles afin, officiellement, de dissuader les Etats-Unis d’agresser l’île, Moscou répond à une demande de Raul Castro mandaté par Fidel. La direction soviétique fournit déjà à Cuba le pétrole que lui refuse son proche voisin. Elle met deux fers au feu : dissuader les Etats-Unis d’agresser Cuba, afficher un clair avertissement à Washington sur l’air de « nous sommes désormais à proximité de vos côtes ». La tension atteint un point tel qu’un grave conflit mondial est évité de justesse. Les missiles soviétiques retirés, Fidel regrettera que le représentant de l’URSS à l’ONU n’ait pas reconnu la réalité des faits. « Il fallait dire la vérité », disait-il. Il fut bien obligé de se plier à la décision finale de Moscou même si dans les rues de La Havane des manifestants scandaient à l’adresse de Khrouchtchev : « Nikita, ce qui se donne ne se reprend pas. »

Entre Moscou et La Havane, au-delà des rituels, les relations ont toujours été conflictuelles. Pas seulement, pure anecdote, parce que des « responsables » soviétiques ignorants faisaient livrer des chasse-neige à la place des tracteurs attendus. Les Soviétiques voyaient d’un mauvais œil le rôle croissant de Fidel dans le mouvement des non alignés, l’implication cubaine aux côtés des mouvements révolutionnaires latino-américains puis l’aide à l’Afrique. Ils ne supportaient pas la farouche volonté d’indépendance et de souveraineté de La Havane et ont été impliqués dans plusieurs tentatives dites « fractionnelles » reposant sur des prétendus « communiste purs et durs », en fait marionnettes de Moscou, pour tenter de déstabiliser Fidel. Une fois l’URSS disparue, les nouveaux dirigeants russes ont pratiqué avec le même cynisme abandonnant l’île, coupant du jour au lendemain les livraisons de pétrole et déchirant les contrats commerciaux. Quel autre pays aurait pu supporter la perte en quelques semaines de 85% de son commerce extérieur et de 80% de ses capacités d’achat ?  L’Espagne, ancienne puissance coloniale, a laissé à Cuba un héritage culturel, les Etats-Unis son influence historique et ses détonants goûts culinaires comme le mélange de fromage et de confiture. Mais la Russie ? Rien, même pas le nom d’un plat ou d’un cocktail.

 

 

L’exportation de la révolution ?  Fidel n’a jamais utilisé le mot « exportation ». Che Guevara, non plus. Ils préféraient évoquer la « solidarité » avec ceux qui se levaient contre les régimes dictatoriaux, créatures des gouvernements nord-américains. Doit-on reprocher ou remercier Fidel d’avoir accueilli les réfugiés fuyant les dictatures du Chili et d’Argentine, de Haïti et de Bolivie, d’avoir ouvert les écoles, les centres de santé aux enfants des parias de toute l’Amérique latine et, plus tard, aux enfants contaminés de Tchernobyl ? Doit-on lui reprocher ou le remercier d’avoir soutenu les insurrections armées au Nicaragua, au Salvador et d’avoir sauvé, face à l’indifférence des dirigeants soviétiques, l’Angola fraîchement indépendante encerclée par les mercenaires blancs sud-africains fuyant, effrayés,  la puissance de feu et le courage des soldats cubains, noirs pour la plupart ? Dans la mémoire de millions d’hommes et des femmes d’Amérique latine et du Tiers monde, Fidel et le Che sont et resteront des héros des temps modernes.

 

Les libertés ? Fidel, un tyran sanguinaire ? Il y eut d’abord l’expulsion des curés espagnols qui priaient le dimanche à la gloire de Franco. Complice de Batista, l’église catholique était et demeure la plus faible d’Amérique latine alors que la « santeria », survivance des croyances, des divinités des esclaves africains sur lesquels est venue se greffer la religion catholique, rassemble un grand nombre de noirs cubains. Les relations avec l’Eglise catholique furent complexes durant ces longues années jusqu’au séjour de Jean Paul II en 1998 annoncée trop rapidement comme l’extrême onction de la révolution. Ce n’est pas à Cuba que des évêques et des prêtres ont été assassinés, mais au Brésil, en Argentine, au Salvador, au Guatemala et au Mexique.

Il y eut la fuite de la grande bourgeoisie, des officiers, des policiers qui  formèrent, dès la première heure, l’ossature de la contre révolution encadrée et financée par la CIA. Il y eut ensuite les départs d’hommes et des femmes ne supportant pas les restrictions matérielles. Il y  eut l’insupportable marginalisation des homosexuels. Il y eut les milliers de balseros qui croyaient pouvoir trouver à Miami la terre de toutes les illusions. Il y eut la froide exécution du général Ochoa étrangement tombé dans le trafic de drogue. Il y eut aussi ceux qui refusaient la pensée unique, la censure édictée par la Révolution comme « un acte de guerre en période de guerre », les contrôles irritants, la surveillance policière. Qu’il est dur de vivre le rationnement et les excès dits « révolutionnaires ». Excès? Je l’ai vécu, lorsque correspondant de « l’Humanité » à La Havane, l’écrivain Lisandro Otero, alors chef de la section chargée de la presse internationale au Ministère des Affaires étrangères, monta une cabale de pur jus stalinien pour tenter de me faire expulser du pays.  

Ceux qui osent émettre une version différente d’un « goulag tropical » seraient soit des « agents à la solde de La Havane », soit victimes de cécité. Que la révolution ait commis des erreurs, des stupidités, des crimes parfois n’est pas contestable. Mais comment, dans une situation de tension extrême, écarter les dérives autoritaires? Une chose est certaine. Fidel n’est pas un dictateur, encore moins un tyran.

A Cuba, la torture n’a jamais été utilisée, comme le reconnaît Amnesty international. On tranchait les mains des poètes à Santiago du Chili, pas à la Havane. Les prisonniers étaient largués en mer depuis des hélicoptères en Argentine, pas à Cuba. Il  n’y a jamais eu des dizaines de milliers de détenus politiques dans l’île mais un nombre trop important qui ont dû subir pour certains des violences inadmissibles. Mais n’est-ce pas curieux que tous les prisonniers sortant  des geôles cubaines aient été libérés dans une bonne condition physique ?

Voici un pays du Tiers monde où l’espérance de vie s’élève à 76 ans, où tous les enfants sont scolarisés et soignés gratuitement. Un petit pays par la taille capable de produire des universitaires de talent, des médecins et des chercheurs parmi les meilleurs au monde, des sportifs raflant les médailles d’or, des artistes, des créateurs.  Où, dans cette région du monde, peut-on présenter un tel bilan ?

 

Fidel a tout vécu. La prison, la guérilla, l’enthousiasme révolutionnaire du début, la défense contre les agressions, l’aide internationaliste, l’abandon de l’URSS, une situation économique catastrophique lors de la « période spéciale », les effets de la globalisation favorisant l’explosion du système D. Il aura vécu l’adaptation économique avec un tourisme de masse entraînant la dollarisation des esprits parmi la population au contact direct des visages pâles à la recherche de soleil, de mojito, de filles où de garçons. Comment ne pas comprendre les plus jeunes, alléchés par le billet vert et regardant avec envie les visiteurs venus de l’étranger ? Il aura, enfin, très mal accepté le retour de la prostitution même si dans n’importe quelle bourgade latino-américaine on trouve plus de prostituées que dans  la 5 eme avenue de La Havane. Alors, demain quoi ?

 

La révolution va-t-elle s’éteindre ? Il ne se passera pas à Cuba ce qui s’est produit en Europe de l’Est. Pour une raison simple : la soif d’indépendance et de souveraineté n’est pas tarie. Les adversaires de la révolution cubaine devraient se méfier et ne pas prendre leurs désirs pour la réalité. Il y a dans cette île des millions d’hommes et de femmes – y compris de l’opposition – prêts à prendre les armes et à en découdre pour défendre la patrie. Fidel avait prévenu en déclarant : « Nous ne commettrons pas l’erreur de ne pas armer le peuple. » Le souvenir de la colonisation, malgré le fil du temps, reste dans tous les esprits, les progrès sociaux enregistrés, au-delà des difficultés de la vie quotidienne, constituent désormais des acquis. Il y a plus. La révolution a accouché d’une nouvelle génération d’hommes et de femmes refusant le retour au passé, des cadres « moyens » de trente à quarante ans très performants en province, des jeunes dirigeants nationaux aux talents confirmés. Une nouvelle époque va s’ouvrir et elle disposera d’atouts que Fidel n’avait pas. L’Amérique latine, ancienne arrière cour des Etats-Unis, choisit des chemins progressistes de développement, l’intégration régionale est en marche, les échanges économiques permettent le transfert du savoir faire contre des matières stratégiques, comme le pétrole avec le Venezuela notamment, le prestige de la révolution cubaine demeure intacte auprès des peuples latino-américains. Cuba, enfin, peut respirer.

Il n’y aura pas de rupture à Cuba. Il y aura évolution. Obligatoire. Pour qu’elle s’effectue dans les meilleures conditions, il faudra que les vieux commandants de la Révolution rangent leurs treillis vert olive, prennent leur retraite et passent la main. Les atlantes du futur, de plus en plus métissés, sont prêts. Ne sont-ils pas les enfants de Fidel ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 11:02


« Nous nous sommes levés avant le jour », aimait répéter le Colonel Henri Rol Tanguy lorsqu’il était interrogé sur le rôle des Brigades internationales parties défendre la République espagnole. « Nous avions compris », ajoutait-il, « que partant défendre Madrid, nous défendions Paris et l’Europe de la menace nazi ». Les 9000 Français membres des BI (2.500 sont morts sur la terre espagnole) avec près de 30.000 volontaires  venus de toute l’Europe, des Amériques et d’Asie n’ont pas seulement fait acte de courage et de solidarité. Ils ont fait preuve de lucidité alors que les puissances occidentales prônaient la « non intervention » tandis que Hitler, Mussolini et Salazar armaient les putschistes menés par Franco.

En février 1936, le « Frente Popular » remportait les élections avec 52% des suffrages. A l’époque, l’Espagne c’était 24 millions d’habitants dont 12 millions d’illettrés, 8 millions de pauvres, 2 millions de paysans sans terre, 5000 couvents, 110.000 prêtres, moines ou religieux, 800 généraux, une police sauvage. Au lendemain de la victoire électorale, le nouveau pouvoir républicain libérait les mineurs victimes de la terrible répression de 1934 (5000 morts, 3000 blessés, 4.500 emprisonnés), augmentait les salaires, légalisait les occupations de terres non cultivées. La grande bourgeoisie et l’armée décidait alors, après avoir obtenu le feu vert de Berlin, de mettre un terme à cette « révolution ». Le 18 juillet 1936, le signal était donné depuis le Maroc par Franco : « Dans toute l’Espagne, le ciel est sans nuages ». 80% des cadres de l’armée se ralliaient au putsch.

A Londres, la City souhaitait une défaite de la République espagnole. Pour deux raisons : assurer ses intérêts dans les mines espagnoles qui fournissaient cuivre, tungstène et mercure ; éliminer le jeune pouvoir installé à Madrid qualifié de « bolchévik». A Paris, la droite  hurlant « plutôt Hitler que le Front populaire » s’enthousiasmait de l’aide massive  en avions, mercenaires, blindés, armements lourds allemands et italiens à Franco. La politique de « non intervention » des dites « démocraties » occidentales ne relevait pas seulement de la lâcheté ; elle ouvrait les portes à une intervention directe des nazis et des mussoliniens dans les affaires intérieures de l’Espagne.

Les Brigades internationales ont surgi comme la réplique des démocrates du monde entier face à l’invasion fasciste.  Le « voyage en Espagne » de la presque totalité des volontaires de toute l’Europe était organisé dans des baraquements installés avenue Mathurin Moreau dans le 19 ème arrondissement de Paris, aujourd’hui siège du Parti communiste français. Après une visite médicale et un entretien d’incorporation venait le temps de prendre les différents chemins de la lutte : par le train à bord du célèbre Paris-Perpignan de 22h17, par camions vers Marseille ou directement mais par des routes discrètes vers la frontière espagnole. Au même moment, André Malraux recrutait à son compte des avions et leurs pilotes et formait l’escadrille « España ». Malgré la « non intervention » des avions et des armes passaient de France en Espagne avec la complicité de quelques ministres (Pierre Cot avec Jean Moulin ou Gaston Cusin). La Compagnie maritime France-Navigation créée par des militants communistes français organisait des navettes entre l’URSS et l’Espagne. A bord, l’armement indispensable à la défense de la jeune République. Pendant ce temps, les « volontaires de la liberté »  étaient rapidement envoyés au front pour défendre Madrid. Quelques semaines avant l’entrée dans les combats des brigadistes, le ministre espagnol Martinez Barrio avait reçu André Marty et une délégation venue discuter des conditions d’envoi des volontaires étrangers. Il avait posé la question suivante : « Dans quelle condition voulez-vous participer à notre lutte » ? « Nous ne posons aucune condition », avait répliqué Marty et ses compagnons.  « Nous ne désirons qu’une chose : que les Brigades internationales soient considérées comme des unités uniquement subordonnées au gouvernement et à ses autorités militaires ; qu’elles soient utilisées comme troupe de choc en tous lieux où ce sera nécessaire ». Les brigadistes seront envoyés sur les points les plus chauds. Ils auront un comportement héroïque face aux putschistes et à leurs complices allemands et italiens.

La Brigade internationale des Français sera la « XIV » dite « La Marseillaise » avec à sa tête Jules Dumont (fusillé par les nazis en 1943), Boris Guimpel, Jean Hemmen (fusillé en 1942), Putz (tué en Alsace fin 1944), Henri Tanguy qui ajoutera «Rol» (du nom d’un de ses copains tué en Espagne) et dirigera plus tard la libération de Paris. Les brigadistes seront de tous les combats jusqu’à la dernière grande bataille, la plus sanglante de toutes, la Bataille de l’Ebre. Et c’est en pleine bataille de l’Ebre que les Brigades internationales sont retirées par le Président Negrin qui pensait ainsi faciliter le départ les troupes allemandes et italiennes d’Espagne. Vaine illusion. Les jeux étaient faits. L’Angleterre et les Etats-Unis avaient déjà reconnu le régime franquiste dit de « Burgos ».

Le départ des Brigades internationales a donné lieu à des adieux grandioses. Dolorès Ibarruri, « Pasionaria »  a prononcé ce jour là un discours émouvant : « Mères ! Épouse ! Quand passeront les années et que seront cicatrisées les blessures de la guerre, quand le souvenir des jours douloureux et sanglants sera estompé dans un présent de liberté, de paix et de bien-être, quand les rancœurs iront s’atténuant et que l’orgueil de la patrie libre sera également ressenti par tous les Espagnols, parlez à vos enfant, parlez-leur de ces hommes des Brigades internationales. »

Les Brigades internationales dissoutes, beaucoup d’hommes n’ont pas pu rentrer dans leur pays. Nombreux parmi eux sont resté en France et ont été rejoints par 500.000 exilés espagnols fuyant Franco et les persécutions. Les autorités françaises de l’époque les ont parqués dans des camps comme ceux d’Argelès, le Vernet, Gurs, St Cyprien... D’autres se sont échappé, d’autres prendront le chemin des Amériques, d’autres encore rejoindront la Résistance à l’occupant nazi. De nombreux « Espagnols rouges » marqués du triangle bleu d’ « apatrides » seront envoyés dans le camp de concentration de Mauthausen.

Les anciens de la guerre d’Espagne ont formé l’armature des premiers groupes armés de la Résistance. Ils continuaient en France le combat commencé en Espagne. Ils s’étaient, en effet, « levés avant l’aube ».  Le 25 août 1944, les premiers blindés de la 2ème DB du général Leclerc portant les noms de « Madrid », « Teruel », « Brunete » sont entrés dans Paris. Les équipages étaient constitués par des républicains espagnols et étaient guidés dans les rues de la capitale par des résistants eux aussi espagnols et placés sous les ordres du chef de l’insurrection parisienne, le colonel Henri Rol-Tanguy.

José Fort

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