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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 05:35

 

Dans son atelier de la rue des Grands Augustins à Paris, en ce début janvier 1937 gris et froid, Pablo Picasso attend la visite des représentants du gouvernement républicain espagnol. Le célèbre peintre vit douloureusement la guerre déclenchée par Franco et ses alliés de Berlin et de Rome. Il suit de près les combats en cours à Madrid en lisant notamment « l’Humanité » dont il restera jusqu’à sa mort un fidèle lecteur. Les autorités espagnoles l’ont nommé directeur honoraire du musée du Prado. Elles souhaitent, malgré les événements, assurer la présence de l’Espagne à l’exposition mondiale de Paris.

 

 

José Gaos, commissaire général du pavillon espagnol, Max Aub, attaché culturel, Josep Lluis Sert, architecte et le poète José Bergamin s’installent dans l’atelier après fortes embrassades. « Don Pablo », lui dit José Gaos, « je suis mandaté par le gouvernement pour vous passer commande d’une œuvre de grande dimension. » Picasso vit des jours difficiles. Les images de son pays martyrisé le hantent jour et nuit. Il traverse aussi des moments délicats dans sa vie personnelle.  En guise de réponse, il lit à ses visiteurs un de ses poèmes « Songe et mensonge de Franco » et leur montre deux eaux-fortes et 14 esquisses représentant le général putschiste. Des caricatures sanglantes. « Elles sont à vous », lance Picasso. « Don Pablo » réplique José Gaos, « nous vous demandons autre chose : une toile qui recouvrira un mur entier de notre pavillon. »

 

 

 

Quatre mois passent et Picasso tarde à se mettre au travail. La seule grande toile murale qu’il ait réalisée remonte à 1917 pour le ballet « Parade » de Jean Cocteau. Il découvre qu’un de ses proches amis, Joan Miro, a accepté de fournir une oeuvre. Il va, discrètement, « espionner » l’avancement des travaux du pavillon.  Le 1er mai, il enrage. Picasso a pris connaissance la veille du bombardement de la ville basque de Guernica et découvre les premières photos de la cité martyrisée un jour de marché, les cadavres, les immeubles en feu, les femmes et les enfants fuyant l’horreur. Le  bilan est terrible : 1600 morts, des milliers de blessés. Une ville rayée de la carte, un test pour l’aviation nazie. Il passe commande d’une grande toile au vieux Castelucho dont la boutique, rue de la Grande-Chaumière est le repère des peintres espagnols.  Son arpète, Jean Vidal qui deviendra plus tard un encadreur connu à Paris nous raconte son « aventure ». «  Castelucho me dit le matin « porte cette toile à Picasso ». A dix heures, je me présente à la porte de l’atelier persuadé d’être trop matinal. Picasso déjà levé et visiblement surexcité me demande pourquoi j’arrive si tard et me passe une engueulade. Nous déroulons la toile, la tendons puis la clouons à un châssis. A terre, plusieurs dizaines de dessins.  A peine ai-je le temps de fixer une première partie de la toile qu’il grimpe sur un escabeau et commence à dessiner avec des fusains. »

 

Pendant deux jours et deux nuits, Picasso travaille les premières esquisses: d’abord le taureau puis différentes approches de la tête du cheval. Après avoir lu les reportages dans « l’Humanité » sur les réfugiés basques fuyant Bilbao vers les ports français, il reprend les pinceaux le 8 mai sur le thème de la femme avec l’enfant, la femme coincée dans un immeuble en feu, la femme fuyant la barbarie. Le 9 mai, il commence à unifier les premiers éléments. Jean Vidal se souvient que « lorsque je suis revenu rue des Grands Augustins, Picasso, plus serein, m’invite à m’asseoir et me dit : « Tu vois ce tableau, il appartient à la République espagnole et j’y joins un chèque correspondant à la valeur d’un avion… »

 

 

« L’exposition internationale des Arts et techniques dans la vie moderne » est inaugurée le 25 mai à Paris. Les organisateurs souhaitent valoriser les progrès techniques surtout dans les domaines des transports, des industries chimiques et métallurgiques. Rien sur les préparatifs de guerre. L’influence de Le Corbusier est omniprésente dans de nombreuses structures. Fernand Léger, Robert Delaunay, Raoul Dufy ont livré leurs oeuvres. Le pavillon espagnol a pris beaucoup de retard. Ouvert au public plusieurs semaines après l’inauguration officielle, il comporte deux étages modestes entièrement consacrés aux souffrances du peuple espagnol et aux projets de la République. A l’entrée, une grande photo montre une file de soldats avec un texte : «  Nous luttons pour l’unité de l’Espagne, nous luttons pour l’intégrité du territoire espagnol. » Au fond, couvrant entièrement un mur, Guernica, le tableau de 351x782,5 cm peint en détrempe sur toile. En face, une photo du poète Federico Garcia Lorca assassiné par les franquistes. Dans l’auditorium en plein air, Luis Bunuel présente des documentaires sur la guerre. Dans l’escalier qui mène au premier étage, Joan Miro expose « El Segador ».

 

Le pavillon espagnol est ignoré par la presse. Seul « l’Humanité » publie une photo de Guernica. Le Corbusier dira plus tard que des 31 millions de visiteurs, « Guernica n’a vu que des épaules ». Quant au commissaire du pavillon allemand, il clame que la toile est «  digne d’un fou ou d’un enfant de quatre ans ». Interviewé par Georges Sadoul, Picasso refuse d’expliquer son œuvre. Il évoque la guerre, les réfugiés basques, les mesures prises par le gouvernement républicain pour protéger les richesses du Prado, minimise son statut de directeur honoraire du célèbre musée et déclare : « Les véritables protecteurs du Prado ne sont pas les artistes mais les tankistes, les aviateurs, les soldats qui luttent pour défendre Madrid. »  Malgré le désintérêt noté par Le Corbusier, quelques artistes et journalistes qualifient l’oeuvre de « magistrale ». Ils soulignent l’atmosphère hallucinante et la violence dégagées par la toile aux nuances grises, blanches  et vertes, le taureau surpris ou disposé à attaquer, le cheval hennissant de douleur ou de rage, les femmes en posture pathétique, la tête masculine semblant se réjouir du spectacle dantesque. Le maître dira : « Il serait curieux de conserver photographiquement non pas les étapes d’un tableau mais sa métamorphose. On pourrait peut-être trouver le chemin qui conduit le cerveau vers la matérialisation de son rêve. »

 

Le 1er novembre 1937, l’exposition internationale ferme ses portes. Picasso récupère Guernica.  En septembre 1938, la toile se prépare à un voyage afin de réunir des fonds en faveur des réfugiés espagnols. Elle part à Londres où elle est exposée dans les prestigieuses New Burlington Galleries, puis à Whitechapal Art Gallery. Un critique londonien  estime que le tableau est « trop compliqué à déchiffrer pour de simples gens » alors qu’un autre, Herbert Read écrit : « Guernica est un cri d’indignation et d’horreur. Pas seulement Guernica mais l’Espagne, pas seulement l’Espagne mais aussi l’Europe est symbolisée dans cette allégorie. » L’œuvre fera une courte escale à Paris puis prendra la direction des Etats-Unis.

 

 

Le 1er mai 1939 au petit matin, le transatlantique « Normandie » accoste à New-York. A son bord, Guernica et les 59 études et dessins. Son séjour aux Etats-Unis est prévu pour quelques mois. Le tableau y restera un peu plus de quarante ans. Les membres du comité d’aide aux réfugiés espagnols parmi lesquels Albert Einstein, Ernest Hemingway, Thomas Mann, James Roosevelt, ont  prévu un long périple : Los Angeles, San Francisco, Chicago puis retour au Musée d’Art moderne de New-York à l’occasion d’une grande exposition, en novembre 1939, intitulée « Picasso, 40 ans de son art ». Guernica la rebelle s’installe aux côtés des « Demoiselles d’Avignon ». On découvre alors que l’œuvre ne se résume pas seulement à un témoignage militant mais constitue aussi une étape importante dans l’évolution de Picasso. Durant toute la Seconde Guerre mondiale, Guernica repose au Musée d’Art Moderne de New-York. La toile fait une courte escapade en 1956 en Europe mais revient vite reprendre sa place au troisième étage du  musée new-yorkais.

 

 

A la fin des années 1960, une rumeur enfle. Le gouvernement espagnol souhaite récupérer le tableau. Même le très réactionnaire journal « ABC » titre : « Guernica, un exilé qui doit rentrer ». A Madrid, des diplomates s’activent. Les contacts pris par les hommes de Franco alertent Picasso. Il charge son avocat, Roland Dumas, de réitérer ses intentions concernant la destination de la toile auprès du Musée d’Art Moderne de New-York.  « Pablo Picasso a clairement fait connaître à l’époque », écrit Roland Dumas, « que cette œuvre devrait être remise au gouvernement de la République espagnole le jour où la République sera restaurée en Espagne. Picasso n’a pas changé d’intention quant à la destination de cette œuvre d’art. Il m’a prié de vous le confirmer et m’a confié la mission de m’assurer auprès de vous que telle était bien votre interprétation des faits… »

 

En novembre 1970,  Picasso s’adresse directement au musée de New-York en ces termes : « En 1939, j’ai confié à votre musée le tableau connu sous le nom de « Guernica » ainsi que les études ou les dessins y afférents qui ne peuvent être séparés de l’œuvre principale. Vous avez accepté de remettre le tableau, les études et dessins aux représentants qualifiés du gouvernement espagnol lorsque les libertés publiques seront rétablies en Espagne (…) L’unique condition mise par moi à ce retour concerne l’avis d’un juriste. Le musée devra donc préalablement à toute initiative demander l’avis de Maître Roland Dumas et le musée devra se conformer à l’avis qu’il donnera (…) Il s’agira pour lui, ou ses successeurs, d’apprécier si les libertés publiques ont été rétablies en Espagne. »

 

 

Picasso meurt en 1974, Franco l’année suivante. En 1977,  le Sénat espagnol considérant que désormais « les libertés sont garanties » demande une intervention du gouvernement afin d’organiser le retour de la toile en Espagne. Au mois de mars 1980, Jacqueline Picasso adresse une lettre à Adolfo Suarez, président du gouvernement espagnol, précisant que le maître souhaitait que « le tableau et les dessins qui l’accompagnent restent à Madrid dans l’ensemble du musée du Prado. »

 

 

Dimanche 25 octobre 1981, 19 heures. Dans le Cason del Buen Retiro, une annexe du Prado, Guernica protégé par un écran de verre à l’abri des balles se prépare à recevoir les Madrilènes. Soudain, la foule devient silencieuse et fait une haie d’honneur à une dame aux cheveux blancs : Dolorès Ibarruri. Les officiels s’écartent. Pasionaria me prend par la main et dit : « Montons les escaliers, allons retrouver Picasso. Enfin, Guernica est parmi les siens. »

 

 

 

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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 21:12

Voici le dernier coup fumant des innovations cache-misère de la phraséologie gouvernementale : il n’y aura plus de Secrétariat d’Etat chargé des « personnes âgées », du « troisième âge », des « séniors ». Avec le gouvernement Fillon2, place au Secrétariat d’Etat aux « aînés ». Les vieux comme les retraités n’existent pas. Un peu comme les aveugles devenus malvoyant ou encore les sourds transformés en mal entendant. Nous prendrait-on pour des imbéciles ?

 

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28 juin 2009 7 28 /06 /juin /2009 23:17

 

 

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, affiche une carrière originale. Ancien Premier ministre portugais, flamboyant soutien de Bush père lors de la première guerre en Irak, il a commencé son activité politique à l’âge de 18 ans dans un groupe maoïste après la révolution des œillets. Il était devenu leader du Parti du Prolétariat (MRPP) : « J’ai choisi les prochinois  parce qu’ils étaient les plus anti-communistes », souligne-t-il.

Ses compagnons de l’époque le dépeignent comme orateur charismatique et organisateur de talent. Il lance des cours sur le marxisme-léninisme et déménage le mobilier de sa faculté pour meubler le siège de son mouvement le MRPP. Au mois de novembre 1975, une coalition hétéroclite allant des socialistes à l’extrême droite chasse les militaires de gauche au pouvoir. Le MRPP de Barroso lui apporte son soutien. « Je me réveillais d’un rêve ou d’un cauchemar, je revenais dans mon cercle naturel, celui de la petite bourgeoisie », dit-il.

La vérité sur ce personnage exige quelques précisions. L’ambassadeur des États-Unis au Portugal à l’époque, Franck Carlucci, dépêché par Washington pour ramener le Portugal dans le droit chemin, n’est pas étranger à la reconversion de Barroso. Agent de top niveau de la CIA, Carlucci manipule et finance le MRPP et découvre dans le jeune José Manuel un talent d’avenir. Sur les conseils de son nouveau protecteur, Barroso adhère au Parti social-démocrate (PSD) et gravit tous les échelons de la hiérarchie. Jusqu’au poste de Premier ministre. L’Union européenne peut donc se satisfaire d’avoir à sa tête aujourd’hui une parfaite créature de la CIA.

 

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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 11:00

 

Dans la chambre 212 de l’hôtel National à La Havane, Michael Mc Lanay, l’homme de main du chef de la mafia New-Yorkaise Meyer Lansky, s’inquiétait. Il était près de minuit ce 31 décembre 1958. Le gangster avait fait son tour de salle au Casino Parisien situé au rez-de-chaussée de l’établissement où les habitués de la haute société cubaine et nord-américaine ainsi que des diplomates et des touristes fortunés se pressaient autour des tables de jeux. Il s’étonnait d’une absence : celle de Santiago Rey Pernas, un ministre de Batista plein aux as, pour lequel un étage était aménagé avec roulette spéciale, filles et alcools à disposition. Michael Mc Lanay tenait de bonne source que les guérilleros conduits par Che Guevara contrôlaient la ville de Santa Clara, les hommes de Fidel Castro encerclaient Santiago de Cuba, ceux de Camilo Cienfuegos s’approchaient de la capitale.

 

Un employé de l’hôtel nettoyait sa chambre. «  Dis-moi Jorge », lui dit Mc Lanay, « tu sais quelque chose » ?  Jorge haussa les épaules, sans piper mot. Le gangster allait bientôt apprendre les raisons de l’absence du ministre, pourquoi serveurs et croupiers échangeaient des propos à voix basse. Un avion venait de décoller de l’aéroport Columbia dans la proche banlieue de la capitale avec à son bord Batista, sa famille et un groupe de ministres et d’officiers. Le dictateur s’enfuyait vers Saint Domingue avec des valises pleines de 45 millions de dollars. Quant aux gangsters, ils convoquaient Jorge. « Nous avons mis le Casino et un compte de 250.000 dollars à ton nom. Garde-nous tout cela au chaud, nous reviendrons bientôt ». Mc Lanay ne savait pas que Jorge était le représentant du mouvement révolutionnaire à l’hôtel National.

 

Quand La Havane se réveille, le 1er janvier 1959, les premiers barbudos de la colonne d’Ernesto Guevara « Che » s’apprêtent à entrer dans la ville. Très vite la foule descend dans les rues, les drapeaux rouges et noirs du moment révolutionnaire font leur apparition. Au même moment, la colonne de Fidel Castro fonce sur Santiago. Une fois en place dans la capitale orientale, Fidel décide de rejoindre La Havane. La ferveur est telle qu’il lui faudra une semaine pour l’atteindre. Tout au long de son périple, la foule l’acclame. Le 8 janvier enfin, Fidel Castro entre dans La Havane. Il a 32 ans.

 

 

Le véritable coup d’envoi de la révolution cubaine remonte à 1953 après le putsch du général Fulgencio Batista renversant le gouvernement de Carlos Prio Socarras. Le 26 juillet de cette année là le jeune Fidel Castro organise l’attaque de la caserne Moncada. Un échec. Quatre-vingts combattants sont tués. Arrêté et condamné à 15 ans de prison, Fidel rédige « l’Histoire m’acquittera », un plaidoyer expliquant son action et se projetant sur l’avenir de son pays. Libéré en 1955, il s’exile avec son frère Raul au Mexique d’où il organise la résistance à Batista. Son groupe porte le nom « Mouvement du 26 juillet ». Plusieurs opposants à la dictature rejoignent Fidel. Parmi eux, un jeune médecin asthmatique venu d’Argentine, Ernesto Rafael Guevara de la Serna.

 

Le 2 décembre 1956, Fidel Castro monte  une expédition avec 82 autres exilés. Venant du Mexique à bord d’un bateau  de plaisance, le « Granma », ils débarquent après une traversée mouvementée dans la Province Orientale (sud-est de Cuba). La troupe de Batista les y attend. Seuls 12 combattants (parmi lesquels Che, Raul et Camilo Cienfuegos) survivent aux combats et se réfugient dans la Sierra Maestra. Commence alors une lutte de guérilla. Fidel Castro apparaît au grand jour dans les journaux nord-américains et européens, accorde des interviews, pose pour les photographes, parle sur les radios. A Washington, on ne s’en émeut guère lassés des frasques d’un Batista peu présentable.

La guérilla bénéficie d’un fort appui populaire, notamment parmi les paysans. Elle multiplie les actions contre la troupe de Batista, dispose d’un réseau d’informateurs dans les villes. Elle recrute des dizaines, des centaines, puis des milliers de combattants. L’armée du dictateur est défaite tandis que des opérations se développent dans les villes. Le 1er janvier, la colonne du Che entre dans La Havane. La révolution cubaine vit son premier jour.

 

   

 

 

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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 10:37

 

Fidel Castro, aujourd’hui malade et devenu chroniqueur de luxe du journal « Granma », est un personnage d’exception. Rarement une personnalité aura provoqué autant de réactions aussi passionnées. Certains l’ont adoré avant de le brûler sur la place publique, d’autres ont d’abord pris leurs distances avant de se rapprocher de cet homme qui à Cuba et dans le monde entier on appelle « Fidel » ou « Comandante ». Surtout pas « leader maximo », une invention ânonnée comme une vérité.

Ce fils  d’un aisé propriétaire terrien, né il y a quatre vingt tris  ans à Biran dans la province de Holguin a suivi des études chez les Jésuites, puis à l’université de La Havane d’où il sort diplômé en droit en 1950. Il milite dans des associations d’étudiants, tape dur lors d’affrontements musclés avec la police dans les rues de la capitale puis se présente aux élections parlementaires sous la casaque du Parti orthodoxe, une formation se voulant « incorruptible » et dont le chef, Chivas, se suicida en direct à la radio. Un compagnon de toujours de Fidel, Alfredo Guevara, fils d’immigrés andalous et inamovible patron du cinéma cubain, dira de lui : « Ou c’est un nouveau José Marti (le héros de l’indépendance), ou ce sera le pire des gangsters ».

 

Fidel Castro, c’est l’attaque de la caserne Moncada, le 26 juillet 1953, la prison, la rédaction de « l’Histoire m’acquittera » ; c’est l’exil au Mexique avec son frère, la préparation du débarquement à bord du « Granma » la rencontre avec un jeune médecin asthmatique venu d’Argentine, Ernesto Rafael Guevara de la Serna. Fidel Castro, c’est au début un adversaire acharné de la dictature, un adepte de la philosophie chère à Thomas Jefferson, principal auteur de la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis. C’est la guérilla  dans la Sierra Maestra et son apparition  au grand jour dans les journaux nord-américains et européens. Tant que Fidel ne s’attaquera pas aux intérêts économiques US, il sera un interlocuteur des dirigeants étasuniens. Dès que la révolution commencera à exproprier des industries nord-américaines comme la United Fruit, il deviendra le diable à abattre.

 

Le premier attentat dans le port de La Havane, le 4 mars 1960, sonne le prélude à une longue liste d’actes terroristes : le cargo battant pavillon tricolore, La Coubre, qui avait chargé des munitions à Hambourg, Brème et Anvers explose dans le port de La Havane faisant plus de cent morts, dont six marins français. Ulcéré, De Gaulle donne l’ordre d’accélérer la livraison des locomotives commandées du temps de Batista. Elles font l’objet d’étranges tentatives de sabotage. Les dockers CGT du port du Havre surveilleront le matériel jusqu’au départ des navires.

 

 

Une opération de grande envergure se préparait du côté de Miami : le débarquement de la Baie des Cochons. En avril 1961, au lendemain de l’annonce par Fidel de l’orientation socialiste de la révolution, le gouvernement des Etats-Unis missionne la CIA pour encadrer 1400 exilés cubains et mercenaires latino-américains en espérant, en vain, un soulèvement populaire. Fidel en personne dirige la contre-attaque. La tentative d’invasion se solde par un fiasco. Les Etats-Unis signent là leur déclaration de guerre à la révolution cubaine. Pendant des dizaines d’années, ils utiliseront toute la panoplie terroriste pour tenter d’assassiner Fidel jusqu’à la combinaison de plongée sous-marine enduite de poison, faciliteront le débarquement de groupes armés, financeront et manipuleront les opposants, détruiront des usines, allant jusqu’à introduire la peste porcine et des virus s’attaquant au tabac et à la canne à sucre. Ils organiseront l’asphyxie économique de l’île en décrétant un embargo toujours en vigueur. « El Caballo » (le cheval) comme l’appelle parfois les gens du peuple, ce que Fidel n’apprécie pas, aura survécu à Kennedy, Johnson, Nixon, Reagan, Ford et assisté aux départs à la retraite de Carter, Clinton, Bush père et fils.   

Tant d’années d’agressions, tant d’années de dénigrement et de coups tordus, tant d’années de résistance d’un petit pays de douze millions d’habitants face à la première puissance économique et militaire mondiale. Qui fait mieux ? Lorsqu’on évoque le manque de libertés à Cuba, ne faudrait-il pas d’abord se poser la question : un pays harcelé, étranglé, en guerre permanente, constitue-t-il le meilleur terreau pour favoriser l’épanouissement de la démocratie telle que nous la concevons en occident ? Lorsque dans les salons douillets parisiens, on juge, tranche, condamne, sait-on au juste de quoi on parle ?

 

La crise des fusées ? Lorsque l’URSS dirigée par Nikita Khrouchtchev décide en 1962 d’installer à Cuba des missiles afin, officiellement, de dissuader les Etats-Unis d’agresser l’île, Moscou répond à une demande de Raul Castro mandaté par Fidel. La direction soviétique fournit déjà à Cuba le pétrole que lui refuse son proche voisin. Elle met deux fers au feu : dissuader les Etats-Unis d’agresser Cuba, afficher un clair avertissement à Washington sur l’air de « nous sommes désormais à proximité de vos côtes ». La tension atteint un point tel qu’un grave conflit mondial est évité de justesse. Les missiles soviétiques retirés, Fidel regrettera que le représentant de l’URSS à l’ONU n’ait pas reconnu la réalité des faits. « Il fallait dire la vérité », disait-il. Il fut bien obligé de se plier à la décision finale de Moscou même si dans les rues de La Havane des manifestants scandaient à l’adresse de Khrouchtchev : « Nikita, ce qui se donne ne se reprend pas. »

Entre Moscou et La Havane, au-delà des rituels, les relations ont toujours été conflictuelles. Pas seulement, pure anecdote, parce que des « responsables » soviétiques ignorants faisaient livrer des chasse-neige à la place des tracteurs attendus. Les Soviétiques voyaient d’un mauvais œil le rôle croissant de Fidel dans le mouvement des non alignés, l’implication cubaine aux côtés des mouvements révolutionnaires latino-américains puis l’aide à l’Afrique. Ils ne supportaient pas la farouche volonté d’indépendance et de souveraineté de La Havane et ont été impliqués dans plusieurs tentatives dites « fractionnelles » reposant sur des prétendus « communiste purs et durs », en fait marionnettes de Moscou, pour tenter de déstabiliser Fidel. Une fois l’URSS disparue, les nouveaux dirigeants russes ont pratiqué avec le même cynisme abandonnant l’île, coupant du jour au lendemain les livraisons de pétrole et déchirant les contrats commerciaux. Quel autre pays aurait pu supporter la perte en quelques semaines de 85% de son commerce extérieur et de 80% de ses capacités d’achat ?  L’Espagne, ancienne puissance coloniale, a laissé à Cuba un héritage culturel, les Etats-Unis son influence historique et ses détonants goûts culinaires comme le mélange de fromage et de confiture. Mais la Russie ? Rien, même pas le nom d’un plat ou d’un cocktail.

 

 

L’exportation de la révolution ?  Fidel n’a jamais utilisé le mot « exportation ». Che Guevara, non plus. Ils préféraient évoquer la « solidarité » avec ceux qui se levaient contre les régimes dictatoriaux, créatures des gouvernements nord-américains. Doit-on reprocher ou remercier Fidel d’avoir accueilli les réfugiés fuyant les dictatures du Chili et d’Argentine, de Haïti et de Bolivie, d’avoir ouvert les écoles, les centres de santé aux enfants des parias de toute l’Amérique latine et, plus tard, aux enfants contaminés de Tchernobyl ? Doit-on lui reprocher ou le remercier d’avoir soutenu les insurrections armées au Nicaragua, au Salvador et d’avoir sauvé, face à l’indifférence des dirigeants soviétiques, l’Angola fraîchement indépendante encerclée par les mercenaires blancs sud-africains fuyant, effrayés,  la puissance de feu et le courage des soldats cubains, noirs pour la plupart ? Dans la mémoire de millions d’hommes et des femmes d’Amérique latine et du Tiers monde, Fidel et le Che sont et resteront des héros des temps modernes.

 

Les libertés ? Fidel, un tyran sanguinaire ? Il y eut d’abord l’expulsion des curés espagnols qui priaient le dimanche à la gloire de Franco. Complice de Batista, l’église catholique était et demeure la plus faible d’Amérique latine alors que la « santeria », survivance des croyances, des divinités des esclaves africains sur lesquels est venue se greffer la religion catholique, rassemble un grand nombre de noirs cubains. Les relations avec l’Eglise catholique furent complexes durant ces longues années jusqu’au séjour de Jean Paul II en 1998 annoncée trop rapidement comme l’extrême onction de la révolution. Ce n’est pas à Cuba que des évêques et des prêtres ont été assassinés, mais au Brésil, en Argentine, au Salvador, au Guatemala et au Mexique.

Il y eut la fuite de la grande bourgeoisie, des officiers, des policiers qui  formèrent, dès la première heure, l’ossature de la contre révolution encadrée et financée par la CIA. Il y eut ensuite les départs d’hommes et des femmes ne supportant pas les restrictions matérielles. Il y  eut l’insupportable marginalisation des homosexuels. Il y eut les milliers de balseros qui croyaient pouvoir trouver à Miami la terre de toutes les illusions. Il y eut la froide exécution du général Ochoa étrangement tombé dans le trafic de drogue. Il y eut aussi ceux qui refusaient la pensée unique, la censure édictée par la Révolution comme « un acte de guerre en période de guerre », les contrôles irritants, la surveillance policière. Qu’il est dur de vivre le rationnement et les excès dits « révolutionnaires ». Excès? Je l’ai vécu, lorsque correspondant de « l’Humanité » à La Havane, l’écrivain Lisandro Otero, alors chef de la section chargée de la presse internationale au Ministère des Affaires étrangères, monta une cabale de pur jus stalinien pour tenter de me faire expulser du pays.  

Ceux qui osent émettre une version différente d’un « goulag tropical » seraient soit des « agents à la solde de La Havane », soit victimes de cécité. Que la révolution ait commis des erreurs, des stupidités, des crimes parfois n’est pas contestable. Mais comment, dans une situation de tension extrême, écarter les dérives autoritaires? Une chose est certaine. Fidel n’est pas un dictateur, encore moins un tyran.

A Cuba, la torture n’a jamais été utilisée, comme le reconnaît Amnesty international. On tranchait les mains des poètes à Santiago du Chili, pas à la Havane. Les prisonniers étaient largués en mer depuis des hélicoptères en Argentine, pas à Cuba. Il  n’y a jamais eu des dizaines de milliers de détenus politiques dans l’île mais un nombre trop important qui ont dû subir pour certains des violences inadmissibles. Mais n’est-ce pas curieux que tous les prisonniers sortant  des geôles cubaines aient été libérés dans une bonne condition physique ?

Voici un pays du Tiers monde où l’espérance de vie s’élève à 76 ans, où tous les enfants sont scolarisés et soignés gratuitement. Un petit pays par la taille capable de produire des universitaires de talent, des médecins et des chercheurs parmi les meilleurs au monde, des sportifs raflant les médailles d’or, des artistes, des créateurs.  Où, dans cette région du monde, peut-on présenter un tel bilan ?

 

Fidel a tout vécu. La prison, la guérilla, l’enthousiasme révolutionnaire du début, la défense contre les agressions, l’aide internationaliste, l’abandon de l’URSS, une situation économique catastrophique lors de la « période spéciale », les effets de la globalisation favorisant l’explosion du système D. Il aura vécu l’adaptation économique avec un tourisme de masse entraînant la dollarisation des esprits parmi la population au contact direct des visages pâles à la recherche de soleil, de mojito, de filles où de garçons. Comment ne pas comprendre les plus jeunes, alléchés par le billet vert et regardant avec envie les visiteurs venus de l’étranger ? Il aura, enfin, très mal accepté le retour de la prostitution même si dans n’importe quelle bourgade latino-américaine on trouve plus de prostituées que dans  la 5 eme avenue de La Havane. Alors, demain quoi ?

 

La révolution va-t-elle s’éteindre ? Il ne se passera pas à Cuba ce qui s’est produit en Europe de l’Est. Pour une raison simple : la soif d’indépendance et de souveraineté n’est pas tarie. Les adversaires de la révolution cubaine devraient se méfier et ne pas prendre leurs désirs pour la réalité. Il y a dans cette île des millions d’hommes et de femmes – y compris de l’opposition – prêts à prendre les armes et à en découdre pour défendre la patrie. Fidel avait prévenu en déclarant : « Nous ne commettrons pas l’erreur de ne pas armer le peuple. » Le souvenir de la colonisation, malgré le fil du temps, reste dans tous les esprits, les progrès sociaux enregistrés, au-delà des difficultés de la vie quotidienne, constituent désormais des acquis. Il y a plus. La révolution a accouché d’une nouvelle génération d’hommes et de femmes refusant le retour au passé, des cadres « moyens » de trente à quarante ans très performants en province, des jeunes dirigeants nationaux aux talents confirmés. Une nouvelle époque va s’ouvrir et elle disposera d’atouts que Fidel n’avait pas. L’Amérique latine, ancienne arrière cour des Etats-Unis, choisit des chemins progressistes de développement, l’intégration régionale est en marche, les échanges économiques permettent le transfert du savoir faire contre des matières stratégiques, comme le pétrole avec le Venezuela notamment, le prestige de la révolution cubaine demeure intacte auprès des peuples latino-américains. Cuba, enfin, peut respirer.

Il n’y aura pas de rupture à Cuba. Il y aura évolution. Obligatoire. Pour qu’elle s’effectue dans les meilleures conditions, il faudra que les vieux commandants de la Révolution rangent leurs treillis vert olive, prennent leur retraite et passent la main. Les atlantes du futur, de plus en plus métissés, sont prêts. Ne sont-ils pas les enfants de Fidel ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 10:02


« Nous nous sommes levés avant le jour », aimait répéter le Colonel Henri Rol Tanguy lorsqu’il était interrogé sur le rôle des Brigades internationales parties défendre la République espagnole. « Nous avions compris », ajoutait-il, « que partant défendre Madrid, nous défendions Paris et l’Europe de la menace nazi ». Les 9000 Français membres des BI (2.500 sont morts sur la terre espagnole) avec près de 30.000 volontaires  venus de toute l’Europe, des Amériques et d’Asie n’ont pas seulement fait acte de courage et de solidarité. Ils ont fait preuve de lucidité alors que les puissances occidentales prônaient la « non intervention » tandis que Hitler, Mussolini et Salazar armaient les putschistes menés par Franco.

En février 1936, le « Frente Popular » remportait les élections avec 52% des suffrages. A l’époque, l’Espagne c’était 24 millions d’habitants dont 12 millions d’illettrés, 8 millions de pauvres, 2 millions de paysans sans terre, 5000 couvents, 110.000 prêtres, moines ou religieux, 800 généraux, une police sauvage. Au lendemain de la victoire électorale, le nouveau pouvoir républicain libérait les mineurs victimes de la terrible répression de 1934 (5000 morts, 3000 blessés, 4.500 emprisonnés), augmentait les salaires, légalisait les occupations de terres non cultivées. La grande bourgeoisie et l’armée décidait alors, après avoir obtenu le feu vert de Berlin, de mettre un terme à cette « révolution ». Le 18 juillet 1936, le signal était donné depuis le Maroc par Franco : « Dans toute l’Espagne, le ciel est sans nuages ». 80% des cadres de l’armée se ralliaient au putsch.

A Londres, la City souhaitait une défaite de la République espagnole. Pour deux raisons : assurer ses intérêts dans les mines espagnoles qui fournissaient cuivre, tungstène et mercure ; éliminer le jeune pouvoir installé à Madrid qualifié de « bolchévik». A Paris, la droite  hurlant « plutôt Hitler que le Front populaire » s’enthousiasmait de l’aide massive  en avions, mercenaires, blindés, armements lourds allemands et italiens à Franco. La politique de « non intervention » des dites « démocraties » occidentales ne relevait pas seulement de la lâcheté ; elle ouvrait les portes à une intervention directe des nazis et des mussoliniens dans les affaires intérieures de l’Espagne.

Les Brigades internationales ont surgi comme la réplique des démocrates du monde entier face à l’invasion fasciste.  Le « voyage en Espagne » de la presque totalité des volontaires de toute l’Europe était organisé dans des baraquements installés avenue Mathurin Moreau dans le 19 ème arrondissement de Paris, aujourd’hui siège du Parti communiste français. Après une visite médicale et un entretien d’incorporation venait le temps de prendre les différents chemins de la lutte : par le train à bord du célèbre Paris-Perpignan de 22h17, par camions vers Marseille ou directement mais par des routes discrètes vers la frontière espagnole. Au même moment, André Malraux recrutait à son compte des avions et leurs pilotes et formait l’escadrille « España ». Malgré la « non intervention » des avions et des armes passaient de France en Espagne avec la complicité de quelques ministres (Pierre Cot avec Jean Moulin ou Gaston Cusin). La Compagnie maritime France-Navigation créée par des militants communistes français organisait des navettes entre l’URSS et l’Espagne. A bord, l’armement indispensable à la défense de la jeune République. Pendant ce temps, les « volontaires de la liberté »  étaient rapidement envoyés au front pour défendre Madrid. Quelques semaines avant l’entrée dans les combats des brigadistes, le ministre espagnol Martinez Barrio avait reçu André Marty et une délégation venue discuter des conditions d’envoi des volontaires étrangers. Il avait posé la question suivante : « Dans quelle condition voulez-vous participer à notre lutte » ? « Nous ne posons aucune condition », avait répliqué Marty et ses compagnons.  « Nous ne désirons qu’une chose : que les Brigades internationales soient considérées comme des unités uniquement subordonnées au gouvernement et à ses autorités militaires ; qu’elles soient utilisées comme troupe de choc en tous lieux où ce sera nécessaire ». Les brigadistes seront envoyés sur les points les plus chauds. Ils auront un comportement héroïque face aux putschistes et à leurs complices allemands et italiens.

La Brigade internationale des Français sera la « XIV » dite « La Marseillaise » avec à sa tête Jules Dumont (fusillé par les nazis en 1943), Boris Guimpel, Jean Hemmen (fusillé en 1942), Putz (tué en Alsace fin 1944), Henri Tanguy qui ajoutera «Rol» (du nom d’un de ses copains tué en Espagne) et dirigera plus tard la libération de Paris. Les brigadistes seront de tous les combats jusqu’à la dernière grande bataille, la plus sanglante de toutes, la Bataille de l’Ebre. Et c’est en pleine bataille de l’Ebre que les Brigades internationales sont retirées par le Président Negrin qui pensait ainsi faciliter le départ les troupes allemandes et italiennes d’Espagne. Vaine illusion. Les jeux étaient faits. L’Angleterre et les Etats-Unis avaient déjà reconnu le régime franquiste dit de « Burgos ».

Le départ des Brigades internationales a donné lieu à des adieux grandioses. Dolorès Ibarruri, « Pasionaria »  a prononcé ce jour là un discours émouvant : « Mères ! Épouse ! Quand passeront les années et que seront cicatrisées les blessures de la guerre, quand le souvenir des jours douloureux et sanglants sera estompé dans un présent de liberté, de paix et de bien-être, quand les rancœurs iront s’atténuant et que l’orgueil de la patrie libre sera également ressenti par tous les Espagnols, parlez à vos enfant, parlez-leur de ces hommes des Brigades internationales. »

Les Brigades internationales dissoutes, beaucoup d’hommes n’ont pas pu rentrer dans leur pays. Nombreux parmi eux sont resté en France et ont été rejoints par 500.000 exilés espagnols fuyant Franco et les persécutions. Les autorités françaises de l’époque les ont parqués dans des camps comme ceux d’Argelès, le Vernet, Gurs, St Cyprien... D’autres se sont échappé, d’autres prendront le chemin des Amériques, d’autres encore rejoindront la Résistance à l’occupant nazi. De nombreux « Espagnols rouges » marqués du triangle bleu d’ « apatrides » seront envoyés dans le camp de concentration de Mauthausen.

Les anciens de la guerre d’Espagne ont formé l’armature des premiers groupes armés de la Résistance. Ils continuaient en France le combat commencé en Espagne. Ils s’étaient, en effet, « levés avant l’aube ».  Le 25 août 1944, les premiers blindés de la 2ème DB du général Leclerc portant les noms de « Madrid », « Teruel », « Brunete » sont entrés dans Paris. Les équipages étaient constitués par des républicains espagnols et étaient guidés dans les rues de la capitale par des résistants eux aussi espagnols et placés sous les ordres du chef de l’insurrection parisienne, le colonel Henri Rol-Tanguy.

José Fort

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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 08:40

 

Le 19 juillet 1979, les « muchachos » du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) libéraient Managua, la capitale du Nicaragua. Un pays ? Plutôt un ranch privé tenu par la famille Somoza, une dictature bestiale en place depuis 1933. Coïncidences? Anastasio Somoza Debayle dit « Tachito » est mort comme son père « Tacho ». Les deux ont été exécutés comme il est courant d’éliminer des chefs de bandes : le premier, en  septembre 1980, le corps criblé de balles au coin d’une rue d’Asuncion où il avait trouvé refuge chez le dictateur paraguayen Alfredo Stroessner ; le second, fondateur de la « dynastie », abattu dans la ville de Leon - toujours un mois de septembre, mais en 1956 – par un jeune poète Rigoberto Lopez Perez.

La famille Somoza était à la solde des gouvernements nord-américains depuis plus d’un quart de siècle. Cynique, le président US Franklin D. Roosevelt  déclara le jour de l’intronisation de Somoza père à la présidence de la République nicaraguayenne : « Somoza est un fils de pute, mais c’est notre fils de pute. »

Le  1er janvier 1933, Washington annonçait le retrait des marines US du Nicaragua où, depuis plus de cinq ans, ils tentaient de mater une insurrection populaire. Composée de mineurs, de dockers, de paysans, d’ouvriers des bananeraies, la « petite armée folle » en lutte pour « l’indépendance et la dignité » était dirigée par Augusto Cesar Sandino. Le « général des hommes libres », comme l’avait surnommé Henri Barbusse.

En mars 1932, le nouveau président Franklin D. Roosevelt qui représentait – déjà - l’espoir des Etats-Unis empêtrés dans une crise  - déjà - sans précédent avait promis un « bon voisinage » à l’Amérique latine. Sandino et ses hommes  déposèrent leurs armes après le départ des occupants. Ils croyaient en la loyauté de Washington comme aujourd’hui on aimerait croire en celle de Barak Obama sur d’autres points chauds dans le monde. Sandino était tombé dans un piège.

Un plan machiavélique avait été concocté avec comme grand ordonnateur l’ambassadeur des Etats-Unis à Managua, Arthur Bliss Lane, comme bras armé la Garde « nationale » nicaraguayenne formée, équipée et encadrée par des militaires US et comme capo-exécuteur Anastasio Somoza Garcia dit « Tacho ». Objectif : terminer le « travail » en éliminant toute opposition. Le 21 février 1934, dans une embuscade tendue par la Garde « nationale », Sandino et plusieurs de ses compagnons étaient assassinés. Puis vint le temps du massacre systématique des anciens soldats de la petite « armée folle » abattus avec femmes et enfants. « Tuez-les tous » avait hurlé Somoza père avant de lancer les tortionnaires. Un flot de sang coula dans l’indifférence générale.

Somoza père, un vrai « fils de pute », régna vingt ans. Un tueur. Un prédateur. A sa mort, son fils aîné Luis lui succéda et s’employa, de 1957 à 1963, à poursuivre « l’œuvre » de son père avant de mourir officiellement d’une crise cardiaque. Plusieurs sources affirmaient à l’époque que la mort de Luis avait été provoquée par des drogues habilement dispensées par son propre entourage familial.

Après l’intermède gouvernemental de René Schick (1963-1967), un homme de paille du clan, Anastasio Somoza Debayle devenait président de la République. D’entrée, il s’octroyait un tiers des terres cultivables ainsi que le contrôle des principales industries du pays. « Même si j’abandonnais mon titre et mes liens politiques, je serais encore l’homme le plus riche de ce pays », déclarait-il en octobre 1973. C’était un an après le tremblement de terre qui fit dix mille morts et trois cent mille sans-abri à Managua et dans la région. Somoza se chargea personnellement de la gestion de l’aide internationale. A son profit. L’ONU, les Etats-Unis, les pays donateurs ont gardé silence sur le pillage de la solidarité venue du monde entier. Somoza pouvait compter sur ses amis politiques nord-américains aux affaires, ses complices des banques US et européennes. La plupart fonctionnaient à la commission dite des «10% ».

Comment expliquer que ce gangster se soit maintenu au pouvoir aussi longtemps ? La répression féroce menée par la Garde « nationale » a fait des dizaines de milliers de victimes. Toute opposition était étranglée. On ne comptait plus les expéditions punitives, les assassinats, les centres de torture et les cimetières clandestins. Diplômé de West Point, Somoza entretenait d’excellentes relations, « familiales » soulignait-il, avec les militaires US et des responsables politiques de haut rang comme Nixon, Kissinger, Reagan et quelques autres.

Tacho, le père, avait exploité la guerre froide pour maintenir des relations privilégiées avec Washington en se présentant comme un champion de la « lutte contre le communisme ». Il excellait dans les missions « sales » visant les militants progressistes latino-américains. Tachito, le fils, utilisa la « lutte contre le castrisme », en fait contre la révolution socialiste cubaine. Les bases militaires de la dictature furent ouvertes aux préparatifs des expéditions terroristes contre Cuba. Des documents secrets nord-américains récemment publiés indiquent que plusieurs tentatives d’assassinat visant Fidel Castro furent mises au point dans la résidence personnelle de Somoza lors de soirées où se retrouvaient le gratin de la CIA et des mafieux liés aux officines spécialisées dans les coups tordus agissant, bien entendu, au nom de la «défense de la liberté et de la démocratie ».

Pour Tachito, les ennuis commencèrent sérieusement en 1974. Le 27 décembre de cette année là, un commando du Front Sandiniste de libération nationale (FSLN, né en 1961)  effectua un raid spectaculaire au domicile d’un ancien ministre qui donnait une réception en l’honneur de l’ambassadeur des Etats-Unis. Premier coup de gong d’une longue et sanglante épreuve de force entre Somoza, soutenu par sa garde prétorienne et les Etats-Unis et le Front sandiniste de libération dont la stratégie tendait à créer les conditions d’une insurrection populaire généralisée.

Deux erreurs principales précipitèrent la chute de cet homme  arrogant, sans scrupules, avide de richesses, mais qui ne manquait pas d’intelligence politique. En perdant tout sens de la mesure, il déclencha l’hostilité d’une bourgeoisie nicaraguayenne mécontente de la trop modeste « part du gâteau » qui lui était réservée ; en faisant tuer, en janvier 1978, le leader conservateur Pedro Joaquin Chamorro, directeur du journal « la Prensa », il donna le signal de la lutte de tout un peuple, toutes classes confondues, contre la dictature.

La guérilla menée par le FSLN a duré dix-huit ans. Elle fut marquée par des coups de main audacieux et une répression bestiale. Elle devint une lutte nationale contre la dictature en 1977 après l’assassinat de Pedro Joaquin Chamorro.  Grèves et attaques de garnisons se succédèrent. En septembre, le FSLN appela à l’insurrection générale. L’aviation somoziste acheva de ruiner Managua. En mars 1979, les trois tendances du FSLN unifièrent leurs efforts. En juin, le nouvel appel à la grève et à l’insurrection rencontra l’adhésion générale. Le 19 juillet, les combattants avec Daniel Ortega à leur tête entraient dans la capitale. La guerre avait fait 30.000 morts, plusieurs dizaines de milliers de blessés sur une population de 2.500.000 habitants.

Jusqu’au dernier moment, Anastasio Somoza Debayle a cru pouvoir s’en sortir. Depuis son bunker situé sur la Loma, la colline qui domine Managua, il espérait un soutien militaire de ses amis nord-américains. « Ils ne vont pas me laisser tomber, j’en sais trop », confiait-il à ses proches. Washington n’a pas répondu aux appels du fils de son « fils de pute ». Tachito a dû fuir. Les poches pleines. Quant au gros de ses « biens », il avait été prudemment mis à l’abri dans des banques suisses, américaines et dans des sociétés cotées à Wall Street. Une fortune estimée à 1 milliard de dollars.

Toutes les portes se fermaient devant Anastasio Somoza. Même celles de Miami pourtant refuge doré des dictateurs latino-américains en retraite forcée. Il restait un seul individu prêt à l’accueillir : le général Alfredo Stroessner, maître du Paraguay depuis un quart de siècle, un tueur  patenté. Entre ces gens là, la solidarité existe aussi surtout lorsque l’invité traîne des valises pleines de dollars. Somoza avait acheté 8000 hectares de terres paraguayennes et s’était installé dans une villa des faubourgs d’Asuncion sous la protection d’une milice privée et de la police secrète locale. Au cours d’une soirée, il avait affirmé à ses visiteurs, selon sa maitresse du moment : « Je sais que certains veulent ma peau. Ici, je suis en sécurité. » Il restait à Tachito un peu plus d’un an à vivre.

Les tyrans ne doivent pas toujours mourir dans leur lit se disaient les membres du commando en arrivant dans la capitale paraguayenne par des voies terrestres et aériennes.  Mission : abattre Somoza. L’opération avait été soigneusement planifiée : acheminement des armes, location d’appartements, achats de véhicules, et même l’acquisition d’un kiosque à journaux à proximité de la villa de Somoza. Pendant plusieurs semaines, les habitudes de « Tachito » et de sa garde rapprochée ont été observées. A quelle heure sortait-il ? Quelle voiture empruntait-il ? Combien de véhicules de protection ?  Le 17 septembre 1980 en fin de matinée, le commando passait à l’attaque. Anastasio Somoza Debayle s’effondrait sous les balles. Même sa maitresse ne l’a pas regretté.

José Fort     

 

 

Le Nicaragua

Situé entre l’Atlantique à l’est et le Pacifique à l’ouest, au nord du Costa Rica et au sud du Honduras, le Nicaragua est traversé sur sa côte ouest par la route interaméricaine. C’est sur cette côte que se situent toutes les villes, Managua, la capitale, tapie derrière un lac qui porte son nom, Chinandega, Leon, Masaya, Granada. Les tribus indiennes vivent sur la côte est.

 

Pas de répit pour le jeune pouvoir

Dès 1981, mercenaires et anciens gardes somozistes encadrés par la CIA entamaient une guerre non déclarée pour le compte des Etats-Unis. Depuis ses bases du Costa Rica et du Honduras, la « contra » attaquait les nouvelles coopératives paysannes, assassinait les cadres sandinistes.  Ronald Reagan et Bush père se lancèrent dans le trafic d’armes et de stupéfiants connu sous le nom d’« Irangate » pour financer et armer la « contra ».

 

En mémoire

Des dizaines de coopérants français sont partis aider le peuple nicaraguayen. Deux d’entre eux sont tombés sous les balles de la « contra » : Pierre Grosjean, tué en 1983 et Joël Fieux, tombé trois ans plus tard dans une embuscade.

 

 

 

 

 

 

 

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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 08:21


« Il était devant moi, livide, assis sur une table dans un cabanon situé près de Cervia de Ter sur la route de Port-Bou. Près de lui, sa mère Ana, son frère José, Matea sa belle-sœur. Je ne savais pas qu’après tant de kilomètres sous la neige, épuisée par des heures et des heures de marche, j’allais passer un moment en compagnie du célèbre poète Antonio Machado qui mourra deux mois plus tard  dans une chambre d’hôtel à Collioure. Il s’est écarté pour laisser une place à ma mère et a récité le poème qu’il avait dédié en 1936 à Federico Garcia Lorca «Le crime a eu lieu à Grenade » :

« On le vit, avançant au milieu des fusils

« Par une longue rue

« Sortir dans la campagne froide

« Sous les étoiles, au point du jour

« Ils ont tué Federico

« Quant la lumière apparaissait

 Marie-Thérèse, aujourd’hui âgée de 92 ans, se souvient de la « Retirada ». 500.000 Espagnols avaient pris le chemin de l’exil. Elle était une parmi tant d’autres.

Antonio Machado avait quitté Barcelone le 22 janvier 1939 alors que les troupes franquistes pilonnaient la capitale catalane. Marie-Thérèse avait rejoint le lendemain une des colonnes de réfugiés depuis Mataro avec sa vieille mère et sa sœur. Elles laissaient en terre espagnole  mari et père, fils et frère morts au combat en défendant la République élue au suffrage universel et assassinée par les putschistes emmenés par le général Franco, l’homme lige des régimes nazi et mussolinien. « A la frontière », dit-elle, « les gardes mobiles français dépouillaient nos hommes de leurs armes. Nous, nous n’avions que deux baluchons. J’ai su, bien après, que Machado avait pu rejoindre Cerbère où il passa une nuit dans un wagon de train abandonné avant de rejoindre Collioure. Moi, ma mère et ma sœur, nous avons eu de la chance. Mon compagnon – Français, ancien des Brigades internationales – avait mis en place un dispositif pour nous tirer du guêpier. Un homme nous attendait derrière le rideau des gardes mobiles. Tout à coup, une brèche s‘ouvrit et l’on nous poussa dans une voiture. Plus tard, on nous fit monter dans un train avec interdiction de prononcer le moindre mot. Nous avons eu de la chance, pas nos camarades perdus dans le froid et la peur à Cerbère. »

Sur les 500.000  hommes et femmes qui avaient franchi la frontière, deux cent soixante-quinze mille furent internés dans des camps. A Argelès, on entassa les réfugiés sur la plage puis, le nombre grossissant, des nouveaux camps furent ouverts notamment à Saint-Cyprien à Barcarès… Ils étaient  dépourvus de structures les plus élémentaires : pas de baraquement, de latrines, de cuisine, d’infirmerie et même d’électricité. A Gurs , une plaque rappelle qu’en cet endroit « séjournèrent 23.000 combattants espagnols, 7.000 volontaires des Brigades internationales, 120 patriotes et résistants français, 12.860 juifs immigrés internés en mai-juin 1940, 6.500 juifs allemands, 12.000 juifs arrêtés sur le sol de France par Vichy. » Les camps « espagnols » préfigurèrent très vite d’autres formes de camps. Dès 1939, les autorités françaises de l’époque avaient qualifié ces camps de « camps de concentration ».

Les Espagnols prisonniers à Argelès et ailleurs ont connu toutes les vexations. Chaque jour, les gendarmes invitaient les prisonniers espagnols à retourner chez eux ou à s’engager dans la Légion étrangère. On dressa la liste des « meneurs » placés dans des parcelles surnommées hippodromes. D’autres seront expédiés dans des prisons militaires. Pourtant la vie s’organisait. Des dispensaires de fortune étaient installés, des cours dispensés, la sécurité assurée. Et malgré les divisions politiques et idéologiques, chacune des organisations reconstituées entamera dans ces camps son chemin vers la Résistance en France contre l’occupant nazi.

Avec le temps, des réfugiés espagnols finiront par trouver du travail à forte pénibilité : les mines, les chantiers forestiers, l’agriculture, le bâtiment où ils retrouveront souvent des compatriotes installés là depuis 10, 20 ans ou plus. Avec le déclenchement de la guerre contre l’Allemagne, l’espoir d’une revanche et d’une reconquête renaît. Lorsque le gouvernement français met les réfugiés d’âge mobilisable en demeure de choisir entre retour au pays ou incorporation dans des Compagnies de travailleurs étrangers (CTE), le choix est vite fait. Pour la plupart, le combat va continuer en France même ou hors de France dans les armées alliées ou de la France Libre.

Sur les 270.000 réfugiés espagnols restés en France, environ 60.000 sont incorporés dans les 250 CTE, sous statut militaire et affectés à des travaux du génie (fortifications, routes…) Ils participent aussi aux combats. Sur les 80.000 morts de 1939-1940, 5.000 sont Espagnols. Les autres, pour moitié d’entre eux sont faits prisonniers. Franco les ayant déchus de leur nationalité et Pétain collaborant, on ne leur applique pas les Conventions de Genève sur les prisonniers de guerre. Nombre de ces « Espagnols rouges » marqués du triangle bleu d’ « apatrides » sont envoyés dans le terrible camp de concentration de Mauthausen. Ceux restés libres passent sous le contrôle du Ministère vichyste de la Production et sont souvent affectés dans les « Groupements des travailleurs étrangers » (GTE) pour aller construire le Mur de l’Atlantique ou travailler sur des chantiers forestiers. La Résistance disposait là de très bonnes sources d’information.

 

 

12.000  Espagnols environ prirent part directement aux combats de la Résistance française dans les FFL, les FTP, FTP-MOI, dans l’Armée Secrète, les Corps francs de Libération et aussi dans leurs propres structures, en particulier en Midi-Pyrénées. Ils disposaient d’une grande expérience tout comme leurs camarades des Brigades internationale. Pour  Charles Tillon, commandant des FTP, «  les anciens d’Espagne constituait une grande partie de l’armature de ces premiers groupes armés de la Résistance communiste. » Le colonel Henri Rol-Tanguy aimait rappeler que « quand il a fallu mettre sur pied l‘Organisation spéciale nous avons systématiquement cherché nos camarades des Brigades internationales. » Le colonel  aura à ses côtés de nombreux Espagnols pendant l’insurrection parisienne. Ils serviront de guides aux blindés de la 2 eme DB du général Leclerc lors de leur entrée dans la capitale. Les tanks portaient les noms de « Madrid », « Brunete », « Teruel », « Guadalajara ». Les équipages croyaient que Paris était une étape avant de foncer libérer Madrid. On leur avait menti.

José Fort

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20 juin 2009 6 20 /06 /juin /2009 15:01

Le discours de Barack Obama au Caire à peine terminé, j’exprimais ma satisfaction à mon entourage provoquant  une réplique cinglante d’un ami proche : «  Tu fais preuve d’aveuglement. Ne comprends-tu pas que les nord-américains adoptent une façade sympathique pour mieux perpétuer la domination de l’impérialisme yankee ». Bref, je baignerais dans l’angélisme et au nom de la « pureté » révolutionnaire, toute évolution Outre-Atlantique ne serait que manœuvre machiavélique. Et bien, non.  Evolution il y a, et c’est tant mieux.

Lorsque le président des Etats-Unis, au Moyen Orient, lance un appel à la raison, à l’histoire, aux valeurs, à la mémoire, j’écoute avec intérêt. Lorsqu’il affirme vouloir reprendre des relations apaisées avec le monde musulman tranchant avec la politique de son prédécesseur à la Maison Blanche, j’entends une tonalité nouvelle. Lorsqu’il se prononce pour la reprise « immédiate » des négociations de paix entre les Israéliens et les Palestiniens, pour l’existence de deux Etats et l’arrêt des implantations des colonies israéliennes, j’applaudis franchement.  Les extrémistes de Tel Aviv  s’étranglent de colère affirmant que Barack Obama « va trop loin ». Un signe. Certains Palestiniens regrettent que les déclarations du président des Etats-Unis restent « trop vagues ». Un signe aussi. 

L’avenir nous dira si les paroles seront suivies d’actes concrets. Mais ne faut-il pas déjà se féliciter de l’énorme différence d’approche d’un conflit qui pollue le monde depuis des décennies ? Entre George Bush  décrétant une croisade contre le monde arabe et Barack Obama je fais définitivement mon choix surtout lorsque ce dernier déclare :   « Je suis venu chercher un nouveau départ entre les Etats-Unis et les musulmans à travers le monde, un départ fondé sur l’intérêt mutuel, un départ fondé sur cette vérité que l’Amérique et l’Islam en s’excluent pas. »

Les changements positifs dans ce monde enragé sont rares. Faut-il faire la fine bouche quand, enfin, nous entendons des propos responsables, véritable rupture avec un passé récent qui nous entraînait irrémédiablement vers le conflit permanent ?

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20 juin 2009 6 20 /06 /juin /2009 14:41

La mort de l’autocrate gabonais Omar Bongo ouvre la boîte de Pandore. Les langues se délient à Paris.

 

Avec 41 ans au pouvoir en ligotant toute forme d’opposition et en pillant les richesses du pays (surtout le pétrole) à son profit et celui de sa famille, le sinistre Omar était le plus ancien dictateur en place en Afrique. Bongo a connu tous les présidents de la  V ème République et dispose toujours en France de considérables biens immobiliers et comptes bancaires dont certains font l’objet de poursuites judiciaires.

A peine son cadavre refroidi, c’est à Paris que les langues se délient. Giscard d’Estaing qui avait été mêlé à l’affaire des diamants du dictateur centre africain Bokassa, très heureux de régler un vieux compte, assure sur une radio que Jacques Chirac a bénéficié de l’aide financière de Bongo pour l’élection présidentielle de 1981. Ce dernier dément alors que toutes parts surgissent des informations affirmant que l’argent gabonais a coulé à flots au bénéfice de « tous les partis politiques français ». Si les pétrodollars par l’intermédiaire d’ELF ont bien été accueillis sous la présidence socialiste de François Mitterrand et si le RPR, l’ancien parti gaulliste, a largement été financé par Libreville, les autres formations politiques comme le parti communiste n’ont pas touché  un seul centime d’Omar. Dans ces conditions, on comprend mieux les réactions de Nicolas Sarkozy et de son sous-ministre Kouchner (nègre du régime gabonais à près de 800.000 euros la prestation)  après la mort du dictateur. Les déclarations attristées  se sont multipliées pour saluer « un ami de la France » (Sarkozy), une « figure africaine remarquable » (Morin), un « homme qui a joué un rôle considérable »(Kouchner). Bref, à écouter les officiels français, Paris serait prêt à dresser des statuts à un sale type qui a fait assassiner en France l’amant de sa femme, des dizaines de contestataires dans son pays et mis en place un système financier mafieux. On a les amis que l’on mérite.

Détail émouvant. La direction régionale d’Air France, le groupe français CFAO (Bolloré) et le PMU gabonais ont un point commun. Toutes ces institutions ont fait publier dans « l’Union », l’unique quotidien gabonais, des encarts publicitaires exprimant leurs « condoléances les plus attristées » à la famille Bongo. La Citibank où un compte d’Omar de 140 millions d’euros avait été découvert en 2000 figure aussi par les annonceurs. Nicolas Sarkozy n’a pas fait publier ses condoléances. Il est allé en personne faire part de sa grande émotion avec à l’esprit la continuité de la présence militaire française sur place et l’avenir assuré des intérêts de ses riches amis.

 

 

  

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