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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 08:21


« Il était devant moi, livide, assis sur une table dans un cabanon situé près de Cervia de Ter sur la route de Port-Bou. Près de lui, sa mère Ana, son frère José, Matea sa belle-sœur. Je ne savais pas qu’après tant de kilomètres sous la neige, épuisée par des heures et des heures de marche, j’allais passer un moment en compagnie du célèbre poète Antonio Machado qui mourra deux mois plus tard  dans une chambre d’hôtel à Collioure. Il s’est écarté pour laisser une place à ma mère et a récité le poème qu’il avait dédié en 1936 à Federico Garcia Lorca «Le crime a eu lieu à Grenade » :

« On le vit, avançant au milieu des fusils

« Par une longue rue

« Sortir dans la campagne froide

« Sous les étoiles, au point du jour

« Ils ont tué Federico

« Quant la lumière apparaissait

 Marie-Thérèse, aujourd’hui âgée de 92 ans, se souvient de la « Retirada ». 500.000 Espagnols avaient pris le chemin de l’exil. Elle était une parmi tant d’autres.

Antonio Machado avait quitté Barcelone le 22 janvier 1939 alors que les troupes franquistes pilonnaient la capitale catalane. Marie-Thérèse avait rejoint le lendemain une des colonnes de réfugiés depuis Mataro avec sa vieille mère et sa sœur. Elles laissaient en terre espagnole  mari et père, fils et frère morts au combat en défendant la République élue au suffrage universel et assassinée par les putschistes emmenés par le général Franco, l’homme lige des régimes nazi et mussolinien. « A la frontière », dit-elle, « les gardes mobiles français dépouillaient nos hommes de leurs armes. Nous, nous n’avions que deux baluchons. J’ai su, bien après, que Machado avait pu rejoindre Cerbère où il passa une nuit dans un wagon de train abandonné avant de rejoindre Collioure. Moi, ma mère et ma sœur, nous avons eu de la chance. Mon compagnon – Français, ancien des Brigades internationales – avait mis en place un dispositif pour nous tirer du guêpier. Un homme nous attendait derrière le rideau des gardes mobiles. Tout à coup, une brèche s‘ouvrit et l’on nous poussa dans une voiture. Plus tard, on nous fit monter dans un train avec interdiction de prononcer le moindre mot. Nous avons eu de la chance, pas nos camarades perdus dans le froid et la peur à Cerbère. »

Sur les 500.000  hommes et femmes qui avaient franchi la frontière, deux cent soixante-quinze mille furent internés dans des camps. A Argelès, on entassa les réfugiés sur la plage puis, le nombre grossissant, des nouveaux camps furent ouverts notamment à Saint-Cyprien à Barcarès… Ils étaient  dépourvus de structures les plus élémentaires : pas de baraquement, de latrines, de cuisine, d’infirmerie et même d’électricité. A Gurs , une plaque rappelle qu’en cet endroit « séjournèrent 23.000 combattants espagnols, 7.000 volontaires des Brigades internationales, 120 patriotes et résistants français, 12.860 juifs immigrés internés en mai-juin 1940, 6.500 juifs allemands, 12.000 juifs arrêtés sur le sol de France par Vichy. » Les camps « espagnols » préfigurèrent très vite d’autres formes de camps. Dès 1939, les autorités françaises de l’époque avaient qualifié ces camps de « camps de concentration ».

Les Espagnols prisonniers à Argelès et ailleurs ont connu toutes les vexations. Chaque jour, les gendarmes invitaient les prisonniers espagnols à retourner chez eux ou à s’engager dans la Légion étrangère. On dressa la liste des « meneurs » placés dans des parcelles surnommées hippodromes. D’autres seront expédiés dans des prisons militaires. Pourtant la vie s’organisait. Des dispensaires de fortune étaient installés, des cours dispensés, la sécurité assurée. Et malgré les divisions politiques et idéologiques, chacune des organisations reconstituées entamera dans ces camps son chemin vers la Résistance en France contre l’occupant nazi.

Avec le temps, des réfugiés espagnols finiront par trouver du travail à forte pénibilité : les mines, les chantiers forestiers, l’agriculture, le bâtiment où ils retrouveront souvent des compatriotes installés là depuis 10, 20 ans ou plus. Avec le déclenchement de la guerre contre l’Allemagne, l’espoir d’une revanche et d’une reconquête renaît. Lorsque le gouvernement français met les réfugiés d’âge mobilisable en demeure de choisir entre retour au pays ou incorporation dans des Compagnies de travailleurs étrangers (CTE), le choix est vite fait. Pour la plupart, le combat va continuer en France même ou hors de France dans les armées alliées ou de la France Libre.

Sur les 270.000 réfugiés espagnols restés en France, environ 60.000 sont incorporés dans les 250 CTE, sous statut militaire et affectés à des travaux du génie (fortifications, routes…) Ils participent aussi aux combats. Sur les 80.000 morts de 1939-1940, 5.000 sont Espagnols. Les autres, pour moitié d’entre eux sont faits prisonniers. Franco les ayant déchus de leur nationalité et Pétain collaborant, on ne leur applique pas les Conventions de Genève sur les prisonniers de guerre. Nombre de ces « Espagnols rouges » marqués du triangle bleu d’ « apatrides » sont envoyés dans le terrible camp de concentration de Mauthausen. Ceux restés libres passent sous le contrôle du Ministère vichyste de la Production et sont souvent affectés dans les « Groupements des travailleurs étrangers » (GTE) pour aller construire le Mur de l’Atlantique ou travailler sur des chantiers forestiers. La Résistance disposait là de très bonnes sources d’information.

 

 

12.000  Espagnols environ prirent part directement aux combats de la Résistance française dans les FFL, les FTP, FTP-MOI, dans l’Armée Secrète, les Corps francs de Libération et aussi dans leurs propres structures, en particulier en Midi-Pyrénées. Ils disposaient d’une grande expérience tout comme leurs camarades des Brigades internationale. Pour  Charles Tillon, commandant des FTP, «  les anciens d’Espagne constituait une grande partie de l’armature de ces premiers groupes armés de la Résistance communiste. » Le colonel Henri Rol-Tanguy aimait rappeler que « quand il a fallu mettre sur pied l‘Organisation spéciale nous avons systématiquement cherché nos camarades des Brigades internationales. » Le colonel  aura à ses côtés de nombreux Espagnols pendant l’insurrection parisienne. Ils serviront de guides aux blindés de la 2 eme DB du général Leclerc lors de leur entrée dans la capitale. Les tanks portaient les noms de « Madrid », « Brunete », « Teruel », « Guadalajara ». Les équipages croyaient que Paris était une étape avant de foncer libérer Madrid. On leur avait menti.

José Fort

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20 juin 2009 6 20 /06 /juin /2009 15:01

Le discours de Barack Obama au Caire à peine terminé, j’exprimais ma satisfaction à mon entourage provoquant  une réplique cinglante d’un ami proche : «  Tu fais preuve d’aveuglement. Ne comprends-tu pas que les nord-américains adoptent une façade sympathique pour mieux perpétuer la domination de l’impérialisme yankee ». Bref, je baignerais dans l’angélisme et au nom de la « pureté » révolutionnaire, toute évolution Outre-Atlantique ne serait que manœuvre machiavélique. Et bien, non.  Evolution il y a, et c’est tant mieux.

Lorsque le président des Etats-Unis, au Moyen Orient, lance un appel à la raison, à l’histoire, aux valeurs, à la mémoire, j’écoute avec intérêt. Lorsqu’il affirme vouloir reprendre des relations apaisées avec le monde musulman tranchant avec la politique de son prédécesseur à la Maison Blanche, j’entends une tonalité nouvelle. Lorsqu’il se prononce pour la reprise « immédiate » des négociations de paix entre les Israéliens et les Palestiniens, pour l’existence de deux Etats et l’arrêt des implantations des colonies israéliennes, j’applaudis franchement.  Les extrémistes de Tel Aviv  s’étranglent de colère affirmant que Barack Obama « va trop loin ». Un signe. Certains Palestiniens regrettent que les déclarations du président des Etats-Unis restent « trop vagues ». Un signe aussi. 

L’avenir nous dira si les paroles seront suivies d’actes concrets. Mais ne faut-il pas déjà se féliciter de l’énorme différence d’approche d’un conflit qui pollue le monde depuis des décennies ? Entre George Bush  décrétant une croisade contre le monde arabe et Barack Obama je fais définitivement mon choix surtout lorsque ce dernier déclare :   « Je suis venu chercher un nouveau départ entre les Etats-Unis et les musulmans à travers le monde, un départ fondé sur l’intérêt mutuel, un départ fondé sur cette vérité que l’Amérique et l’Islam en s’excluent pas. »

Les changements positifs dans ce monde enragé sont rares. Faut-il faire la fine bouche quand, enfin, nous entendons des propos responsables, véritable rupture avec un passé récent qui nous entraînait irrémédiablement vers le conflit permanent ?

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20 juin 2009 6 20 /06 /juin /2009 14:41

La mort de l’autocrate gabonais Omar Bongo ouvre la boîte de Pandore. Les langues se délient à Paris.

 

Avec 41 ans au pouvoir en ligotant toute forme d’opposition et en pillant les richesses du pays (surtout le pétrole) à son profit et celui de sa famille, le sinistre Omar était le plus ancien dictateur en place en Afrique. Bongo a connu tous les présidents de la  V ème République et dispose toujours en France de considérables biens immobiliers et comptes bancaires dont certains font l’objet de poursuites judiciaires.

A peine son cadavre refroidi, c’est à Paris que les langues se délient. Giscard d’Estaing qui avait été mêlé à l’affaire des diamants du dictateur centre africain Bokassa, très heureux de régler un vieux compte, assure sur une radio que Jacques Chirac a bénéficié de l’aide financière de Bongo pour l’élection présidentielle de 1981. Ce dernier dément alors que toutes parts surgissent des informations affirmant que l’argent gabonais a coulé à flots au bénéfice de « tous les partis politiques français ». Si les pétrodollars par l’intermédiaire d’ELF ont bien été accueillis sous la présidence socialiste de François Mitterrand et si le RPR, l’ancien parti gaulliste, a largement été financé par Libreville, les autres formations politiques comme le parti communiste n’ont pas touché  un seul centime d’Omar. Dans ces conditions, on comprend mieux les réactions de Nicolas Sarkozy et de son sous-ministre Kouchner (nègre du régime gabonais à près de 800.000 euros la prestation)  après la mort du dictateur. Les déclarations attristées  se sont multipliées pour saluer « un ami de la France » (Sarkozy), une « figure africaine remarquable » (Morin), un « homme qui a joué un rôle considérable »(Kouchner). Bref, à écouter les officiels français, Paris serait prêt à dresser des statuts à un sale type qui a fait assassiner en France l’amant de sa femme, des dizaines de contestataires dans son pays et mis en place un système financier mafieux. On a les amis que l’on mérite.

Détail émouvant. La direction régionale d’Air France, le groupe français CFAO (Bolloré) et le PMU gabonais ont un point commun. Toutes ces institutions ont fait publier dans « l’Union », l’unique quotidien gabonais, des encarts publicitaires exprimant leurs « condoléances les plus attristées » à la famille Bongo. La Citibank où un compte d’Omar de 140 millions d’euros avait été découvert en 2000 figure aussi par les annonceurs. Nicolas Sarkozy n’a pas fait publier ses condoléances. Il est allé en personne faire part de sa grande émotion avec à l’esprit la continuité de la présence militaire française sur place et l’avenir assuré des intérêts de ses riches amis.

 

 

  

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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 20:43
Je suis journaliste depuis peu à la retraite.  J'écris pour plusieurs titres. Pourquoi ne pas  publier ces articles sur le net? C'est fait et cela va continuer. Merci de me lire
Cordialement
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