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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 21:45

Lettre à mon petit fils,

 

(Ma chronique sur Radio Arts-Mada tous les lundi en direct à 19h)

 

L’autre dimanche, j’ai eu une pointe d’émotion en apprenant que tu avais pour la première fois pris le chemin des urnes. Quelques jours avant le scrutin, nous avons eu un échange et, respectueux de ta liberté, je m’étais interdit de t’imposer, même d’une manière indirecte, mon propre choix. Tu as bien raison, cette décision t’appartient à toi et à toi seul.

 

Je dois te le dire puisque je sais maintenant que tu as voté Mélenchon : quoi que je puisse penser du personnage et ses finalités politiques, je suis fier qu’à l’occasion de sa première consultation électorale mon petit fils ait déposé dans l’urne un bulletin marqué à gauche. Tu fais partie des 7 millions d’électeurs, pour beaucoup jeunes comme toi, venant d’horizons politiques et sociologiques divers qui ont voulu ainsi exprimer leur rejet de la politique ultralibérale, leur ras le bol d’une élite politique engluée dans les affaires, prête à tous les mauvais coup contre le monde du travail, bien éloignée de la dure réalité des millions de chômeurs, des millions de pauvres, des jeunes diplômés galérant pour trouver du travail, des jeunes insultés et réprimés parce que de couleurs de peaux différentes. Un électorat, ou mieux dit, plusieurs électorats non homogènes, qui se sont retrouvés sur le nom de Mélenchon. Ce ras le bol et cette énorme colère, mon cher petit fils, je la partage avec toi. Je sais qu’elle n’est pas prête de s’atténuer.

Pourtant, je te mets en garde. Certains découvrent la politique comme Christophe Colomb découvrait l’Amérique en croyant ou en feignant de croire que rien ne s’était passé avant et qu’ils allaient tout conquérir après.

 

Dimanche prochain aura lieu le 2 eme tour qui opposera Macron à Le Pen. J’entends bien tous ceux qui n’en peuvent plus, ne veulent pas choisir « entre la peste et le choléra ». Mais je ne peux pas accepter d’entendre « qu’ils se démerdent » se réfugiant dans l’abstention et le vote blanc. Pour une raison simple : le fascisme, mon cher petit-fils, c’est comme la mort, on en fait l’expérience une fois. Pas deux. On ne tergiverse pas avec la peste brune.

 

Je fais partie d’une génération qui n’a pas directement souffert de fascisme. Mais ma famille, la nôtre, a payé durement la note. Toi et tes copains vivent cela - et c’est normal - de plus loin. Mais n’oublies pas que nombre de mes proches, donc les tiens, ont subi la terreur et sont tombés sous les balles fascistes. Je ne veux surtout pas de cela pour toi et tes cousins.

 

Je ne me fais aucune illusion sur Macron. C’est l’homme de la finance et de l’élite oligarchique, l’homme de la loi dite sur le travail, l’homme des petits boulots pour les jeunes, l’homme qui va faire franchir une nouvelle étape au prétendu « social libéralisme ». Un homme jeune pour une vieille politique. « Il symbolise à lui tout seul ce que ce quinquennat a charrié de pire », écrit Laurent Mauduit dans Médiapart qui explique son choix de dimanche prochain comme un « supplice chinois ». Chaque jour de la campagne de Macron, par ses dérives comme celle de faire la fête indécente dimanche dernier au soir dans un grand restaurant parisien ou encore ses déclarations à l’emporte pièce et sa morgue, chaque jour est marqué par une baisse dans les intentions de vote. Bref, Macron c’est l’adversaire idéal pour Mme Le Pen.

Lui, nous l’avons dans le collimateur. Dès le 8 mai, s’il est élu et c’est loin d’être fait, il devra compter sur toi, sur nous pour combattre sa politique dans les entreprises, dans ton université, dans la rue.

 

Avec Mme Lepen, tu pourras ranger tes baskets. Là, on ne plaisante plus. C’est de liberté dont on parle. Liberté de parler, de s’organiser, de publier, de contester, de penser. Alors, je me permets de te dire qu’il faut malheureusement utiliser le bulletin Macron pour éviter le désastre. Et je t’invite à réfléchir sur ce que déclarait Dolores Ibarruri, la célèbre Pasionaria, pendant la guerre d’Espagne au cours de laquelle sont morts ou sont revenus gravement blessés plusieurs membres de notre famille : « Contre les fascistes nous nous allions jusqu’avec le diable et ensuite nous combattrons le diable. »

 

José Fort

 

Il y a quelques années, Michel Fugain chantait « La bête immonde », Katerine, lui, chantait « Marine Le Pen ». Ecoutons-les.

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