Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 19:13

 

Depuis quelques jours, le génocide qui a eu lieu d'avril à juillet 1994 au Rwanda fait l'objet de commentaires dans la presse française.  La tonalité dominante consiste à minimiser la responsabilité des autorités françaises de l'époque et d'oublier un peu vite le long silence observé, en France, par les médias. Seul, le journal "l'Humanité" titrait à l'époque sur le "génocide" . Seul pendant plusieurs semaines sur le terrain, l'envoyé spécial de "l'Huma", Jean Chatain

(avec la correspondante du quotidien belge "Le Soir") informait sur la dimension du crime. A l'époque, on nous disait que "nous exagérions". Voici mon éditorial du 17 juin 1994.

 

 

 

L'honneur perdu


«Les milices gouvernementales veulent nous tuer.» Ainsi débutait, il y a quelques jours, le fax adressé par les réfugiés de l'hôtel Mille-Collines, à Kigali, à la rédaction de «l'Humanité». Nous avons publié ce document. Vendredi, les tueurs sont entrés dans l'hôtel pour commettre le crime programmé. La barbarie succède à la barbarie au Rwanda. Après de longues semaines de silence, la plupart des dirigeants politiques français accordent enfin une attention à la tragédie. Il y a deux mois, les informations en provenance de ce petit pays d'Afrique centrale nous avaient amenés à décider le départ d'un envoyé spécial de «l'Humanité» sur place. Immédiatement, nous avons répercuté l'immensité des crimes commis par l'armée et les miliciens de la dictature. Les articles de Jean Chatain sur les massacres dans les églises, l'anéantissement de villages entiers, la chasse aux enfants tutsis donnaient l'ampleur du génocide. Ceux qui, aujourd'hui, se prononcent en faveur d'une intervention militaire française au Rwanda ne pipaient mot. Je me souviens d'un éminent confrère m'assénant: «Vous en rajoutez!» Nous ne tirons aucune gloire à avoir révélé la vérité, mais force est de constater qu'à notre signal d'alarme bien peu avaient alors réagi. Pendant ce temps, les massacres se poursuivaient, et ils se poursuivent encore aujourd'hui.

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On peut aisément comprendre que de nombreux Français horrifiés par les images vues à la télévision soient favorables à une intervention prétendant protéger les populations. Le gouvernement français joue sur cette légitime émotion pour annoncer une opération sans donner à l'opinion publique les clés pour comprendre. Peu de Français savent que la dictature rwandaise a été soutenue à bout de bras par Paris. La grande majorité de nos concitoyens seraient extrêmement étonnés d'apprendre qu'il y a trois semaines encore des armes françaises ont été livrées aux tueurs et que des militaires rwandais effectuant des stages en France viennent d'être réexpédiés dans les zones de combats. Un des pires tyrans d'Afrique, Mobutu, vient d'être nommé «médiateur» au Rwanda et en profite pour régler discrètement ses problèmes intérieurs. Qui s'en étonne? Le journal belge «le Soir» affirme que deux militaires français sont responsables de l'attentat contre l'avion des présidents du Rwanda et du Burundi. Les démentis du Quai d'Orsay ne sont-ils pas trop précipités pour convaincre?

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Une intervention militaire française n'aurait-elle pas pour objectif réel de figer la situation sur le terrain, donc de contrer l'avance du Front patriotique rwandais, et sous couvert de «réconciliation nationale» de trouver une issue conforme aux intérêts de la France officielle? Qu'il faille prendre des dispositions urgentes pour arrêter la tuerie est une évidence. Mais pas n'importe comment. Et surtout pas avec n'importe qui. Les professionnels français à qui l'on a fait jouer pendant des années au Rwanda le rôle de gendarme et de complice d'une dictature ne seraient pas les bienvenus à Kigali. En revanche, rien n'empêche Paris d'assurer la logistique aux quatre mille soldats africains prêts à partir pour le Rwanda. A moins que le gouvernement français considère ces hommes comme incapables de mener une mission de paix et l'OUA comme un vulgaire «machin».



José Fort

l’Humanité du 17 juin 1994

 

Par José Fort - Publié dans : actualité
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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 14:03

 

 

L’implacable  austérité mise en place Outre-Rhin serait  l’exemple à suivre, selon le Medef et ses représentants encore au pouvoir. Un modèle français reste à construire prenant en compte la réalité du monde, le bien être des salariés et des retraités, une véritable justice sociale.

 

 

Ce n’est pas nouveau. Depuis des lustres, le patronat et les gouvernants français vantent les « modèles» étrangers face au « modèle » français prétendument inefficace et dépassé pour tenter de mieux faire passer la pilule de l’austérité, de la casse des acquis sociaux et des services publics.

Souvenez-vous. On nous a vendu le « modèle » japonais et la flexibilité. On nous a soufflé l’exemple anglais en cachant l’explosion de la misère dans ce pays sinistré. Plus récemment, on nous a repassé le plat danois et sa semi-flexibilité. C’est une manie de la droite française. Il faut chercher des modèles ailleurs. Dans les années 1930 déjà, le modèle allemand faisait fureur face au Front populaire. La situation actuelle n’a rien  de commun avec la montée du nazisme, mais force est de constater qu’on nous affiche une fois encore l’exemple allemand. Il y a dans cette attitude, écrit le site « Agora Vox » « une filiation historique, pour certains, d’une forme de détestation nationale, pour d’autres d’un rejet de l’héritage révolutionnaire ou pour d’autres encore une simple volonté de normalisation de la France. »

C’est quoi ce modèle allemand made 2012 ? Comme l’écrivait récemment Bruno Odent dans « l’Humanité », « ce modèle souffre d’un défaut majeur : il est détesté par l’immense majorité des citoyens allemands ». Ce journaliste, spécialiste de l’Allemagne, prenait appui dans sa démonstration sur une enquête d’opinion réalisée par l’IFOP. Des résultats étrangement passés sous silence en France. Selon l’IFOP, une majorité écrasante de citoyens allemands (73%) affirme qu’elle vit dans une société injuste. 53% d’entre eux  considèrent que leur niveau de protection sociale (assurance chômage, retraite et maladie) n’est pas satisfaisant. 64% déclarent que le système d’éducation et de santé ne fonctionne pas bien et 67% estiment que « le versement des retraites n’est pas assuré pour les vingt prochaines années ». 86% des Allemands indiquent qu’ils effectuent les achats de produits alimentaires dans les magasins hard discount de type Lidl (contre 43% des Français).

La part des salaires dans la valeur ajoutée (l’ensemble des richesses nouvelles produites par le pays) est passée de 78% en 1994 à moins de 60% en 2010. Un salarié sur trois n’a plus de contrat à durée  indéterminée, la TVA est passée de 16% à 19%, la croissance est annoncée en baisse tout comme les exportations, la demande intérieure étant dans l’incapacité de prendre le relais. Dans le même mouvement, les allocations parentales et de chômage ont subi une réduction sans précédent tandis que près de 20.000 postes de fonctionnaires ont été supprimés pour la seule année 2010. C’est ce modèle  que l’on nous présente comme l’exemple à suivre.

Le modèle français reste à construire prenant appui sur notre héritage social, culturel et économique. Bien entendu, il serait ridicule de refuser par principe tout exemple venu de l’étranger.  Mais, souligne « Agora Vox », « il y a une différence essentielle entre s’ouvrir intelligemment aux expériences extérieures et prétendre reproduire un modèle étranger par définition propre à un contexte national ». Surtout que, contrairement aux idées répandues, le « modèle » en question commence à prendre l’eau.

José Fort

« Vie Nouvelle » février 2012

 

Par José Fort - Publié dans : actualité
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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 13:50

 

La médecine cubaine vient d’enregistrer un progrès considérable dans un domaine affectant des millions d’hommes et de femmes victimes du plus ravageur des crabes, le cancer du poumon. L’équipe médicale au travail depuis plus de vingt ans annonce avoir mis au point un vaccin thérapeutique (et non préventif) favorisant la génération d’anticorps contre les protéines déclenchant la prolifération des cellules cancérigènes. Des tests sont en cours dans 18 hôpitaux cubains auprès de 579 malades et aussi en Argentine, au Pérou, au Venezuela, en Chine…

 

Voici un petit pays du Tiers monde (un peu plus de 11 millions d’habitants), soumis à un scandaleux blocus économique et à des agressions terroristes depuis 50 ans, sans grandes richesses naturelles sinon ses intelligences, accouchant de savants, d’universitaires et d’ingénieurs à la pelle, de sportifs raflant les médailles d’or et doté d’une armée de médecins dont on reconnaît les compétences et l’abnégation dans toute l’Amérique latine et en Afrique. Cuba n’exporte pas la révolution. En revanche, la patrie de José Marti et de Fidel Castro n’hésite pas à faire partager sa matière grise et ses résultats spectaculaires en ophtalmologie, en orthopédie, en de nombreuses autres thérapies au point de devenir une destination médicale choisie par de plus en plus d’Américains du nord comme du sud. Qui pourrait lui reprocher de tirer profit de ses performances scientifiques ? Pas le peuple haïtien, par exemple, qui dispose d’une aide médicale cubaine solidaire.

 

Aux Etats-Unis et en Europe, les bonnes nouvelles en provenance de la Grande Ile sont passées sous silence. Folles de rage, les multinationales pharmaceutiques accrochées à leurs profits n’apprécient guère l’arrivée des Cubains sur le marché de la santé. En France, les hôpitaux spécialisés dans le traitement  des cancers comme Gustave Roussy ou Paul Brousse ne devraient-ils pas établir avec leurs collègues cubains une coopération pour le plus grand bénéfice des patients ?

 

 José Fort

L’Humanité Cactus 26 janvier 

 

Par José Fort - Publié dans : actualité
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Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 16:06

 

 

Ou est passé Jean-Louis Bruguière ? L’ancien juge d’instruction, spécialiste de l’antiterrorisme aujourd’hui à la retraite après s’être essayé à la politique dans le Lot et Garonne sous la casaque UMP, est porté disparu. Certains affirment qu’il se cache dans le sud de la France, d’autres croient savoir qu’il aurait trouvé refuge dans les Caraïbes. Vrai ou faux ? Quoi qu’il en soit, nous lançons un appel. Si vous disposez d’informations sur ce  brave  Jean-Louis n’hésitez pas à nous informer.

L’ancien juge et proche de Sarkozy nous avait habitué à ne pas garder sa langue dans sa poche. Concernant le génocide au Rwanda, le juge avait lancé en 2006 des mandats d’arrêt contre des proches du président Paul Kagamé. Il accusait dans le même mouvement les forces rebelles d’être responsables de l’attentat contre le Falcon du président du Rwanda de l’époque déclencheur du génocide contre les Tutsis et les Hutus démocrates. Quant à l’explosion de Karachi qui a couté la vie à 11 salariés de la Direction des constructions navales, le très médiatique juge Bruguière n’y a jamais vu l’ombre d’une transaction douteuse ayant servi à financer la campagne électorale d’Edouard Balladur.

Patatras. Les magistrats qui viennent d’enquêter à Kigali contredisent totalement la thèse de Jean-Louis Bruguière. Au même moment, les familles des victimes de l’attentat de Karachi portent plainte contre l’ancien juge pour  faux témoignage et entrave à la justice .

Jean-Louis Bruguière, hier communicant prolixe, aujourd’hui retraité silencieux, devrait, comme les cyclistes soupçonnés de dopage, faire connaître son ou ses lieux de résidence. La justice et nous avec avons quelques questions à lui poser pour tenter de comprendre ses « erreurs ». On pourrait, par exemple, lui demander s’il s’est tout bêtement emmêlé les pieds dans le tapis. Ou plutôt s’il appliquait des consignes venues de haut.

 

José Fort

 

L’Humanité Cactus 19/01/2012 

 

Par José Fort - Publié dans : actualité
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Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 17:08

 

 

 

On vit une époque formidable. Figurez-vous que le régime assassin du Syrien Bachar Al-Assad est placé sous contrôle. Ne haussez pas les épaules : une mission de la Ligue arabe ne séjourne-t-elle pas dans ce pays où les tanks tirent à vue sur les manifestants ? A la tête des « enquêteurs », un militaire de haut rang, un homme de terrain : le général soudanais Mohammed Al-Dabi. En voilà un qui en matière de droits de l’homme en connaît un rayon.

Promu chef du renseignement militaire au Soudan après le coup d’Etat du président Omar Al-Bachir, Mohammed Al-Dabi peut faire prévaloir ses connaissances en matière de torture. C’est un orfèvre. Il peut aussi afficher sur sa carte de visite la chasse à l’ethnie Masalit et la mise sur pied d’une milice personnelle responsable de centaines de milliers de morts au Darfour. Les cadavres au milieu du désert, c’est lui. Les champs en feu, le bétail abattu, les hommes valides exécutés, les familles en fuite, c’est toujours lui. Des qualités essentielles pour « enquêter » en Syrie.

Et puis, il y a son patron, le sinistre Omar Al-Bachir. Lui, ses exploits dans le domaine de l’humain atteignent des sommets à tel point qu’il est recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour « génocide » et « crimes contre l’humanité » au Darfour. Omar a passé son week-end à Tripoli, le dernier endroit où il faut se montrer en évitant les balles des différentes factions. Il a été chaleureusement accueilli par Moustafa Abdeljalil, le chef du conseil national de transition libyen, agent de la CIA, installé au pouvoir par Sarkozy et Obama et qui préfère donner la priorité pétrolifère à ses protecteurs US plutôt qu’à ses amis parisiens. Aucune reconnaissance.

La chute du régime de Kadhafi est « le meilleur cadeau jamais offert au Soudan », a déclaré Omar Al-Bachir en débarquant à Tripoli. Sacré Omar : il aurait demandé à son interlocuteur de transmettre ses félicitations à la  France, à son président et à son ministre des « Affaires étrangères », le tonitruant… Bernard Henri-Lévy.

José Fort

L’Humanité Cactus du 12/1/ 

 

Par José Fort - Publié dans : actualité
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