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15 août 2017 2 15 /08 /août /2017 08:41

Venezuela : plus les jours passent…

 

 

Plus les jours passent, plus les menaces nord-américaines et celles de leurs relais locaux s'accumulent sur le Venezuela dont - faut-il le rappeler- le président a été élu par une majorité d'électeurs, plus je pense qu'il faut tout faire pour éviter le renouvellement de l'expérience chilienne. Jusqu'au bout le président Allende a joué la carte institutionnelle. Jusqu'au bout, il a cru en la bonne foi du chef de armées, le sinistre Pinochet. Jusqu'au bout, il a cru que les Etats-Unis n'interviendraient pas. Jusqu'au bout, il cru que la solidarité internationale se manifesterait pour éviter le putsch. Jusqu'au bout, avec en fin de parcours, le coup d'Etat, la répression, des milliers de morts et de disparus, le pays plongé pendant des décennies dans la terreur fasciste. L'heure n'est pas (et de quel droit en France?) de regretter des " erreurs" ou des " dérives" du gouvernement Maduro. L'heure est à dire haut et fort  « non » à une possible intervention impérialiste, « non » à une oligarchie revancharde et « oui » à la solidarité sans réserve avec les progressistes vénézuéliens qui ont commis le « crime » de s'inscrire dans une autre perspective que la voie de l'exploitation et de l'abandon de la souveraineté nationale.

 

José Fort.

 

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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 20:31

Venezuela : la grande manip

 

 

 

 

Un peu plus de 8 millions de Vénézuéliens ont voté dimanche en faveur d’une Assemblée constituante  malgré la violence déclenchée par une opposition puissante disposant de moyens considérables financiers et médiatiques soutenue par le gouvernement des Etats-Unis et la CIA. Un succès pour le mouvement populaire et progressiste vénézuélien.

 

En France et plus généralement en Europe, la tendance médiatique est à l’acharnement contre le pouvoir en place à Caracas en procédant à une manipulation de l’information. Les images des manifestations de la dite « opposition » qui se traduisent généralement par des scènes de guerre sont largement diffusées alors que les rassemblements chavistes sont passés sous silence. On évoque plus de cent morts depuis le début des affrontements en oubliant de préciser que des candidats à la constituante et des militants chavistes ont été assassinés tandis que les forces de l’ordre  ont enregistré nombre de morts et de blessés. Les médias des Bolloré, Drahi, Lagardère et ceux du «  service public » ont choisi leur camp : celui de l’extrême droite vénézuélienne.

Ils rejoignent ainsi les pires forces réactionnaires du continent latino américain dans des pays qui osent remettre en cause le verdict des urnes vénézuéliennes alors que ces mêmes pays se distinguent par la corruption, le népotisme et les atteintes aux droits de l’homme. Je veux parler du Mexique, du Pérou, de Panama, de l’Argentine et de la Colombie.

 

Ce n’est pas au Venezuela  que 45 étudiants ont été assassinés sans aucune suite judiciaire, que les fosses communes débordent d’hommes et de femmes martyrisés, que la misère et l’analphabétisme sévit dans tout le pays, mais au Mexique.

 

Ce n’est pas au Venezuela que le rapport 2017 d’Amnesty  relève la multiplication de violences contre les femmes et les populations indigènes, que l’armée et la police s’illustrent par des opérations répressives dans le villages éloignés de la capitale, mais au Pérou.

 

Ce n’est pas au Venezuela que la finance internationale camoufle ses méfaits, mais au Panama.

 

Ce n’est pas au Venezuela que le pouvoir s’attaque aux grands mères des disparus durant la dictature, que la répression s’abat sur le mouvement ouvrier mais en Argentine.

 

Ce n’est pas au Venezuela que des centaines d’opposants politique restent toujours emprisonnés malgré des «  accords de paix », que des militants de gauche sont assassinés mais en Colombie.

 

Le Venezuela n’a pas de leçon à recevoir de ces régimes corrompus et fascisants. Son peuple doit dans la paix enfin retrouvée surmonter lui et lui seul l’épreuve en cours.

 

José Fort

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 20:30

Emission spéciale sur Radio Web Arts Mada

 

Mardi 8 août de 19h à 20h

 

Venezuela, d’autres voix

 

Avec en direct

 

Pierre Barbancey, grand reporter, envoyé spécial de «  l’Humanité » à Caracas.

 

Jean Ortiz, universitaire, journaliste, spécialiste de l’Amérique latine. Vient de faire paraître « Vive le Che »

 

Bassirou Diara, homme politique malien, journaliste, la voix de l’Afrique, depuis Niamey

 

Et José Fort, journaliste

 

Radio Arts Mada sur un simple clip internet.

 

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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 20:29

Similitude

 

La situation au Venezuela me rappelle l'avant coup d'Etat au Chili: sabotage de l'économie, assassinats de militants, grève des camionneurs, manif de casseroles dans les quartiers chics de Santiago, campagne médiatique (au Chili, El Mercurio) et en France sur le thème de la "dictature" de gauche d'Allende. Ajoutez à cela, l'intervention criminelle des Etats-Unis. Nous connaissons le résultat: la dictature de Pinochet et des milliers de morts et disparus. Avant de porter appréciation sur la crise vénézuélienne, certains feraient bien de réfléchir un instant à ce qui s'est passé au Chili puis plus tard en Argentine et dans d'autres pays latino américains.

 

José Fort

 

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 18:27
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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 18:28

Macron, tout va très bien…

 

(Ma chronique sur Radio Arts-Mada tous les lundi en direct à 19h)

 

 

 

Les pages glacées des magazines et les commentaires médiatiques complaisants frisant la lècheculterie, n’arriveront pas longtemps à camoufler la réalité : Macron et son équipe ne vont pas aussi bien qu’on veut le dire.

 

Ils avaient (Macron et son Premier ministre dont je n’arrive pas à me souvenir le nom, tellement, il donne l’impression, malgré sa taille, de raser les murs),  ils avaient, disais-je, promis croix de bois, croix de fer si je mens je vais en enfer, la transparence, la fin des affaires, bref de l’honnêteté à tous les étages. Patatras. Une liste de justiciables potentiels et de « je suis du bon côté du manche bancaire, mais peut être pas pour très longtemps »  commence à s’écrire.

 

Bayrou et ses copines Sarnez et Goulard englués dans des combines européo-franco-modemiste, ont plié leurs ambitions ministérielles ; Ferrand, pris la main dans le pot de confiture finistéro-mutuello-familial, a été, vite fait, recasé à la tête du groupe « En marche » à l’Assemblée nationale ; Reste Pénicaud, la ministre du Travail ou plutôt la ministre en charge de la casse des conquêtes sociales : cette dame a violé la loi, il y  un an, en magouillant le financement d’un voyage à las Vegas pour son candidat à l’élection présidentielle, le jeune et déjà vieux Chouchou Ier. Et puis, il y a le sémillant Hulot qui annonce plein de choses mais pour 2040, avec pour tout de suite afin de préserver la couche d’ozone la hausse du gaz, de l’électricité et de quelques autres secteurs relevant du service public. En passant, on découvre que l’ancien de TF1 dispose d’un bon pactole en banque et ailleurs. Comme quoi, l’environnement çà peut rapporter gros.

 

Et puis, il y a eu la prestation royale de Versailles, la mascarade du Palais Bourbon résonnant des applaudissements organisés par un chauffeur de salle prétendant nous indiquer un début de « cap » économique. Là, nous avons été servi par cette nouvelle majorité en sièges de députés mais ultraminoritaire puisque ne représentant que 16% des Français inscrits sur les listes électorales.

 

On aurait pu espérer des mesures fortes contre la fraude fiscale qui fait perdre à la France 60 à 80 milliards d’euros par an. On aurait pu croire en la volonté de réduire les dividendes des actionnaires, les derniers chiffres officiels annonçant des résultats record en ce domaine. On aurait pu escompter un véritable contrôle des aides publiques aux entreprises. On aurait pu…

 

En fait, la cible c’est le peuple. Le fonctionnaire dont le point d’indice sera bloqué ; les 120.000 postes supprimés d’ici cinq ans avec pour conséquences moins d’infirmières, moins d’enseignants, moins de policiers ; le retraité qui subira une hausse de la CSG ; le salarié soumis à plus de flexibilité au nom de la « liberté » d’entreprise. Pendant ce temps-là, rassurez-vous : l’impôt sur la grande fortune (ISF) sera réduit avant de disparaître. On comprendra aisément  la satisfaction affichée par M. Gattaz, le chef du Medef. Ce qu’il avait commencé à obtenir du temps de Hollande et Valls lui tombe totalement dans le bec sans coup férir : rien que pour cette semaine, une loi sur le travail XXL  en faveur du patronat, la pénibilité du travail «  trop compliquée » à quantifier réduite au minimum…

 

 

Au début de cette chronique, j’affirmais que Macron et son équipe n’allaient pas aussi bien qu’on voulait le dire. Je maintiens. Les derniers sondages indiquent que 54% Français ne tombent pas dans le panneau et se déclarent hostiles au «  cap » économique fixé par Macron et Philippe (tiens, j’ai retrouvé son nom). Précision utile : cette enquête d’opinion n’est pas le résultat obtenu par des cégéto-anarco-gaucho. Elle a été réalisée par «  Le Figaro » et «  France Info ». Comme quoi, il y a des moments où celui qui tente de voir plus loin doit baisser les yeux pour mieux s’imprégner de la vérité.

 

La chanson «  Tout va très bien madame la marquise » me semble correspondre au moment. Ecoutons-la

 

José Fort

 

 

 

 

 

 

J’ai répondu à deux questions

 

A propos du sommet du G20 à Hambourg

 

 

Un mot d’abord sur les manifestations contre le G20. Certains ne retiennent que la violence survenue dans la deuxième ville allemande et le plus important port du pays. Or ce sont des dizaines de milliers de manifestants pacifiques qui ont voulu affirmer leur opposition aux politiques ultralibérales menées par les principales puissances mondiales. Un ami qui se trouvait à Hambourg témoigne : je le cite 

 

 

« Les manifestations contre le G20 n'ont rien à voir avec les bandes des "blacks blocks" qui ont semé la violence dans les rues de Hambourg. Ce sont les mêmes qu'on retrouve à Paris lors des manifestations syndicales. Ils sont arrivés deux jours avant  en provenance de toute l'Europe et campaient dans les squats d'Altona... Le marché aux poissons juste devant les maisons était bourré de caravanes de ces voyous. Je ne comprends pas pourquoi la police les a laissé s’installer.  On va les revoir à Paris à l'automne dans le style « indignation des travailleurs » à propos de la loi sur le travail… »

Quant au sommet, un texte  final alambiqué, les Etats-Unis de M. Trump figés dans des positions extrémistes sur le climat et les échanges. Bref, un tel déploiement pour un petit et ridicule résultat.

 

A propos de Trump

 

Vous connaissez son goût pour les tweets. Ses sorties frisant souvent la bêtise. Saviez-vous que c’était aussi un «  faut pas trop pousser » ? Tous les weekend, il part dans sa propriété en Floride. Sur 164 jours au pouvoir, selon le dernier décompte officiel, il a passé 35 jours en vacances. Aux Etats-Unis, les entreprises accordent entre une à deux semaines de congé par an à leurs employés.

 

 

 

 

 

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1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 13:56

Chapeau bas et lucide

 

Simone Veil est décédée. Chapeau bas à cette Dame, ancienne déportée qui a souffert dans sa chair l'horreur du nazisme. Chapeau bas à cette grande Dame qui contre son camp et grâce aux forces éclairées a pu faire voter la loi sur l'IVG. Chapeau bas, tout en restant lucide et en ne sombrant pas dans la déification béate. Simone Veil était aussi une femme de droite, anticommuniste et fidèle à ses engagements de classe

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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 07:17

Chouchou 1er et Philippe II

 

(Ma chronique sur Radio Arts Mada tous les lundi en direct à 19h)

 

 

Avez-vous remarqué la nouvelle marotte médiatique ? Après avoir affublé Macron d’un maniéré Chouchou 1er, les commentaires sur le nouveau gouvernement regorgeaient de  « Philippe II ». Chouchou n’inspire pas grand chose à part peut-être un film de seconde main. En revanche, Philippe II nous rappelle des cours d’Histoire de notre jeunesse.

Tenez par exemple.

Philippe II d’Espagne était le fils aîné e Charles Quint, roi d’Espagne, de Naples, de Sicile, archiduc d’Autriche, duc de Milan et prince souverain des Pays-Bas. Avec en prime, du fait de son mariage avec Marie Tudor, roi d’Angleterre de 1554 à 1558. Sa fin de règne marquée par la non-maitrise des conflits politiques s’avéra désastreuse.

Il y a eu aussi Philippe II de Macédoine. Il est mort assassiné en 336 avant J-C.

 

Il y a eu aussi, pour ce qui nous concerne directement, Philippe II dit Auguste qui, selon les gazettes, était un grand manipulateur d’hommes mais avait quelques problèmes, dit-on, avec les femmes. Un long règne marqué déjà par un goût de la politique spectacle jusque lors de ses obsèques.

 

 

Pourquoi ce rappel ? La déferlante cette semaine sur « le gouvernement Philippe II »,  peut prêter à sourire. Je ne souhaite évidemment pas à Edouard le sort de Philippe II de Macédoine. Mais il y a des rapprochements saisissants.

 

Philippe, pardon M. le Premier ministre Edouard Philippe, qui n’a pas eu un mot après la mort la semaine dernière du grand mathématicien et membre de l’Académie des sciences, Jean-Pierre Kahane, aimait annoncer il n’y a pas si longtemps «  la fin de la lutte des classes » et la «  force du rassemblement autour de Macron ». En l’invitant à la réflexion, nous lui proposons la lecture d’un extrait de l’article «  Eloge de la simplicité » écrit par Jean-Pierre Kahane pour la revue «  Progressistes ». Je le cite :

 

« La lutte des classes est le moteur de l’histoire. Est-ce une simplification correcte? Fausse? Dangereuse? Une trahison de la nature même de l’histoire? Tout peut se soutenir et a été soutenu. D’ailleurs, il y a vingt ans, Marx était mort, seuls quelques attardés parlaient de la lutte des classes puisque le capitalisme avait gagné la mise… et pour toujours. Aujourd’hui Marx revient, mais l’histoire de notre temps apparaît bien trop complexe pour être analysée à partir du seul moteur de la lutte des classes. Quid de demain ? On voit déjà apparaître comme des évidences la solidarité de classe de ceux qui possèdent, outre les moyens de production et d’échange, l’ensemble des systèmes d’information et de communication. On voit, en France même, se développer une justice de classe au bénéfice de la classe dominante. La conscience de classe est soigneusement entretenue dans la classe dominante, elle est en attente de constitution dans l’ensemble des salariés et des exploités. »

 

Philippe II et Chouchou 1er  vont appliquer la voie tracée par le CAC40 et les milliardaires propriétaires-dictateurs des médias. Reste pour nous à rendre  véritable ce que souhaitait Jean-Pierre Kahane lorsqu’il écrivait que «  la lutte des classes est en attente parmi les exploités. »

 

Puisque nous avons largement évoqué Philippe II, voici Katerine Philippe  répondant à une enfant. Ne ratez pas la fin.

 

José Fort

 

 

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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 07:16
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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 20:07

Jean-Pierre Kahane, mathématicien de renom, membre de l'Académie des sciences, professeur émérite de l'université Paris-Sud, est décédé. Militant communiste, il est resté fidèle jusqu’à la fin de sa vie à ses engagements de jeunesse.

Il avait mené une action internationale (avec Laurent Schwartz) pour la libération de José Luis Massera, mathématicien et dirigeant communiste uruguayen emprisonné par la dictature. A cette occasion, je l’avais souvent rencontré, le journal « l’Humanité » menant campagne aux côtés de notre camarade.

Il m’avait facilité ma rencontre avec Massera quelques années plus tard à Montevideo. Je ne peux oublier l’article que Jean-Pierre Kahane avait consacré dans « La Gazette » à son ami, son collègue, son camarade décédé en 2002. Un régal. En voici de larges extraits.

« Massera est né en 1915 à Gènes en Italie, de parents uruguayens. Son père était avocat et professeur de philosophie. Après des études aux États-Unis et en Europe, au cours desquelles s’affirma son goût pour les mathématiques, il devint élève-ingénieur de l’Université de la République à Montevideo. Le titre d’ingénieur, qu’il reçut, était à cette époque le seul garant d’une formation scientifique sérieuse. Toute sa carrière scientifique se déroula dans cette université. Il fut le fondateur, avec Rafael Laguardia, de l’Institut de mathématique et statistique, où s’organisa l’ensemble de la recherche mathématique en Uruguay. Il s’orienta et orienta ses élèves vers l’étude des équations différentielles. Son œuvre dans ce domaine devint rapidement classique, et son importance fut reconnue par des doctorats honoris causa dans le monde entier (Rome, Berlin, Nice, Mexico, Quito, Budapest, San Andres (Bolivie), la Havane, Rio de Janeiro). Pour finir, c’est sa propre université qui tint, en 1991, à lui décerner le doctorat honoris causa.

Massera est également connu comme militant communiste. Il adhéra au parti communiste de l’Uruguay en 1941, il y occupa des fonctions dirigeantes, comme membre du comité exécutif, et même, au début de la période de répression anticommuniste, comme secrétaire général. Durant dix ans, de 1975 à 1984, il fut détenu à la sinistre prison “Libertad”, où il fut torturé. Il fut l’un des fondateurs du “Frente Amplio” (version uruguayenne de l’union de la gauche) et fut à plusieurs reprises député au Parlement. Outre ses travaux mathématiques, il est l’auteur d’essais multiples, d’inspiration marxiste, sur la science et la dialectique, l’art et la philosophie.

Massera est mort le 9 septembre. Le lendemain, l’Université de la République accueillait ses restes pour un dernier et vibrant hommage.

Ma première rencontre avec Massera date de l’été 1959. Alberto Gonzalez Dominguez avait obtenu de l’Unesco la création d’un centre de formation de mathématiciens d’Amérique latine à Buenos Aires. Charles Ehresmann et moi y étions invités comme professeurs. Pour le lancement du centre, les responsables des départements de mathématiques du sous- continent étaient réunis, et Massera représentait l’Uruguay. A l’époque, un très vieil hydravion reliait Buenos Aires et Montevideo à travers le Rio de la Plata, et, vu d’Argentine, l’Uruguay semblait un havre de démocratie et de prospérité. A la séance de travail à laquelle j’assistai, Massera parla peu, et je me souviens seulement de l’attention que les participants portaient à ses propos. C’était l’un des mathématiciens les plus importants de l’Amérique latine, auteur de travaux récents très originaux et déjà très reconnus, et il apparaissait comme le chef de file de la jeune école mathématique uruguayenne.

Ma seconde rencontre fut l’année suivante, à Jérusalem. Arieh Dvo- retzky organisait un colloque sur les espaces vectoriels à l’Université hébraïque. Massera y fit un exposé remarquable sur la théorie des équations différentielles et l’analyse fonctionnelle. Au cours des années précédentes, il avait publié une série d’articles sur ce sujet dans Annals of Mathematics, d’abord seul, puis en collaboration avec son élève Juan Jorge Schäffer. Il allait, plus tard, publier avec Schäffer un livre qui prolongeait l’exposé fait à Jérusalem. Avant d’en évoquer le contenu, je peux donner une preuve de la réputation internationale qu’avait Massera en 1960, en énumérant les présidents des douze sessions du colloque : Einar Hille, Gottfried Köthe, Wladyslaw Orlicz, Jean A. Dieudonné, Abraham Robinson, Marshall H. Stone, A.C. Zaanen, Gaetano Fichera et José L. Massera.

Donc Massera, dont je connaissais les opinions politiques, était alors pour moi, d’abord, un grand aîné comme mathématicien.

Plus tard, c’est le communiste, l’humaniste, l’amateur d’art qui s’est révélé au cours de nos rencontres : la fête à Paris après sa libération du sinistre “Penal de Libertad”, ses visites comme délégué du parti communiste de l’Uruguay aux congrès du parti communiste français, sa participation, à Paris toujours, aux manifestations du cent-cinquantième anniversaire du Manifeste communiste de Marx et Engels. Et de nouveau le mathématicien, en 1991, entouré de l’admiration et du respect de ses collègues plus jeunes, quand il reçut le doctorat honoris causa de l’Université de la République à Montevideo.

Le texte de présentation du diplôme était le suivant : « José Luis Massera, fondateur et membre le plus éminent de l’École mathématique uruguayenne, interna- tionalement connu et estimé, homme d’une vaste culture et ouvert aux idées généreuses. Son activité politique nullement clandestine ni violente lui a valu une lourde condamnation à vingt années d’emprisonnement, que la communauté mathématique et universitaire souhaite vivement voir amnistiée, ce qui lui permettrait de poursuivre ses travaux de recherche. »

Dans son œuvre sur les équations différentielles, Massera considère des équations de trois types :

  1. (1) x +A(t)x=0
  2. (2) x + A(t)x = f(t)
  3. (3) x + A(t)x = f (x, t)

L’aspect non linéaire apparaît avec (3), qui est attaqué au moyen de résultats concernant (2), convenablement reliés à ceux, plus simples, concernant l’équation (1). Précisons. La fonction inconnue E(t R naturellement, ne considérait pas des espaces de Banach), et les notions clés de « dichotomie » et d’« admis- sibilité », ainsi que leur relation, sont dues à Massera – en collaboration avec Schäffer pour une part.

Définitions. — Un sous-espace Y de E est « dichotomique » si, dans la situation (1), x(t) tend exponentiellement vite vers une limite (t → ∞) lorsque x(0) appartient à Y , et tend exponentiellement vite vers l’infini lorsque x(0) est extérieur à Y .

Il est « admissible » relativement aux normes B et D (normes sur E) si, dans la situation (2), la norme D de x est dominée par la norme B de f (supposée finie) dès que x(0) appartient à Y .

La remarquable relation entre les deux notions est que, moyennant des hypothèses convenables sur E (« espace fonctionnel à translations ») et sur les normes B et D, elles coïncident.

Cela mène Massera à montrer que les conditions de stabilité de Lia- pounoff, relatives aux solutions des équations différentielles, sont essen- tiellement les meilleures possibles.

Massera n’était pas seulement un très bon technicien en mathématiques ; il avait des idées générales sur ce qui est important. Les équations différentielles donnent une approche de l’évolution des phénomènes au cours du temps, ce qui est une question importante et à faces multiples. Ce souci de ce qui est important et général se retrouve dans son action SMF – Gazette – 94, Octobre 2002

politique, dans ses activités universitaires, et dans ses réflexions philosophiques. Le dernier article philosophique qu’il a écrit, « Réflexion d’un mathématicien sur la dialectique » est publié dans le livre « Sciences et dialectiques de la nature » (1998), coordonné par Lucien Sève. Il commence par dire qu’une certaine humilité est nécessaire à un marxiste pour parler de ce sujet, en raison des erreurs du passé. Cela lui permet d’exposer de façon simple quelques très bonnes idées, qu’à ma connaissance il avait déjà mûries dans le “Penal de Libertad”. Il m’est impossible de les résumer ici, mais je peux dire que ma réflexion sur la dialectique à l’œuvre dans l’élaboration des définitions en mathématiques, et plus généralement sur les points de départ d’une théorie qui sont des aboutissements historiques, vient directement d’un échange de correspondance déjà ancien avec Massera.

Son collègue et ami Roberto Markarian m’a communiqué un texte court de Massera qui me paraît la meilleure conclusion possible de cet article. Massera parlait et écrivait parfaitement le français et cinq ou six autres langues. Mais ce texte-ci est en espagnol, et je lui laisse la saveur de sa langue.

Desde mi más temprana juventud, he tratado de articular dos aspectos que a menudo se consideran incompatibles, cuando no antagónicos. Por un lado, el estudio de conceptos cientificos, a veces muy generales y abstractos, de modo que ellos resulten aplicables, debido a su propia generalidad, a vastas zonas de conocimientos. Por otra parte, siempre me sentí moralmente comprometido a tomar parte en muchos de los sucesos que en el siglo xx han conmovido con tanta hondura a las sociedades humanas de diversas geografías, las sometían a dolorosas pruebas o, a veces, las llevaban a conquistar importantes avances de bienestar o justicia social. Por mucho que ese compromiso estuviera sujeto a inevitables limitaciones y errores, nunca pude concebir mi existencia egoístamente ajena a estos sufrimientos y alegrías y rehuir mi aporte personal a lo que creía más acorde con la verdad y la justicia.

 

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